Fragments de citations avec Fitzgerald et Jacques Tournier

Fitzzzz haiiashley tumblrDepuis que j’ai trouvé cette photo sur un Tumblr, ma « Fitzéite » aigüe m’a repris et j’ai ressorti ce livre magnifique qu’est Fragments de Paradis, une petite chose de 1400 pages incluant Tendre est la nuit et des nouvelles inédites. Mais la Préface de Jacques Tournier, ami de la famille Fitzgerald et son plus fidèle traducteur, fourmille d’informations. Comme je ne pourrais pas vous chroniquer ce livre en un seul billet, je vous laisse un extrait de la préface, un extrait qui nous parle de l’homme Fitzgerald.

fragments de paradis-omnibus

« Fragments de quel Paradis ?
Lorsque Zelda voulut offrir à sa première petite-fille une image de ce grand-père  qu’elle n’avait pas connu, elle découpa dans du papier une silhouette en complet-veston avec deux grandes ailes qui s’élargissaient dans le dos, et elle dit :
– Il semblait avoir entre les épaules une sorte de crochet céleste qui le maintenait au-dessus du sol, en état de lévitation enchantée, comme s’il savourait en secret le pouvoir qu’il avait de voler et ne consentait à marcher que pour céder aux convenances.
Et Scottie ajouta :
– C’était un temps où les guerres paraissaient lointaines et les lunes inaccessibles.

Il se voulait venu d’ailleurs. Quelques mois avant sa naissance, ses deux soeurs étaient mortes par accident. Sa mère l’avait accouché dans les larmes. Longtemps, au cours de son enfance, il avait refusé cette filiation. (…)
– C’est là dit-il que j’ai enterré mon premier amour d’enfant, l’amour de moi-même. Je ne voulais pas croire que je mourrais comme les autres, et je m’étais persuadé que je n’étais pas le fils de mes parents mais d’un Roi tout-puissant qui régnait sur le monde.

Il appartenait à un paradis d’imagination, qui s’est matérialisé sous ses yeux lorsqu’il a rencontré Zelda. Il ne s’y trouvait ni serpent ni arbre de la connaissance. La pomme de la tentation, c’était Zelda elle-même, et la première fois qu’il y a mordu, en l’embrassant, il a su qu’il abandonnait à jamais ce paradis imaginaire pour celui qu’offre la Terre, qui n’est pas son « envers », mais cet autre côté vers lequel on bascule lorsque l’Ange à l’épée en interdit l’entrée. A vingt ans déjà, dès son premier roman, il savait que l’écriture seule pourrait le lui rendre et qu’il chercherait tout au long de sa vie, à travers les mots, la mémoire et l’oubli, le temps présent et la distance, à reconnaître dans l’air qui l’entoure celui qu’il avait respiré autrefois et, comme l’écrit Proust :  » qui ne pourrait lui donner cette sensation profonde de renouvellement que s’il avait été déjà respiré. »

Jacques Tournier.

Une participation à mon Challenge Fitzgerald & contemporains (que je mets à jour demain, ceci dit !!! Vous voilà prévenus ! :))…fitzey-logo natacha-best-one

La citation du jeudi, c’est une idée de Chiffonnette.