Le jeudi-poésie vert (et printanier), d’avril 2017.

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Mars fut long et pluvieux, j’ai sauté un jeudi (comme ça m’est déjà arrivé), aussi je suis ravie de vous retrouver en ce début avril ensoleillé, bouillonnants de sève printanière, la plume fourmillante d’inspiration !

Ont poétisé ce jeudi, nombreux, les fidèles de toujours :

CEUX QUI ONT ÉCRIT UN POÈME ou UN/DES HAÏKU(S) :

1 – Carnets Paresseux arrive (courbaturé) sur les bosses de ses « Trois baleines d’avril » !
2 – Jacou nous offre aussi un « Pré Vert », de son cru, en hommage à Prévert, vous l’avez deviné !
3 – Val, qui a remis une selle à sa Jument Verte s’interroge sur son futur moyen de transport ? Puisque c’est « Bateau ou papillon » ?
4 – Modrone-Eeguab-Edualc nous offre « trois haïkus voyageurs« ….
5 – Eléonore, la douce, nous revient avec « Quelques vers silencieux »
6 – EmilieBerd, que Mindounet avait sauvagement déshabillée (ICI), a remis sa cornette et nous emmène sur le chemin de la « Profession de foi » !
7 – Soène , en haïku (mais habillée), a fondu devant le charme d’une « Violette » urbaine.
8 – SYL. s’échappe dans la campagne à la poursuite de « La mûre et l’enfant »…
9 – Célestine (hé oui tout arrive, même en retard 😉 ) empoigne la vie « À bras le coeur », comme elle sait si bien…
10 – Asphodèle ci-dessous : un haïku (EXIL) et un poème : FEINTES DE PRINTEMPS.

CELLES QUI PRÉSENTENT UN POÈME :

1 -Martine , « prévertissime » en ce mois d’avril qui célèbre les quarante ans de la mort de l’auteur nous emmène dans le « Futuralisme » de ce cher Jacques Prévert. (Extrait du recueil « Choses et autres »). Publié la semaine dernière également mais comme on ne se lasse pas de la poésie…
2 – Claudialucia nous présente une photographe-poète,  Nia Dadle, « Entre photographie et poésie »
3 – Sharon & Nunzi nous offrent le 26ème sonnet des Regrets de Joachim du Bellay.

***

Je commence par le haïku

EXIL

Sombre périple
De l’exil non désiré,
Bateau naufragé.

Et un poème  sur l’arrivée du printemps, quand on n’y croit pas encore tout à fait…

FEINTES DE PRINTEMPS Entends-tu toi aussi mon ami
la musique souterraine
de la terre qui s’éveille en charivari
tout au long de la plaine ?IMG_0744.JPG

Sens-tu, à l’aube, le parfum des roses
encore lointain, imperceptible
que l’on devine en toutes choses
qui disent l’indescriptible ?

Caresses-tu de ta main si douce
le satin des anémones et des crocus
comme si le chant de la source
descendait en roulant avec les cumulus ?

Vois-tu ce ciel gris là où tu es ?
La brume qui ne veut pas céder,
la pluie qui s’obstine à ruisseler
donne aux fleurs du jardin
la mélancolie des répudiées.Vierges effarouchées par le matin,
sans grâce avec la moue du chagrin.

Écoute et chéris les souvenirs silencieux
qui ont encore du jus de cerise aux lèvres ;
Souffle sur la fleur de pissenlit avec cette fièvre
qui  amène la flamme à  tes yeux…

Et fais un voeu : celui de m’aimer après la fin.
Au-delà de la faim ,
Au-delà de la soif…
En ces jours où la vie te coiffe
au poteau et te cloue dans la main
un baiser sans lendemain…

©Asphodèle – Avril 2017

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Un été à quatre mains de Gaëlle Josse

Montage personnel.

Recevoir un nouveau livre de Gaëlle Josse est une joie intime qui m’assure un moment de lecture privilégié, entre art(s) musicaux, peinture, ses domaines de prédilection, style poétique mais aussi envolée de l’imaginaire à partir de recherches et de déductions absolument crédibles et infiniment possibles… Comme elle le dit dans son avant-lire : « Chaque histoire de vie, chaque destin possède ses trous noirs, ses terres d’obscurité et de silence, ses creux et ses replis. On devine parfois qu’ils « bourdonnent d’essentiel » comme l’écrivait René Char. On devine qu’en leur secret, derrière le rideau, se sont joués des moments décisifs, dont les harmoniques continuent à irradier la vie, longtemps après. » (page10).

Je connaissais Schubert, sa célèbre « Truite », « Rosamonde » car mon père nous berçait de classique mais de Franz je ne connaissais rien et ce fut une découverte surprenante.

Une toute petite partie des classiques qui ont bercé mon enfance (un peu moins mon adolescence rock & roll) !

Ce sont quelques mois de la vie de Schubert, entre la fin du printemps jusqu’à l’automne 1824 que nous conte Gaëlle Josse. La possibilité d’un amour à portée de main, de coeur et d’âme et son impossibilité à se réaliser.

En 1824, Franz Schubert a déjà composé ses plus beaux morceaux mais reste un compositeur pauvre qui vit à Vienne avec ses amis une vie de bohème qui lui convient parfaitement, sauf ses échecs auprès de ceux qui font la pluie et le beau temps dans le monde musical. Autrement dit les critiques car ses pairs ont reconnu le génie en lui. Aussi quand il est invité à Zseliz, villégiature prisée de la campagne hongroise, chez la riche et haute aristocrate famille hongroise EsterHazy, comme maître de musique, pour la deuxième fois après 6 ans, les deux jeunes filles dont il a la charge ont bien grandi. L’aînée, Marie, 21 ans est déjà une mondaine comme sa mère sans réel intérêt pour Franz, alors que Caroline, âgée de 19 ans, lui a laissé un souvenir timide, portée par l’amour de la musique, par leur jeu à quatre mains pour lequel il a composé nombre de lieds et autres partitions qui sont passées depuis à la postérité. A l’époque il est hanté par « La belle meunière« .

Il n’a que 27 ans et mourra quatre ans plus tard, malade de la syphilis,  il est déjà empâté, transpirant, court sur pattes mais a une âme et une sensibilité de gentleman. Et surtout, il a besoin d’argent après les « bides » de son année 1823. « Sa musique à lui n’est qu’intériorité, tendresse, joie simple et mélancolie, mais il est difficile de renoncer à ces rêves de gloire qu’il vit les yeux ouverts, dans le secret de ses nuits… » (page 24). Aussi, les mécènes que sont les Esterhazy lui offrant le gîte, le couvert et une belle somme d’argent ne se refusent pas. Mais Franz conscient qu’il en a besoin place sa musique avant les mondanités et leurs hypocrisies. Sa musique seule compte, il est habité par elle, écrit sans cesse sur son papier à musique et trouve en Caroline un écho fait de grâce, de mystère et de talent  qui l’envoûte peu à peu. « Franz ne peut penser à une possible idylle avec elle. Leurs noces demeureront secrètes et spirituelles. La vie doit-elle toujours en aller ainsi ? De douleur en déception ? De tendre songe en cruelle réalité ? » (page 60).

Néanmoins, le coeur déchiré, alors qu’il repartira mi-octobre, heureux aussi de retrouver les joies de la liberté de sa vie viennoise, l’écharde est dans son coeur et ne va cesser de grandir puisqu’il composera ouvertement une oeuvre qui lui sera dédiée ainsi que toutes ses compositions à quatre mains. N’y a-t-il pas eu des signes qui ne trompent pas un coeur amoureux pendant cette parenthèse enchantée à Zseliz ? Des frôlements, une main qui s’attarde sur son poignet…mais aussi le vert, la « mauvaise couleur » à chaque fois qui le conforte dans son désespoir solitaire et son destin contrarié (aujourd’hui on dirait mauvais karma). Ou ne devrait-on pas préciser que le désespoir de se voir refuser ses pièces au profit d’auteurs à la mode  le plonge dans des abîmes de tristesse inconsolable.

En donnant vie à une possible histoire d’amour entre Franz et Caroline dont on ne sut jamais rien de la réciprocité, sauf que Caroline ne se maria que 20 ans plus tard et que son mariage fut déclaré nul à sa mort en 1851 ! N’est-ce pas pas un signe de plus qui a poussé Gaëlle Josse à broder sur cette histoire ? Sa plume est toujours aussi aérienne comme les quatre mains fiévreuses de Franz et Caroline au piano lors de cet été suspendu dans la chaleur estivale de Zseliz.  » À la fin de la leçon, Caroline se lève, remercie pour la leçon, prend congé sans un sourire. Franz croise un regard d’une insondable tristesse.Un appel muet qui lui déchire le coeur. » (page 80).

