VIRGINIA et VITA de Christine Orban


Un livre que m’a offert Mind The Gap (avec un beau marque-pages), dont le billet m’avait diablement tentée, ICI (je vous le conseille),  reçu samedi et lu entre hier et ce matin… C’est dire s’il m’a plu pour ce que j’y ai appris ! En effet, il était paru il y a vingt ans sous le titre « Une année amoureuse de Virginia Woolf » et, Christine Orban l’a complètement remanié pour sa sortie lors de la rentrée littéraire 2011. C’est un roman avant tout sur la liaison amoureuse et tumultueuse entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West pendant l’année 1928. L’écriture et ses mécanismes les plus tortueux mais aussi les plus sublimes sont indissociables de cet amour…

1928. Virginia Woolf est un écrivain reconnu après les succès de Mrs Dalloway et La promenade au phare mais c’est avant tout une femme malade, neurasthénique, je dirais même bipolaire et ne vivant que pour et par l’écriture. Tel un alchimiste, elle transforme le moindre battement d’ailes de papillon en création littéraire, maladivement mais génialement. Sa force suprême et son malheur. »Désolation de ne pouvoir vivre que par écrit. Désolation de ne pas partager les destins palpitants de Violet et de Vita. Désolation de ne connaître l’amour qu’un stylo à la main, le nez sur un cahier. Désolation de n’éprouver pour toute passion que la syntaxe et la musique des mots. » Seul son mari, Léonard, la comprend totalement, la soigne (constamment), l’édite au passage et supporte tout. ? »« Il était impossible de dissocier Virginia de ces images-là, de l’entendre rire sans songer qu’elle pouvait hurler, de la voir marcher sans se souvenir que pendant deux années c’est en chaise roulante que Léonard la promenait. La romancière existerait-elle sans ses fantasmes, sans ses terreurs, ses impuissances, sa cacophonie intérieure ? ». Ils ont pu s’offrir un modeste cottage au confort spartiate, en accord avec leurs idéaux d’intellectuels, loin de Bloomsbury* et qui est situé à proximité de Knole, l’imposant château élisabéthain (aux 365 chambres), où à grandi la fantasque Vita Sackville-West, pas loin non plus de Long Barnes, la maison de Lady Vita Nicholson (elle est mariée). Cette proximité a beaucoup joué dans l’évolution de leur histoire. Virginia, supposée être « vierge » et frigide à quarante-cinq ans est amoureuse pour la première fois de sa vie à en mourir. Mais Vita voyage beaucoup avec son diplomate de mari et la jalousie s’est infiltrée dans le cerveau malade de Virginia. Elle veut écrire Orlando, une fresque qui va immortaliser à jamais leur amour, le pérenniser dans l’immortalité du papier pour les siècles à venir, en faisant de Vita son héros-héroïne. Le masculin-féminin, à une époque où les livres traitant de l’homosexualité sont censurés. Vita écrit aussi avec succès mais cela compte moins, Vita est sa muse intarissable, son contraire solaire, riche et élégant qu’elle sait ne pouvoir jamais égaler. « Vita était la compagne des jours heureux ». Alors quand elle prend sa plume, c’est de l’encre parfois sanglante qui coule : elle peut « clouer » Vita, la posséder, elle l’inconstante, en faire sa « créature de papier«  à jamais présente, à jamais à elle…voire l’anéantir sous une tache d’encre rageuse. Mais Vita n’est pas dupe. Elle le sait, elle le sent. Une fois le point final d’Orlando apposé, Virginia n’aura plus besoin d’elle, ou ne l’aimera plus,  enfin pas de cette passion dévorante et obsessionnelle. Pour ne pas devenir la « chose » de Virginia, elle continue sa vie, revoit ses anciennes maîtresses, fait des rencontres lors de ses voyages tout en continuant une correspondance brûlante avec Virginia…

Las ! Cette dernière est exclusive, la jalousie infuse en permanence, elle ne peut pas partager et la littérature est une maîtresse encore plus exigeante, Vita aurait dû comprendre… La moindre contrariété la mène au bord du suicide. «  J’ai poursuivi le bonheur pendant bien des siècles et je ne l’ai pas trouvé ; la gloire, et elle s’est évanouie entre mes doigts ; la vie – et je vois la mort meilleure-. ». (citation de V.Woolf).

