LES PLUMES DE L’ANNÉE 10 – LES TEXTES EN J !


Tout d’abord merci aux participants de cette dernière session avant les prochaines  vacances scolaires d’avoir tenté, malgré certains mots particulièrement « choisis » d’avoir fait l’effort de faire un texte ! Les forçats cette semaine sont  par ordre d’arrivée des liens : Rêva, Lilou, Cériat, Mind the Gap, Pierrot Bâton, Soène, Valentyne, Manuel, Jean-Charles, Wens, Jeneen, Aymeline, Claudialucia, Jeanne, L’Ane de Bretagne Zoé, Jeneen, Célestine Antiblues  Christine de Chine qui publie chez 32 Octobre, AmélieMiss SO et 32 Octobre  et Mahie in the sky qui s’est jointe à nous dans la journée !.  Ci-dessous, mon texte.


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LES MIRAGES DU TEMPS (suite)

 Depuis qu’elle avait choisi, un jeudi de septembre, de poser sa solitude dans les sables du désert,  jamais Sylvia n’aurait cru que l’horizon  libre et bleu se refermerait un jour sur elle comme les barreaux martyrisés des prisons. Ces prisons sans justice dans la balance cruelle du temps.
La silhouette qui approchait, en soulevant des tourbillons de sable joyeux tremblait doucement dans l’air juvénile du matin. Une bouffée d’air, insolente de bonheur emplit ses poumons douloureux.

Recroquevillée sur sa peur, hérissée tel un jalon infranchissable, sa mémoire l’aspira vers un passé  encore proche. Elle avait rencontré Simon à Tanger dans un bar branché  où tous les écrivains du monde étaient passés un jour s’asseoir à une table autour d’un café épais et sirupeux. Leur premier regard à travers les jalousies d’un moucharabieh ciselé les avait entraînés dans un maelström de sentiments violents. Ils s’étaient jetés l’un contre l’autre sans réfléchir, juste pour se convaincre que l’amour avait aussi des accents graves et heureux. Pour en jouir à chaque aube qui se levait jusqu’au crépuscule qui les trouvaient encore enlacés. Ils s’étaient reconnus immédiatement dès que leurs peaux s’étaient touchées, un absolu inaccessible jusqu’alors. Ils vivaient dans le voyage et l’errance de ceux qui ne veulent pas s’étouffer avec des racines envahissantes. Elle lui avait raconté son enfance passée au bord de l’océan, lorsque à marée basse, elle courait derrière le jusant languide qui mourait au pied des rochers mis à nu. Elle dansait sur la plage mouvante à cette époque, emmitouflée dans un gros pull jacquard confectionné par sa grand-mère. Elle laissait ses sœurs à leurs jérémiades ; elles jaspinaient sans cesse dans les jupes de la pauvre mamy affairée aux fourneaux. Sylvia jubilait presque de les voir enfermées dans un janotisme* stérile autour d’une Barbie désarticulée ou se disputant les raquettes d’un jokari dépareillé.. Elle savait déjà que sa vie ne serait pas cette ligne droite et blanche que laissaient les avions dans le ciel. Simon aussi s’était confié, un peu, trop peu… Eternel tourmenté, il passait plus de temps dans les cafés parisiens appuyé à un juke-boxe grinçant que sur les bancs de la Fac. Sa mère était morte trois ans plus tôt et il avait refermé les volets verts de leur maison avant de prendre la route, des cahiers vierges dans son sac à dos.

Une voix sourde la ramena à la réalité. Karim, le taxi du village essayait de la relever pour lui épargner la morsure du soleil :
– Sylvia, allez, viens je t’emmène à …
– Non, regarde ! Simon revient, je ne…
– Mais Simon il est…

Impassible, sans juron à la bouche comme à l’accoutumée, le vieux Karim la souleva, la prit dans ses bras et lui murmura à l’oreille comme à chaque fois, la fin  d’un vieux conte qu’il avait entendu sur la Place Djemâ-el-Fnâa à Marrakech :
«  Comme un baiser de feu, ma mort te brûlera longtemps, mais tu verras ! Un matin,  la rosée  impalpable sur les ailes d’un oiseau couleur de jade refera le printemps et t’emportera loin de ton chagrin. Parce que ma mort n’est pas une fin mais la promesse d’une attente moins brûlante que tes larmes… »

Elle pleurait en silence à présent, les yeux rivés au nuage de sable qui montait vers le ciel , un mirage obsédant qui revenait à pas lents pour l’ensevelir …

*janotisme : ici employé dans le sens de candeur naïve.