La dimension musicale, historique, le décor de Vienne côté bohème et de Zseliz qui est une démonstration de profusion des richesses brossent aussi un tableau de l’époque qui s’avère passionnant. Je ne dis pas tout, bien que dans l’avant-lire Gaëlle Josse ne laisse aucune place au « suspense », si c’est ce que vous cherchez, passez votre chemin mais malgré cela, on se prend à espérer, à rêver que…peut-être…au dernier moment Frantz enlèverait la sage Caroline à son milieu luxueux…

J’ai lu tous les livres de Gaëlle Josse et avec celui-ci, j’ai l’impression (qui n’engage que moi) que son oeuvre est comme un puzzle inachevé (et inachevable ?) dont elle reconstitue un morceau à chaque livre en parcourant des chemins à la fois familiers et vierges qu’elle s’évertue à rassembler, recoudre. Mais chaque romancière n’est-elle pas un peu la couturière de son âme ? Et je ne peux qu’espérer que le puzzle est loin d’être achevé et que d’autres broderies aussi fines nous attendent…

Merci à Gaëlle pour cet envoi gracieux et fort apprécié. Une lecture que je vous conseille, si comme moi, vous aimez l’Histoire, la musique mais aussi et surtout la petite histoire qui fait la différence…

« Un été à quatre mains » de Gaëlle Josse aux éditions HD ateliers Henry Dougier, sorti le 23 mars 2017.87 pages (trop vite lues). 8,90€. Un très bel objet-livre, ce qui ne gâche rien !

Et pour finir une « Fantaisie pour piano, à quatre mains » qui a dû résonner au-delà des hautes fenêtres du petit palace qu’était la demeure des Esterhazy, soufflant sur la campagne surchauffée de Zseliz ses notes mélancoliques dont les harmoniques résonnent encore au-delà du temps…

Jeudi poésie avec Alfred de Musset

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Comme il n’est point nécessaire de le faire remarquer, le printemps a démarré sous la pluie dans beaucoup de régions (dont la mienne, han !) et j’ai failli choisir « Il pleut » de Charles Cros, vous l’avez échappé belle ! J’aurais pu (aussi) choisir un poème qui colle avec  le thème des Afrique(s) du Printemps des poètes mais là-aussi, rien ne m’a fait de l’oeil assez fortement, aussi je vous propose ce  poème énamouré d’un Musset « vieux de vingt ans », qu’il adresse à une belle « andalouse », son premier amour dit-il, qu’il dut aimer passionnément, mais Musset n’aimait-il toujours pas passionnément ?  Ha ces poètes !….Le pire, à l’écouter (enfin, à le lire) ce sont les femmes qui sont ingrates ! 😀  *yeux*au*ciel*…

Ont poétisé avec moi, avec gentillesse et gouaille, mes chers habitués ! :

1 – Martine nous offre une succulente fable de Jean Anouilh qui parlerait d’une de ses lointaines cousines (réelle ou métaphorique la cousine ? À nous de le découvrir ! 😉

2- Soène a sorti ses escarpins pointus et sa robe lamée pour nous chanter un « Hymne à la nuit » du comte Robert de Montesquiou (pas confondre avec Montesquieu hein !)

3 – Notre cher Eeguab-Modrone suit, à petites foulées,  la « Loi du poème » de Julio Cortazar.

4 – Jacou, toujours fraternelle (ou sororale), nous propose de « Grandir ensemble » de Jean-François Malarme.

5 – Monesille joue les charmeuses de serpent avec « La flûte de jade » de Franz Toussaint.

6 – LilouSoleil, qui, comme beaucoup, a juste vu passer le printemps sur le calendrier avait envie de simplicité et nous propose une enfantine « Chanson d’avril ».

7 – LylouAnne a convoqué le grand Victor Hugo pour son hymne sur « Le Printemps ».

8 – Sandrion, ce matin, s’est attendrie sur « Exil » de Victor Hugo (encore un vieux chenapan !)

9 – Asphodèle s’évade avec les amours incandescentes et le poème « A Juana » d’Alfred de Musset. (ci-dessous)

 

À Juana

Ô Ciel ! Je vous revois madame,

De tous les amours de mon âme
Vous le plus tendre et le premier.
Vous souvient-il de notre histoire ?
Moi, j’en ai gardé la mémoire :
C’était, je crois, l’été dernier.

Ah ! marquise, quand on y pense,
Ce temps qu’en folie on dépense,
Comme il nous échappe et nous fuit !
Sais-tu bien, ma vieille maîtresse,
Qu’à l’hiver, sans qu’il y paraisse,
J’aurai vingt ans, et toi dix-huit ?

Eh bien ! m’amour, sans flatterie,
Si ma rose est un peu pâlie,
Elle a conservé sa beauté.
Enfant ! jamais tête espagnole
Ne fut si belle, ni si folle.
Te souviens-tu de cet été ?

De nos soirs, de notre querelle ?
Tu me donnas, je me rappelle,
Ton collier d’or pour m’apaiser,
Et pendant trois nuits, que je meure,
Je m’éveillai tous les quarts d’heure,
Pour le voir et pour le baiser.

Et ta duègne, ô duègne damnée !
Et la diabolique journée
Où tu pensas faire mourir,
O ma perle d’Andalousie,
Ton vieux mari de jalousie,
Et ton jeune amant de plaisir !

Ah ! prenez-y garde, marquise,
Cet amour-là, quoi qu’on en dise,
Se retrouvera quelque jour.
Quand un coeur vous a contenue,
Juana, la place est devenue
Trop vaste pour un autre amour.

(…D’ailleurs, ci-dessus avec George Sand, plus tard, qui avait un air andalou, non ?)

Mais que dis-je ? ainsi va le monde.
Comment lutterais-je avec l’onde
Dont les flots ne reculent pas ?
Ferme tes yeux, tes bras, ton âme ;
Adieu, ma vie, adieu, madame,
Ainsi va le monde ici-bas.

Le temps emporte sur son aile
Et le printemps et l’hirondelle,
Et la vie et les jours perdus ;
Tout s’en va comme la fumée,
L’espérance et la renommée,
Et moi qui vous ai tant aimée,
Et toi qui ne t’en souviens plus !

Alfred de Musset (1810-1857)
À Juana, 1829, extrait du recueil « Premières poésies ».

Humeurs variées et variables d’un dimanche pluvieux !

a Emilie quand sa fille est obligée de se nourrir en cachette !Demandez le programme ! Poésie, cuisine en demi-teinte et musique ! Bon, alors, avant de vous parler cuisine semi-ratée puisque notre Syl. (Cheffe qui ne veut plus qu’on l’appelle Cheffe mais on le fait quand même) nous demandait gâteaux en tous genres pour ce dimanche (le mien ne ressemblant à rien côté genre, on passera rapidement). Lire la suite

JEUDI POÉSIE avec Renée Vivien et « À la femme aimée » (poème découvert chez Martine jeudi dernier)

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Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, Martine, quand il n’y a pas jeudi poésie ici, nous propose sur son blog, de deviner le mot manquant d’un poème en nous donnant un ou deux indices (selon son bon vouloir) et inutile de vous dire que j’adore ce jeu qui allie mon amour de la poésie et mon goût du jeu, des défis en général. Jeudi dernier, je suis tombée sous le charme du poème de Renée Vivien qu’elle proposait, j’ai eu envie de le présenter à nouveau, le relire et l’illustrer… Et je vous parle un peu plus de Renée Vivien à la fin de ce billet.

Ont poétisé avec moi ce jeudi , les fidèles : Lire la suite

Le dernier jeudi poésie de 2016 version trois mousquetaires !

Citation

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Bon, en faisant poésie tous les jeudis de décembre, il était prévisible que nous serions peu à tenir la distance, surtout pour le dernier de l’année…moi même j’ai failli annuler hier car les  imprévus se sont succédé toute la journée ! Je n’ai pu approcher mon ordi qu’à 20 heures, donc je prends sur mon temps de lecture et de sommeil ha mais !!!  Comme je vous l’ai dit, tout rentrera dans l’ordre le 2 janvier …

Les trois mousquetaires du jour à poétiser avec moi, ce qui fait quatre sont , tadadam  :  😀 (5 avec Carnets depuis peu). Lire la suite

Le jeudi poésie avec Jean-François Mathé.

