Un été à quatre mains de Gaëlle Josse

Montage personnel.

Recevoir un nouveau livre de Gaëlle Josse est une joie intime qui m’assure un moment de lecture privilégié, entre art(s) musicaux, peinture, ses domaines de prédilection, style poétique mais aussi envolée de l’imaginaire à partir de recherches et de déductions absolument crédibles et infiniment possibles… Comme elle le dit dans son avant-lire : « Chaque histoire de vie, chaque destin possède ses trous noirs, ses terres d’obscurité et de silence, ses creux et ses replis. On devine parfois qu’ils « bourdonnent d’essentiel » comme l’écrivait René Char. On devine qu’en leur secret, derrière le rideau, se sont joués des moments décisifs, dont les harmoniques continuent à irradier la vie, longtemps après. » (page10).

Je connaissais Schubert, sa célèbre « Truite », « Rosamonde » car mon père nous berçait de classique mais de Franz je ne connaissais rien et ce fut une découverte surprenante.

Une toute petite partie des classiques qui ont bercé mon enfance (un peu moins mon adolescence rock & roll) !

Ce sont quelques mois de la vie de Schubert, entre la fin du printemps jusqu’à l’automne 1824 que nous conte Gaëlle Josse. La possibilité d’un amour à portée de main, de coeur et d’âme et son impossibilité à se réaliser.

En 1824, Franz Schubert a déjà composé ses plus beaux morceaux mais reste un compositeur pauvre qui vit à Vienne avec ses amis une vie de bohème qui lui convient parfaitement, sauf ses échecs auprès de ceux qui font la pluie et le beau temps dans le monde musical. Autrement dit les critiques car ses pairs ont reconnu le génie en lui. Aussi quand il est invité à Zseliz, villégiature prisée de la campagne hongroise, chez la riche et haute aristocrate famille hongroise EsterHazy, comme maître de musique, pour la deuxième fois après 6 ans, les deux jeunes filles dont il a la charge ont bien grandi. L’aînée, Marie, 21 ans est déjà une mondaine comme sa mère sans réel intérêt pour Franz, alors que Caroline, âgée de 19 ans, lui a laissé un souvenir timide, portée par l’amour de la musique, par leur jeu à quatre mains pour lequel il a composé nombre de lieds et autres partitions qui sont passées depuis à la postérité. A l’époque il est hanté par « La belle meunière« .

Il n’a que 27 ans et mourra quatre ans plus tard, malade de la syphilis,  il est déjà empâté, transpirant, court sur pattes mais a une âme et une sensibilité de gentleman. Et surtout, il a besoin d’argent après les « bides » de son année 1823. « Sa musique à lui n’est qu’intériorité, tendresse, joie simple et mélancolie, mais il est difficile de renoncer à ces rêves de gloire qu’il vit les yeux ouverts, dans le secret de ses nuits… » (page 24). Aussi, les mécènes que sont les Esterhazy lui offrant le gîte, le couvert et une belle somme d’argent ne se refusent pas. Mais Franz conscient qu’il en a besoin place sa musique avant les mondanités et leurs hypocrisies. Sa musique seule compte, il est habité par elle, écrit sans cesse sur son papier à musique et trouve en Caroline un écho fait de grâce, de mystère et de talent  qui l’envoûte peu à peu. « Franz ne peut penser à une possible idylle avec elle. Leurs noces demeureront secrètes et spirituelles. La vie doit-elle toujours en aller ainsi ? De douleur en déception ? De tendre songe en cruelle réalité ? » (page 60).

Néanmoins, le coeur déchiré, alors qu’il repartira mi-octobre, heureux aussi de retrouver les joies de la liberté de sa vie viennoise, l’écharde est dans son coeur et ne va cesser de grandir puisqu’il composera ouvertement une oeuvre qui lui sera dédiée ainsi que toutes ses compositions à quatre mains. N’y a-t-il pas eu des signes qui ne trompent pas un coeur amoureux pendant cette parenthèse enchantée à Zseliz ? Des frôlements, une main qui s’attarde sur son poignet…mais aussi le vert, la « mauvaise couleur » à chaque fois qui le conforte dans son désespoir solitaire et son destin contrarié (aujourd’hui on dirait mauvais karma). Ou ne devrait-on pas préciser que le désespoir de se voir refuser ses pièces au profit d’auteurs à la mode  le plonge dans des abîmes de tristesse inconsolable.

En donnant vie à une possible histoire d’amour entre Franz et Caroline dont on ne sut jamais rien de la réciprocité, sauf que Caroline ne se maria que 20 ans plus tard et que son mariage fut déclaré nul à sa mort en 1851 ! N’est-ce pas pas un signe de plus qui a poussé Gaëlle Josse à broder sur cette histoire ? Sa plume est toujours aussi aérienne comme les quatre mains fiévreuses de Franz et Caroline au piano lors de cet été suspendu dans la chaleur estivale de Zseliz.  » À la fin de la leçon, Caroline se lève, remercie pour la leçon, prend congé sans un sourire. Franz croise un regard d’une insondable tristesse.Un appel muet qui lui déchire le coeur. » (page 80).

La dimension musicale, historique, le décor de Vienne côté bohème et de Zseliz qui est une démonstration de profusion des richesses brossent aussi un tableau de l’époque qui s’avère passionnant. Je ne dis pas tout, bien que dans l’avant-lire Gaëlle Josse ne laisse aucune place au « suspense », si c’est ce que vous cherchez, passez votre chemin mais malgré cela, on se prend à espérer, à rêver que…peut-être…au dernier moment Frantz enlèverait la sage Caroline à son milieu luxueux…

J’ai lu tous les livres de Gaëlle Josse et avec celui-ci, j’ai l’impression (qui n’engage que moi) que son oeuvre est comme un puzzle inachevé (et inachevable ?) dont elle reconstitue un morceau à chaque livre en parcourant des chemins à la fois familiers et vierges qu’elle s’évertue à rassembler, recoudre. Mais chaque romancière n’est-elle pas un peu la couturière de son âme ? Et je ne peux qu’espérer que le puzzle est loin d’être achevé et que d’autres broderies aussi fines nous attendent…

Merci à Gaëlle pour cet envoi gracieux et fort apprécié. Une lecture que je vous conseille, si comme moi, vous aimez l’Histoire, la musique mais aussi et surtout la petite histoire qui fait la différence…

« Un été à quatre mains » de Gaëlle Josse aux éditions HD ateliers Henry Dougier, sorti le 23 mars 2017.87 pages (trop vite lues). 8,90€. Un très bel objet-livre, ce qui ne gâche rien !