J’ai beaucoup aimé ce livre où l’auteure décortique le processus de création littéraire qui maintenait vivante Virginia Woolf, même si Vita est laissée de côté sur ce plan là. Nous sommes dans la tête de V. Woolf pendant 232 pages et nous n’en sortons que le livre fini, fascinés par  la flamme constante qui habitait Virginia, qui d’ailleurs ne savait pas vivre, les seuls moments où elle vivait c’était en écrivant, elle se réalisait, elle respirait sans penser à la mort, sans être forcément dévorée par ses démons. Un livre passionnant et bien écrit qui m’a donné envie d’en savoir plus sur ces deux femmes.

Virginia à gauche et Vita à droite

Qui était Vita Sackville-West ?

Vous pouvez aller ICI tout de suite ! A part son arbre généalogique long comme deux bras et son appartenance à la haute société ? C’était une femme libre et libérée avant l’heure. Qui faisait scandale mais pas trop, son rang élevé lui permettait beaucoup de choses. Elle était poétesse, romancière et essayiste, sa passion était le jardinage (de haut vol). Mariée à un homme bisexuel lui-même et mère de deux enfants. Elle aurait rencontré Virginia en 1923 mais le point d’orgue de leur passion est en 1928. Elles deviendront amies par la suite et  entretiendront une correspondance jusqu’au suicide  de Virginia Woolf en 1941.

* Bloomsbury : quartier « littéraire » et bohème chic de Londres (l’équivalent de Saint-Germain-des-Prés).

Lu dans le cadre du S.T.A.R de Liyah, ce livre bien sûr est parfait pour le Challenge de George et Sharon « Romans sous influences »

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51 réflexions au sujet de « VIRGINIA et VITA de Christine Orban »

    • S’il t’intéresse je peux te le faire voyager ? Ne connaissant pas l’oeuvre (un peu Virginia) de l’une et de l’autre, je trouve ces portraits appétissants et le livre est bien écrit !

  1. Oui ce livre est passionnant car comme tu le dis on a l’impression d’être dans le cerveau tourmenté de Virginia Woolf. C’est vrai que leur histoire d’amour s’est arrêtée après la parution du roman « Orlando » mais que leur amitié a perduré. Toutefois si les biographes s’accordent à penser que Virginia était sexuellement attirée par les femmes, certains pensent que son mariage avec Léonard était consommé. A mon avis, Léonard aimait totalement Virginia pour supporter toutes ses affres, sa maladie mentale et le reste…il aimait la femme et l’écrivain.
    Dans la jolie collection poche où les couvertures sont relookées par Christian Lacroix, il y a notamment  » Tendre est la nuit »,  » Emma » ,  » Lettre d’une inconnue » mais aussi  » Toute passion abolie » de Vita Sackville- West…à essayer peut être.

    • Oui j’ai lu plein de choses sur Google après avoir fait mon billet et en cherchant à en savoir plus sur Vita ! Elle est « dans l’ombre » dans ce livre mais elle était réputée à titre d’écrivain, moins géniale certes mais talentueuse ! J’ai noté dans ma LAL le livre dont tu me parles (entre autres) et je vais essayer de (re)(re)lire La Traversée des apparences qui dort dans ma PAL depuis vingt ans au moins !! Merci en tout cas pour ce livre que j’ai beaucoup aimé !

  2. Comme tu aimes à la fois Vita et les jardins, je ne peux que te conseiller Portrait d’un mariage, le livre que Nigel Nicolson a dédié à son père et à sa mère, Vita où il décrit sa passion pour le jardinage.Je ne sais pas si la traduction française est illustrée mais celle que j’ai (en anglais) montre de magnifiques photos de Sissinghurt et autres documents d’époque.

    • Merci ICB ! Je l’ai noté en lisant la bio de Vita (sur WIKi), j’ai vu que Nigel avait défendu le mode de vie de ses parents et les photos que j’ai vues de SIssinghurt font rêver…

  3. Jamais lu Virginia. Peut-être qu’avec ce livre, je commencerai par capturer le personnage. Mais je ne pourrais jamais faire un billet après le tien !!!

  4. Lu Virginia Woolf il y a longtemps, Vita Sackville-West cette année. Le jour où ma PAL diminuera, pourquoi pas ? Mon soucis est que je n’aime pas du tout Christine Orban.

    • Décidément, elle n’est pas aimée cette dame ! C’est le premier livre que je lis d’elle et c’est une bio, donc difficile de juger… Ce que j’ai lu était passionnant, bien écrit, rien à dire !