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Un mois de décembre très poétique puisque mon erreur  de la semaine dernière va nous réunir plus souvent que prévu… Mais ne participent que ceux qui le souhaitent ! Cette semaine, je vous présente un poète que j’ai découvert récemment, Jean-François Mathé,  et  dont j’aime la sensibilité, les mots clairs, légers comme une brise d’été ou au contraire sombres, mais jamais pesants. Il me fait parfois l’effet (en le lisant hein !) d’être le grand frère de Thomas Vinau. Il y a un air de famille dans leur « petite musique ». Et comme ce sont des poèmes très courts, je vous en offre deux, pour que vous vous fassiez une idée plus complète mais je pense que je vous le présenterai plus avant dès que j’aurais lu un recueil complet.

Ont poétisé avec moi aujourd’hui :

1 – Lilousoleil nous présente Au lion d’Androclès de Victor Hugo. Que j’adore !

2 – Martine a revêtu « Le Masque » (poème) avant de se perdre dans « Les villes tentaculaires » (le recueil d’où est tiré le poème)  d’Emile Verhaeren… Qui est ma madeleine, ma gaufrette à la noisette !

3 – Valentyne galope avec un poème sans titre  tiré du recueil  « À la lumière d’hiver » de Philippe Jaccottet. Que j’adoooore et admire !

4- Sharon et Nunzi nous invitent à lire le « Sonnet au lecteur » d’Alfred de Musset. Que je chéris comme un enfant terrible !

5 – Jacou fait un p’tit tour sur un « Dimanche » de Jacques Prévert. Que j’aime beaucoup !

6 – Modrone-Eeguab me fait un « Don » de …….. je n’arrive pas à le prononcer….Czeslaw Milosz. Que je ne connais pas ! Mais je vais découvrir.

7 – DimDamDom (une revenante) avec « Ils » de Brigitisis (Centerblog).L’auteure de ce poème répond au pseudo de Brigitisis et officie sur Centerblog.

8 – Claudialucia, en retard mais toujours bienvenue, en est « Rouge vive » d’Estelle Fenzy

Extrait du recueil Corde raide fil de l’eau (1991)temps-qui-passe-homme-horloge-paysages

dans la maison des morts
on mesure chaque chambre
et son volume de silence
on calcule la hauteur
entre la cave étreinte par la terre
et le grenier orphelin recueilli par le ciel

puis on ne trouve pas
de clé plus lourde que la tristesse
pour fermer la porte à jamaisa-cle-poesie-mathe

©Jean-François Mathé né en 1950 dans l’Indre.

et cet autre que j’aime beaucoup aussi :

Ces enfants, comme ils on vite passéa-enfants-neige-mathe

Ces enfants, comme ils on vite passé,
disparu en nous laissant
la neige sans leurs traces
et le vent sans leurs rires.

Auront-ils meilleur avenir que nous
ou le même,
avec les derniers mots de la chanson
tombés de la musique
pour qu’on les crie
ou qu’on les taise ?

***

Le jeudi poésie oublié du calendrier !

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Mea culpa, je suis faillible ! Je fais mon planning avec un calendrier que je commande tous les ans à Vi******nt, avec de grandes cases pratiques pour noter les rendez-vous mais qui comporte un sytème de « grisé clair » pour les trois premiers jours du mois suivant, ce qui fait que je ne les ai pas vus . Et comme il y avait déjà trois jeudis poésie en décembre, ça ne m’a pas choqué. C’est donc l’horloge de l’habitude « tous-les-quinze-jours » qui nous a guidés, Soène, Modrone, Martine et moi à publier aujourd’hui ! Bon Soène, d’habitude , disons « avant » (mais c’était avant), tu me signalais mes erreurs de planning, hum, tout fout le camp ! 😀 Lire la suite

Le jeudi poésie vert mais pas que…

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Un jeudi vert où vous pouviez écrire un poème, moi aussi. Sauf que je n’ai VRAIMENT pas eu le temps , pas de l’écrire, mais d’être concentrée et inspirée suffisamment… Ce sont des choses qui arrivent, alors vous aurez Marceline (Desbordes-Valmore) à la place…et c’est plutôt chouette non ? Promis, le mois prochain, j’en écris deux pour me faire pardonner !

Ont poétisé avec moi ce jeudi, mes fidèles amis de la poésie et je les en remercie  : (ça sent l’hiver, il y a du monde aujourd’hui ! On va se tenir chaud…) Lire la suite

Les Noces d’Albert Camus pour mon jeudi-poésie !

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L’automne, en septembre nous est arrivé dans les bras de l’été, encore chaud et ébouriffé de soleil, laissant à octobre le soin d’enluminer les arbres. Novembre est encore doux chez moi, les feuilles jonchent l’allée du jardin et comme en poésie, je suis souvent à contre-saison, je vais vous livrer un passage de Noces d’Albert Camus, extrait d' »Un été à Alger », un livre de courtes nouvelles, que je relis régulièrement parce qu’il me parle personnellement mais surtout parce que sa beauté est universelle même si les choses décrites par Camus dans les années 1930 n’existent plus depuis longtemps, les paysages eux sont restés. Et puis Albert Camus n’écrivait pas pour « faire de la poésie », son écriture est poétique…. D’ailleurs j’ai eu du mal à choisir un extrait plutôt qu’un autre.

Ont poétisé avec moi les inconditionnels :

1 – Martine nous emmène découvrir la poésie grecque avec : Kikí Dimoulá : « Statue de femme aux mains liées », extrait du recueil « Le Peu du monde, suivi de Je te salue Jamais »

2 -Sharon, depuis que Bob Dylan a eu le Nobel de Littérature nous offre de jolis poètes-chanteurs et aujourd’hui c’est Mathilde de Jacques Brel ! Le Grand Jacques aurait pu l’avoir ce Nobel…

3 – Soène s’est blottie contre Albert Samain et nous dit « Je rêve de vers doux »…

4 – Modrone-Eeguab, de retour d’Italie a justement rencontré Musset (Alfred de) qui lui a parlé de « A mon frère revenant d’Italie » (le hasard fait bien les choses)…

5 – Valentyne, notre Jument Verte préférée, se remet en selle avec « Diego » de Sabine Sicaud. Au galop !

6 – Jacou, la bordelaise…nous présente « Bordeaux » vu par Ausone.

7 – Célestine nous raconte « l’ivresse » selon Baudelaire…

8 – Pativore, dont le commentaire s’était glissé dans Indésirables (et que je n’ai vu qu’aujourd’hui samedi)…nous glisse un poème d’Oscar Wilde.

Extrait de  » L’ été à Alger », p. 39 à 41  de mon édition Folio.a-noces-lamiraute-de-marthe-piothet

« Soirs fugitifs d’Alger, qu’ont-ils donc d’inégalable pour délier  tant de choses en moi ? Cette douceur qu’ils me laissent aux lèvres, je n’ai pas le temps de m’en lasser qu’elle disparaît déjà dans la nuit. Est-ce le secret de sa persistance ? La tendresse de ce pays est bouleversante et furtive. Mais dans l’instant où elle est là,  le coeur du moins s’y abandonne tout entier. A la plage Padovani, le dancing est ouvert tous les jours. (…) Le soir venu, je ne voyais plus son corps collé contre son danseur, mais sur le ciel tournaient, les taches alternées du jasmin blanc et des cheveux noirs, et quand elle rejetait en arrière sa gorge gonflée, j’entendais son rire et voyais le profil de son danseur se pencher soudain. L’idée que je me fais de l’innocence, c’est à des soirs semblables que je la dois. Et ces êtres chargés de violence, j’apprends à ne plus les séparer du ciel où leurs désirs tournoient. »

Je ne peux pas résister à ajouter celui-ci, extrait de « Noces à Tipasa » et qui a donné son titre au recueil. p.17.

ruines de Tipasa

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Un peu avant midi, nous revenions par les ruines vers un petit café au bord du port. La tête retentissante des cymbales du soleil et des couleurs, quelle fraîche bienvenue que celle de la salle pleine d’ombre, du grand verre de menthe verte et glacée ! Au-dehors, c’est la mer et la route ardente de poussière. Assis devant la table, je tente de saisir entre mes cils battants l’éblouissement multicolore du ciel blanc de chaleur. Le visage mouillé de sueur, mais le corps frais dans la légère toile qui nous habille, nous étalons tous l’heureuse lassitude d’un jour de noces avec le monde. »a-noces-plage-de-tipasa-image-google

©Albert Camus, extrait de Noces – 1938 –.