Et pour finir une « Fantaisie pour piano, à quatre mains » qui a dû résonner au-delà des hautes fenêtres du petit palace qu’était la demeure des Esterhazy, soufflant sur la campagne surchauffée de Zseliz ses notes mélancoliques dont les harmoniques résonnent encore au-delà du temps…

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SUR LA PLAGE DE CHESIL de Ian McEwan

IMG_1628Non vous ne rêvez pas ! Ce blog moribond, à la faveur d’une LC, sort de son silence involontaire. Je pense que c’est mon pire mois anglais depuis que je le « pratique », j’exclue la première année où je ne participais pas, ni au mois anglais ni aux challenges… Je pourrais même dire que c’est mon pire mois de juin depuis que je blogue ! Mais comme avec Galéa, nous nous étions promis de faire cette Lecture Commune, je rédige ce billet vite vite, sachant que le 24 juin sera encore une journée très caliente…du moins la matinée. Comme j’ai beaucoup aimé ce livre, je fais un gros effort pour vous en parler et j’espère, vous donner envie de le lire. Il me semble avoir compris que Galéa n’avait pas aimé, c’est aussi cela la diversité de la bloguo et c’est dans des moments comme celui-ci que je m’aperçois à quel point j’y tiens. Donc vous ne me voyez pas par la force des choses mais quand je serai de retour (pour de bon), je ne vous lâcherais plus… Vous aurez été prévenus ! J’ai lu ce livre en octobre dernier, j’avais fait un looong billet sur un carnet à l’hôpital où je séjournais mais au moment de le rédiger, ce sont d’autres mots, plus « synthétiques » qui sont venus, mais sans les réactions à chaud de ce billet manuscrit, il m’aurait été difficile de le faire. Lire la suite

MANDERLEY FOR EVER de Tatiana de Rosnay

IMG_2941J’ai lu cette biographie d’une traite (ou presque), comme un roman, à la fois fascinée et perplexe par la vie de Lady Browning – Daphné du Maurier. D’ailleurs je ressors de cette lecture avec des sentiments très mitigés sur cette romancière emblématique. D’elle je n’ai lu que Rebecca, j’ai abandonné L’auberge de la Jamaïque, pas continué La maison sur le rivage et actuellement je peine sur Le Bouc émissaire…mais ayant lu qu’il parlait de son histoire avec son mari, quand on a suivi les quelques bonheurs et les nombreux  chaos de son mariage dans cette biographie, on a envie de s’accrocher. Mais après cette lecture, j’ai envie de refaire des essais et de remettre certaines pièces du puzzle… Lire la suite

LES APPARENCES De Gillian Flynn

apparences viuvMême la couverture du livre offre un plissé de la robe en surimpression que nous pouvons toucher !! L’apparence a toute sa place ici ! Je ne m’attendais pas du tout à ÇA. Certes c’est un polar mais avec une trame psychologique sur la manipulation diablement bien faite et addictive !

De l’histoire, je ne vais pas pouvoir vous parler beaucoup car l’intérêt principal du livre repose sur sa construction, les volte-faces avant l’épilogue qui avouons-le n’est pas du tout à la hauteur du reste. Hormis ce bémol, je ne me suis pas ennuyée une seconde et c’est tout ce que je demande à ce genre de livres. A n’être pas trop vulgaire non plus, là aussi c’est limite mais supportable.

Amy et Nick, presque quarante ans, forment un couple middle-classe, bien sous tous rapports jusqu’au jour où la crise financière de 2008 les atteint de plein fouet et qu’ils sont obligés de quitter New-York, leur maison luxueuse pour une plus petite, pavillonnaire dans le Missouri natal de Nick où ce dernier a ouvert un bar avec sa soeur jumelle Go.

Le livre démarre le jour de la disparition d’Amy, le jour de leur cinq ans de mariage. Aussitôt ou presque, Nick devient le seul suspect car, outre le fait qu’il n’a pas montré d’affolement devant les caméras de télévision le jour du « drame »  (pensez donc, il souriait), il n’a pas d’alibi solide à l’heure de la disparition d’Amy.

Les chapitres alternent avec les voix de Nick et d’Amy, Amy parlant depuis son journal intime commencé en 2005, quand ils se sont rencontrés et les chapitres avec la voix de Nick se situent eux, dans le présent et le déroulement de l’enquête. Fatalement, on se dit que le passé et le présent vont finir par se rejoindre vu que le journal d’Amy suit la chronologie du temps, tout comme on se dit que c’est un mauvais rêve, qu’Amy va revenir mais non, pas du tout. Un superbe rebondissement arrive à mi-parcours et nous fait changer d’idée. De leur mariage cinq ans plus tôt à leur arrivée dans le Missouri, que s’est-il passé dans leur vie pour que le mystère s’épaississe au fil de l’enquête ? Que se passe-t-il que les autres ne savent pas surtout ? Les autres ici sont les célèbres parents psychologues d’Amy, auteurs d’une série enfantine à succès et qui met en scène…leur propre fille, « L’épatante Amy », un avatar parfait de ce que devrait être Amy. Il faut compter également sur la soeur jumelle de Nick, Margo dite Go… Ce qui est intéressant dans ce livre et que j’ai trouvé surprenant pour un polar, c’est l’étude au scalpel de la psychologie d’un couple. pourquoi les filles choisissent de se marier, pourquoi les hommes sont-ils si niais devant une jolie fille ? Se choisit-on pour ce que l’autre est vraiment quand on le rencontre ou espère-t-on qu’il deviendra idéal, à l’image de ce que l’on attend d’un mari ou d’une épouse ? Les apparences sont le moteur qui donne à la vie sociale sa raison d’être, elles maintiennent « l’amour » ou ce qu’il en reste dans un nuage en suspension mais elles sont truquées pour ne pas dire pipées et quand le nuage perce, ce n’est pas de l’eau qui tombe mais de l’acide sulfurique. Derrière le vernis, les pires scénarios se trament… et c’est ce que Gillian Flynn nous prouve ici avec maestria, si ce n’est la fin, surprenante et décevante car on aimerait nous lecteurs qu’il y ait une justice, mais non, pas là : les méchants restent méchants et les lâches ne deviennent pas des héros du jour au lendemain. Sinon, on reste en apnée jusqu’au bout !

