IL PLEUVAIT DES OISEAUX de Jocelyne Saucier


a il pleuvait des oiseauxUne lecture  commune avec Valentyne, notre galopante et facétieuse Jument Verte ! Un livre touchant, émouvant même,  malgré un début de lecture difficile (pour moi) car l’auteur nous présente les personnages un par un en alternance de chapitres, je ne savais plus qui parlait quand je reprenais le livre mais, je vous rassure ça n’a pas duré. On se laisse embarquer au fin fond du fond d’une forêt sauvage de l’Ontario par cette photographe, pivot narrateur du livre et ses trois  personnages octogénaires presque nonagénaires, en pleine forme,  qui ont fui la société des hommes pour des raisons différentes, vivent libres sous une fausse identité grâce à deux plus jeunes, l’un tenancier d’un hôtel fantôme (Steve) et l’autre (Bruno), producteur à grande échelle de marijuana sur les « terres » des trois anciens qui l’autorisent à le faire contre un système de troc qui arrange tout le monde. « L’hiver, je venais moins souvent. J’arrivais un peu comme le Père Noël avec mes poches de ravitaillement. Mon traîneau de skidoo en était plein. Des fruits, des légumes, des gâteaux, du frais et du moelleux pour mes p’tits vieux (…) parfois aussi des journaux. Ça les amusait de voir comment le monde se débrouillait sans eux » p.45 . Déjà ça commence de façon jubilatoire !

Au départ, la photographe cherche un certain Boychuck,  rare témoin survivant des grands feux de Matheson qui ont fait plus de deux cents morts le 29 juillet 1916… Quand elle arrive, un des trois vieillards, Ted, vient de mourir « de sa belle mort« . Est-ce Boychuck la légende ?  « Celui qui avait marché pieds nus dans des décombres fumants » après avoir vu les corps de ses parents, de ses frères et soeurs calcinés ? Elle va rester à l’Ermitage (nom donné à l’ensemble des cabanes construites par nos vieux briscards) un peu , suffisamment pour être adoptée et considérée comme un « être pur » puisque la chienne n’a pas aboyé à son arrivée. Elle fera des allers-retours car elle organise une exposition de photos sur ces Grands Feux.  « L’histoire s’installe tranquillement. Rien ne se fait rapidement au nord du 49ème parallèle. » p.77.

Et va arriver une femme, encore plus vieille qu’eux tous, un portrait de femme fantastique, la tante de Bruno qu’il vient d’arracher à un hôpital psychiatrique où elle a injustement croupi pendant soixante-six ans ! Pendant ces années elle a développé une faculté d’observation exceptionnelle, d’intuition mêlée à de l’instinct de survie, détenant des clés que des humains pas habitués à rester vigilants 24 heures sur 24 n’ont pas. Alors bien sûr cet être minuscule, soigné « qui possède une robe de nuit (…), qui marche à petits pas de souricette »  les troublent, bouscule leur entente basée aussi sur un pacte de vie et de mort. La mort n’est jamais très loin dans les esprits quand on atteint cet âge respectable, même en pleine santé !  » La mort est  une vieille amie, ils en parlent à leur aise. Elle les suit de près depuis si longtemps qu’ils ont l’impression de sentir sa présence tapie quelque part, en attente, discrète le jour, mais parfois envahissante la nuit ». p. 101. Sans parler de la petite boîte de strychnine qu’ils ont chacun sur une étagère au cas où l’un d’entre eux serait atteint dans sa dignité par la maladie ou si on devait les retrouver et les emprisonner.

Marie-Desneige, la bien-nommée sera son nouveau nom de passagère clandestine. Et il lui va à ravir. « Ses cheveux, d’abord ses cheveux, c’est ce que j’ai vu en premier, un ébouriffement de cheveux blancs au-dessus du tableau de bord, des cheveux tellement vaporeux, on aurait dit de la lumière, un éclaboussement de lumière blanche (…) »  p.61.

Alors, en plus de l’histoire incroyable et marginale de ces hommes, se dessine une histoire d’amour impossible, contée avec pudeur  comme il convient quand ça arrive à cet âge et que les plus jeunes ne peuvent envisager ni même imaginer que ça puisse exister. En toile de fond, continue l’histoire de la vie de Ted-Boychuck, mort avant l’arrivée de la photographe et qui peignait frénétiquement des dizaines de tableaux abstraits, que les deux autres, Tom et Charlie n’avaient jamais vus puisqu’ils n’étaient jamais entrés dans la cabane de Ted. Les fils de l’Histoire vont s’entrecroiser avec ceux des histoires de l’Ermitage où le suspense n’est pas absent, où l’émotion nous gagne  au fil des 216 pages. « Il pleuvait des oiseaux lui avait-elle dit. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds » p.98.