 

LE GARÇON DE MARCUS MALTE ≠ MRL2016 AVEC PRICEMINISTER

img_4954Mais qui  donc est ce « Garçon » dont tout le monde parle ?  C’est d’abord un auteur que j’affectionne, Marcus Malte  (ICI, , ENCORE ICI, ICI,  et SURTOUT LÀ) et que je félicite d’avoir obtenu le Prix Fémina avant-hier. Prix largement mérité pour ce livre inclassable, merveilleusement (bien) écrit et dont je vais essayer de vous parler. Le résumer est au-dessus de mes forces. Alors oui ce billet est trop long mais c’est comme ça ! C’est aussi une lecture commune avec Noukette, Hélène de Lecturissime et Moglug. Cest également ma participation pour les Matches de la Rentrée Littéraire 2016 orchestrée par Price Minister . a-logo-pm-mrl2016Et c’est plus qu’un coup de coeur.

Ce livre est un pavé de 535 pages,  il m’a fallu dix jours pour le lire, le savourer. Ce n’est pas un page-turner qu’on se le dise…même si une fois commencé, on ne le lâche plus.

Le Garçon n’a pas de nom, il pourrait être une pâle copie de « L’enfant sauvage » mais rien de cela. Il restera muet toute sa vie malgré les initiateurs qu’il rencontrera sur son long chemin de solitude, d’épines mais aussi de roses incandescentes. Long chemin parce que l’histoire se déroule entre 1908 et 1938, sur trente ans dont deux années de guerre pour ce Garçon et une guerre dont il ne sortira pas indemne, comme tous ceux qui n’en sont pas morts. Muet ou mutique, on ne sait pas vraiment, à l’inverse de « L’enfant sauvage », il ne sera pas étudié et disséqué. Et c’est tant mieux pour le livre. Et ce silence choisi par l’auteur permet une autre approche, d’autres sensations.

L’histoire est poignante, les digressions sous forme d’énumérations sont criantes et cruelles aussi, mais transcendées par l’écriture de Marcus Malte, les envolées lyrico-historiques m’ont rappelé les délires d’Ariane  dans Belle du Seigneur d’Albert Cohen. Rien que ça. Et je suis certaine qu’il n’a pas tout dit.  Mais revenons à notre Garçon.

Il naît dans le sud de la France, dans une zone reculée, une cabane quelque part, pas trop loin de la mer mais pas très près non plus. Le livre s’ouvre sur une nuit noire, le Garçon a 14 ans environ et porte sur son dos celle qui est sa mère mais il ne le sait pas. Sa mère ne lui a jamais rien dit, rien enseigné, ne l’a pas vraiment aimé d’après ce que l’on comprend. ils ont vécu en autarcie, loin du monde et elle veut qu’il l’emmène voir la mer avant de mourir. Il versera ses premières larmes mais pas les dernières. On devine dès les premières pages, l’immense page blanche qu’est ce Garçon, cette glaise brute et intouchée où tout reste à écrire, à modeler. « Tout homme laisse un jour derrière lui son enfance. Il ne la retrouvera pas. Seuls quelques très vieux ou très fous bénéficient parfois de cette seconde chance » (p.39).

Il va faire des rencontres, des gens humbles, une star de cirque déchue mais magnifique, dans un premier temps puis des personnes cultivées, bourgeoises même mais un peu décalées si on les juge à l’aune de la société de l’époque, moi je dirais qu’elles étaient en avance sur leur temps et profondément humaines. Comme Emma. Qui va l’aimer, l’initier et cela nous vaut des pages torrides comme cela faisait longtemps que je n’en avais pas lues, c’est à dire de qualité… Mêler désir ardent et poésie, je n’en connais pas beaucoup qui savent le faire sans tomber très vite dans le vulgaire.  » (…) Marche à deux temps, deux battements par mesure, deux pulsations. Largo. C’est le cycle des lunes et des marées. Sac et ressac. La mer à boire, mais de miel, de sirop, un nectar. Et ce lent, très lent va-et-vient dure et dure encore.
Debout devant l’évier. » (p.258). Et encore, ne vous mettre que ce petit bout est réducteur, il ne traduit pas « l’émotion » réelle que l’on ressent.

Mais le saule sous lequel ils s’aiment, où les rayons du soleil éclairent leurs corps en été ne sera plus un refuge…Le 1er août 1914, les cloches carillonnent et ce n’est pas pour un mariage. La Guerre 14-18 vient d’éclater et on sait ce que la Guerre fait aux hommes, même aux plus tendres, même aux plus purs, surtout à eux. Elle leur fait mal et les renvoie changés dans un monde qu’ils ne reconnaissent plus. Eux-même ne se reconnaissent plus, ça y est, ils ont été touchés par la saleté du monde. La guerre oblige à de petites et grandes trahisons avec soi-même dont on a du mal à se remettre. « Ce qui n’a pas été pillé a été détruit  ou souillé. La lèpre pousse dans les chambres. Au royaume des déments qui sont les rois ? «  (page 423).

Le voyage initiatique du Garçon est loin d’être fini, la guerre est un révélateur du visage de l’Humanité, de ses multiples facettes les moins glorieuses même si l’Homme parfois n’a guère besoin de guerre pour être monstrueux. Je recule toujours devant les livres de « guerre », ici, la partie du livre qui lui est consacrée a achevé de me  bouleverser.

Quels seront les ravages sur un esprit pur comme celui du Garçon ? Quelle sera la suite de l’histoire d’amour avec Emma ? Emma la pianiste, la poète érudite qui a tout compris en renonçant à « éduquer » le Garçon, consciente de sa vanité, car au fond, l’éducation nous rend-elle plus heureux ou meilleurs ? C’est aussi je pense une des questions du livre, voire la question : qu’est-ce qui est encore vierge de toute corruption aujourd’hui, de la plus légère, celle dont parle Emma (ci-dessous) à celle qui se joue au sommet de l’État et des Académies prestigieuses ?

 » (…). Fatalement cela aurait une influence sur son esprit, sur sa façon d’appréhender le monde et les choses – corruption douce mais corruption tout de même-(…). Quand elle observait,  autour d’elle, les êtres constituant la prétendue bonne société, que voyait-elle ?
La civilisation est ailleurs. » (p. 232).

A vous de lire ce chef-d’oeuvre (non je n’ai pas peur du mot), ce livre au souffle épique qui a coupé le mien plus d’une fois (au propre comme au figuré), mélange tous les genres, dans une musicalité de style parfaite, harmonieuse, malgré la cacophonie des obus et les lamentos épistolaires d’Emma pendant la guerre. Le musicien mélomane qu’est Marcus Malte a écrit une symphonie parfaitement achevée. Le livre d’or de la maturité…

Nous avons beaucoup discuté avec Noukette et Hélène hier en faisant nos billets, ce livre nous a vraiment chamboulé. Allez lire leurs billets ! Noukette, Hélène de Lecturissime et Moglug

De nombreuses chroniques ont fleuri que je n’ai pas encore lues, sauf celles de ma LiliGalipette (il y a longtemps)  et Yvan  (après mon billet) que je vous conseille car vous y trouverez le lien vers une interview de M. Malte (en septembre, avant le Fémina), très édifiante. Et bien sûr l’étude de Mazeppa de Claudialucia (en lien avec V. Hugo et la poésie), dont elle a parlé ICI . Je ne voulais pas trop en savoir avant de commencer ce livre et bien m’en a pris. Recueillis ce matin, les avis de Claudia Lucia, Kathel, Pr. Platypus, Yv, Zazy
et la chronique très « sexy » de Lorentzradfin

SUR L ‘AUTEUR  ???

Photos Soène, Quais du polar 2013.

Photos Soène, Quais du polar 2013.

What else ? Je vous ai déjà tout dit dans mes précédents billets et avec le Fémina, vous apprendrez certainement à mieux le connaître, cet anarchiste bad boy, discret, charmeur et intranquille… ! (ce descriptif n’engage que moi, je tiens à le préciser, j’assume !).

Lien pour poster chronique PM / MRL-2016: http://bit.ly/2cC07yP

Le retour du Jeudi-Poésie avec Guénane !

Logo du jeudi poésie pour présentation d'un poète.

