POURQUOI J’AIME ECRIRE ?

Après le « Pourquoi j’aime lire ? », où je vous avais confié de façon succinte pourquoi j’aimais lire, il me paraissait normal de vous avouer que j’aimais également écrire . Pourquoi ?

Je vous citerai, en apéritif, cette réflexion de Jules Renard qui en vaut bien une autre : « Ecrire est une façon de parler sans être interrompu »… Mais pas seulement….

Parce qu’écrire est une façon différente de prendre la parole, de s’adresser à autrui ou simplement à soi-même avec des mots qui, en quittant la sphère de l’oral prennent une autre dimension.

Parce qu’écrire c’est poser des mots sur notre pudeur en essayant de la désinhiber.

Parce qu’écrire, c’est être au plus près de nos émotions, de nos sentiments, pouvoir les saisir et les retranscrire pour qu’ils ne meurent pas.

Parce qu’écrire c’est la liberté de pouvoir inventer toujours et encore des histoires informulées, en laissant un droit de parole à notre imaginaire.

Parce qu’écrire c’est comme un souffle qui vient se poser sur nos murmures les plus intimes, les plus secrets en espérant qu’un jour, ils s’envolent et deviennent des soleils pour ceux qui les liront.

Ecrire c’est  savoir qu’un mot peut tout changer mais aussi tout détruire en une fraction de seconde, les mots ne sont pas que des rimes poétiques et fleuries, ils sont parfois chargés de violence comme les fusils des guerriers et il faut y prendre garde…

Les mots sont aussi et tant mieux cette passerelle entre les hommes qui nous permet d’échanger, de rire, d’aimer, d’écouter ou de nous taire.

Parcequ’écrire peut être aussi vital que lire dans une forme de complémentarité indivisible. Mais non obligatoire et systématique…

Et enfin, parcequ’écrire c’est mettre en lumière un rempart contre l’oubli insupportable, l’oubli du temps qui fane, du temps qui efface ces empreintes fragiles que sont les mots, bruissants de souvenirs trop vite enfuis. Alors nous pourrons regarder en face tout en nous retournant, notre mémoire revenue, nos espoirs d’hier et nos illusions déçues ; mais aussi nos rêves réalisés, les soirs d’été dans un jardin et l’amour qui est resté…

Pour tout cela et plus encore…

J’en profite pour confirmer ici à Livvy de Désirs d’histoires ma participation à son « jeu » qui commence le mardi pour finir en texte, le vendredi, chez les participantes et chez Livvy, il va de soi ! Je n’ai pas encore la technique pour importer son logo, mais ce devrait être fait dans la semaine à venir.

L’Attrape-coeurs ET la légende SALINGER…

ATTENTION ! Si vous n’avez pas encore lu ce livre, n’allez pas plus loin, il est disséqué de façon médico-légale…

Ce livre, « le plus lu au monde » (60 millions d’exemplaires écoulés à ce jour) depuis sa parution en 1945, récolte bien souvent les mêmes critiques et la 4ème de couverture de Jean-Louis Curtis dans la version Pocket (ci-contre) pourrait se suffire à elle-même, sauf si une « trublionne » comme moi n’en avait décidé autrement… N’ayant lu ce livre QUE très récemment (bah oui !), je cherche toujours à savoir après-coup s’il en existe d’autres de l’auteur et à en apprendre plus sur ledit auteur. Avec J.D. Salinger, je suis tombée sur un gros « nonos ». Mais l’homme ayant tiré sa révérence le 28 janvier 2010, on a reparlé beaucoup de lui dans la presse et ailleurs, pas toujours de façon élogieuse comme aurait pu le laisser supposer sa légende atypique auréolée de mystère. Je vous dirai donc tout -ou presque- de ce que j’ai récolté à son sujet, en sachant qu’il est difficile de dissocier l’homme du livre, voire de « l’oeuvre »…

SUR LE LIVRE

« The catcher in the rye », titre original, si l’on traduit littéralement donne « L’attrapeur de seigle » (?), oui, mais encore ? Dans les dernières pages nous saurons enfin pourquoi ce titre. Commençons par le début !

