IL NEIGE Ô MON ANGE …


Je m’éveillai tôt le lendemain matin, surprise de ne pas entendre les gazouillements du bébé, désorientée par le calme majestueux des lieux, en lutte avec mon cerveau inapaisé.

Au loin, le sifflement d’un train qui entre en gare vint mourir sous le silence immaculé qui s’était déposé pendant la nuit. Je sortis dans le froid de l’aube pour toucher la neige encore virginale, souriant aux mésanges venues quémander quelques miettes de pain. Hypnotisée par la valse lente des flocons, les mains tendues et le visage offert, je les laissai se déposer sur mes lèvres, les buvant comme les baisers du printemps passé, celui qui chantait faux encore dans mon âme… Accoster sous pavillon blanc au foyer de mes parents n’était pas prévu dans le parcours. Un détour en terre inconnue et minée. Si je me sentais forte et fière d’avoir remisé mon orgueil pour le bien-être de ma fille, je cherchai l’erreur, quand allait-elle venir me tirer l’oreille ? M’agitant son mouchoir troué sous le nez, cette odeur de naphtaline obsédante qui signait chacun de mes retours dans cette lande. Me restait malgré tout à faire une étude rapide de la situation  pour que le terrain demeurât neutre entre ma mère et moi, avant que des scolopendres hors saison, les pattes engluées dans l’amertume ne vinssent remuer la boue du passé. Et les tomates que nous nous jetions au visage s’accompagnaient de doux noms imprononçables.
C’est pour cela que je n’avais pas voulu lire la lettre de Paul devant elle hier, malgré son regard faussement bienveillant et trop appuyé pour être honnête. On ne se défait pas aussi facilement des barbelés érigés au fil des années. Je grelottai tout à coup ; en regagnant ma chambre, je m’arrêtai un instant devant celle de mes parents où Lila, ma fille, avait passé la nuit dans mon vieux berceau, hâtivement descendu du grenier hier soir. Elle berçait ma fille en chantonnant, la serrant avec tendresse contre son thorax maigre que je devinai à travers la chemise de nuit.

Encore sidérée par ce spectacle, je m’écartai silencieusement et, en arrivant je me dépêchai de lire la lettre de Paul, de la relire en détachant bien les mots pour comprendre ce qu’elle signifiait au-delà des formules qu’il maniait habilement. S’il parlait comme un livre, il n’en était pas clair pour autant… :

« Comme l’oiseau envolé,
Amour tu es partie
Me laissant nu seul désolé
Il neige sur ma vie et sur Paris
Libère-moi de cette prison,
Livre-toi sans armes
Et reviens sécher mes larmes…
Inexorablement, nos vies sont amenées à se recroiser un jour. T’écrire chez ta mère est ma dernière tentative pour te retrouver. Un an que je te cherche, tu crois que je n’ai pas payé ?
Je t’offre mon pardon et ma repentance, tends-moi la joue de l’indulgence. Il n’y a pas de piège, il n’y en aura jamais plus.  J’ai les radios de ton pied. Ce n’était pas grave il y a un an, aujourd’hui, si tu n’as pas consulté, fais-le ! Et réponds-moi… quoiqu’il arrive, où que tu sois. »
Bla bla bla, ça continuait sur deux pages…

Cinquième épisode de l’histoire ! Pour ceux qui seraient intéressés par les précédents épisodes, les lire ainsi, dans cet ordre : 1, 2, 3, et 4. Merci de votre patience !

C’était ma participation au jeu d’Olivia, Des Mots, Une Histoire n°54. Les mots à placer étaient : erreur, tendresse, train, thorax, scolopendre, lutte, inconnu, inexorablement, boue, pavillon, compagnie, foyer, neige, étude, mésange, flocon, accoster, désorienté, parcours, tomate, chanter, gare, livre,

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51 réflexions au sujet de « IL NEIGE Ô MON ANGE … »

  1. Coucou Aspho,
    7 h 40, je n’ai plus le temps de lire de façon appliquée ! Ton texte ne supporte pas une lecture rapide !
    je reviens cet aprem
    En attendant, bonne matinée et bisous d’O
    Pas de messages persos cette semaine qui a encore filé sans que je m’en aperçoive…