Logo du jeudi poésie pour présentation d’un poète.

Nous revoilà au pied des rimes amis randonneurs de la poésie, avec nos vers en bandoulière pour faire craquer les feuilles d’automne et les bûches dans la cheminée. Quoi de mieux qu’un poème le soir au coin du feu quand le jour s’en va trop tôt ? J’ai choisi une poétesse que ma chère Martine m’a fait découvrir en m’envoyant un de ses recueils intitulé « La sagesse est toujours en retard« , joli programme non ? Je vous parle d’elle à la fin, en attendant, je vous fais découvrir un de ses  poèmes qui m’a particulièrement touchée, bien que le choix ait été difficile. Et Martine, je ne te remercierais jamais assez pour ces belles découvertes que tu me fais faire régulièrement…

Ont poétisé avec moi aujourd’hui ceux qui ont pu, ceux qui ont voulu, quelques uns de ceux qui m’accompagnent dans ce rendez-vous depuis trois ans…. :

1 – Modrone  qui goûte actuellement aux charmes et à la gastronomie bolognaises nous fait partager « La Felicita » dea Giovanni Pascoli
2 – Nunzi et Sharon ont regardé  partir « Les oies sauvages » de Guy de Maupassant
3 – Soène , toujours en vadrouille est partie à la recherche du « Temps jeune » (oui facile celle-là) avec Henri Bauchau ;
4 – Jacou nous met « Les points sur les i » avec Luc Bérimont ;
5 – Martine qui propose un jeu (vous jouez si vous voulez) mais aussi un superbe poème de Jean Rousselot : Maille à partir.
6 – Claudialucia avec Mazeppa de Victor Hugo dans (et en lien) Le Garçon de Marcus Malte

lampions-lanternes-ana-rosa

Nos jeunes années
les vieilles qui viennent
lesquelles servent de lanternes ?
Sur une feuille réapparue
sous l’encre déteinte
affleure l’enfant perdue.ecrire-mains-dentelle-nature-and-culture Faut-il se retourner Orphée ?
Faut-il mourir pour abandonner
nos souvenirs coriaces
ne plus humer ce qui se trame sous nos crânes ?

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Oublier ou retenir ?
Vouloir les deux est-ce avoir deux fois tort ?
S’accommoder est si mal commode.

©Guénane, p.54 du recueil « La sagesse est toujours en retard » paru chez Rougerie en 2016. 77 pages. 13€img_3228

SUR L’AUTEURE :

Guénane en 2014.

Guénane en 2014.

Guénane Cade de son nom « complet » est né un 26 juillet 1943 du côté de Lorient, à Pontivy exactement, en Bretagne. Ses parents avaient quitté Lorient peu avant pour fuir les bombardements. « Elle a grandi au bord d’un fleuve marin, non loin de l’estuaire, et a vite compris que chacun porte en lui ses propres marées » ( Source Wikipédia). Ne se souvenant pas avoir appris à lire et écrire, elle commence le violon à 7 ans et entamera des études de lettres à Rennes. Touche-à-tout, elle a aussi fait du théâtre, a vécu longtemps en Amérique du Sud, explorant d’autres paysages, d’autres poésies. Sa rencontre à 20 ans avec René Char a été marquante et lui a inspiré le titre de son premier recueil, Résurgences (Éditions Rougerie, 1969). « Un mot emprunté à René Char. Resurgere / renaître ; insurgere / s’insurger; toute sa démarche d’écriture est contenue dans ces mots. Renaître toute la vie à sa manière » (Source Wikipédia). C’est donc une poétesse française, auteure également de romans et de nouvelles. Elle vit actuellement « en rade de Lorient ».
« Le titre de son recueil « Couleur Femme » a été repris comme thème du Printemps des Poètes 2010. » (Wikipédia).

Outre Wikipédia, un site beaucoup plus intéressant qui parle d’elle, ICI .

FRÉNÉGONDE – Quand la fratrie s’emmêle – de LYDIA BONNAVENTURE

img_4944On ne va pas se mentir : quand une amie blogueuse, Lydia Bonnaventure et pour ceux qui la connaissent en tant que blogueuse, elle officie sous le pseudo Lydia66, récemment changé en Lydia B.,  écrit un livre et me l’offre généreusement car j’aime sa plume, je suis tout de même un peu angoissée ! Que faire si je n’aime pas ? Le lui dire sans la blesser ? Faire un billet de complaisance ? Non ça jamais ! Bien que ce ne soit pas son premier livre (elle a déjà commis un essai intitulé « La maladie et la Foi au Moyen-Âge » aux prestigieuses Éditions La Louve, spécialistes de l’époque) mais c’est son premier « bébé » en terme de roman. Et si je vous dis que je l’ai dévoré en deux après-midis sitôt reçu, que j’ai ri, admiré le travail de recherche(s) et la facilité avec laquelle ce roman se lit est en soi une prouesse car nous rendre le Moyen-Âge ainsi accessible, comme si cela se passait à notre époque quasiment en y mêlant de l’amour, de l’humour, une intrigue policière, des religieuses et des faits historiques ayant réellement existé, ce n’est plus une prouesse mais un livre de santé publique que tous les réfractaires à cette époque devraient lire, ainsi que les ados ! Bon, mais trêve de digressions et autres états d’âme, de quoi ça parle ???

L’action se situe à Alzey , petit bourg situé dans le Palatinat du Rhin (Allemagne aujourd’hui) en 1135 (je sais depuis toujours que Lydia a un faible pour les collections automne-hiver de cette époque) (elle enlève son hennin mais on voit bien la marque sur sa chevelure délicatement ondulée). Le livre s’ouvre sur les hurlements (en majuscules) de Dame Frénégonde, Dame apothicaire depuis la mort de son mari (l’époque de la peste et autres maladies décimaient des familles rapidement si on n’avait pas une santé de fer). Elle a une quarantaine d’années, est plutôt bien charpentée et costaud et ne s’en laisse pas remontrer. Elle a aussi un fils, Gottfried qui lui succèdera mais pour l’heure, il partage son temps entre l’échoppe et les roucoulades avec  sa promise…

Lydia Bonnaventure est donc une pro du Moyen-Âge, elle s’y promène en habituée, tape sur l’épaule de tout le monde avec une aisance déconcertante. Aussi quand elle prend le risque d’inclure Hildegarde Von Bingen, qu’elle adore et qui fut en son temps une religieuse bénédictine visionnaire, érudite aussi bien en littérature, musique qu’en pharmacopée (tiens, comme Frénégonde) c’est encore un pari osé mais qui se tient car la pauvre et frêle Hildegarde, emmenée à l’âge de huit ans au monastère, était la dixième d’une fratrie de dix enfants (et avait un « don »). Comme on ne connaît pas bien deux de ses frère et soeur,  l’auteure s’est engouffrée dans cette lacune historique pour créer Frénégonde et un autre frère qui arrivera plus tard dans le livre. Mêlant donc ainsi allègrement fiction et réalité avec un bonheur certain et absolument crédible ! Ha la scène où Frénégonde se prend une cuite avec une bourgeoise coincée… au monastère ! J’en ris encore !

Pour l’heure, Frénégonde est aux prises avec un jongleur-voleur qui lui a volé une  « chevrette », ces pots d’apothicaire qui possédaient pour la plupart un sceau en leur fond, attestant de la propriété de l’apothicaire et là Frénégonde voit rouge  et rugit un « PAR  SAINTE GAUBURGE «  retentissant qui réveille tout le quartier. Il faut dire qu’elle a une verdeur de langage parfois surprenante ! Les autres personnages sont pas mal non plus.

Je vous passe les rebondissements incessants qui font qu’on ne lâche pas le livre si je ne veux pas le déflorer plus avant pour vous laisser des surprises ! Mais Lydia est gourmande et l’on sait bien qu’à cette époque, hormis chez les Seigneurs, la classe moyenne se contentait de produits rustiques et simples. Mais bien cuisinés, elle a réussi à me faire saliver avec un poulet grillé aux carottes rôties, moi qui n’aime que très modérément les carôôttes ! Trop forte ! Et sans parler des pommes au four qui étaient un must !

Même quand elle parle en termes « Moyen-Âge » à son fils amoureux, on comprend et on sourit :

« Serais-tu en train de m’engigner ? Vas-tu me dire d’où tu sors avec cet air de coquebert ? » Page 26.