Livre écrit à la première personne par le héros ou plutôt l’antihéros, Holden Caulfield, 17 ans, fils d’une famille huppée de Manhattan qui décide, trois jours (deux et demi en fait) avant Noël de s’enfuir de son pensionnat « chicos » et déprimant pour vivre une fugue échevelée où il nous fera partager ses aventures cocasses en se penchant vertigineusement sur sa vie, son mal-être, les liens qu’il entretient, tant avec l’humanité pensante qu’avec le monde trop bien-pensant qui l’entoure et dans lequel il ne trouve pas de place, un monde où ses rêves les plus fous s’exauceraient, où il n’aurait pas à devenir adulte, la clé du livre étant là (à mon avis).

Dès le départ, il prend le lecteur à témoin : « Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement, la première chose que vous allez demander c’est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé ma saloperie d’enfance (…) et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j’ai pas envie de raconter ça, et tout. «  Cette façon de nous prendre  en otage, dans un langage familier et souvent très cru peut désarçonner, agacer ou faire sourire, moi j’ai souri, car tout sonne vrai, ce langage renforce la subtilité fragile des pensées de Holden, les appuient d’un regard encore plus acerbe, aigü et critique. Il se positionne d’emblée en deçà de la société, il nous fait comprendre qu’il n’est pas comme tout le monde, il n’aime pas le cinéma et « la guimauve », la guerre, les conflits, le foot, bref tout ce qu’un ado a priori aime. Mais il lit sans arrêt, nous partageons ses lectures, ses goûts et ses dégoûts pour les auteurs, ainsi : « Je lui ai dit que j’aimais Ring Lardner et Gatsby le Magnifique, et tout. C’est vrai. J’ai adoré Gatsby le Magnifique. Ce vieux Gatsby. Un pote. Ca m’a tué ». Mais aussi Emily Dickinson, Somerset Maugham où dans un passage drôlatique il nous explique qu’il aimerait bien entrer en contact avec les auteurs qu’il aime, mais pas Somerset Maugham…

Trois jours (ou deux et demi) d’errances décalées où il va se frotter de plus près au monde des adultes, « jouant » plus à l’adulte qu’autre chose : l’alcool, une prostituée à qui il ne fera pas grand-mal mais qu’il paiera, des filles moches (sauf une) draguées dans le bar de l’hôtel miteux où il a posé ses valises, retardant le moment de regagner le domicile familial et la réalité. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir ce genre de réflexion mature et désenchantée : « L’homme qui tombe, rien ne lui permet de sentir qu’il touche le fond. Il tombe et il ne cesse pas de tomber. C’est ce qui arrive aux hommes qui, à un moment ou un autre durant leur vie, étaient à la recherche de quelque chose que leur environnement ne pouvait leur procurer. Du moins, voilà ce qu’ils pensaient. Alors, ils ont abandonné leurs recherches. Avant même d’avoir vraiment commencé. » Et c’est ce qui va se passer pour lui à la fin de son trip-moavie déjanté, quand il rejoint en cachette sa petite soeur adorée, Phoebé pendant la deuxième nuit alors que dorment ses parents. Phoebé, enfant de dix ans, merveilleuse de douceur et d’intelligence avec qui il aura cette discussion débridée qui justifie le titre du livre :  » – « C’est si un corps rencontre un corps qui vient à travers les seigles », c’est un poème de Robert Burns ( grand poète écossais )(…). Là j’ai dit : « Je croyais que c’était « si un coeur attrape un coeur ». Bon. Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champ de seigle. Et tout. Des milliers de petits mômes et personne avec eux -je veux dire pas de grandes personnes- rien que moi. Et moi je suis planté au bord d’une saleté de falaise. Ce que j’ai à faire, c’est attraper les mômes s’ils s’approchent trop près du bord. Je veux dire s’ils courent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. (…) Je serais juste l’attrape-coeurs et tout. D’accord c’est dingue, mais c’est vraiment ce que je voudrais être. Seulement ça. »