  5. Et bien, je constate que MTG adore Christine ORBAN…
    Pour ma part, je laisse de côté ce genre de lectures. Je ne suis pas assez disponible, de corps et d’esprit…
    Comme Syl a raison… Comment écrire sur un même sujet, après toi, Asphodèle ?…
    Je n’en reviens (toujours) pas de ton talent à écrire. A chaque fois, tu donnes l’envie de te suivre dans tes choix…
    Enfin, pour finir, à vous deux : « Il y a les livres que l’on dévore, mais aussi ceux qui vous dévorent ». Christine Orban (clin d’oeil à MTG :))
    Bisous

    • Quand j’ai aimé un livre, je peux être « lyrique », je me laisse emporter par le livre en fait… Mais je n’aime pas à chaque fois, dans ce cas, je fais juste trois lignes… Visiblement Christine Orban n’est pas trop aimée des blogueuses, j’irai voir ce que je peux lire d’elle pour me faire un avis plus net car cette bio n’est pas forcément représentative de son oeuvre, et elle a pas mal écrit à ce que j’ai vu sur Google !! J’adore tes clins d’oeil à MTG… Bises (Dis donc je te trouve bien calme aujourd’hui !!! ;))…

  6. Je note avec intérêt ! La publicité médiatique autour des 2 volumes de Pléïade me fait baver d’envie, très envie de lire et relire du Woolf ! je ne sais pas quand je passerai à l’acte cependant… Bonne journée !
    P. S. Sans rapport, normalement dans ta boîte mail, tu dois avoir les recettes des liaisons culinaires, je te les ai envoyées la semaine dernière.

    • Si tu veux le lire, je peux te le prêter !! J’ai demandé à George et à Syl. qui n’ont pas répondu pour le moment mais tu peux être la première à le lire ! Des recettes ??? Je vais aller voir ça dans ma boîte mail surchargée, heureusement que je ne la vide pas toutes les semaines ! (j’en ai reçu un de toi où on me disait « impossible de l’ouvrir », deux jours après « Dans deux mois »… serait-ce celui-ci ??). Je vérifie tout à l’heure car je dois m’absenter…

      • Pour les mails : peut-être que les pièces jointes sont trop grosses ? Je vais y regarder aussi. Et oui, si tu fais voyager ce livre, je m’inscris avec plaisir ! On se voit bien début juin !

        • Je l’ai retrouvé mais je ne peux pas ouvrir les PJ effectivement !! Je t’envoie le livre début de semaine prochaine avec son parcours !! Tu me confirmes la date surtout, pour juin !!! 🙂

  7. Je ne sais pas si c’est ta façon d’en parler mais j’ai très envie de lire ce livre ; grave !! Je n’ai encore rien lu de Christine Orban mais j’ai vraiment envie de la découvrir. De plus Wirginia Woolf m’intéresse énormément et j’ai lu aussi un livre de Vita Sackeville-West qui m’a bien plu. Je note immédiatement ce titre que je n’avais pas repéré mais peut-être que ma bibliothèque l’a dans ses rayons … Bises, ma belle.

    • Eh bien je te le conseille vivement ! Cela donne un éclairage nouveau sur l’oeuvre de cette grande auteure car il y est beaucoup question de comment, pourquoi elle écrivait ! Bises à toi également et bonne journée !^^

  8. ça valait la peine de terminer ce billet 😉 Virginia Woolf est un des auteurs que je devrait lire mais que je ne lis, un jour peut-être

    • J’ai toujours eu du « mal » avec elle ! Je vais essayer de m’y remettre mais ce n’est pas une auteure facile… Et puis effectivement, il y a des livres qui méritent d’être lus à la « maturité » (je peux parler !^^)…

  9. Ping : BILAN du S.T.A.R – Semaine 2 – |

  10. Mais j’avais laissé passer ce magnifique billet !!!! Je comprends mieux pourquoi tu veux découvrir Vita. Je te l’envoie cette semaine. Superbe billet. J’ai dû lire Virginia Woolf à la fac et même si je reconnaissais son talent, j’ai toujours eu du mal à vraiment « aimer ». Peut-être que maintenant x années plus tard, je verrais ça différemment. bises

  11. Ping : TOP TEN TUESDAY 2 ! |

  12. Moi c’est l’inverse, j’ai trouvé pas mal de longueurs dans ce livre et il ne m’a pas du tout donné envie de découvrir les deux auteures citées

  13. Ping : BILAN D’AVRIL & Requêtes diverses! |

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  15. Ping : HAUTE SOCIÉTÉ de Vita Sackville-West |