Vous trouverez en préface et postface la part de fiction et les évènements/personnages réels que Lydia a tenu à départager et malgré la fin qui ne laissait pas entrevoir de suite, après renseignements tombés comme par magie dans mon oreillette, il y en aura une, c’est O-BLI-GÉ comme hurlerait Frénégonde.

Mais ne vous méprenez pas sur ce « livre sans prétention » comme le qualifie humblement Lydia Bonnaventure, la fluidité du style, le sens de l’action, les dialogues percutants et la précision des faits historiques en font une petite pépite que je vous recommande chaudement….

FRÉNÉGONDE
Quand la fratrie s’emmêle de Lydia Bonnaventure, 161 pages, sorti en août 2016 par MON PETIT ÉDITEUR.

Vous pouvez l’acheter en librairie en le commandant à votre libraire préféré ou sur le site de l’éditeur, ICI !

Si vous êtes abonnés au site ou au blog de Lydia (qui quitte enfin CB pour WP (Les autres CB, là dans les rangs, prenez-en de la graine 😉 ), elle consacre régulièrement des articles avec photos sur les lieux du livre et je dois dire que cela a été un plus pour ma lecture.

DE VIVES VOIX de GAËLLE JOSSE / Rentrée Littéraire 2016

img_4896 Ce dernier opus de Gaëlle Josse, sorti le 22 septembre, n’est (selon l’éditeur) « ni un roman, ni un essai, ni une auto-fiction » mais je le situerais volontiers entre l’essai  et une suite de pensées personnelles sur la/les voix, leur impact, leur importance sur nos vies, et dans nos relations à l’autre, au quotidien ou qu’elles nous (re)viennent du passé. Ces fragments se lisent comme de la poésie. Ce serait donc un « essai-poésie »… L’oreille, le véhicule indispensable n’est pas le plus important pour « entendre », il sert juste à écouter. L’esprit doit montrer des dispositions et une acuité particulières pour être réceptif aux nuances, aux vibrations, aux tonalités et surtout, surtout à la justesse. Gaëlle Josse n’a-t-elle pas écrit « Nos vies désaccordées » ? On sait donc l’importance qu’elle accorde à la musique, à quel point l’harmonie, l’équilibre entre le son et ce qui se joue (en paroles ou en musique) est vital pour elle.

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Comme elle le spécifie dans cet « Avant-lire » ci-dessus (imprimé par moi sur du papier « bible » pour mieux le lire qu’en PDF), tout part de l’infime, de ce que nous jugeons souvent comme « insignifiant » et donc important à ses yeux. Quels rôles en effet ont pu avoir dans notre existence, les voix originelles, les premières que nous ayions entendues ? Comme celle de la mère in utero… Déterminante dans la découverte du monde comme le fut celle de Rimbaud qui lui ouvrit le chemin étoilé de la poésie dans une fulgurance inaltérée. Ces voix sont des murmures, des cris aussi, des chants, des réminiscences précises ou plus lointaines. Nous en apprenons un peu plus sur elle, elle se confie avec la pudeur et la sensibilité qu’on lui connaît. Avec tact et délicatesse.

« Une incision dans le silence. La voix investit des sphères insoupçonnées, lointaines, minérales. » Page 69.

Que dire aussi des voix du passé, celles des absents, des voix que l’on croyait oubliées, planquées dans un repli de mémoire et qui  nous reviennent en boomerang quand on ne s’y attendait pas :

« Il est éprouvant de revoir en photo un proche disparu, mais entendre sa voix, fût-ce une seule exclamation dans une mauvaise vidéo, est insoutenable. Douleur de reconnaître une voix aimée qui ne peut nous entendre; illusion de croire, un instant, revenu quelqu’un qui nous a été cher. Trop de présence, trop d’absence. »

Mais elle nous parle aussi des voix du quotidien, entendues ça et là, par hasard, comme celle de cette jeune fille à la gare Saint-Lazare qui parlait à son téléphone à la descente du train… Une voix de « rossignol », modulée, forcément une voix  » d’amoureuse »… On reconnaît là la psychologue…

Il y a aussi des déceptions à écouter des voix d’acteurs lors de la retranscription d’un livre en version cinématographique :

« Dans la collision audition et virtuelle à laquelle nous sommes confrontés, c’est le décalage entre la voix d’acteur et la voix imaginée qui est le plus désagréable. » Page 71.

Savoir saisir ces voix dont nous sommes cernés, en extraire le suc, l’essentiel et passer de l’oral à l’écrit pour qu’il en reste trace. Les voix ont contribué, contribuent sans cesse à faire de nous ce que nous sommes. La somme de toutes ces voix et bien plus…atteste notre présence au monde.

Jusqu’où nous emmène le souvenir d’une voix ? Quand elle se remémore celle d’un homme aimé à la voix éraillée qui en disait long sur lui. Ou encore, ce passage, page 13 sur la musique de Schubert, à travers le message du musicien qui est « d’entendre ou ne pas entendre », ce qui fait une grosse différence. Pourquoi encore les voix d’enfants sont-elles bruyantes et joyeuses jusqu’à la fin du primaire pour se taire brutalement à l’arrivée de l’adolescence ? Autant de réflexions intelligentes qui nous interpellent tous.

Je pourrais vous citer encore bien des exemples et des passages de ce recueil tant j’ai émaillé mes pages A4 de post-it mais il est mieux que vous le lisiez, que vous écoutiez à votre tour, la voix incarnée, mélodieuse, jamais cacophonique de Gaëlle Josse qui illumine ce livre avec talent, une voix qui compte désormais en littérature et il est difficile de passer à côté sans écouter  et surtout « entendre » ce qu’elle a à dire… J’avoue que ce « format » me faisait un peu peur car il sortait des sentiers battus de Gaëlle, sans trame romanesque tout en plongeant dans l’intime. Mais elle a su y imprimer allegro presto son vibrato reconnaissable, indéfinissable, accompagnant le sensible des émotions avec  ses mots, nous parlant avec légèreté des ses amitiés tonales comme de ses détestations vocales.

Il s’avère que j’ai trouvé cette lecture passionnante car elle nous touche, nous avons l’impression d’avoir un jour ou l’autre entendu ces voix, d’avoir réagi comme elle et ces courtes pages se boivent comme un nectar bienfaisant et rafraîchissant.a-gaelle-josse-de-vives-voix-le-temps-quil-faitMerci Gaëlle pour cet envoi, ce fut un beau cadeau ! Vous pouvez trouver la jolie version papier aux Éditions Le temps qu’il fait, depuis le 22 septembre au prix de 13 €uros pour 88 (80 pour moi) pages de pur bonheur…dans un format carnet (à emmener partout) de 19  x 14cm qui ne pèse que 130g.

Et si vous n’étiez pas convaincus que Gaëlle Josse est devenue pour moi une auteure fétiche-doudou-majeure, je vous renvoie à mes chroniques de « Nos vies désaccordées », « Les heures silencieuses », « Le dernier gardien d’Ellis Island » et « L’ombre de nos nuits » . Je les ai tous lus, me reste à chroniquer Noces de Neige.

 Vous pouvez lire aussi l’avis de Sabine, du Petit Carré Jaune.

Après trois ans de Paul Verlaine – retour de poésie –

Ce n’est pas encore le retour du jeudi-poésie, je vous proposerai, si vous êtes toujours d’accord, un calendrier début octobre, en conservant les « jeudis verts »… C’est un début et c’est avec Verlaine que je reviens, dans ma zone de confort…


APRÈS TROIS ANS...a-verlaine-porte-bois-usee

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle. IMG_4625

Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.a-tonnelle-vigne-vierge a-jet-dau-verlaine

Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent.
Chaque alouette qui va et vient m’est connue. img_4787 IMG_4550

Même j’ai retrouvé debout la Velleda
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
— Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.a-verlaine-velleda-dhyppolite-maindron-i839-jardin-du-luxembour-a-paris

Verlaine, Paul (1844 – 1896)

Le jeudi poésie avec Robert Desnos

a Desnos couv provisoire de Corps et biens 1930Robert Desnos né un 4 juillet en 1900 a eu un destin tragique, une fin tragique au moins puisqu’il mourra au camp de Térézin (Tchécoslovaquie) le 8 juin 1945, un mois après la libération du camp, affaibli et rongé par le typhus. Ce qui est extraordinaire c’est que l’on va retrouver sur lui (un jeune tchèque qui a reconnu son nom en regardant la liste des malades de l’infirmerie) la dernière strophe du poème ci-dessous et que les journaux tchèques vont le traduire en pensant qu’il s’agit là du dernier poème de Desnos… Las ! Il avait été écrit en 1926 pour la belle chanteuse de music-hall Yvonne Georges à qui Desnos vouait une passion qui n’a jamais été réciproque, un amour impossible qui le poursuivra jusqu’à la mort. Un peu prophétique ?a Desnos Yvonne Georges vers 28 dcd en 30 de tuberculoseYvonne Georges, vers 1928, décèdera de la tuberculose en 1930, à l’âge de 33 ans…

Ont poétisé avec moi aujourd’hui : Lire la suite

Le jeudi poésie des blogueurs !