Alors bien sûr, il ne sera pas « ça« , nous comprenons à la dernière page (qui rejoint la première) qu’il écrit ce livre depuis un hôpital psychiatrique où il se « retape » car il était « trop esquinté ». Il est loin d’être lâche  ce gamin et nous on ne le lâche pas jusqu’à la fin prévisible et triste à mourir, mais qui sonne vrai, car nous sommes dans la vraie vie et la vraie vie, ce n’est pas toujours gai. Surtout pour un adolescent qui s’est cherché sans se trouver, refusant de sauter de la falaise pour entrer dans l’âge adulte. livre de l’adolescence meurtrie et thème universel. Le seul bémol que je pourrais émettre, serait que la traduction, pleine de charme il est vrai pour ma génération (plus de 40 ans) n’est pas à jour dans l’argot familier d’aujourd’hui et semblera un peu désuète à certains. Personnellement, ça ne m’a pas dérangé !

SUR L’AUTEUR : mon enquête !

Unique roman publié de Jérôme David Salinger, sauf quelques recueils de nouvelles ou très courts romans (Franny et Zoë, Nine Stories, Charpenters…). Après le succès phénoménal de l’Attrape-coeurs, Salinger se réfugiera dès 1950 dans son « bunker » de Cornish dans le New-Hampshire et n’accordera jamais d’interviewes, ni ne voudra communiquer avec ses fans, alimentant ainsi la légende. Ce qui fera dire à Norman Mailer : « Salinger est le plus grand esprit à être resté à jamais au collège ».

Cependant, une dizaine de photos prises chez Getty (ci-dessus) sont restéés et nous constatons qu’il y « pose » volontairement glam’ et charmeur.  Le paradoxe Salinger ?

A un voisin, il aurait confié avoir écrit plus de 15 romans soigneusement enfermés dans son coffre-fort, prétendant qu’il ne s’arrêterait jamais d’écrire mais ne le ferait que pour lui. Parano Salinger ?

Cette légende s’éffrite de plus en plus quad des proches, l’ayant côtoyé de près, le décrivent tous comme un homme tyrannique, excentrique, à l’ego surdimensionné. Mégalo Salinger ? 

En 1988, Joyce Maynard, de vingt ans sa cadette (au moins)  vivra une aventure de huit mois avec lui  et a sorti un livre cette année, retraçant leur relation houleuse,  où elle le décrit comme un homme autoritaire (vous trouverez le titre chez Anne « De poche en poche » qui recense pour nous toutes les sorties. Merki Anne!).  Un peu barré Salinger ?

En 2000, sa propre fille Margaret publiera un récit-témoignage, intitulé « L’attrape-rêves » où elle dit de lui que « c’était un homme tyrannique buvant sa propre urine ». Info, intox ou pathétique réalité ?

Et enfin, la fameuse « photo volée » du Figaro, reprise dans le monde entier et qui inspirera ce commentaire au journal Libération : « Il figure en vieil homme révulsé, et menaçant de son poing le voleur d’âme qui l’avait probablement prise à son insu ». Voir ci-dessous :

Pour conclure sur un clin d’oeil, un autre provocateur, Bret Easton Ellis s’est empressé le jour même de sa disparition, de lancer ce Tweet qui a fait lui aussi le tour du monde en clamant :  » Super ! Enfin, il est mort ! Merde, j’ai attendu cet instant depuis toujours ! Champagne ce soir ! » Il aurait même ajouté qu’il irait danser sur sa tombe. Il faut dire qu’on l’avait comparé à Salinger à la sortie de son « Moins que Zéro » et que la suite, « Suites Impériales » étant à paraître quelque temps après, l’occasion de se faire un coup de pub était trop belle.