  16. Personnellement, Virginia Woolf me fascine, me passionne, V. W. mais aussi, tout ce qu’il y a autour. Ses rapports complexes avec d’autres écrivains (Lytton Strachey, Vita), son entourage (sa soeur, le peintre Vanessa Bell, l’amie de Lytton, Carrington…) ses souvenirs – le Journal du 22, Hyde Park Gate… Elle est vraiment au carrefour des arts -des beaux-arts- et de la littérature. Pas facile à lire, certes, – Orlando est peut-être le premier livre à lire. Son deuxième s’inspirait de la manière d’écrire de Jane Austen. Et puis, il y a le sommet (« Une chambre à soi » – qu’elle a promu en France d’ailleurs, en compagnie de Vita). Son principe: elle alternait livres graves et livres plus « légers », romans et / ou essais/ biographies… Et puis, il y a son journal (elle y relate sa rencontre avec Yourcenar « Mademoiselle Youniac » écrit-elle « ou quelque chose comme cela » – elle parle des fleurs de sa robe, curieux d’imaginer la rencontre de deux grands écrivains… Et sa correspondance (dont je n’ai lu qu’une infime partie). J’ai lu la première version de ce roman, à l’époque, on avait peu de témoignages sur cette relation. Il y en a eu d’autres après, comme « quatre lettres cachées » (retrouvées à Sissinghurst, je crois). Et puis, il y a des phrases par-ci, par-là, Vita écrivant dans une lettre (je crois), « avant toi, j’écrivais de mauvais romans / rencontre de Virginia / Mauvais romans avant, bonne poésie (après) ». Et tout le monde sait que les poètes sont moins célèbres que les romanciers. Et puis, cette relation vit dans la création respective (Orlando pour Virginia, la poésie pour Vita) et il y a des croisements… « She has beens like beech-trees » écrit Virginia à propos de Vita, et Vita, quelque part, (mais je ne sais plus où) écrit sur les chênes de Knole… Je ne sais pas pourquoi j’aime tant Virginia Woolf, qui est si difficile à lire… Si, je crois que je sais pourquoi… Comment cette femme à la vie si difficile, avec un psychisme en proie à une maladie si dure (et sans les médicaments qu’on a aujourd’hui ) est parvenue à produire une oeuvre pareille ???

    • Pivoine, waouh ! ça c’est du commentaire et tu t’y connais bien plus que moi en Virginia Woolf, j’avoue que j’ai du mal à la lire malgré son talent indéniable ! Quant aux traitements psychiatriques de l’époque, finalement mieux vaut qu’elle n’y ait pas eu droit, ils l’auraient lobotomisée et qui sait , nous n’aurions pas eu autant d’oeuvres de sa part ! Vita est quant à elle beaucoup plus accessible, j’aime beaucoup ses romans !

  17. J’arrive ici un peu par hasard, via Jacqueline de Romilly puis, de page en page … Virginia Woolf occupe depuis quelques années déjà la première place dans mon Panthéon. Par elle, j’ai découvert Vita Sackville-West dont il me reste beaucoup à lire. La correspondance entre ces deux femmes est par ailleurs absolument passionnante, tant pour découvrir une autre facette de Virginia Woolf que pour comprendre les processus d’écriture de chacune des épistolières.
    Mais, si je me permets ce commentaire, c’est essentiellement pour indiquer la biographie que Viviane Forrester a consacrée à Virginia et qui fait tomber un nombre incalculable d’idées, véhiculées par Léonard notamment, par Quentin Bell également. Frigidité, sacrifice du mari à sa femme etc. Et si tout cela n’était que couverture pour l’époux qui avait lui-même quelques aspérités à dissimuler ? Pour une famille qui parfois n’a pas su – ou pas voulu – comprendre le génie de Virginia ? Bref. C’est un ouvrage extrêmement documenté et auquel, nous pouvons, je le crois, accorder sans mal notre confiance.
    Pour ce qui concerne les lectures plus accessibles de Woolf, mais c’est un avis tout personnel, il est possible de débuter par ses Instants de vie (à défaut d’avaler immédiatement son Journal) qui, en livrant un peu de l’existence de l’auteur, permettent de poser un cadre utile à la compréhension de ses oeuvres. Nuit et Jour, La traversée des apparences et La promenade au phare me semblent plus « classiques » dans leur structure et par là-même moins déroutants 😉

    • Middlemarch, bonjour et bienvenue ici ! Merci pour ce long commentaire explicatif ! Je sais pour la bio de Viviane Forrester, je l’ai vue sur des blogs en juin, lors du mois anglais ! J’ai essayé plusieurs fois de lire La traversée des apparences que j’ai dans ma PAL mais je crains que l’écriture de Virginia soit trop hermétique pour moi ! Vita est nettement plus accessible… Mais comme je suis têtue, je réessaierrai encore ! 🙂

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