Logo du jeudi poésie pour présentation d'un poète.

Logo du jeudi poésie pour présentation d’un poète.

C’est un jeudi « vert » sur le calendrier de ce printemps qui l’est beaucoup moins (vert), nous pouvions donc écrire un poème si la muse nous envoyait ses flèches inspirées. Et toutes catégories confondues, nous sommes quinze, mais c’est que vous y prenez goût ! 😆 Cette fois-ci j’en ai écrit un, la rime est hasardeuse, pour ne pas dire aléatoire… C’est un « Sursaut », pardonnez-moi ! 😉

Ont poétisé avec moi  : Lire la suite

L’OMBRE DE NOS NUITS DE Gaëlle Josse et rencontre-surprise avec l’auteure !

Une lecture commune avec Mindounet alias Mind The Gap. Accompagnée de la surprise que je vous annonçais dimanche, vous avouerez que pour nombre d’entre vous, habitués aux Salons et autres fréquentations de librairies ou bibliothèques, rien d’extraordinaire ! Sauf que… ce n’était pas prévu, tout à fait improbable mais Mindounet l’a fait !  De passage chez moi, comme tous les ans maintenant (nous sommes un « vieux couple » de la blogo, arf ! Un couple d’AMIS, je précise !), il me réservait une surprise pour le samedi matin ! Gaëlle Josse intervenait dans une médiathèque non loin de chez moi (une petite centaine de kilomètres quand même, il a fallu se lever tôt) où on lui remettait un Prix pour Le dernier gardien d’Ellis Island ! Nous avons failli nous retrouver à Paris (merci les GPS aux indications floues et les conducteurs distraits, hum hum) mais nous avons fini par arriver (en retard) et au début, à la place où j’ai pu m’assoir, je ne voyais que ça de Gaëlle :

IMG_2160Quand la voisine de devant bougeait, c’était légèrement mieux :IMG_2166Mais il a fallu attendre la fin du débat et la remise du Prix pour que je la voie entièrement !IMG_2167

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Mais le meilleur moment (pas de photos, je ne m’auto-prends pas en photo) fut celui de la rencontre, quand mon tour est arrivé pour dédicacer ses deux derniers livres que j’avais apportés (nous n’étions pas dans le grand barnum du Salon parisien). Elle s’est levée, m’a attrapée par les épaules pour m’embrasser et m’a dit avec un grand sourire : » Mais vous existez ! FaceBook s’incarne, prend chair ! »  Car elle est la seule auteure que je suive sur FB (en communiquant, pas en « likant » seulement), toujours élégante, discrète. Son mur est à l’image de ses livres, tout en nuances et respect des autres. Inutile de vous dire que l’émotion fut intense, je sais je sais, je suis peut-être une petite chose sensible mais ce moment a cristallisé tout ce que je ressentais à la fois pour la femme et pour la romancière.IMG_2225

Par ailleurs, avant la remise du Prix, elle a pu (un peu) parler de son  dernier livre, L’ombre de nos nuits (que j’avais lu en janvier), et j’ai été ravie de constater que mes post-it (assez voyants en jaune et orange) disaient la même chose qu’elle…avec d’autres mots bien entendu ! Mais je vous en reparle dans la chronique pour éviter les redites… IMG_2226

Alors tout d’abord, les bémols que j’ai ressentis en début de lecture du livre. Il n’est pas mon préféré (je les ai tous lus) car j’ai eu du mal à y entrer, déstabilisée par les trois voix qui s’y côtoient. Nous différencions très bien la voix de la jeune femme contemporaine qui raconte son histoire d’amour à la première personne de celle du peintre Georges de La Tour mais quand on ne peut pas le lire d’une traite (comme je le faisais avant, il n’y a pas si longtemps), et qu’on le reprend parfois le lendemain seulement, on peut confondre la voix de l’apprenti avec celle du Maître de La Tour. C’est mon seul bémol et il n’a pas duré longtemps, puisque j’ai profité d’une nuit blanche pour engloutir la deuxième partie d’une traite et les choses se sont éclaircies, illuminées même… Ci-dessous, le tableau « en entier ».

a Gaëlle Josse tableau entier

Saint Sébastien soigné par Irène de Georges de La Tour (dit « à la lanterne »).

C’est à la fois l’histoire d’un amour malheureux ,  une jeune femme s’adresse depuis Rouen en 2014 à celui qui l’a tant fait souffrir quinze ou vingt ans plus tôt, et celle du tableau de de La Tour (en 1639), de sa conception à son succès  intitulé Saint-Sébastien soigné par Irène. Image « extrait » du tableau reprise pour la couverture et qui nous éclaire tout au long de ce livre où les ombres sont omniprésentes dans les deux histoires. IMG_2227

Gaëlle Josse avait été touchée par ce tableau lors d’une visite imprévue dans un musée, un jour de pluie, et avait fait un rapprochement avec une histoire d’amour qui lui est personnelle, suffisamment pour que le livre naisse de son imaginaire fertile. En effet, on sait bien qu’enlever un couteau d’une plaie, ici une flèche, risque de tuer plus sûrement le blessé que de le sauver… Mais dans le cas présent, c’est surtout le non-désir de l’homme aimé à sortir de son chaos intérieur qui est en cause : « Trop tard. Je me suis perdue dans ta souffrance, jusqu’à ce moment où j’ai pris conscience de la mienne ; j’ai voulu te guérir et je n’y suis pas parvenue. La flèche était enfoncée trop profondément, et j’ai compris, trop tard aussi que tu ne désirais pas vraiment t’en débarrasser, plus effrayé encore par le vide qui allait prendre sa place que par la douleur qu’elle te causait ». (page 35).

En alternance, nous suivons la vie familiale du peintre La Tour qui n’est pas encore connu et n’a pas de particule, à Lunéville dans sa Lorraine natale, alors ensanglantée par la guerre de Trente ans,  ravagée par la famine et les épidémies.  Dans une maison bien tenue par Diane, son épouse, entouré de quelques domestiques, de ses enfants et des apprentis. Nous apprenons  comment il choisissait celle ou celui qui allait incarner le personnage de son prochain tableau. il s’agissait souvent d’une de ses filles ou de son épouse. Là, nous suivons donc l’histoire d’un jeune apprenti, Laurent, doué, qui est le souffre-douleur d’Etienne, le fils de La Tour, un odieux gamin nul en peinture au grand désespoir de son père (qui ne l’admet pas évidemment) … Cette guerre larvée entre les deux jeunes hommes et malgré l’amour que porte Laurent  à Claude, la fille du peintre et modèle pour la Irène du tableau, va le décider à partir, il sait qu’il doit trouver sa voie, seul malgré l’affection du Maître,  pourtant bourru, taiseux, obsédé par son art et perdu en lui : « Je peins le ravissement, l’oubli du monde, dans un bras tendu, une main posée. Je peins l’être qui se laisse atteindre dans des régions de lui-même ignorées. Sa meilleure part ».(p.143).  Je me suis amusée à remplacer, dans cette citation le verbe « peindre » par « aimer », et cela collait bien avec les sensations de la jeune femme contemporaine… On recoupe peu à peu ces trois voix, le tableau, personnage central s’il en est, pour suivre le cheminement de chacun vers une forme de délivrance au parfum de liberté. Même si son pendant est souvent l’amertume.

Et nous avons hâte de tourner les pages pour savoir ce qu’il adviendra de la jeune amoureuse, aveuglée par l’amour mais dont les yeux se déssillent douloureusement. Il est difficile d’admettre que l’on n’est pas aimé à la même hauteur que l’on aime, il est difficile de croire que les choses ne s’arrangeront pas. A fortiori quand on revit l’histoire à rebours, comme ici, avec le recul nécessaire laissé par le temps qui a passé et que l’on ose enfin poser des mots sur ce que l’Amour nous faisait perdre en lucidité. « Les arcanes et les figures du désir, un dédale que nous parcourions éblouis, avec ardeur, emportement, et jusqu’à la douleur. A chaque fois que tu t’abimais en moi, cette illusion de croire que nous avancions, allons, j’ose le dire, vers un destin partagé. » (p. 65 et 66).