Peut-on dire aussi que cette « légende » aux ailes d’albatros faisait trop d’ombre à la littérature américaine et à certains auteurs de la « beat generation » ? Peut-être, peut-être pas, je retiendrai de tout cela que les légendes ne sont pas toujours des contes de fées et que tout compte fait, mieux vaut être un adulte accompli qu’un adolescent précoce, certes, devenu pitoyable de ne pas vouloir grandir. Et tout, et tout…

HOMMAGE A UNE FEMME SAVANTE

Je sais, je sais ! Vous allez me dire que Jacqueline de Romilly, ce n’est pas très fun comme sujet ! Et bien vous  avez tort…

Avant d’avoir vu son portrait dans le cadre de la série Empreintes sur France5, Jacqueline de Romilly restait pour moi un souvenir de lycée obligatoire quand on a choisi la filière Lettres avec Grec et Latin en options. Depuis ce portrait saisissant donc, qui m’avait captivée et convaincue que cette femme était dotée d’un charisme extraordinaire, je me suis intéressée de plus près à ses oeuvres et surtout à son parcours.

Helléniste de renommée internationale, philologue, ayant enseigné à La Sorbonne puis au Collège de France, Académicienne, auteur d’essais, de pamphlets mais aussi et on le sait moins de romans à la fin des années 1980, la Grèce était sa patrie de coeur. Née en 1913, elle a obtenu un nombre incroyable de diplômes jusqu’alors réservés à la gent masculine. Elle s’est battue bec et ongles toute sa vie, bien que devenue aveugle et le corps perclus de douleurs, pour la diffusion de la culture. A force de pugnacité, de volontarisme militant pour que ne meurent pas les belles Lettres, elle s’est imposée avec maestria et intelligence.

Parmi sa bibliographie impressionnante, son célèbre pamphlet « Nous autres professeurs », le « Pourquoi la Grèce » et autres romans de vulgarisation plus accessibles à tout un chacun tels « Alcibiade », « Hector » ou « Le sourire innombrable »…

Ce que je ne savais pas, c’est qu’ayant perdu son père en 1914 à lâge de un an, sa mère Jeanne-Maxime David (nom de plume) née Jeanne Malvoisin s’est battue férocement pour lui ouvrir les portes de l’éducation et du savoir. Contemporaine de Chanel et de Colette (et d’autres), elle était moderne, raffinée et batailleuse. Elle devint dès 1939 une romancière reconnue et estimée par la critique.

Il est donc normal que Jacqueline ait voué un amour sans failles à cette mère exceptionnelle, lui dédiant un roman, « Jeanne », écrit en 1978, un an après son décès en faisant promettre à son éditeur de ne le publier qu’après sa disparition.

C’est chose faite puisque cette grande dame nous a quittés le 18 décembre 2010, à 93 ans, et que les Editions Fallois sortiront « Jeanne » le 23 mars prochain. Il est déjà noté dans mon carnet moleskine, malgré son prix élevé (19,50 € ) ! Peut-être vous en parlerais-je un de ces jours ?

Pour vous donner une idée de LA personnalité de Jacqueline Worms de Romilly, voici ce qu’elle disait au magazine Le Point en Janvier 2007 :

« Apprendre à penser, à réfléchir, à peser les termes de son discours, à échanger les concepts, à écouter l’autre, c’est être capable de dialoguer, c’est le seul moyen d’endiguer la violence effrayante qui monte autour de nous. La parole est le rempart contre la bestialité. Quand on ne sait pas, quand on ne peut pas s’exprimer, quand on ne manie que de vagues approximations, comme beaucoup de jeunes de nos jours, quand la parole n’est pas suffisante pour être entendue, pas assez élaborée parce que la pensée est confuse et embrouillée, il ne reste que les poings, les coups, la violence fruste, stupide, aveugle. »

Aveugle peut-être, mais elle ne naviguait pas à courte vue !! Ce discours pourra sembler « élitiste » à certains, mais je vous assure que derrière ce regard flou et intelligent se cachait aussi une grande humaniste…

 

Après-midi, déballage de cartons !

Ou quand l’ouverture d’un blog fait avancer les choses !

