DJEBEL de Gilles Vincent


Timée-Editions, 327 pages. Livre voyageur qui vient de chez Cécile. COUP DE COEUR.

Il est des mémoires endormies à jamais coulées dans une chape de béton et d’autres simplement coiffées d’un léger tissu prêt à s’envoler au premier vent qui passe. Quand les souvenirs des uns sont le cauchemar des autres, que ces souvenirs de sang et de mort éclaboussent violemment des certitudes encore fragiles, alors ce sang qui a coulé sur les pierres brûlantes du djebel algérien, qui n’a pas encore séché pour beaucoup, ce sang devient prétexte à une vengeance aveugle que seul le pardon pourrait laver.

Forcément, quand un jeune appelé du contingent, âgé de vingt ans, se suicide sur le bateau de retour d’Algérie, ce n’est pas anodin. Quand ses compagnons de régiment  rendent le corps à la famille (la mère et la soeur jumelle) en lui disant qu’il est mort en héros, tous soudés sur leur secret et le cercueil fermé, ça l’est encore moins.

Quarante ans plus tard, en 2000 à Marseille, le privé Sébastien Touraine reçoit la soeur endeuillée à jamais qui réclame justice après avoir pris connaissance du vrai dossier, remis par un sergent de ce régiment, qui se mourait dans la culpabilité… L’enquête commence violemment avec trois autres meurtres, en simultané et liés entre eux bien sûr. Sébastien Touraine se verra adjoindre l’aide de la Commissaire Aïcha  Sadia, d’origine kabyle et qui ne connaît de la guerre d’Algérie que ce que les parents ont bien voulu lui dire et surtout lui épargner. Une histoire d’amour va-t-elle naître entre ce détective cabossé par la vie, ancien commissaire aux stups et la belle Aïcha ? Nous sommes à Marseille, de l’Estaque au Vieux-Port en passant par l’arrière-pays ; pas de cigales emmiellées de lavande ici, juste un ciel bleu ou gris implacable comme l’acier du couteau qui tue, un par un, les témoins de ce drame. Au-delà de ce décor de thriller rondement mené, la guerre d’Algérie nous saute au visage dans tout ce qui ne nous a pas été dit, la violence qui engendre la folie ou comment de simples bidasses ayant fait une guerre « propre » (si tant est…) deviennent des assassins aveugles.

Jusqu’à l’épilogue apocalytique, nous avons des palpitations (et ce n’est pas une métaphore en ce qui me concerne), nous sommes malmenés, écoeurés mais emportés par cette écriture puissante qui ne nous fait grâce d’aucun détail pas même celui de nous dédouaner de notre conscience. Les cris des « torturés » résonnent encore en moi, écho violent de l’horreur qui s’est répercuté à l’infini sur ces pierres muettes comme un reproche, quelque part dans le djébel algérien. A lire absolument.

Extrait (mais j’aurais pu vous en mettre une dizaine) :  » En tout cas, si tu rencontres Murat, dis-lui que nous, on doit savoir. Le sang, là-bas sur les rochers, il partira jamais. Crois-en ton oncle. La vérité, ma fille, c’est plus fort que le vent et le soleil. Ça nettoie la tache et ça fait disparaître les mauvaises ombres. » (pas sûr…)

SUR L ‘AUTEUR

Né en 1958, Gilles Vincent vit dans le Béarn. Djebel est son deuxième roman (après Schizo en 2006) et le premier d’une trilogie avec notre héros « privé », Sébastien Touraine et la commissaire, Aïcha Sadia. En 2009, après Djebel est paru Sad Sunday pour lequel il a obtenu le Prix du Polar de Marseille. En 2010 : Peine Maximum. Pour en savoir plus, vous pouvez aller ici. Mais est aussi sorti en 2011 un recueil de nouvelles : « Les essuie-glaces fatigués rendent les routes incertaines ». Je veux continuer à le lire ! (j’ai du boulot). Merci Cécile pour cette belle découverte, je ne mets pas souvent de « coup de coeur » ! Ce doit être le 4ème en 6 mois de blog !

36 réflexions au sujet de « DJEBEL de Gilles Vincent »

  1. La guerre d’Algérie semble enfin devenir un vrai sujet de littérature, la parole se libére. Il y avait eu le film de Bertrand Tavernier « une guerre sans nom », puis un autre de Patrick Rotman.
    Puis il y a eu le magnifique roman de Laurent Mauvignier « des hommes ». Puis voila ce nouveau livre, je ne pense m’y plonger pour l’instant car je sais que c’est éprouvant.
    Il est important de libérer cette parole, ne serait ce que pour cette génération meurtrie d’avoir eu à participer malgré elle à cette barbarie et que l’on a ensuite muré dans le silence.

