Pluie d’été de Shinju Miruku


Publié au Téètras Magic – Collection Belle Lurette – Octobre 2011 – 9 €uros. Ma note : 5/5.

Recueil de haïkus modernes, joliment illustrés dont les mots résonnent encore en moi. Un petit recueil que l’on aime à garder près de soi afin de les relire encore et, ici, d’y trouver un écho dans l’illustration symbolique et recherchée.

Haïkus « modernes » , donc il faut que je vous parle d’abord de ce qu’est le haïku classique, brièvement,mes études de chinois sont loin…

En japonais, le haïku s’écrit sur une seule ligne verticale, d’un seul jet de pinceau. Il est composé de 17 « more », l’équivalent (en plus subtil) de nos syllabes. En français il fait trois lignes et dix-sept syllabes découpées en 5-7-5. Il doit comporter une référence à la saison, au lieu et enfin l’émotion, la pensée qui s’élève. La saisonnalité est très importante dans le haïku classique. Le « kigo », littéralement « mot de saison » est la marque de réussite d’un haïku maîtrisé. Était. Car tout évolue, en poésie aussi. Je vous fais grâce des sous-classifications pour ceux qui ne comportent pas telle ou telle référence… Dans ce recueil, je dirai que nous avons affaire plus à des « mojai » (sans référence de saison) mais l’exercice de style sur la musicalité syllabique est respecté et réussi. Ces fragments détachés d’un tout nous ramènent à ce tout, la poésie s’infiltre en nous, comme cette goutte lancinante qui s’élève ou retombe, où le regard se perd.

 Car ici, le « fil rouge » est la goutte d’eau déclinée en rouge, en vert, en bleu et en gris qui se suffit à elle-même dans l’image pour évoquer la saisonnalité , la spécificité d’un temps particulier:

« Folles ardoises
Calligraphie de mon coeur
Souvenirs heureux »

Celui-ci m’évoque d’emblée la rentrée des classes et l’automne ou le début de l’hiver, les saisons étant légèrement décalées au Japon.

Que la goutte soit rouge, verte, ou encore bleue ou grise pour évoquer la pâleur de la lune et  son influence, il faut être « dedans » pour en apprécier toute la puissance évocatrice.

Ce sont des instantanés, des éclairs, des fulgurances qui nous parlent de la difficulté de vivre, d’aimer souvent. Dans l’attente, l’espoir et les doutes sont reliés à l’eau de la pluie, à la cascade, au sel des larmes ou aux ombres qui voilent nos secrets et qui demeurent en nous, lancinants parfois…

Il n’y en a que seize dans ce recueil, seize haïkus et seize photographies pour illustrer chacun d’eux. Je ne peux vous les dévoiler tous… Je peux vous dire que des débuts nostalgiques, désenchantés s’étirent vers l’espoir du printemps et finissent avec un rayon de soleil qui finit par glisser lui aussi au-dessus de l’eau, rayon salvateur et éternel. L’atmosphère est sombre ou plus légère, chaque haïku ayant sa vie propre, son commencement et sa finitude,  bien que reliés les uns aux autres par la pluie qui les recouvre de transparence légère. La trace d’une empreinte sans cesse effacée et recommencée… Belle idée de cadeau pour Noël qui approche !

Je remercie Les Agents Littéraires et Les Editions Le Téètras Magic pour cette superbe découverte.

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23 réflexions au sujet de « Pluie d’été de Shinju Miruku »

    • Merci Eiluned, je ne savais même pas comment j’allais en parler en fait…et c’est venu tout seul, mes souvenirs (ce qu’il en reste 😦 ) de mes études de chinois avec UV de japonais, donc j’en ai lu beaucoup mais la « nouvelle vague » me plaît énormément ! 🙂

    • Si ce n’avait pas été pour les A.L j’aurai expliqué un peu plus sur les haïkus mais là, bon. Bien sûr que ça perd, d’autant qu’en japonais il n’y a pas d’articles, de conjugaisons, justes des particules pour indiquer le temps ou l’appartenance, plus l’écriture verticale. Mais de jolis haïkus, écrits directement en français, l’effet est le même ou presque quand les règles sont respectées. Je vais aller voir ton billet !