Comme certains(nes) le savent maintenant, j’ai déménagé il y a un an et demi mais des problèmes de santé (handicapants et récurrents) m’ont empêchée de mettre à jour ma bibliothèque plutôt conséquente… D’autant que la maison est plus petite que celle occupée précédemment.

La perspective, dans un premier temps, de l’ouverture de ce blog, puis sa concrétisation ont fait qu’il a fallu que je me bouge le popotin, enfin en sachant raison garder…

Tous les mardis après-midi, j’ai droit à deux heures effectuées par une aide-ménagère, sympathique, costaude et pleine de ressources. Donc, cet après-midi encore, je lui ai fait monter trois cartons énoormes de livres en tous genres du garage à l’étage de la maison ! Quel bonheur de retrouver certains ouvrages oubliés dans de vieilles éditions, d’autres  jamais lus (pour beaucoup des cadeaux, certains empoisonnés avouons le !).

Je vous laisse admirer, si le terme est adéquat, le résultat et la perspectives de six piles d’environ dix à quinze livres qui attendent mes petites mimines pour trouver une place !

Belle occasion bien sûr, pour en rajouter dans la PAL et l’éventuelle future LAR…

Mais ce n’est pas fini, il reste encore cinq cartons dans ce garage qui n’en est plus un depuis longtemps, pour vous confirmer que ce n’est pas cette semaine encore que ma PAL sera définitive. D’ailleurs le sont-elles un jour ces maudites PAL ???

Lors de ces remises à jour, peut-être certains auteurs (pas sur les photos un peu nulles) trouveront-ils un écho chez plusieurs d’entres vous ?

Ne me tentez plus, siouplaît, le plancher va finir par céder !! Merci de votre attentive compréhension…

 

 

 

 

 

 

 

RITOURNELLE DE LA FAIM de J.M.G. Le Clézio, Prix Nobel 2008

SUR L’AUTEUR

Jean-Marie-Gustave le Clézio est né le 13 avril 1940 à Nice d’un père anglais d’origine mauricienne et bretonne et d’une mère française, de confession juive. Auteur prolixe de plus de 40 ouvrages : romans, essais, contes et autres nouvelles, grand voyageur amoureux de l’Afrique, du Mexique, des civilisations perdues, il aime vivre à la frontière des pays, frontières qui le rassurent et confortent son esprit « borderline », toujours prêt à repartir en croisade pour les peuples décimés par la modernité. Personnage rare et magnifique, discret sur sa vie privée, il réside depuis 35 ans maintenant à Albuquerque (Nouveau-Mexique) avec sa deuxième épouse et leurs deux filles. Et il est toujours aussi beau, n’est-ce pas ? !!

SUR LE LIVRE

C’est un livre qui nous parle de LA FAIM, la faim sous toutes ses formes, de ce qu’elle fait ressurgir chez l’homme, de plus bas, de plus vil  quand elle s’accroche à son ventre vide : « Cette faim est en moi. Je ne peux pas l’oublier. Elle met une lumière aigüe qui m’empêche d’oublier mon enfance. (…) Etre heureux, c’est n’avoir pas à se souvenir (…). Simplement je me souviens un jour de m’être réveillé, de connaître enfin l’émerveillement des sensations rassasiées…(…) C’est d’une autre faim qu’il sera question dans les pages qui vont suivre. » p. 12 et 13.

Il s’agit également d’une « demi-fiction » puisqu’il nous conte l’histoire de sa mère qu’il a sciemment rajeunie de 15 ans pour la nécessité du roman.

C’est un mauvais jeu de mots, je sais, de dire que la faim justifie les moyens : en l’occurrence, dans cette ritournelle qui ressemble plus à une mélopée lancinante, la faim ne justifiera jamais l’injustifiable. Elle va de pair avec la guerre, bien nourrie, elle, à la haine vorace et tentaculaire. Haine de l’autre, de l’étranger, du « métèque ». Haine grandissante de l’héroïne pour les « petits », les mercantiles qui détruisent  à toute vitesse les rêves qu’elle faisait, lui volant son enfance, puis le début de sa jeunesse.