Un roman qui mérite d’être qualifié de clair-obscur avec la plume toujours aussi sensible de Gaëlle Josse, douloureuse parfois car on perçoit comme il a dû être cruel pour elle de se battre pour sauver cet amour. Elle a dit, au cours de la rencontre que c’était son livre le plus abouti, qu’elle y avait mis énormément d’elle (comme dans tous ses livres mais là, davantage) et qu’elle se sentait mieux d’avoir dit à « cet homme » ce qu’elle ne lui avait jamais dit. Elle s’est tout de suite reprise (au sujet de « l’aboutissement ») de ce livre, en disant que c’était un sentiment personnel… De toute évidence, elle ressort grandie, plus forte après l’avoir écrit. Alors, je l’ai trouvé effectivement plus long que les autres (196 p.contre une centaine d’habitude et je m’en plains pas), plus développé aussi avec cette sincérité qui la caractérise, l’émotion toujours à fleur de mots, un subtil mélange de pudeur et de lyrisme qui en fait un très beau livre que je vous recommande.

L’ombre de nos nuits, Gaëlle Josse ©Les Éditions Noir sur Blanc (Notabilia), 2016. 196 pages.

Merci Martine de me l’avoir offert dès sa sortie, c’est un très beau cadeau…à double valeur puisqu’il est à présent dédicacé.

Allons voir ce que Mindounet en a pensé, il a été plus enthousiaste que moi mais a bénéficié de conditions de lectures plus favorables ! 😉

Extrait du LIVRE DES NUITS de Sylvie Germain (2 & fin) – et blabla…

Sylvie Germain vers 1985 ?

Sylvie Germain vers 1985 ?

Toujours avec Val, qui avait décidé de deux extraits de ce livre magnifique, je vous propose un autre extrait du Livre des nuits mais je reste sur ma faim,  aussi j’ai décidé de vous en toucher trois mots prochainement, pas comme pour un billet « classique », vu que je l’ai lu il y a 3 ans mais avec la formule « Ce qu’il m’en reste« , j’en ferais peut-être une rubrique vu le nombre de livres non chroniqués dont j’aurais tant aimé vous parler… Celui-ci en premier.

Aujourd’hui j’ai choisi  un passage du « cinquième livre« , intitulé « Nuit des cendres« , chapitre  7 : Si vous voyez des (…), c’est que je saute un passage peut-être clé, du moins avec des révélations sur les personnages et le but n’est pas de déflorer ce livre, juste vous donner envie de le lire ! Une dernière chose : je trouve (c’est complètement personnel et subjectif) que Sylvie Germain, comme beaucoup de grands écrivains avait déjà dans ce premier livre, des « tics » de langage ou d’écriture, notamment les  tirets après une virgule, ce qui était à la mode aussi à l’époque… Je me suis permise dans le dernier paragraphe, que je trouve superbe, d’en enlever les trois-quarts sans que cela ne nuise à la lecture, bien au contraire, les mots semblent libérés de cette posture-prison de ponctuation. Les puristes me pardonneront (en même temps si je ne l’avais pas dit…hormis l’auteure elle-même, qui aurait remarqué ?^^)….

a livre des nuits grand format Gallimard Blanche

 » (…)  Plus de monde pour lui (…)  Ce n’était même plus la nuit et le silence mais les ténèbres et le mutisme. Sachsenhausen. Ce mot lui martelait l’esprit sans répit, nuit et jour, à l’exclusion de tout autre mot. Nulle pensée, nulle image ne parvenaient à se former en lui, ni surtout à se poser. Sachsenhausen. Cela battait comme le bruit opaque de son propre coeur, – un même rythme aveugle. Les semaines, les mois passèrent, et rien n’y fit, le bruit s’obstinait à battre sa sourde cadence, tellement monotone. Sachsenhausen. Sachsenhausen.a germain Sachsenhausen

(…) Sa tête était si lourde, si lourde de vide, et avec ce sempiternel martèlement intérieur, elle ne savait même plus rester droite (…) Il ne connaissait plus la faim, ni le sommeil, ni la soif. Il ne souffrait même pas. Il était comme en-deçà ou au-delà de la souffrance. Il avait basculé dans une zone néante. Il subissait le terrible écoulement du temps, heure par heure, seconde après seconde. Un temps déjeté hors du temps, évidé de durée, – nul. Sachsenhausen. (…)temps et homme qui marche

(…) Sachsenhausen. Sachsenhausen. Il subissait l’épreuve de la nuit absolue, – la Nuit  où tout a disparu. La Nuit de l’aboli et il était assigné à une pure insomnie, à une présence folle saturée d’absence. Il ne pouvait pas ne pas être là – nulle part à veiller heure par heure – dans le jamais, l’impossible. Il ne pouvait pas ne pas voir, voir cela même qui ne se laisse pas voir,  voir le néant même de tout voir. Il voyait la Nuit, encre tout à la fois opaque et translucide, encre d’avant toute écriture, ou bien d’après. Nuit-d’encre noire où plus rien ne s’écrit, ne se dit, ne se lit. Nuit-d’encre illettrée où plus rien ne se passe. »

crédit photo : Aurélia Frey - Variations.

crédit photo : Aurélia Frey – Variations.

©Le Livre des Nuits de Sylvie Germain – Editions Gallimard, 1985. Extraits des pages 322, 323, 324.

Allons voir chez Valentyne, l’extrait qu’elle a choisi aujourd’hui !

 

Extrait du Livre des Nuits de Sylvie Germain.

livre des nuits de s germainIl ne vous aura pas échappé que je n’ai jamais chroniqué ce livre, lu fin 2013. Non pas par désir de ne pas partager cette lecture éblouissante mais plutôt par crainte de ne pouvoir restituer cet éblouissement dans lequel il m’avait plongée… Alors quand j’ai vu que Valentyne allait consacrer deux dates (le 15 et le 23 mars) pour des citations de ce livre, je lui ai proposé de faire « citation commune » ! Vous trouverez ci-dessous non pas l’incipit, mais une bonne moitié du chapitre 1 (p15-16) de la première « Nuit » de cet ouvrage qui en contient six. En espérant vous donner envie de le continuer…

NUIT DE L’EAU

En ce temps-là les Péniel étaient encore gens de l’eau-douce. Ils vivaient au fil presque immobile des canaux, à l’horizontale d’un monde arasé par la griseur du ciel, – et recru de silence. Ils ne connaissaient de la terre que ces berges margées de chemins de halage, bordées d’aulnes, de saules, de bouleaux et de peupliers blancs. La terre, alentour d’eux, s’ouvrait comme une paume formidablement plate tendue contre le ciel dans un geste d’attente d’une infinie patience. Et de même étaient tendus leurs coeurs sombres et pleins d’endurance.
La terre leur était éternel horizon, pays toujours glissant au ras de leurs regards, toujours fuyant au ras du ciel, toujours frôlant leurs coeurs sans jamais s’en saisir. La terre était mouvance de champs ouverts à l’infini, de forêts, de marais et de plaines rouis dans les laitances des brumes et des pluies, paysage en dérive étrangement lointains et familiers où les rivières faufilaient leurs eaux lentes dans le tracé desquelles, plus lentement encore, s’écrivaient leurs destins.
Ils ne connaissaient des villes que leurs noms, leurs légendes, leurs marchés et leurs fêtes, racontés par l’écho qu’en donnaient ceux d’à-terre qu’ils croisaient aux escales.
Ils en connaissaient les silhouettes, gravures fantastiques esquissées sur fond de ciel et de lumière en perpétuelle métamorphose, rehaussées sur champs de lin, de blé, de jacinthes, de paille et de houblon. Villes minières, villes drapantes, villes artisanes et commerçantes, dressant à cru leurs tours et leurs beffrois dans le vent monté depuis la mer, là-bas, et s’attestant cités d’hommes graves et laborieux à la face de l’histoire -et de Dieu. Et de même étaient dressés leurs coeurs, à cru dans l’immensité du présent. (…)

©Sylvie Germain, Gallimard, 1985. 337 pages.

Allons voir chez notre Jument Verte, l’extrait qu’elle a choisi !