Il y a aussi un tableau de l’Amérique actuelle, sur fond de crise des sub-prime et des passages très bien décrits sur ces maisons abandonnées, sur la pauvreté des petites villes autrefois pimpantes qui ne sont que l’ombre d’elles-mêmes, comme nos personnages qui suivent la spirale infernale du déclassement social et de ses répercussions dans leur vie familiale. Gillian Flynn, originaire et amoureuse de son Missouri natal nous livre des pages émouvantes sur la maison de Mark Twain à Hannibal qui ne fait plus recette et ne se vendrait pas pour des sommes extraordinaires. C’est dire… La description du gigantesque centre commercial  de la ville, principale source de travail quelques années plus tôt offre une vision apocalyptique avec ses rideaux baissés, ses SDF drogués et désespérés.

Vous l’aurez compris, un livre qui, malgré un style simple soulève bien d’autres interrogations à travers la disparition de l’héroïne, un livre qui nous répète (si on ne le savait pas) qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Tout est affaire de manipulation, l’auteure joue avec nos nerfs pour notre plus grand plaisir.  Un  pavé de 650 pages qui est loin d’être indigeste !

Les avis divers et variés de : AifelleAlex Brize Cristie Galéa Hélène Keisha Liliba  Mango Sandrine Stéphie Theoma Véronique.  Et depuis que j’ai tapé ce billet, les avis de George et Belette. Et Clara, que j’avais oubliée !

Ce livre a été lu en partenariat avec Le livre De Pochelogo ldp

Il compte pour les challenges suivants :  » Romancières américaines » de Miss G.  le « mois américain » chez Noctambule.  « Thrillers et polars » chez Liliba. Pour mon challenge « À tous prix », aussi (Grand Prix des Lectrices de elle 2013, catégorie policier). Et celui d’Irrégulière dans la catégorie « amour cauchemardesque »…Logo challenge polars liliba 2013

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NOS VIES DÉSACCORDÉES de Gaëlle Josse

un livre magnifique !

un livre magnifique !

Voici le livre sensible qui m’a redonné le goût et l’envie de lire. Un livre qu’a fait voyager Fransoaz mais que j’ai découvert  l’an dernier chez Delphine,  puis chez Galéa, puis Laure… Et devant leurs billets élogieux, l’envie a suivi… Comme il ne fait que 142 pages, la lecture m’a semblé plus douce. É

Un matin, Francois, pianiste concertiste célèbre reçoit un message concernant Sophie. Plus particulièrement d’un membre du personnel de l’asile psychiatrique où Sophie est enfermée depuis trois ans. D’un seul coup, elle devient sa priorité. Sophie… « Trop aimée pour admettre qu’elle ne pourrait plus jamais être la même. Trop aimée pour admettre que depuis toujours, elle avançait sur un fil tendu au-dessus des abîmes ». (p.43). Ce grand amour, sa muse oubliée depuis trois ans, résonne en lui comme un remords, une évidence à laquelle il ne peut plus échapper. Il va annuler tous ses concerts et partir à la recherche de cet amour éclaté, de cette femme « indéchiffrable » qu’il n’a pas su comprendre avec sa jalousie récurrente et l’idée qu’elle lui était acquise à jamais. Or, comment réparer un violon cassé si on n’est pas un peu magicien ? Quand on n’est qu’un homme a la triste figure. Il n’est pas du tout sympathique François, nous le détestons pratiquement les 3/4 du livre, nous n’arrivons pas à lui trouver une excuse valable, jusqu’à la toute fin (c’est un peu dommage d’ailleurs) où certaines clés nous sont enfin données.

Qui est vraiment Sophie ? Qu’est-ce qui les lie au-delà du temps, des autres femmes, au-delà de la maladie. Sophie est devenue aphasique, elle a perdu les mots mais écoute sa musique à lui en boucle depuis trois ans. Qu’est-ce qui a provoqué cette discordance et pourquoi ? « Il faudra bientôt solder trois années de lâcheté. Plus tard. Comme la plupart des hommes, je suis mono-tâche. Séquentiel. Binaire. » (p.13). Voilà, dès le départ nous avons un aperçu de ce qu’il est, lui. Et dans des chapitres en italiques qui alternent, la voix de Sophie, poétique et malheureuse : « Quelle est cette autre voix, à l’ombre du murmure ? Toutes blessent. L’une frappe au coeur, la dernière éteint toutes les larmes. (…) La dernière tue. » (p.25).

Je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer ce livre, même involontairement… Je peux juste dire que le chemin vers la rédemption n’est pas facile à trouver et qu’il n’est pas pavé de roses, il y aura des épines à arracher, avec un espoir qui nous tient en haleine. Qu’il n’est pas facile, même à un musicien de retrouver  le « la » quand la musique s’est brisée sur une cacophonie insupportable, qu’il faut beaucoup d’amour et de  remises en question pour donner un sens à ce qui s’est passé dans une autre vie…

Merci encore à Fransoaz d’avoir fait voyager ce livre merveilleux, si la fin avait été moins abrupte j’en aurais fait un coup de coeur, on y était presque et c’est déjà beaucoup !

