LE CARNET ROUGE par Benjamin Lacombe et Agata Kawa


Voici un superbe album offert pas Somaja cet été et que j’ai relu deux fois pour en saisir toute la beauté, la finesse du style et l’interprétation des images. Il nous conte un pan de la vie du célèbre William Morris, l’illustrateur associé aux pré-raphaélites, l’écrivain, le socialiste, l’éditeur, l’architecte qu’il allait devenir…

Dès le départ, le ton de l’inexorabilité des choses est donné. La maman de William Morris brode un napperon à chaque fois qu’un membre de la maisonnée ou de la famille disparaît à jamais (le chat enfui, l’époux décédé…). William entre dans sa quatorzième année et est envoyé en pension au collège de Malborough.

Le trajet est lugubre, l’image de ses soeurs aînées apparaissent au-dessus de lui en médaillon et nous rendent son chagrin palpable. Dès son arrivée, outre l’imposante bâtisse et la sévérité des lieux, l’enfant entr’aperçoit un jardin fabuleux derrière une grille adjacente. Cette juxtaposition  de la réalité sombre et de l’échappatoire vers la rêverie à portée de main laissent à penser qu’il ne finira pas prisonnier des murs de pierre sombres de l’internat. Sa mère et ce qu’il lui reste de famille veulent qu’il soit prêtre et jusque là il ne s’y est pas opposé, sa nature accommodante et dévouée se prêtant à de tels espoirs.

Si William, grâce à ses qualités d’empathie et d’écoute devient rapidement l’élève le plus populaire du collège, il n’en est pas moins seul, songeant au temps béni où il étudiait à la maison avec ses soeurs et leur précepteur. Heureusement, les clairs-obscurs du jardin merveilleux sont un terrain propice à l’éclosion de  sa nature profonde. Il commence alors à écrire et dessiner sur un carnet rouge, dernier cadeau de son père avant son décès.

Mais ce besoin d’écrire se prolonge pendant les cours et Mr Brody, le principal, qui en vient à lui confisquer le carnet et l’enferme à double tour, lui promettant de lui rendre s’il fait une fiche de lecture des livres lus à la bibliothèque.

Le Maître a lu le carnet rouge et en a été époustouflé : la qualité des dessins et des poèmes l’ont poussé à contraindre le jeune homme à aller plus avant. Tant et si bien que, le jour de son départ, entre la lecture et les horizons qu’elle lui a fait découvrir, William a rempli le carnet rouge et l’offre à Mr Brody avec la ferme intention d’en commencer un autre, de parcourir le monde et les possibilités entrevues dans ses lectures. Il n’aidera pas ses pairs par la prêtrise dans l’étroitesse d’une église :

« Je vais essayer de leur ouvrir les yeux sur la beauté du monde » dit-il un sourire aux lèvres.Vous l’aurez constaté, les illustrations d’Agata Kawa sont sublimes et se marient avec le texte de Benjamin Lacombe dans une osmose parfaite. Les couleurs fanées, ponctuées de quelques touches de couleurs vives soulignent un évènement important. Au coeur même des images, des petites phrases sinuent, effilochées en notes poétiques hors du temps du texte, comme pour accentuer les rêves et les pensées de William au cours de sa solitude silencieuse.

SUR William Morris : Wikipedia y consacre un long article que je vous conseille vivement et nous le présente comme un artiste complet qui a bousculé l’ère victorienne, notamment par sa longue collaboration (et amitié) avec le peintre Burne-Jones mais aussi Rossetti, ci-dessous, quelques échantillons de tableaux, tapisseries ou tissus illustrés.

Une participation supplémentaire au challenge de George « Le nez dans les livres » , à celui d’Hérisson « Je lis aussi des albums en 2012« 

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28 réflexions au sujet de « LE CARNET ROUGE par Benjamin Lacombe et Agata Kawa »

  1. C’est plus qu’un album me semble t il! C’est également une oeuvre d’art tellement les illustrations sont fines.je ne connais pas cet écrivain aux talents multiples mais avec cet album rouge c’est une véritable invitation à la découverte.Idée de cadeau, why not?

  2. Magnifique !! Les dessins sont splendides ! Je le note, ton article me donne très envie de le parcourir ! Merci Asphodèle ^^ (encore une fois pour toutes ces belles trouvailles ^^) biz !

    • Yuko, c’est vraiment époustouflant, je n’ai jamais lu d’albums aussi beaux que ceux de Lacombe, qu’ils soient illustrés par lui ou par Agata Kawa, leur univers est très proche ! Je remercie Somaja de me l’avoir fait découvrir ! 😉 Bises

  3. Ça fait longtemps que je dois me l’acheter, je l’ai déjà feuilleté en librairie, et je suis tombée amoureuse des dessins. (j’ai répondu à ton tag 🙂 )

    • Eilu, tu vas l’adorer ! Et il parle de William Morris …en plus ! Je vais voir ton tag, j’ai passé la journée avec Soène, la région est touristique et l’été continue ici !!! 😀

  4. C’est une belle histoire. Un artiste ayant réussi à aller au bout de sa vocation et j’aime bien l’idée de l’enfant dessinant sans cesse à l’école au lieu de suivre la voie plus ou moins bien tracée pour lui. Je ne sais pourquoi mais ma sous-culture me rappelle une ancienne publicité pour Guy Degrenne…qui dessinait des plats et des couteaux au lei de bosser les maths  » ce n’est pas comme ça que vous réussirez dans la vie M. Degrenne ».
    Réussir dans la vie est plus simple que réussir sa vie mais cela n’a rien à voir avec ton article hein?

    • MTG, je te trouve bien philosophe ce matin !!! 🙂 Surtout que d’après ce que j’ai lu sur Wiki, William Morris a fait des études très moyennes ! Comme quoi la rêverie mène à tout !!! Et pour revenir à ta question finale : non ce n’était pas le but du billet mais je peux te répondre si tu le souhaites !!! 😆 Bises chenapan !^^♥

  5. C’est vrai que les univers graphiques de B. Lacombe et de A. Kawa sont vraiment très proches. Heureuse que tu aies aimé. Tu comprends pourquoi quand Syl. m’a proposé de décorer mon blog avec des impressions W. Morris, j’ai dit oui tout de suite ! re-re-bises ma belle

    • So, tu sais qu’il ne quitte pas ma chambre, je n’arrête pas de le feuilleter, de m’attarder sur les dessins, bref c’est une merveille ! Il est trop grand pour les étagères (en plus) et il n’y a plus de place sur celles du haut (comme par hasard !^^)… Et il m’a donné envie d’en savoir plus sur ce William Morris qui a côtoyé du beau monde ! Quelle époque… (on pouvait réussir en ayant raté ses études)… et j’en passe !!! 😆

  6. Le fait que tout le monde adore Benjamin Lacombe m’a un peu freinée à découvrir ce qu’il fait… C’est bête car cet album a l’air magnifique. Allez, je le note !

    • Touloulou, je ne suis pas BD ni album (enfin sans plus) mais là je deviens hystérique !!! Les dessins et les textes sont magnifiques !!! Si tu as l’occasion d’en emprunter un, déjà, pour te faire une idée ce serait bien !!!

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