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60 réflexions au sujet de « LES PLUMES DE L’ANNÉE 10 – LES TEXTES EN J ! »

  1. Elle est bien triste ton histoire, mais tellement belle avec ces senteurs d’Afrique qui nous envahissent en lisant. Même pas besoin de lunettes, on voit les images en 3D 🙂
    Ca me parle énormément…

  2. Tellement bien écrit , une histoire triste , un décor troublant , merci
    les mots imposés sont fluides , je crois que cette série en » J  » a une fois de plus inspiré de manière très différente , cet exercice est un vrai régal
    bises Asphodèle

    • Merci Jeanne, j’avais une suite à faire et quand j’ai vu les mots, j’ai un peu pâli ! Et au vu des textes déjà lus, encore beaucoup de diversité (à part Julia qui revient souvent) ! Bises à toi également et bon week-end quand même malgré la pluie ! 😀

  3.  » le jusant languide qui mourait au pied des rochers mis à nu » ? je regarderai mieux quand j’irai à la plage ! 😉 Très beau texte, et Karim est un prénom magnifique, mais que c’est triste…(d’ailleurs, t’as l’air maline avec ton tueur en larmes…) Tu n’avais pas dit que tu ferais un petit recueil de tes écrits ??? biz

    • Regarde bien ! Il ne fait que ça le jusant : mourir et s’alanguir ! Je suis bien placée pour l’observer quand même ! 🙄 ! Je l’aime moi mon petit tueur au coeur tout mou comme un caramel au beurre salé ! Euh, pour ce qui est du recueil, il faut d’abord que j’arrête de bloguer car question timing, je n’ai pas encore le secret pour me cloner vois-tu 😀 Bon, allez remets ta coiffe droite et on te pardonnera d’en avoir fait fuir ! 😉

    • Ah voilà ce que c’est d’être habituée au ciel sans nuages ! Ici c’est toute l’année les coups de foudre 😀 ! Les trombes d’eau moins, mais là nous sommes servis ! Je mets ton lien de suite ! Bonne journée…

  4. Ah c’est bien l’heure de la sieste ça me laisse le temps de lire ton texte. 🙂
    ça se termine bien comme d’hab’ ! Tel l’épilogue du film « le dernier vol » dont j’ai revu les décors désertiques à travers tes lignes, ton histoire emporte au loin …
    J’ai bien aimé le « jusant languide  » fallait le trouver celui-là !

    • Ah ha tu profites de la sieste ! Moi aussi je l’ai faite ! 😦 Je ne connais pas « Le dernier vol » ! C’est avec qui ? Par contre j’ai un souvenir « ébloui » de « Un thé au Sahara » vu il y 15 ans et que je ne retrouve pas en DVD ! Un jusant peut être languide non ? Viens sur les plages ici, tu verras ! 🙂

  5. tu remarqueras, Vendéenne-au-noisetier, que plusieurs d’entre nous (euh…enfin, pas moi !) ont même réussi à placer un beau et vrai janotisme dans leur texte (Rêva, Claudialucia, Antiblues (pas exprès ?) Célestine chez Valentyne…et d’autres !!!!) Je jubile, joyeuse, je jouis de ta mine déconfite (et gnagnagna)…Allez, retourne à ton jokari ! biz

    • ha-ha-ha et bien moi aussi j’ai placé un vrai janotisme, c’est même la première définition dans mon dico :roll:, pfff Et tu peux me narguer et t’agiter comme un sémaphore désespéré, ta coiffe à l’envers qui trempe dans les raviolis, je reste imperturbable ! Et j’ai mieux que le jokari pour m’occuper ma pôvre ! 😆

  6. Allez, après avoir bien rigolé chez Jeanne et Pierrot Bâton, je ne résiste pas et moi aussi j’ai écrit mon petit texte en J!!!
    Merci de nous botter un peu les fesses pour faire travailler un peu nos neurones littéraire 😉 bises!

    • Merci Syl… J’avais pensé à faire encore une suite mais comme la semaine prochaone, je ne sais pas dans quel état je serai, je verrai chez Olivia si les mots ne sont pas trop disparates… Déjà là j’ai ramé…

    • J’avais compris pour la sieste de ton bout de chou 😉 mais j’en ai fait une aussi ! Mais je n’ai pas vu de piques !:( j’étais même contente que tu le remarques mon jusant languide ! Merci en tout cas pour le lien, je vais aller voir ça ! 🙂

  7. Bonsoir, vous êtes vendéenne ?
    ce petit texte m’a fait penser au film que je suis allé voir ce jour, « Poulet aux prunes », qui est très beau.
    Vous connaissez bien l’Afrique du Nord ? Avez-vous vu ce film, il vient tout juste de sortir

    • Bonjour ! Oui je suis vendéenne métissée charentaise et née en Afrique du Nord… mais tout va bien ! 🙂 Non je n’ai pas vu Poulet aux Prunes, je ne sors pas souvent, hélas ! Mais en DVd quand il sortira qui sait ? Bonne soirée…

    • Il y avait de la lecture aujourd’hui ! Moi aussi j’ai terminé mais j’ai des comm’, je ne suis pas sûre qu’ils soient passés, je dois y retourner ! Merci à toi 🙂

  8. Je suis comme antiblues. Je n’ai qu’une petite fille mais elle en vaut bien deux! Aussi, c’est ce soir que je commence à lire les textes; Il me faudra plusieurs jours!
    Oui, très bien écrit et très beau… Je te souhaite un bon dimanche, repose-toi bien.
    PS : faire pleurer un tueur, c’est pas rien!

