Un été à Cold Spring de Richard Yates


YatesJ’ai connu Richard Yates grâce au film « Les Noces rebelles » tiré de son livre « La fenêtre panoramique » que j’ai lu dans la foulée et que j’avais beaucoup aimé. C’est un auteur méconnu mais qui, comme Fitzgerald dans un autre domaine écrit le désenchantement. La comparaison s’arrête là, le milieu middle-class de Yates est bien éloigné des paillettes de Scott et Zelda. En attendant, Kate Winslet qui avait adoré le livre a suggéré à Sam Mendès, son époux d’en faire un film et depuis, les oeuvres de Yates qui tombaient dans l’oubli depuis le succès d’Easter Parade en 1961 sont rééditées  dans la très belle collection Pavillons Poche de Robert Laffont.

Dans la petite ville de Cold Spring (qui porte bien son nom) près de long Island, Charles Shepard, officier de l’armée en retraite a acheté une modeste maison en bois, à son image : modestie et effacement le caractérisent mais il possède une dignité, une grandeur d’âme dont son fils Evan est totalement dépourvu. Sa femme Grace, dépressive depuis des années ne quitte guère son fauteuil à bascule. Evan va se marier, être père et divorcer, tout ça la même année. Il deviendra ouvrier, sans ambition, malgré les encouragements de son père à lui faire reprendre des études d’ingénieur.

Oui mais voilà, Evan n’aime que conduire, il est merveilleux de beauté et de grâce au volant de son tas de boue ! Il séduira la douce Rachel, affublée d’une mère hystérique et alcoolique et là les choses qui promettaient de s’arranger un peu, vont se gâter. Pearl Harbor se profile mais au grand désespoir de son père, Evan est réformé.
L’été 42 va les obliger à vivre tous ensemble et nous atteignons là des sommets où se cumulent les lâchetés humaines, les faiblesses et les limites de chacun.

A ce stade, je ne vous en dis pas plus mais Richard Yates excelle à nous conter le quotidien banal et désenchanté de gens simples qui non seulement n’ont pas d’ambitions extraordinaires mais en plus, perdent leurs dernières illusions dans l’alcool ou les mauvais choix. L’ennui et la banalité de leur existence font qu’ils n’ont rien à se dire et Evan pense à un moment donné : « Tous les mariages devaient pouvoir bénéficier d’un occasionnel embargo sur la parole » (p.91) C’est dire…

La prose de Richard Yates est minimaliste, condensée sur cette tristesse qui s’évapore des sourires même les jours heureux. Car on sait qu’ils ne vont pas durer. Il y a une pudeur dans le style de Yates, comme une retenue pour éloigner le malheur, le tenir à distance mais il finit toujours par rattraper les personnages. Un livre doux-amer comme je les aime, sans flamboyance ostentatoire mais des mots qui touchent.

je remercie Christelle et Cécile, les deux attachées de presse de Robert Laffont qui nous permettent de choisir nos lectures et nous proposent de petites pépites.

L’excellent avis de Fanny, de Netherfield Park.

Une participation au challenge américain de Noctenbule.logo mois américain de noctenbule

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61 réflexions au sujet de « Un été à Cold Spring de Richard Yates »

    • Lilou, ce livre ne se dévore pas, il se boit à petites gorgées, pour laisser passer l’amertume car on sait que ça va de mal en pis malgré les quelques espoirs ici et là ! Si tu veux je le fais voyager et je te l’envoie ! Tu me dis ? Et puis c’est du Yates, quand même…

  1. Je n’ai pas du tout envie de ce genre d’ambiance en ce moment. Le cocktail dépression/alcool/lâcheté humaine me donne envie de fuir. Je passe sans doute à côté d’un grand auteur mais tant pis! 🙂

    • Gwen, l’écriture de Yates est si touchante qu’on se laisse prendre mais je t’avoue que vu les circonstances, j’étais contente de le terminer ! C’est son univers, sa vie a été marquée par l’alcoolisme maternel (encore un)…

  2. Un auteur que je n’ai encore jamais lu mais qui m’intéressait déjà avant ton article, bien plus encore après. Je n’ai pas vu non plus le film. Bises. A ttts.

  3. Ce livre là, je parie qu’il me plairait. J’aime les livres doux amers moi aussi avec des mots simples mais qui peuvent nous vriller le cerveau ou le coeur.
    En plus si Kate Winslet a adoré et a tourné dans l’adaptation cinématographique, cela me donne encore plus envie.
    Bises et belle semaine.