Je ne vous en dis pas plus, c’est déjà beaucoup. Un final magnifique de sensibilité et de tendresse pour ce livre qui retourne les tripes, servi par une écriture imagée et poétique, sensible comme je les aime ! Merci Aifelle et l’Or de me l’avoir fait acheter en janvier lors de sa sortie en Folio. C’est ça aussi la blogo, les coups de coeur des unes qui alimentent ceux des autres. Je ne sais pas si je peux l’inscrire aux Challenge des pépites de Galéa car c’est la sortie Folio qui date de 2015 mais il le mériterait amplement… 216 pages que je vous conseille fortement.

Prix Ringuet 2011 (entre autres), je l’ajoute donc à mon Challenge « à Tous Prix ».logo challenge à tous prix

D’autres avis très intéressants: Liratouva, chez Anne, Karine, chez SandrionLouiseCathulu et Aifelle, Suzanne, Lewerentz, Antigone, L’or Rouge. Et bien sûr celui de   Valentyne   ma partenaire pour cette belle lecture commune!

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50 réflexions au sujet de « IL PLEUVAIT DES OISEAUX de Jocelyne Saucier »

    • Aifelle, encore une tentation venue de chez toi et de chez l’Or ! Je n’ai pas regretté, je l’ai fait lire à des amis de mon entourage et POUR UNE FOIS, ils ont aimé, c’est dire, un livre que je vais offrir les yeux fermés ! cette image du grand âge est jubilatoire, servie par une poésie incroyable !

  1. Bonjour Asphodèle 🙂
    Une très belle lecture pour moi aussi 🙂
    Marie-Desneige, est ma préférée …et Bruno…et Charlie …. Tous en fait
    Cette façon qu’ils ont de prendre soin les uns des autres tout en respectant l’avis (la vie ? ) de chacun ….
    Bisessss et bonne journée 🙂

    • Val, une lecture que j’ai adorée, que j’offre aussi et qui plaît ! Marie Desneige est magnifique mais ces hommes et le lien qui les unit l’est tout autant, tu as raison cette solidarité entre eux est unique, sans parler du style superbe ! 😀 Bisous et bonne fin de long week-end 😀

    • Emilie, je te le conseille les yeux fermés, je l’ai offert à une amie qui n’aime pas forcément toutes mes lectures et là elle a adoré ! 😆
      Je fais aller…c’est pas encore ça mais ce n’est pas pire alors je ne me plains pas ! 😉
      Gros bisous 🙂

    • Luocine, c’est incroyable comment il fait l’unanimité et pourtant le sujet n’est pas racoleur ! Moi aussi je l’ai offert et je vais continuer à le faire, sachant que je ne me tromperai pas ! 😉

  2. Un de mes derniers gros coup de coeur de ces derniers mois… C’est dire, je l’ai lu deux fois ;0) En tout cas je suis ravie de t’avoir incité à le lire, une très très belle lecture qui ne s’oublie pas de sitôt. Je te souhaite un bon week end (prolongé, chouette) et t’embrasse

  3. Un magnifique roman, oui ! L’auteure s’est inspirée d’une dame de sa famille qui a vraiment vécu l’expérience pour créer Marie Desneige, c’est incroyable !

    • Merci Ghislaine, à cette heure là je dors, et si je ne dors pas, je lis mais l’ordi et le portable sont éloignés car ça ne favorise pas le sommeil ! 😉 Je vais…je fais avec, avec des hauts et des bas ! 😥 😉

  4. Bon bon… Obligée de l’ajouter à ma liste d’envies pour mes prochains achats 🙂
    Au vu de ton billet ainsi que des commentaires impossible de passer à côté…
    Merci pour le partage Asphodèle, j’ai fait de magnifiques lecture depuis que je traîne sur la blogo…
    Belle journée dominicale 🙂

    • Val-grenouille, ha oui là celui-ci je le classe d’office dans les indispensables ! C’est un livre qu’il faut vraiment lire, autant je sais dire quand on peut s’en passer ou que c’est une lecture qui peut attendre, autant celle-ci m’a coupé le souffle ! Après 30-40 pages un peu fouillis mais je l’ai posé trop souvent, ma lecture a été hachée…je pense qu ça vient de moi ! 😉 Bonne fin de soirée !

    • Val, je pense qu’il est très difficile de ne pas aimer ce livre, il faudrait y mettre beaucoup de mauvaise volonté ! 😆 Val, je pense qu’il est très difficile de ne pas aimer ce livre, il faudrait y mettre beaucoup de mauvaise volonté. J’ai déjà commencé à l’offrir Et il plaît à tous les coups…

  5. Un livre sensible qui ne peut que me plaire. Je l’avais noté d’ailleurs, je le lirai c’est sûr! Je me rends compte que je lis beaucoup de romans sur l’adolescence (c’est un hasard, je ne le cherche pas forcément!), j’ai très peu lu de livres liés à la vieillesse… En espérant que tu gardes le moral malgré cette santé qui vacille, je pense à toi et t’embrasse.