Une participation au challenge d’Anne « Des Notes et des mots », une à celui de Lystig « Vivent nos régions » pour le sud-ouest de la France où se déroule les 3/4 de l’intrigue (Valmezan), en alternance avec Paris (à égalité) au début et qui revient en flash-back. Et donc une autre pour le challenge « Paris » de Sharon (la rue de Rome, la rue Lagrange, etc). Et bien sûr à celui de l’Irrégulière dans la catégorie  » amour-toujours ».

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JANE EYRE, le film de Cary Fukunaga

jane eyre posterC’est grâce à mon ami Mind The Gap, dont vous pourrez lire la chronique ICI, que j’ai enfin visionné ce film. L’été dernier, j’avais regardé (juste après ma lecture du livre de Charlotte Brontë, par là) la version 2006 de la BBC sur Arte et bien qu’elle fut bonne, ce film m’a enthousiasmée !

Même si le réalisateur a fait de larges coupes dans l’histoire et il eût été difficile de faire autrement vu la densité de l’oeuvre, le film restitue à merveille les scènes marquantes pour ne pas dire les moments inoubliables qui nous font lire et relire ce livre et le hisse au rang de chef-d’oeuvre.

Pour les néophytes, je sais qu’il en reste encore et tant mieux, le film commençant sur l’action se déroulant aux 3/4 du livre, je ne peux pas décemment en parler sans spoiler, donc je vais faire autrement…jane eyre petite dans la chambre rouge

Jane Eyre enfant dans la terrible scène de la chambre rouge…
Jane Eyre est une jeune fille, pas vraiment jolie, qui n’a connu à 18 ans que sévices, tout d’abord de la part de ses cousins et de sa tante adoptive, l’ignoble Mrs Reed. Cette dernière va l’envoyer dans une pension infâme où elle recevra une éducation de fer avant d’y devenir elle-même enseignante. Les jeunes filles pauvres et sans famille n’avaient guère d’avenir dans l’Angleterre victorienne… Suite à une annonce, elle est acceptée comme préceptrice à Thornfield, un château austère perdu dans la campagne anglaise. Elle a en charge l’éducation d’Adèle, la pupille française (et évaporée) de Mr Rochester. J’ai d’ailleurs apprécié (contrairement au livre) qu’elle ne parle pas français, ce qui nous évite de douloureuse traductions…jane eyre mia 1

Mia Zukowska as Jane Eyre

Le film alterne les souvenirs de Jane Eyre enfant (la jeune actrice -Judi Dench- est excellente), avec la situation de la fin du roman (dont je ne peux vous parler). Puis, très vite, en même temps que l’intérêt de Rochester pour Jane Eyre grandit, le poids de son secret, celui qui se cache dans « la pièce du fond », au fond d’un couloir obscur ajoute du mystère à l’atmosphère pesante de ce vieux château. Fassbender est remarquable en héros romantique tourmenté et Mia Zukowska parfaite, nous transmettant la retenue dûe à son éducation (et à l’époque) et la passion secrète qu’elle voue à son Maître…jane eyre Rochester fassbenderMichael Fassbender as Rochester

Les décors, les costumes dans les tons de beige, bleu, gris, proches de la nature anglaise sont irréprochables et d’ailleurs signés par le costumier oscarisé d’Orgueil et Préjugés. Ce que j’ai apprécié également, en comparaison avec la série BBC de 2006 dont je parlais plus haut, c’est la pudeur des scènes d’amour qui dans la série étaient too much pour être crédibles. Si la passion reste brûlante, elle n’est qu’effleurée en apparence et d’autant plus magnifiée…comme dans le livre où ces scènes sont laissées à l’imagination du lecteur.jane eyre et rochesterSi vous avez aimé le livre, je vous conseille vivement ce film ! En sachant qu’il reste incomplet, il ne dure que deux heures… Deux heures dans l’univers de Charlotte Brontë, dans des paysages magnifiques avec des acteurs à la hauteur, ça ne se refuse pas !

Et une dernière participation au très beau Challenge Victorien d’Aymeline qui se termine (j’espère qu’elle va le prolonger) ! Une aussi pour le Challenge amoureux de l’Irrégulière, catégorie « amours éternelles ».

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LE COL DE L’ANGE de Simonetta Greggio

col de l'ange couv'Que ce livre m’a fait du bien ! Une parenthèse lumineuse avec les mots qui dansent de Simonetta.

Blue flirte avec la cinquantaine mais, ignorée du temps, elle est encore superbe. Elle pleure Nunzio, son frère de lait, son double, celui qu’elle n’a jamais quitté depuis leur naissance. Nunzio a disparu du luxueux appartement parisien où ils vivent tous les deux. Lui avec ses gitons de passage, elle entre deux avions et deux amants. Cette disparition la plonge dans un état de stupeur et de chagrin incompréhensibles.

Blue ne peut que retourner au Col de l’ange, cet endroit de montagnes, rude, où sa vie a commencé. Là-bas, attend Marcus, le frère aîné de Nunzio, Marcus a toujours eu huit ans de plus qu’eux, Marcus n’a jamais quitté le Col de l’ange.