Cette ritournelle nous raconte l’histoire d’Ethel Brun et de sa famille de 1934 à 1946, petite fille de 10 ans dans les années 1930, entourée d’une famille exilée de la petite bourgeoisie mauricienne, aisée au début grâce à l’héritage de l’oncle Soliman, seul personnage à comprendre Ethel et qui va mourir trop vite. La laissant seule face au délitement du mariage de ses parents et à leur ruine totale qui va s’ensuivre. Son père, qu’elle aime mais qui l’agace au fur et à mesure de leur déchéance la spoliera de sa part d’héritage en accumulant les dettes de jeu, se laissant piéger par de petits escrocs boursicoteurs.

La guerre éclatant, la famille ou ce qu’il en reste, se réfugiera à Nice, ne comptant que sur Ethel pour survivre. Ethel qui découvrira l’amour, mais aussi l’horreur, celle dont on ne parle pas dans sa famille plutôt collabo-maurassienne que résistante. Il est vrai que pendant ces guerres, certains sont hélas du bon côté des barbelés, c’est-à-dire derrière, mais que dire de ceux qui les y ont mis ? Ils ont passé sciemment un pacte avec le diable et la barbarie.

Avec fureur, dans la folie collective et la faim au ventre, Ethel en mûrissant va se révéler superbe de courage et de dignité, volant comme elle le peut quelques moments d’amour, de joie à cette époque apocalyptique où elle comprendra peu à peu les enjeux et les intérêts malsains de ceux qui l’entourent. Elle éprouvera alors de violentes désaffections pour ceux, devenus creux et pitoyables alors qu’elle les croyaient inoxydables et d’autres, méprisés, s’en sortiront la tête haute. Disons moins basse…

Enfin, réhabilitation personnelle pour l’auteur qui, à la fin, veut retrouver le Vel’ d’Hiv  devenu la Plate-Forme et nous ressentons son émotion pourtant pudique à parcourir avec lui, avant d’y arriver, toutes ces rues dont sa mère lui a parlé et qu’elle connaissait par coeur. Il pénètre enfin dans le musée photographique qui jouxte la synagogue, d’écoeuré depuis le début de son périple, il devient nauséeux à la vue des noms des camps de la mort affichés sur les murs, puis c’est le choc, le choc des photographies des enfants qui ne sont jamais revenus. « Il faudrait aller partout, connaître chacun de ces lieux, comprendre comment la vie y a repris, les arbres qu’on y a plantés , les monuments, les inscriptions, mais surtout voir les visages d’aujourd’hui, de tous ceux qui y vivent, écouter leurs voix, les cris, les rires, le bruit des villes qui se sont construites alentour, le bruit du temps qui passe…(…) p. 203. L’histoire des disparus, c’est ici qu’elle est plantée, pour toujours. »  p. 204.

N’oublions pas que si l’auteur a écrit « cette histoire en mémoire d’une jeune fille qui fut malgré elle, une héroïne à vingt ans », c’est aussi parce que cette héroïne adorait le Boléro de Ravel, ce Boléro dont il n’est question que dans les dernières pages scande la musique du livre, il va crescendo au fil du roman destiné « à briser l’égoïste silence du monde » pour finir en une apothéose bouleversante de mélancolie.

Prix Nobel de littérature 2008 amplement mérité et véritable coup de coeur en ce qui me concerne pour cet écrivain (chantre du « nouveau roman »), dont je n’avais lu que le célèbre « Désert » il y a bien longtemps. Son écriture est sobre, épurée, élégante, presque linéaire et beaucoup moins difficile d’accès qu’on ne l’imagine.

Voici ce qui a été retenu dans la presse après la remise du Nobel : « Le Prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008 en tant qu’écrivain des nouveaux départs, de l’aventure poétique et de l’extase sensuelle, explorateur d’une humanité au-delà et en dessous de la civilisation régnante ».

(photos de JMG Le Clézio, source Babélio)

POURQUOI J’AIME LIRE ?