    • Nadael, je l’avais vu chez Aifelle et l’Or (et chez d’autres ensuite) avec toujours ce même enthousiasme malgré ce thème du très grand âge (pas forcément attirant) ! C’est un vrai coup de coeur, je l’ai offert et…pareil, on m’en parle encore, alors je pense que tu peux y aller les yeux fermés, si tu veux, je t’envoie le mien ? Tu me dis !
      Pour l’instant ça ne s’arrange pas après une accalmie la semaine dernière, il faut vraiment que je reste allongée, que je ne fasse pas de voiture, rien pendant 3 semaines minimum et encore après, il faudra être prudent ! 😥 Mais, bon j’y crois ! 🙂 Bises♥

  6. Nan malheureusement, Aspho tu ne peux pas le pépite car il appartient à la sortie de l’année dernière, et je crois d’ailleurs me souvenir qu’il avait été pépité par une blogueuse. Magnifique billet ma parole, ce livre, je lui tourne autour mais je crains vraiment une étrangeté qui me tiendrait à distance. Mais qu’est ce qu’il est beau l’extrait qui explique le titre, ça m’en mettrait presque les larmes dès le matin je t’assure. Je craignais le huis-clos des 3 veinards et de la photographe, et avec moi, ç a ne marche pas toujours.
    Mais il est en poche donc il est noté….(essentiellement aussi à cause de ce que tu dis sur l’histoire d’amour entre Anciens).

    Tu ne fais plus tes instantanés d’écriture ?

    • Galinette : – je me doutais qu’il ne serait pas « pépitable », il date même de 2012 si mes souvenirs sont exacts mais je trouvais tellement dommage, une lecture hors normes et sensible ! Il y a un côté « huis-clos » au début qui a ralenti ma lecture, cette présentation à la première personne des personnages principaux, les voix qui s’emmêlent mais bon, je l’ai lâché souvent et longtemps (plus d’une journée, chez moi c’est trèèès long). Après, c’était l’inverse, je ne pouvais plus le lâcher. Quant à l’histoire d’amour entre ces deux vieillards (il faut appeler un chat un chat), on se dit « non, c’est pas possible » eh bien SI, mais c’est fait avec tant de pudeur et de tendresse que c’est magnifique ! Avec moi, ce genre d’histoire, ce n’est pas gagné…
      Je fais mes « réels » sur un carnet mais je ne peux pas les taper pour le moment, je t’expliquerai, je dois te mailer pour autre chose ! 😉

      • Ok ma belle (j’aime vraiment le côté histoire d’amour en Anciens, ça m’émeut toujours, tu vois, comme s’il n’était jamais trop tard pour être fou),
        J’attends de tes nouvelles alors.
        Plein de bises et prends soin de toi

        • L’histoire d’amour ne vient pas tout de suite mais elle est magnifique ! Ce n’est pas non plus le centre du roman qui reste une pépite ! Je te le conseille les yeux fermés ! 😀 Bisous et à très vite ! Il faut qu’on se mette d’accord pour « La plage de Chesil », j’ai vu que la LC était programmée le 24 juin, je ne sais pas où je serai à cette date (trop de changements en ce moment, je fais au jour le jour)…mais je peux encore programmer un billet (le taper d’abord)… Bises Galinette ! 😉

    • Noukette, j’ai eu du mal moi aussi au début avec un chapitre par personnage, je me suis perdue, je me suis accrochée car c’était une LC (ça a du bon des fois) et heureusement, quelle beauté ! Vraiment, n’hésite pas à le reprendre du début, tu ne seras pas déçue ! 😉

  7. Hello Miss Aspho. Un bouquin formidable, tellement qu’il n’a pas besoin de moi. Peut-être une notulinette qui renverrait ici même. 😀 Encore merci. Je donne beaucoup de livres en ce moment, j’épure. Mais Il pleut des oiseaux ne sera pas victime de cette épuration. Bises (ce soir ciné-débat Taxi Téhéran) et à ttds.

  8. Claude, je suis vraiment contente qu’il t’ait plu mais je n’en doutais pas, il fait partie de ces livres universels que l’on offre les yeux fermés à ses meilleurs amis ! 😉 Bises et à ttds.

  9. je découvre ta chronique et je souris car j’ai bien l’impression que nous sommes attirées par les mêmes auteurs et le même genre de livre. J’ai découvert celui-là en allant sur internet à la librairie du Québec à Paris qui était la seule à avoir en diffusion le journal de Marie Uguay, une poétesse québécoise que Schabrières m’a fait découvrir. Bises nocturnes.

    • Domi, nous avons des affinités certaines !!! 😉 C’est bien pour ça que je t’ai suivie dès que tu as ouvert ton blog, je sentais passer quelque chose !!! 🙂 Martine (l’écriturbulente) a présenté un poème de Marie Uguay ! Je l’avais aussi lue chez Schabrières qui est souvent une mine pour nous aider à approfondir nos découvertes poétiques ! Bises du matin ! 😀

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