Le procédé narratif est intéressant puisque l’auteure fait parler Nunzio qui dit « avoir disparu depuis dix-sept jours et dix-sept nuit dont une nuit de pleine lune ». Nous ne savons pas s’il est mort ou s’il a disparu dans une faille temporelle. Cette forme épistolaire (il s’adresse à Blue) permet de parler de leurs vies, de leur passé, leurs amours, leurs blessures. Pourquoi ils n’ont jamais pu vivre l’un sans l’autre mais pourquoi aussi Marcus attend là-haut depuis trente ans.  » Marcus se souvient de tout. Il s’en souvient si bien qu’il a pu se réciter nuit après nuit, ce chapelet, où toutes les dix souffrances, il y aurait un grain de bonheur ». (p. 53)

Quel chemin parcouru pour Blue depuis cette enfance où elle était encore Nine, une enfance heureuse qui a mal tourné. Jusqu’à la fuite du Col de l’ange. Comme je l’ai dit il y a peu, on finit toujours par revenir, même contre son gré. De là à ouvrir enfin un dialogue avec Marcus le taiseux, comprendre enfin peut-être que ce qui éloigne peut rapprocher aussi. « Mais tu as tatoué son coeur, tu l’as barré de ton nom, verrouillé. Un amour non vécu n’est pas un amour perdu. C’est un amour qui vous perd, qui vous possède plus que vous n’en êtes dépossédé » (p 58).

Ce livre est lumineux malgré les sujets lourds qu’il aborde ; l’espoir et l’amour, l’amour tout court en sont les moteurs fondamentaux. La plume alerte, bouillonnante de Simonetta, découverte ICI avec L’odeur du figuier m’a emportée pendant deux petites heures au long de ces courtes 117 pages ! Merci Laure pour ce livre que j’ai beaucoup aimé !

Une participation au challenge de Lystig, pour les Alpes. Logo Lystig

Et pour le Challenge amoureux de l‘Irrégulière, catégorie « amour-toujours » ! logo challenge amoureux 3

HEATHER MALLENDER A DISPARU de Robert Goddard (Into The Blue).


heather mallender a disparuJe ne connaissais rien de l’auteur avant de recevoir ce livre en partenariat avec Le Livre de Poche et je suis ravie de mon choix de mars ! Robert Goddard est réédité chez Sonatine, ce qui est un bon point de départ pour faire connaissance. Into the Blue est le titre original.

Un roman-fleuve,  thriller psychologique plus que polar qui s’étire sur 714 pages et que j’ai pris le temps de savourer…

 L’action se passe à la fin des années 1980. Harry Barnett, 55 ans fatigué, vit à Rhodes depuis dix ans. Il s’occupe de l’entretien de la villa de son meilleur ami, homme politique influent, Robert Dysart. Il y a des descriptions de la vieille ville de Lindos qui sont très belles. Tout les éléments sont réunis pour mener une existence idyllique. Sauf que, socialement, ce pauvre Harry  n’est plus grand-chose, et sa soûlographie permanente ne l’aide pas à avancer. Sa vie va changer avec l’arrivée à Rhodes de la timide et effacée  Heather Mallender, jeune femme de 28 ans, qui se remet mal d’un choc émotionnel. Lors d’une balade sur le Mont Prophitis Ilias,  elle disparaît (dès les premières pages), mystérieusement, comme si sa nature l’avait prédisposé à ce phénomène de volatilité , à moins qu’on ne l’ait aidée… Harry se ressaisit, il veut la retrouver, il ne se résigne pas à la thèse floue de la mort supposée mais pour cela, il faut qu’il retourne en Angleterre, qu’il  se frotte à la réalité. Et pas facile de retourner chez sa mère, sans le sou, de constater l’échec qu’est sa vie. La quête qu’il entreprend pour retrouver Heather le fait retourner dans son passé, dans celui des autres et c’est une fresque sociale, politique de l’Angleterre des années 1940 à 1980 que nous brosse Robert Goddard. On s’aperçoit que la notion de « caste » sociale très victorienne n’a pas complètement disparu.  » Il n’avait pas remarqué Harry, ce qui n’avait rien d’étonnant, les piétons faisant partie pour lui des classes inférieures qu’il considérait comme quantités négligeables » (p. 192).

Piqué dans sa dignité et par amour pour Heather (même si c’est un amour qu’il ne s’avoue pas de suite), il va chercher à comprendre comment il en est arrivé là, comment il  a gâché sa vie bien qu’on l’ait un peu aidé à sombrer à un moment. Et comment depuis dix ans, il est entretenu par son ami Dysart dans cet état végétatif… mais aussi pourquoi !

De rebondissements en rebondissements, l’auteur nous ferre et il ne manque ni de style ni de souffle pour nous tenir en haleine sur une telle longueur ! Sa plume a la légèreté d’un tissu Liberty mais n’en est pas moins corrosive lorsqu’il s’attaque à la corruption du monde politique et financier tout en gardant un humour très british face à certaines situations consternantes :  » Était-ce cela la clé de la psychanalyse, se demanda Harry, le massage mental ? » (p. 327). Avec un final décoiffant, ce thriller psychologique et très fin mérite ses rééditions. L’oeuvre de l’auteur étant conséquente, il est certain que je le lirai à nouveau. Si vous ne savez pas quoi emmener pour vos vacances, n’hésitez pas à le glisser dans votre valise !

SUR L’AUTEUR :

Robert Goddard est né en 1954 en Angleterre. Journaliste, enseignant puis proviseur pendant plusieurs années, il décide de se consacrer entièrement à l’écriture au milieu des années 1980. Longtemps souterraine, son oeuvre vient d’être redécouverte en Angleterre et aux Etats-Unis où elle connait un succès sans précédent Source : LDP).

Merci au Livre de Poche !logo ldp

Robert Goddard ©1990, puis Sonatine ©2012 et Le Livre De Poche © mars 2013 – 714 pages.

Une participation au Challenge Thrillers/Polars de Liliba, une pour le Pari Hellène de Nathalie (l’action se déroulant aussi en Grèce). logo-le pari hellène

Logo Thrillers & Polars chez Liliba

LES HARMONIQUES de Marcus Malte

harmoniquesC’est ma troisième lecture de Marcus Malte que j’aime beaucoup. Un roman (classé dans Folio policier) « musical » comme son titre le laisse suggérer. Le rythme est beaucoup moins effréné que dans Garden of Love et pourtant je trouve cet opus beaucoup mieux maîtrisé. Du début à la fin, alors que dans Garden, on pourrait émettre l’objection d’une fin rapide par rapport à la frénésie du départ… Venons-en aux faits !