Parce que les livres sont des prismes multicolores, éclairant, à chaque nouvelle lecture, tous les mots qui ont déjà été dits, d’une lueur nouvelle.

Parce que lire, c’est mourir, renaître, aimer, rire, pleurer, y croire et aimer tout cela à la fois. Avec la liberté revendiquée de ne pas aimer non plus.

Lire aveuglément, passionnément en restant lucide. Lire pour partager avec vous ces voyages de papier qui nous transportent, souvent, nous consolent, parfois ou ne nous atteignent pas, de temps en temps…

La littérature est une horloge qui ne s’arrête jamais et nous propose ce que le temps a laissé à la postérité, ce qui s’écrit aujourd’hui brûlera nos yeux demain.

Lire c’est aussi la superposition de notre imaginaire à celui d’un auteur où nous aimons nous retrouver.

Parce que les livres, les auteurs que j’ai aimés ont forgé mes goûts d’aujourd’hui en élargissant le champ des possibles.

Alors, tant que lire se peut, tenons entre nos mains ces rêves de papier et d’argile dont nous sommes souvent les héros inconscients…

JEAN FERRAT…il y a un an nous quittait…

Qui n’a pas frissonné au moins une fois en écoutant une chanson de Jean Ferrat ? Cet artiste rare, inclassable malgré ses prises de position politique n’en demeure pas moins un de nos poètes-troubadours préféré. et aussi pour son engagement politique SINCERE et objectif, un homme qui ne se renie pas est un grand homme, d’autant plus quand il sait reconnaître les dérives du stalinisme et choisit d’en parler, n’en déplaise à la « nomenklatura » du parti…

J’ai usé mon argent de poche dans les années 1980 pour acheter au moins trois fois le vynile « Ferrat chante Aragon » ! Quoi de plus beau en effet que la rencontre talentueuse de la littérature et de la musique ? Mais pas que… « Deux enfants au soleil », « Ma môme », « Ma France » et tant d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici…

Je vous laisse écouter et surtout, si une larme venait à perler à vos paupières, laissez-la couler, il mérite bien cela, ce poète magnifique…

SOLIDARITE ! Merci George ! Merci Delphine !

Bonjour à toutes et à tous !

Ah, que de temps passé et souvent perdu à remettre son ouvrage sur le métier, telle Pénélope attendant son Ulysse providentiel ! Sauf que Ulysse-Google n’est pas conciliant et pendant qu’il vit virtuellement autour de nous, pauvres sémaphores égarés, le blog ahane, ahane !! Mais Dame George de Nohant a pris les choses en main, si si, au sens propre (les mains propres également) pour lui donner un petit coup de pouce plus que bienvenu !
Tout n’est pas fini, à vrai dire, rien n’est prêt, mais j’ai déjà des articles en boutique, quelques idées par-ci, par-là, et puis voilà !! On verra bien !
Déjà, je ne me ferais plus traiter de mouton noir par qui-vous-savez-que-je-ne-citerais-pas, et je prendrai mon temps !
Ce blog évoluera en fonction de cette horloge qui tique-taque à l’intérieur de nous : je n’ai pas de vie « trépidante », si vous passez par là, vous serez assuré(e)s d’être au calme…
Je ne vous en attends pas moins avec impatience ! A très vite.

ENVOL D’UN BLOG !

Certains(es) me connaissent un peu et Delphine de Delphine’s books and more y est pour beaucoup ! George des Livres de George également… Aussi, au vu de tous les encouragements reçus depuis quelque temps (et malgré mes réticences), j’essaie d’ouvrir ce blog, non sans mal quand on n’y connaît pas grand-chose en informatique !

Pardonnez-moi ces petits trébuchements qui me donnent un air ridicule, surtout quand ma lèvre inférieure se met à trembloter…

Cela va se faire doucement, pas le choix, et un jour peut-être viendrez-vous me laisser vos impressions sur des lectures, des photos, des coups de gueule et des coups de coeur.

Vogue le blog, c’est parti !