LE RAVISSEMENT DE L’ ÉTÉ de Luisa Etxenike

ravissement de l'ete-lili anniUne lecture détente avec ce joli livre que m’avait offert ma LiliGalipette cet été.

Roman à trois voix : Raul, le fils, Fermin, l’ami-ennemi de vacances, Isabel, la mère de Raul, troublante… Le roman s’ouvre avec le récit de Raul, 30 ans,  et c’est une pure tête à claques. Nous le détestons d’emblée. Le cliché du gosse de riche, fainéant, dépravé (il fait chanter sa mère,du moins il essaie), et selon Fermin, il est « creux« , ce que nous confirmons. « Tout ce que je ne voulais surtout pas, c’était abandonner le chemin entrepris, la marche vers ma mère. Contre elle. » (p. 17). C’est dit, nous savons où nous allons.

Ensuite Fermin, déjà, adolescent, il voulait faire de la vigne son métier et qui, le temps de deux étés quinze ans plus tôt a subi la présence de Raul, qu’il fallait occuper (pauvre petit garçon riche qui méprise les ploucs et la nature). Tout en rêvant d’Isabel.

Après ces deux récits entremêlés où nous restons suspendus entre deux vérités, deux versions pour les mêmes évènements, Isabel, la mère, maîtresse-femme raconte elle aussi les souvenirs de ces étés-là. La cinquantaine, elle fait le point sur sa vie, ses amours, son fils. Or, si les relations mère-fils sont mises à mal (et pour cause), la réflexion sur le souvenir est particulièrement bien vue. De même que la vitesse à laquelle nous avançons dans la vie. Il y a une opposition entre la lenteur imposée par la nature, ses caprices et la vitesse citadine quand elle est facilitée par le pouvoir de tout acheter, ou presque. Sauf que :  » Parce que je vivais dans un monde facile et rapide, sans autre contretemps que le souvenir ». (p. 135)  Le souvenir finit toujours par nous rattraper et nous oblige à nous arrêter, ne serait-ce que le temps de le regarder en face.

Ces trois voix se rejoignent parfois autour de la vigne, du vin et des sacrifices qu’ils exigent. Et ici, quand la vigne souffre ou qu’une récolte est perdue, l’argent ne suffit pas à remplacer les efforts humains, ou l’arôme incomparable d’un cru particulier. « Un grand vin, c’est de la patience, et la patience ne s’apprend pas, elle se travaille. » (p. 172). Mais qui est vraiment Isabel qui prétend que le souvenir est un facteur du présent, que « seule la mémoire appartient au temps et vieillit en conséquence« , alors que  » le souvenir appartient à la vie et tant que tu n’es pas morte, il persiste, intact. Eveillé, en alerte. » (p.168-169)…

Un joli roman qui retrace à la fois les tourments adolescents, l’amour de la terre et l’indifférence crasse des citadins pour ce qu’ils consomment sans modération avec en fil rouge cette réflexion sur la façon dont nous nous arrangeons avec notre mémoire. Sans être un coup de coeur, voilà 189 pages qui m’ont charmée le temps d’un après-midi entre Pays basque espagnol et le côté français du côté de Saint-Jean-de-Luz.

Titre original : Vino en 2000 (qui me semble plus approprié). Robert Laffont – 2012

SUR L’AUTEURluisa-etxenike

Luisa Etxenike, romancière, traductrice, journaliste basque et espagnole, est née à San Sebastián en 1957. Elle a publié de nombreux romans dont El Ángulo Ciego (prix de littérature Euskadi en 2009). Elle est chroniqueuse au journal d’El Pais, dans l’édition du Pays Basque, et professeure de narratologie. Elle a également traduit des textes de Jacques Roubaud, de Jean-Michel Maulpoix et de Claude Lanzmann. En 2007, le gouvernement français lui a décerné le titre de chevalier de l’Ordre des arts et des lettres. (Source : Robert Laffont)

Et côté challenge ça donne : Voisins-Voisines chez Anne, Vivent nos régions chez Lystig (pays basque). Et le challenge amoureux de l’Irrégulière pour les amours interdites…

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