Cette lenteur sensuelle, jazzy laisse la part belle aux morceaux musicaux choisis, donnés en play-list par l’auteur juste avant de commencer le livre. Et c’est un petit plus pour qui aime la musique !

Mais que sont les « harmoniques » ?  « Les notes derrière les notes, dit Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais. »  (p. 323).

Mister est un homme  tendre, pianiste le soir dans un club de jazz parisien. Il a appris que Véra Nad , son « amie », est morte brûlée vive et que les deux présumés coupables sont passés aux aveux. Mais quelque chose le chiffonne, il en parle à Bob, son meilleur ami. Bob, la soixantaine bien entamée, ancien chauffeur de taxi parisien, qui roule toujours dans une antique 404 Peugeot, jonchée de cassettes des plus grands du jazz. Mister était amoureux de Véra, même s’il ne s’était encore rien passé entre eux, même s’il la connaissait mal, il lui reste le souvenir de leur complicité autour du piano quand elle venait l’écouter certains soirs de blues…

Mister et Bob commencent à enquêter, sans l’aide des flics, ils remontent la filière serbo-croate installée à Paris. Marcus Malte, à travers Mister nous brosse un portrait sanglant et sans complaisance de la guerre qui a ravagé l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 et à laquelle beaucoup n’ont rien compris (moi la première)… Les enjeux n’étaient pas que l’épurement de la race : des puissances  occultes s’en sont mêlées, des personnalités de pouvoir (connues) attirées par l’odeur sans nom de l’argent :   » – Tout est possible dit l’homme, pourvu qu’on y mette le prix ! L’argent se fout des lois mathématiques. Dans notre monde, l’argent est au-dessus des lois. De toutes les lois. L’argent EST la loi !… » (p. 381). Certains passages font frémir car ils sont non seulement d’une réalité évidente mais absolument logiques et …crédibles ! Quel rapport avec la jolie Véra, croate, amoureuse de théâtre et qui posait nue pour un peintre serbe ?  Dans sa quête de vérité, Mister va en apprendre plus qu’il ne le cherchait au départ, bien loin au-delà de l’horreur et de la simple barbarie que l’homme sécrète comme un poison sans fin. Car Mister, lui à de l’oreille, il est capable d’entendre ces fameuses harmoniques, ces notes inaudibles et qui continuent bien après que la musique ait cessé…

Mais il y aussi de l’humour chez Marcus Malte et un chapitre avec un quiproquo désopilant. Mister travaille dans une boîte de jazz et le serveur est gay ! Renato est secrètement amoureux de Mister. Mais quand il croit que la réciproque est vraie, c’est à mourir de rire (p. 265 à 275 environ).
Et tous ces chapitres en italiques, qui portent un titre de standard musical où nous découvrons Véra, la Bosnie, les dessous de l’affaire et les liens qui la sous-tendent.
Mais aussi la révolte larvée de l’auteur face à cette boucherie sans nom qu’a été la guerre dans les Balkans :  » Parce que le monde savait. Le monde ne pouvait pas l’ignorer. Le monde observait et attendait parce que le monde est patient, le monde est diplomate. Pourquoi se précipiter ? Des usines de chaussures, des églises baroques : il n’y a plus d’urgence. Et bien sûr quand il est trop tard les commis du monde débarquent aux basques des barbares. » (p136).

Une ballade désabusée, qui ne finit pas spécialement bien où il n’est pas besoin de piocher des images de crimes dans les faits divers, pas seulement, il y a des guerres pour cela ! J’ai beaucoup aimé cette lecture. Et j’ai du mal à la classer en « polar » !

Je remercie Babélio et les Editions Folio de cet envoi, dans le cadre de la dernière Masse Critique.

Une participation au challenge Thriller/Polars  de Liliba, d’Anne, des Notes et des Mots, une pour Lystig  et « Vivent nos régions », avec Paris et la grande banlieue. Et j’avais oublié : pour celui de Laure « Challenge à tous prix« , puisqu’il a obtenu le Prix Mystère de la critique 2012 !!! Shame on me !

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LA PLUS QUE VIVE de Christian Bobin

bobin plus que vivePour chroniquer ce livre, je me mets sur la pointe des pieds, un doigt devant la bouche pour demander silence, pour ne pas déranger l’éternel sommeil de celle à qui s’adresse l’auteur, Ghislaine, son amante, son âme soeur, morte brutalement en août 1995. Lire la suite

RIEN NE S’OPPOSE A LA NUIT de Delphine de Vigan

delphine de Vigan rien ne s'oppose à la nuitLivre fini avant-hier, j’ai mis du temps, j’ai tourné autour, je l’ai commencé, puis lâché et enfin quand je l’ai repris il y a une semaine, je n’ai pas pu lire autre chose. Même si… Même si certains passages des deux premiers tiers m’ont agacée dans le processus d’écriture que nous raconte Delphine de Vigan et puis, j’ai compris qu’il ne pouvait en être autrement, j’ai compris la subtilité et j’ai même eu un sanglot dans les dernières pages… Depuis, j’ai déprimé à mort, alors je vous le conseille, mais avec un moral à toute épreuve ! Merci Lystig d’avoir insisté pour me le faire voyager…

Pas de suspense ici, on sait dès le départ que Delphine de Vigan écrit sur sa mère qui s’est suicidée « en quelque sorte » comme le lui demande son fils dans les toutes premières pages. Elle l’appelle Lucile ou ma mère et juste à la fin « maman ». Lire la suite