    • Mindounet, ce n’est pas ce livre-là que Kate a adoré ! Mais on y retrouve les composantes habituelles, la petite musique triste et des images ciselées de l’Amérique entre deux guerres… Je vais le faire voyager, s’il t’intéresse, dis-le moi !^^ Bises♥

      • Miss Aspho, du doux-amer, y’en a plein les rues à Lyon, et autour de moi 🙄
        Alors me mettre le nez dans un tel roman ne serait pas une bonne idée, en ce moment 😆
        Je vous laisse lire 😉
        Gros bisous ensoleillés

        • Soène, cela fait un an ou plus que tu me dis ça !!! Ce n’est jamais le moment mais pourtant contrairement à ce que tu penses (et sauf exceptions), les romans doux-amers nous apportent souvent bien davantage que des livres dégoulinants d’eau de rose au bonheur aseptisé ! Et Yates se lit avec une facilité déconcertante ! 🙂 Mais bon, je t’en conseillerai des plus adaptés à ton état d’esprit et surtout à ton emploi du temps ! Bises grisouilles mais pas froides !♥

          • Ben, mais c’est sur l’écran qu’il tombe des flocons dans ton blog 🙄 et tout pareil chez Olivia, hein !
            Hier, j’ai acheté Le Confident 😉 et suis restée un grand moment à lire les 4e de couvertures de Sylvie Germain mais je n’ai eu aucune envie d’en choisir un petit…
            Faut pas t’en faire, j’ai la tête nulle part en ce moment, Miss Aspho.
            Je pense à toi souvent, très fort, dans mon silence…
            Gros bisous de ma tour

            • Ma Soène, tu sais bien que sur WP on a la neige automatique tous les ans pendant un mois et heureusement car moi je ne la vois jamais !!! 😦
              Moi aussi je pense à toi et le temps passe trop vite en ce moment mais ça va mieux, je le vois passer si tu vois ce que je veux dire !!! 😆
              Tu poétises avec nous demain ?
              Gros bisous de mon lit ! 😀

  4. Oui, tu parles bien de tes lectures et tu arrives à nous tenter de belle façon. Je me dis que j’ai trop de livres qui m’attendent, mais je le note quand même…
    Bonne journée

    • Syl., je crois que nous ne suivons plus la vitesse à laquelle nos PAL grandissent, je lis les SP de suite et entre deux, je me fais plaisir, là, ce n’était pas une contrainte, c’est un livre mélancolique et beau comme je les aime mais oui, tu as de quoi attendre je pense ! Bises♥

    • George, fais-toi plaisir aussi, je vais me jeter sur un Syvie Germain ou le Leonor Di Recondo, dans les deux cas, deux livres qui me font très très envie ! L’avantage quand même de ces SP Robert Laffont est que nous choisissons à notre rythme, que rien n’est imposé côté délais et ça pour moi c’est vital ! 😉

      • Voilà qui est fait avec billet dans la foulée ! j’ai beaucoup aimé, il se lit tellement bien malgré cette médiocrité des personnages. Yates peint remarquablement chacun des personnages, c’est un grand roman !

        • Georges, on ne peut que l’aimer, il y a une telle modestie dans l’écriture, un petit quelque chose qui nous émeut ! Je vais lire ton billet ! 😉 C’est surtout un grand écrivain qui sait disparaître derrière ses personnages !

    • Bah Alex, il est de notoriété publique que les romans de Yates sont très sombres mais la plume est si belle , si lumineuse dans la noirceur qu’il serait dommage de passer à côté ! 😉 Cela dit, mieux vaut être dans un bon état d’esprit et en avoir envie !^-^

  5. Je vais bientôt commencer la lecture d’Un destin d’exception de Richard Yates. Après ton joli billet, j’ai hâte. Je n’ai encore jamais lu cet auteur.

    • Nadael, j’ai hésité à prendre « Un destin d’exception » car beaucoup plus long et centré sur ses années de guerre, donc pas très envie ! Mais je te conseille également Easter Parade (son chef-d’oeuvre) et Fenêtre Panoramique, un huis-clos d’un couple, étouffant et magnifique ! Tu me diras ce que tu en as pensé et j’irai lire ton billet ! 🙂

    • Yukiyuko ??? C’est nouveau ? Comme le beaujolais ??? 😆 Yates sous ses dehors bourrus était avant tout un homme très sensible, marqué par une enfance difficile, une vie difficile et ça transpire sous sa plume, légère comme des pattes de mouche !^^

  6. Je n’ai pas du tout aimé le film qui a été tiré de « la fenêtre panoramique », du coup je n’ai pas lu l’auteur et en ce moment, ce n’est pas de cela dont j’ai envie. Je voudrais plutôt profiter de l’ambiance Noël 😉

    • Aifelle, pourtant le film était à la hauteur du livre, bien que j’ai préféré le livre, comme souvent ! Mais tu as raison, moi aussi j’ai envie de légèreté, du moins de lectures choisies ! 🙂 J’ai des contes de Noêl d’Anne Perry qui vont faire la transition…et me détendre !