    • Il est temps comme vous dites de voir tous les versants de cette parole. Avec un père gendarme qui a fait cette guerre pendant sept ans, vous imaginez les versions que j’ai eu ! Ce livre a été un électrochoc (j’avais vu « Des hommes », plus un téléfilm sur la 2, mais l’accent était plus mis sur le côté pied-noir de la chose). Là, âmes sensibles s’abstenir !

      • mon père a fait l’Algérie aussi, une blessure au genou et…. il ne nous en a jamais parlé et nous ne l’avons jamais vraiment questionné. Mais il est tombé amoureux du désert et de maman mais plus tard !

        • Mon père c’était sa première affectation et il nous a toujours raconté ce qu’il a voulu, nous ne posions pas de questions non plus ! Après, mettre le tout dans la balance, c’est plus difficile en grandissant… Et il n’a jamais été blessé ! Mes cinq premières années se sont passées dans une caserne, je n’avais conscience de rien ! 😉

  2. Oh, quel beau billet ! Tu as raison de dire qu’il voyage, il peut encore continuer sa route avant de rentrer dans les Pyrénées ! J’attendais ton billet pour communiquer le prochain destinataire (Griotte s’est désistée). J’ai lu depuis « Sad Sunday », je dois lire son dernier « Peine Maximum » et le recueil de nouvelles dont on m’a dit qu’il était royalement écrit ! Je pourrais te les transmettre si tu veux. Bon, … il va bien falloir que je reprenne un peu mon blog pour faire partager tout çà, c’est tellement sympa de tomber enfin sur des billets parlant d’autres livres que ceux que l’on voit partout !

    • Merci Cécile, j’ai eu du mal avec ce billet ! Et je pense que parler d’auteurs moins médiatisés en ce moment et avec une telle plume va de soi ! Clara semble intéressée mais pour la joindre… Tu t’en occupes ou j’essaie, je n’ai pas son adresse ! Et je ne dis pas non pour Sad Sunday… Et les nouvelles, bref tout ce qu’il écrit m’intéresse mais je vais prendre un calmant avant d’ouvrir ses livres ! 😉 Et rouvre ton blog, hein ! Non mais… 🙂

        • Je vais envoyer un mail à Cécile (voir pour Clara qui était intéressée), et en fonction je te tiens au courant. Je suis quasi sûre qu’il va te plaire même s’il va te falloir t’accrocher par moments, mais il y a une petite histoire d’amour qui « s’embryonne »… ça permet de reprendre son souffle… 😉

    • Le problème c’est que ce n’est pas moi qui le fait voyager ! Je vais demander à Cécile mais tu es déjà le troisième à être tenté ! 😉 Je vais lui demander ! 🙂

      • Ne te casse pas la tête, il y a toujours des livres que je ne lirai pas parce qu’il y en a tellement à lire, et peut-être que d’ici quelques temps une biblio en aura peut-être fait l’acquisition.

        • J’espère qu’il sera un jour référencé en bibliothèque (si ce n’est déjà fait pour la région PACA !), il le mérite mais peut-être pas avec cette maison d’Editions (il y a une ou deux grosses coquilles). Je n’ai pas encore contacté Cécile, je le fais en fin d’après-midi. Si tu le vois un jour, saute dessus, je suis sûre à 98,99 % qu’il va te plaire (je garde ma marge d’erreur :). Et je ne conseille pas d’habitude connaissant notre part de subjectivité mais là, pour toi, les yeux fermés !

          • Je suis contente ! Je n’avais pas pensé à Internet, tu vois ce n’est pas mon premier réflexe quand il s’agit d’acheter ! Et encore moins les livres… Bises, j’attendrai ton avis !

  3. Je l’avais déjà noté, c’est pourquoi je ne lis ton billet qu’en diagonale. J’y reviendrai quand j’aurai lu le roman. J’avoue qu’après le choc que m’avais provoqué « Des Hommes » de Mauvignier, j’avais besoin de faire une pause sur le sujet.

    • Oh mais j’ai fait attention pour ne pas « spoiler » justement ! Ce livre est si riche jusqu’à la fin qu’il eût été impossible de le résumer correctement ! Tu es la deuxième à me parler « Des Hommes ». Je crois qu’après celui-ci ma pause sur le sujet va être longue… Même le billet j’ai eu du mal à le finir… 😉

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