LA CITATION DU JEUDI avec Ru de Kim Thuy

Voici un livre offert par mon amie Delphine le mois dernier et dont je n’ai fait qu’une bouchée. Mias il m’est difficile d’en parler car il traite de la vie d’une femme, vietnamienne qui après avoir connu l’âge d’or de Saïgon, la guerre, les boat people (et tout cela avant l’âge de 10 ans)  ,  puis l’exil au Canada nous conte son incroyable histoire de vie et de mort d’une voix douce et sans images larmoyantes, comme si c’était elle qui voulait nous protéger des horreurs du passé… Un condensé d’humanité et de profondeur. Extrait :

« Je m’appelle Nguyên An Tinh et ma mère, Nguyên An Tinh . Mon nom est une simple variation du sien puisque seul un point sous le i me différencie d’elle, me distingue d’elle, me dissocie d’elle. J’étais une extension d’elle, jusque dans le sens de mon nom. En vietnamien, le sien veut dire « environnement paisible » et le mien, « intérieur paisible ». Par ces noms presque interchangeables, ma mère confirmait que j’étais une suite d’elle, que je continuerais son histoire. »

En français ru signifie petit ruisseau et au figuré « écoulement (de larmes, d’argent, de sang) » (Le Robert historique). En vietnamien, ru signifie « berceuse », « bercer ».

Sur une idée de Chiffonnette.

LE SPECTATEUR TRISTE de Claude Baugée

Un homme se promène dans les rues de New-York ou d’ailleurs, des images en noir et blanc, des images en couleur plein la tête. Celles de ses idoles passées qui restent gravées sur des affiches de cinéma intemporelles. Il est le spectateur triste d’un Hollywood qui n’est plus, qui ne fabrique plus de légendes comme par le passé. Le cinéma des années 20 à 60 (environ) a façonné son regard sur le monde en y laissant des souvenirs indélébiles dans un recoin de sa mémoire. Lire la suite

MOI ET TOI de Niccolò Ammaniti

Mon premier livre de la rentrée littéraire et la découverte de la littérature transalpine contemporaine ! Best-seller en Italie, il a été adapté par Bertolucci et présenté à Cannes en mai 2012 dans la catégorie des films hors compétition. Le livre sort demain en France aux Éditions Robert Laffont. Lire la suite

LES LARMES DE L’ASSASSIN, de Thierry Murat, librement adapté du roman de Anne-Laure Bondoux.

Pour une fois que je lis une bonne B.D, tout au moins une B.D. qui m’a plu, je vous en parle ! Voici ce qu’Anne-Laure Bondoux dit de Thierry Murat en préambule : «  J’ai aimé sa palette de couleurs, le rythme qu’il a donné à l’histoire, l’expressivité des visages et des silhouettes, les grandes images sépia (…), en piochant certaines de mes phrases pour les mêler aux siennes. L’équilibre m’a paru sonner juste : j’entendais ma voix, mais elle était devenue la sienne, et l’histoire s’en trouvait augmentée, enrichie.« 

Je n’ai pas lu le roman éponyme mais quelle histoire triste. Nous sommes en 1934, dans le sud du Chili, en Patagonie, dans un bout du monde battu par les vents venus d’un océan Pacifique austral et hostile, tout y est sec et désolé. Un petit garçon entre 6 et 10 ans (son âge est un mystère…) y pousse à l’abandon sous le regard indifférent de ses parents : « Un jour, un poète de passage m’avait comparé à une graine plantée là, condamnée à ne jamais donner de fleurs. »

Et puis, surgi de nulle part, arrive Angel, un meurtrier recherché par toutes les polices du pays, qui sous les yeux de l’enfant va tuer ses parents et lui demander de le considérer (plus ou moins) comme son père… Le temps passe, l’enfant s’habitue à vivre avec Angel, sans se poser alors vraiment de questions. Les bouts du monde fascinent, c’est bien connu ; Luis, un jeune bourgeois aisé échoue là au lieu de faire le tour du monde promis à ses parents. « Pas toujours facile de tenir ses promesses« , confie-t-il à l’enfant. Ce dernier va découvrir les livres, va vouloir apprendre à écrire, il saura même écrire « larme » en voyant Angel pleurer (discrètement)… Pendant qu’une rivalité larvée naît entre les deux hommes…

Ces trois là ont trouvé un équilibre pour vivre ensemble, en s’aimant un peu, surtout dans les non-dits. La civilisation va les rattraper quand, à court de vivres, il leur faut se rendre à la foire de Punta Arenas racheter des chèvres, des poules…de quoi survivre un hiver. Mais voilà, un assassin peut-il indéfiniment vagabonder, soustrait à la Justice ? Luis va-t-il résister aux sirènes de l’amour et après tout quel âge a vraiment Angel ? Qui était réellement son père ?

Les vignettes ici, ondulent sous nos yeux comme la foule et les moutons mis en miroir. Punta Arenas en 1930, couleur sépia est magnifique.

Toutes ces questions accumulées au long une enfance si particulière vont remonter en surface à l’âge d’homme et Paolo va écrire son histoire, en partie … Y trouvera-t-il les réponses qu’il cherche ?  » Je viens du bout du monde et je cherche encore ma vérité, un miroir que j’aurais perdu ». Un très bon moment pour ces 120 pages lues en une demi-heure et sur lesquelles on se retourne pour chercher celle où l’assassin a pleuré…!

Je voudrais bien participer aux mercredis en BD de Mango mais à l’heure où j’écris ce billet je n’ai pas les liens ni le logo, c’est ma première fois ! J’ajouterai dans la journée !