    • Là est ma grande question concernant ce recueil, à savoir s’ils n’ont pas été directement écrits en français ! Je n’ai rien trouvé sur Google concernant l’auteur et les traductions que j’ai lues jusqu’à présent respectent rarement (en français) la règles du 5-7-5… C’est quasi impossible avec nos articles et nos conjugaisons… Mais c’est le résultat qui compte et chaque fois que je relis le même, j’ai une sensation différente ou une image autre qui passe ! En plus, il est super joli ! pour un cadeau ce n’est pas très cher en plus… Si tu veux le voir de plus près pour te faire une idée, je peux te l’envoyer, tu me connais ! 😀

  1. J’ai ressorti mon petit livret sur les saisons que Somaja m’a offert cet été. Il va falloir que je fasse un billet et que je vienne mettre ton lien en gros caractères. J’aime le trait et la délicatesse mais je ne comprends pas cette expression artistique.
    Rouge et vert…

    • Ah ! Je vais te donner des cours particuliers alors ! 😉 J’ai eu du mal au début, mais après quand tu te concentres sur le lieu, la saison, la couleur dominante, il te vient des images ! Naturellement et une musique aussi qui s’impose ou…pas ! Rouge et vert, comme par hasard et ce sont les deux saisons dominantes dans les haïkus, le printemps et l’automne, les cerisiers en fleurs et les érables rouges… je suis intarissable sur le sujet même si j’évite d’en parler car ça gonfle tout le monde en général 😀

  2. Bonjour,
    J’ai eu l’occasion d’acquérir l’ouvrage et je ne m’en lasse pas.
    Quand j’y pense, en début de journée j’ouvre une page et j’y pense (et parfois j’oublie) dans la journée, comme une goutte qui se pose dans le temps. A
    ujourd’hui ça sera :
    « Les tendres parfums
    des rencontres différées
    lueur espérée »
    Belle chronique.
    Bonne journée à vous.

  3. Et bien moi ça me gonfle pas! Au contraire j’adore, tu peux en parler encore et encore! C’est une forme de poésie si fine, si légère qui repose sur l’émotion mais aussi sur la perfection de la forme (mais le travail ne doit pas apparaître..)
    Quand à la traduction de la poésie, à mon avis, c’est encore plus délicat que la prose. Pour le dimanche poétique je suis entrain de lire deux traductions ( mais je ne peux pas comparer avec l’original parce que je ne connais pas la langue) de Goethe.. et il y en a une de Nerval que j’aime énormément. Mais il disait qu’il avait choisi de s’éloigner parfois de l’original parce qu’il voulait privilégier d’avantage la poésie que la syntaxe de départ.

    • Ah, ça me fait plaisir d’entendre ça ! On s’entendrait bien 🙂 Il vaut mieux privilégier la poésie à la syntaxe je suis bien d’accord ! Dans les haïkus japonais que j’ai lus, ils étaient traduits sans la règles des « more » et ils avaient leur sens de départ. Ceux qui sont écrits directement en français, c’est encore autre chose, un bel exercice de style et quand la poésie y reste, c’est juste parfait !

  4. Je ne connais presque rien de cet art d’écrire des poésies avec ces contraintes très précises, et j’ai beaucoup apprécié tes explications, Miss Aspho, car j’ai découvert les haïkus il n’y a pas si longtemps. La lecture ce ces poèmes apaise. Mais que cet exercice est difficile à faire avec autant de légèreté et de subtilité.
    Ton billet est très agréable à lire. On y ressent ton bonheur d’en parler. Tu nous donnes vraiment l’envie de le découvrir. Je note le titre de ce petit livre…

    • Merci, si je t’ai convaincue c’est déjà pas mal et en plus les photos sont superbes (symboliques mais elles sont en harmonie avec les textes). Et puis tu peux le commander aux Agents Littéraires ! Si tu veux te faire une idée, je peux te l’envoyer ? Ce serait avec plaisir ! 🙂

  5. Ping : Bilan de novembre… bouh ! Requêtes du blog, tirage au sort (tout ça, oui !!!) |

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