    • Ah ces grands-parents qui pouponnent ! Profitez-en, les textes peuvent attendre, tu vas être sur les genoux ma pauvre Claudia à ce rythme !!! Merci et j’espère que tu vas te reposer…après ! Bon dimanche Claudia ! 🙂 Il m’a dit qu’il avait pleuré, j’en étais toute émue, z’ont le coeur sensible ces durs à cuire ! 🙂

    • Et bien, j’ai potassé le dictionnaire, le VRAI, pas Wikipédia et dans le Hachette, il y avait « candeur naïve » en premier, tu penses que ça m’allait très bien ! J’y serais arrivée sans ça en rajoutant un dialogue mais bon, rien que pour embêter la bigoudène décoiffée, je n’ai pas pris sa définition hé hé ! 🙂

  9. encore un vrai régal cet ensemble de textes
    de mieux en mieux
    avec beaucoup de nostalgie cette semaine

    @ Asphodèle, Snif snif ! c’est toujours triste chez Asphodèle… mais tant pis, c’est si bien écrit

    @ Amélie, La spécialiste des situations troubles
    @ Antiblues, Des personnages bien campés et une histoire qui prend une nouvelle tournure avec ces deux enquêteurs
    @ Aymeline, Toujours autant d’imagination
    @ Célestine, Un texte très vivant… une suite est nécessaire et obligatoire
    @ Cériat, Un joyeux pataquès cette cour de justice
    @ Christine de Chine, quelle histoire savamment distillée
    @ Claudialucia, Encore un exploit cette semaine
    @ Jean-Charles, Quel brio dans la noirceur
    @ Jeanne, Surprise et enchantée à la fois par ce texte
    @ Jeneen, Le titre est trompeur
    @ L’Ane de Bretagne, Très sympa Pulchérie, en espérant une suite… au prochain bal des pompiers
    @ Lilou, Belle imagination !
    @ Mahie in the sky, Texte plein d’humour et très visuel sans en avoir l’air
    @ Manuel, Comment savoir faire saliver ses lecteurs : tout un art !
    @ Mind the Gap, Mais où va-t-il cherché tout cela ?
    @ Miss SO, Du grand Art au service de l’histoire et de l’Histoire
    @ Pierrot Bâton, Partie ailleurs grâce à ce petit morceau de bonheur décrit
    @ Rêva, Un début de polar ?
    @ Soène, Encore, encore des photos commentées
    @ Valentyne, Belle évocation de ce qui e passe entre un cheval et son écuyère
    @ Wens, Toujours égal à lui-même ; nous manquerait s’il oubliait de nous régaler de ces mots chaque semaine
    @ Zoé, Un nouveau texte plein de nostalgie

  10. J’ai les larmes aux yeux.
    J’adore cette phrase « Ils s’étaient reconnus immédiatement dès que leurs peaux s’étaient touchées, un absolu inaccessible jusqu’alors. », c’est tellement beau lorsqu’une relation semble couler de source… mais si dur parfois aussi, quand il y a des obstacles.

    • Bah non, le but n’est pas de faire pleurer non plus ! Mais oui l’amour « instinctif » c’est tellement rare qu’on peut le souligner quand ça arrive et ça n’arrive pas souvent ! Après, les obstacles tombent d’eux-mêmes….

  11. Quel beau texte, quelle belle évocation de ce que peut être l’amour, avec ses accents graves et ses souffrances aigues….les sentiments sont si complexes. Et encore une fois, la présence de la mer comme pour la majorité des participant(e)s, mais ici elle prend ou ramène cet amour.
    Je sais pas pourquoi, j’ai essayé en vain de lire Virginia Woolf et ton texte me rappelle les quelques pages que j’ai lues. Et D’ailleurs Virginia s’est livrée à cet océan qui la fascinait tellement…

    • Virginia Woolf ? Rien que ça ! Je t’avouerai que j’ai toujours « La traversée des apparences » dans ma PAL, je n’ai pas réussi à la lire jusqu’à présent ! C’est vrai que la mer est vitale pour moi et une source inépuisable d’inspiration…

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