LE CINQUIÈME JOUR de Maud Tabachnik

Ce livre a une petite histoire très sympathique puisque c’est Soène qui me l’a offert, dédicacé par l’auteure après avoir fait le pied de grue deux jours aux Quais du Polar à Lyon en avril dernier ! Une rencontre amicale qui a laissé pantoise notre pauvre Soène de voir que les auteurs étaient des gens (presque) comme tout le monde. Maud Tabachnik est l’une de mes écrivains préférées en matière de polar et je vous assure qu’elle vaut bien un auteur américain dans ce genre ! Un conseil cependant : âmes sensibles s’abstenir…

L’HISTOIRE (sans spoiler)

New-York 2001. Stan Levine est inspecteur de police à Brooklyn. Un été chaud, poisseux où l’orage gronde au loin mais n’éclate pas. Où toutes les misères, sociales,  humaines  sont exacerbées.
Stan Levine est un bon flic, célèbre car passé à la télévision pour avoir arrêté un terroriste qui voulait faire sauter le pays. Sa femme Sarah, pour tenir une promesse concernant un de leur trois enfants (Jonathan, Amélie et Judith) est devenue « religieuse » et respecte scrupuleusement le Shabbat tous les vendredi soir. Et Stan considère ce moment (bien que peu convaincu par la religion) comme une parenthèse enchantée pendant laquelle ils sont enfin tous réunis. Alors que cette famille ordinaire s’apprête à partir à Cape Cod pour le week-end, une femme et son fils adolescent débarquent au commissariat pour signaler l’enlèvement de leur fille et soeur, Gloria, par un inconnu « respectable » l’avant-veille. Il s’agirait d’un certain Mosley venu proposer du travail au fils qui avait postulé par petites annonces. Dans le même temps, un archiviste méticuleux, père de famille, la soixantaine grise et passe-muraille mène lui aussi une vie calme et équilibrée. Juste après, un prostitué est retrouvé égorgé, puis c’est le tour du jeune Albert, pas tout à fait normal. Ca sent la pédophilie. Ca sent mauvais. Levine et son équipe sont sur les dents quand ils découvrent l’horreur des cadavres mutilés. Le tueur va s’en prendre à Judith, la fille cadette de Lévine, il le nargue, il nargue l’Amérique. L’impossible et l’indicible prennent forme sous nos yeux, les crimes sont monstrueux mais quand nous savons QUI les commet, les bras nous en tombent ! Le monstre a enfin un visage et pas celui qu’on voudrait. Il ressemble trop à notre gentil voisin de palier, celui qui nous tient la porte et nous aide à porter nos commissions. Mais je ne vous en dit pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte…

MON AVIS

C’est là que Maud Tabachnik frappe fort, elle nous retourne l’estomac sans nous laisser une minute de répit, le suspense est haletant et…bien écrit ! Amateurs de « happy end », passez votre chemin, pas d’espoir ici et l’auteur nous enlève nos dernières illusions  en nous promettant des nuits sans rêves ! Contrairement au cinéma où l’on peut détourner les yeux,  la lecture est frontale et parfois douloureuse, douloureuse jusqu’à l’absurde ! J’aime ce genre de policier quand il est sans temps mort et absolument crédible !

Maud Tabachnik s’est librement inspirée d’un serial killer qui a sévi aux USA dans les année 1930 et qui, lors de son passage sur la chaise électrique provoqua un court-circuit à cause des aiguilles qu’il avait dans le corps !! Arrgh ! Mais Soène m’a aussi fait dédicacer « Ne vous retournez pas » où je vais retrouver Sam Lévine/Goodman quelques années plus tard ! Encore des frissons en perspective… È

SUR L’AUTEURE

Maud Tabachnik est née le 12 novembre 1938 à Paris. Après avoir exercé le métier de kinésithérapeute-ostéopathe pendant une vingtaine d’années, elle décide de se lancer dans l’écriture en 1991 (bien lui en a pris) et compte à ce jour une trentaine de romans.  » Sa spécialité : le thriller politique et féministe » (sic son éditeur). Elle tient un site que je vous conseille d’aller visiter, ne serait-ce que pour sa bibliographie ! PAR ICI

Livre lu pendant le STAR de Liyah (oui je suis encore en retard de deux billets, ça vient) et qui compte pour le challenge Thriller de Cynthia.

L’AVANT-DERNIERE CHANCE de Caroline Vermalle

Premier roman récompensé par le Prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro. Il m’a été offert par Liligalipette qui m’avait tentée par son billet, ICI. Lu en une après-midi dans le cadre du S.T.A.R, tellement je me suis laissée emporter par cette histoire mélancolique, drôle souvent, et bien écrite. Lire la suite

VOL DE NUIT d’Antoine de Saint-Exupéry

Il est des petits livres comme ça qui nous réconcilient avec la littérature ! Vol de Nuit en fait partie. Retrouvé dans mes étagères, cette vieille édition de Gallimard dans la collection Pourpre date de 1951 avec une préface de Max-Pol Fouchet, alors qu’à la parution en 1931, la préface était d’André Gide. Lire la suite

VIRGINIA et VITA de Christine Orban

Un livre que m’a offert Mind The Gap (avec un beau marque-pages), dont le billet m’avait diablement tentée, ICI (je vous le conseille),  reçu samedi et lu entre hier et ce matin… C’est dire s’il m’a plu pour ce que j’y ai appris ! En effet, il était paru il y a vingt ans sous le titre « Une année amoureuse de Virginia Woolf » et, Christine Orban l’a complètement remanié pour sa sortie lors de la rentrée littéraire 2011. C’est un roman avant tout sur la liaison amoureuse et tumultueuse entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West pendant l’année 1928. L’écriture et ses mécanismes les plus tortueux mais aussi les plus sublimes sont indissociables de cet amour… Lire la suite

Le 400ème billet avec Edith Wharton !

Deuxième version de ce 400ème billet qui a « disparu » pendant la nuit, pas même une sauvegarde pour le récupérer en entier ! Merci WordPress de me faciliter la tâche. Et d’avoir perdu deux heures…à le refaire ! Aussi, pour bien fêter l’évènement, autant le faire avec un roman, Été, d’Edith Wharton, que j’ai beaucoup aimé. Je remercie LiliGalipette qui me l’a offert à Noël dernier. Comme George nous le demande pour son challenge Edith Wharton, ICI,  je vais  juste faire un résumé de l’histoire et insister sur le personnage féminin principal, Charity Royall … Lire la suite