    • Ma pauvre, quel minutage ! 😆 Tu reviens quand tu peux et j’essaie de te contacter ce ouikende, oui la semaine est passée plus vite que Buzz l’Eclair ! Je te souhaite une bonne journée, couvre-toi, bonnet, mimines et tout et tout ! 🙂 Biiises fraîches mais ensoleillées ♥

  2. Ping : Elle a disparu | Désir d'histoires

    • Quoique…tu n’étais pas loin ! 😉 Il y a un épisode où je n’ai pas pu participer (mais qui est commencé) où..on a peur pour l’avenir du bébé ! Et l’histoire n’est pas finie tout peut arriver… arrrgh ! 😀

  3. Laisse Lila et sa grand-mère tranquilles ! Entre elles deux ça a l’air d’aller. Par contre, faut pas laisser le berceau dans la chambre des grands-parents, c’est pas sain pour l’enfant 🙂
    Fais la paix avec Paul et va donc faire soigner ton pied… avant qu’on ne te le coupe !
    Et voilà, « ma » fin pour « ton » histoire 😆
    Bisous

    • Non mais j’y crois pas !!! Tu vas me faire TA fin ??? 😆 ce serait trop simple, hé hé… Tu as peut-être envie d’une autre histoire ? Je peux si tu demandes gentiment comme tu sais si bien faire ! Biises :)♥

  4. Il y avait encore beaucoup de mots, ça rend l’exercice d’autant plus difficile! J’aime particulièrement la manière dont tu décris la neige, au début de ton texte. On a vraiment l’impression d’en sentir le mœlleux et le froid…

    • Difficile surtout pour faire court ! Mais tu as l’oeil car j’ai plus travaillé le début que la fin de mon texte ! 😉 Et je me rends compte qu’il n’est pas facile d’écrire plusieurs choses en même temps ! Autant ça ne me dérange pas pour lire que pour écrire c’est duuuur !^^

    • ce pied c’est un reste de l’astragale de la semaine dernière qui reste ! J’ai l’os en travers de la gorge maintenant, tu m’diras j’ai l’habitude ! 🙂 Pourquoi tremblez-vous donc gentes dames ? Je ne m’attaque pas aux bébés et aux vieillards, les autres…niak…niak…

  5. « Bla bla bla sur deux pages » on va les avoir la semaine prochaine, Tu étais fatiguée hier ? 😀
    Va pas y avoir des morts, rassure-moi ?
    C’est vrai que c’est fluide, cotonneux, zouli à lire… :

    • Bah non ! 🙂 Justement, c’était pour vous épargner les deux pages ! Fatiguée hier et cotonneuse ? Absolument mon cher ! Et zouli, zouli, le début peut-être, où j’étais concentrée, après j’ai été dérangée toute la journée ! 😀 Pour les morts je réfléchis mais je ne suis pas une killeuse moi Môssieur… 😆

  6. J’ai suivi à partir de l’épisode 3, faudrait que je lise le début pour voir comment tu introduis les personnages.
    Donc boire des flocons peut rendre ivre…d’amour…j’espère qu’il sera le plus fort dans la suite…

    • Note que moi-même je ne me souviens pas de tout ! Il va falloir que je relise tout depuis le début et voir ce que je peux en tirer sans scolopendres ou autres mots un peu « justes » 🙂 Boire des flocons, se rouler dans la neige (bien couverts, pas en sortant d’un sauna !), tout dépend avec qui ! 😉 Pour l’instant il n’a que ce qu’il mérite mais je ne suis pas non plus acharnée contre lui, elle a un caractère « space »…

  7. C’est mieux que « Plus belle la vie », la maison de l’ennui et du livret A, des jets de tomates, des barbelés, le gosse innocent, Paulo qui rêve de Camille, Camille qui est à la limite de l’amputation et bla, bla, bla ,bla….on va se régaler la semaine prochaine !! 🙂

    • Euh…t’as raison ! je m’inquiète, ça commence à faire feuilleton mon histoire ! 🙂 Et pourtant je raccourcis mes épisodes… Je vais corser l’affaire pour vendredi ! 😉

  8. Je prolonge le tapis rouge de louanges que l’on livre ici à ton beau texte… Et donc patience pour découvrir la suite… mais please pas touche au bébé…. pleeeasseeee !

    Coincoins enfantins

    • Merci Cériat ! 🙂 Je ne sais pas encore où ça me mène ! Je fais aussi en fonction des mots qui tombent chaque semaine…Mais j’y pense, va falloir que ça s’arrête ! 😉

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