LE BROUILLARD DES RETOURS…

En boitant, j’ai parcouru les cinq kilomètres depuis la gare, les pieds en sang et les jambes lourdes comme les pierres de granit noyées dans le brouillard du couchant. Le bébé pleure doucement contre mon ventre. J’essaie de ne pas glisser sur la mousse qui, comme les nids-de-poule, jalonne mon parcours. Les chiens, à l’entrée du village sont les mêmes que vingt ans plus tôt : toujours des bâtards à l’œil torve et jaune, la queue en panache ou entre les pattes, à l’image des hommes du coin ; d’un côté les actifs qui troussent de fausses vamps permanentées, de l’autre, les perclus de la prostate. Dans les deux cas, un filet de bave au coin des lèvres accompagne leur désir inassouvi, lorsqu’ils s’égayent sur les pelouses grasses et vertes de la zone pavillonnaire. Lire la suite