  7. Tu imagines à quel point ton billet me fait plaisir. Tu en parles très bien, doux-amer est un qualificatif qui colle très bien avec l’univers désenchanté de Richard Yates.

    • Galéa, c’est l’antithèse de Fitz mais l’écriture, dans sa simplicité a quelque chose de magique, c’est de l’excellente littérature ! Un jour peut-être y viendras-tu ? 😉

    • Clara, j’ai vu ton billet, je n’ai pas le titre en tête mais c’est sur sa vie dans l’armée ou pendant la guerre il me semble, c’est un écrivain poignant de mélancolie et son style est lumineux dans la noirceur (j’ai déjà dit ça je crois, je manque cruellement de mots en ce moment^^)…

  8. Merci d’avoir partagé mon avis. 😉
    Comme toi, c’est un auteur que je connaissais seulement par le biais du film Les noces rebelles. J’espère avoir l’occasion de lire d’autres de ses romans car j’ai aussi beaucoup aimé son traitement particulier du désenchantement.
    Bonne soirée Aspho!

    • J’ai lu ton billet avant de publier le mien, en cherchant sur Goo*le, je n’avais pas voulu le lire avant et j’ai trouvé que nous étions « raccords » ! Je vais essayer de lire Easter Parade que je suis sûre d’avoir déjà lu mais il y a très longtemps et je ne l’ai plus dans mes étagères ! 😉

  9. Bel article! Quand je lis le résumé, je retrouve certains traits des Noces rebelles : la dépression,les relations de couple, ce destin auquel on essaye d’échapper… Cet ouvrage a l’air d’être quelque chose!

    • Bonjour Olive ! Oui, Yates est un spécialiste du désenchantement mais ici il y a davantage de personnages, tous aussi bien étudiés les uns que les autres contrairement au huis clos de Fenêtre Panoramique ! Une petite pépite méconnue qui mérite de sortir de l’ombre…

    • Jérôme, je pense aussi que l’atmosphère te plairait, je l’envoie à Claude mais il peut aller jusqu’à chez toi après si tu veux et il se lit très vite, 256 pages ! Moi j’ai traîné mais pour d’autres raisons ! 😉

  10. Un auteur que j’ai hâte de découvrir. J’ai Fenêtre panoramique dans ma PAL, mais comme j’ai vu Noces rebelles entre temps, je ne suis pas trop pressé de m’y mettre.En revanche, tous ses autres titres sont sur ma wishlist, dont celui-ci

    • ICB, c’est une ambiance vraiment particulière, désenchantée et infiniment triste (au final) et une très belle écriture, ça semble tout simple mais pas tant que ça… Mieux vaut être bien dans sa tête pour le lire ! 🙂

  11. J’avais adoré La fenêtre panoramique, celui-là devrait me plaire aussi. Je note pour dans 10 ans, quand ma Pal aura baissé un peu. mais c’est pas grave, les livres, c’est pas périssable ! 😉

    • So, oui il y a des livres qui peuvent attendre et on sait qu’ils nous attendront ! 😉 Maintenant avec l’arrivée du numérique, quand tu dis « pas périssable », je n’en suis pas si sûre… (à long terme), bouh !

  12. Je m’empresse de le noter sur ma liste de Noël ! J’adore le film « Les noces rebelles » , je l’ai encore vu récemment, je ne m’en lasse pas…Ton billet laisse présager le meilleur…

    • Béné31, il n’est pas considéré comme le meilleur de Yates qui reste Easter Parade mais moi, pour une oeuvre « mineure », je l’ai trouvé drôlement bien ! Avec des visuels cinématographiques ! Mais c’est triste ! (moi ça ne me dérange pas mais je préfère prévenir les âmes sensibles ou cafardeuses^-^)…

  13. Aspho, j’ai aimé ce livre et son ambiance, cette banalité dépressive qui saisit chacun, ces quotidiens vraiment pas terribles en lesquels chacun peut se reconnaître. Car hélas nous ne voguons pas toujours à hauteur d’aigle. Vraiment un bon livre sur lequel tu a s dit l’essentiel. D’ores et déjà Un été à Cold Spring fait partie de mes « précieux » et pas seulement de par ses qualité intrinsèques. Bises…

    • Ho Claude je suis ravie alors ! Les héros de Yates sont justement des anti-héros, magnifiques à leur façon… Ils sont les rois de la loose, on le sait mais on les aime, peut-être parce que, comme tu le dis, nous leur ressemblons un peu, on en connaît… Gros bisous et bonne fin de soirée♥

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