LES MYSTÈRES DE POMPÉI de Cristina Rodríguez

Ce livre m’a été prêté, voire mis entre les mains par mon amie  Syl de Thé, Lectures et Macarons, dont vous retrouverez le billet ici :  http://thelecturesetmacarons.over-blog.com/article-mm-65096393.html
 et je dois dire que replonger dans l’écriture romanesque, historique m’a fait repartir quelques années en arrière. Je la remercie de m’avoir fait passer un très bon moment, après des débuts (un peu) difficiles. Ce livre est le premier d’une trilogie (ou quadrilogie peut-être ?) mais pas le premier de Cristina Rodriguez (Cf. « sur l’auteure » à la fin du billet).

Je sais qu’il y a des fans de Kaeso parmi vous (levez le doigt !), le héros du livre, alors, désolée les filles, il me plaît bien dans sa courte tunique de centurion, mais j’ai surtout apprécié la trame historique de ce roman, même si j’ai envie de savoir ce qui va lui arriver à ce beau diable ! Commençons par le début !

L’HISTOIRE

An 31 avant Jésus-Christ. Kaeso-Wotan Concordanius Licinus qui approche de la trentaine flamboyante,  centurion déchu de la prestigieuse garde prétorienne,  sort de prison où l’a fait jeter pendant onze mois, l’ignoble préfet Séjan alors chef du prétoire, qui sème la terreur dans tout l’empire et particulièrement dans la famille impériale des Julius-Claudius depuis que le vieux Tibère, fatigué des traîtres et des magouilles, s’est retiré à Capri, lui cédant tous pouvoirs. Kaeso, (moitié romain par son père) est son nom latin  et Wotan, son prénom germain que lui donnent sa mère et quelques intimes et sa mère, Hildr, complètement Germaine (Bructère même, les plus barbares des bataves!) , escortés de Io, son fidèle léopard femelle qui obéit au doigt et à l’oeil arrivent à Pompéi dans une tristesse et un désarroi financier total. Ils ont été spoliés de leurs biens suite à la mort du père de Kaeso. Ce dernier, pistonné par le préfet Septimus de Pompéï et Nerva, haut personnage ambivalent, va donc se retrouver chef d’une milice dépenaillée et incompétente dès son arrivée, à l’image de sa caserne décrépite,  à l’abandon. Il ne se passe jamais rien à Pompéï, c’est bien connu ! A peine arrivés mais vraiment à peine, le premier meurtre a lieu, ainsi qu’une première secousse sismique nous rappelant la proximité du Vésuve. S’ensuivent deux autres meurtres dans la foulée et émerge un indice capital : un mystérieux poison à l’odeur de poisson pourri, ainsi qu’une histoire de fausse-monnaie qui semble relier ces hécatombes en série. (L’image ci-desus représentant  Kaeso et Io vient du site de Cristina Rodríguez).

Pompéi est une ville de villégiature très prisée dès que Rome étouffe, donc les patriciens y possèdent tous de somptueuses villas dans les environs. La famille impériale des  César aussi et nous découvrons Caligula, avec qui Kaeso descendant de germanicus a grandi. Oui le Caligula sanguinaire de nos manuels scolaires, doux comme un agneau , traqué,  exilé lui aussi et se cachant de Séjan pour survivre. Il est le dernier de la lignée impériale. Mais à la fin du roman, quand il tue sans qu’il n’eût vraiment été nécessaire, surprenant par ce geste son ami d’enfance, Kaeso  y lit comme une énigme dans les yeux pers et soudain cruels, Caligula lui dit : « Je ne pardonne pas « . L’histoire lui a donné raison. Même  s’il s’agissait parfois de mauvaises raisons.(Ci-contre buste de Caligula).

Revenons à notre beau Kaeso, blond et haut comme un germain qu’il est pour moitié, toujours escorté de sa mère, la toute aussi blonde Hildr (imprononçable pour tout romain qui se respecte !) et qui jouit d’une réputation de guérisseuse-prophétesse, auréolée de magie, comme souvent en ces temps où l’obscurantisme prévalait. Hildr va lui servir de médecin-légiste avant l’heure, autopsiant, les mains dans les entrailles sanguinolentes, trouvant toujours la cause de la mort des macchabées, et oui, les meurtres sont déjà déguisés : on empoisonne d’abord et on égorge ou poignarde après pour brouiller les pistes. Io, l’adorable et attachante léopard femelle apprivoisée comme un chien et magnifiquement dressée est aussi d’un grand secours dans la traque au complot qui semble avoir été mis en place pour éliminer Caligula (ou Gaius César), le dernier de la lignée. Sans oublier la délicieuse  brune et piquante Concordia, cousine de Kaeso, raide dingue de lui et qui, malgré ses vingt ans connaît tous les codes de la « haute » et va l’aider dans ce milieu grouillant de traîtres vipérins. Concordia dont Kaeso se défend de répondre aux avances chaudes-bouillantes et à son amour mais qui en brûle d’envie ; il va parfois se « rafraîchir » ou soulager ses envies avec des filles à la respectabilité moyenne … Vont-ils conclure ? Kaeso retrouvera-t-il son poste prestigieux à la garde prétorienne romaine, Caligula échappera-t-il au complot ? Je ne vous en dirai pas plus…

MON AVIS

Après avoir « posé » le décor géo-historique et mis en place les pièces du puzzle « policier », l’auteure, historienne confirmée, spécialisée en Histoire gréco-romaine, mais aussi en numismatique, nous fait vraiment décoller à la page 212 (pour ce qui me concerne !) là,  le rythme s’accélère pour ne plus retomber jusqu’à la fin. Elle a le mérite de nous montrer un autre visage de cette Rome antique, visage qui pour beaucoup (j’en faisais partie) s’était figé au mileu des patriciens riches,  sirotant des jarres de vin de Gaule, une grappe de raisin mûr à la bouche, mollement allongés sur leurs sofas, des nuées d’esclaves et de gitons à leurs pieds pour les servir. Il y en a dans ce roman, bien sûr, mais elle nous emmène surtout dans les milieux populeux, pauvres et sordides, nous emplit les narines de toutes les odeurs qui régnaient à cette époque et je vous le dis ça « schlinguait sec » quand vous n’aviez pas les moyens d’aller aux   thermes  ! Les pauvres sont dépenaillés, couverts de poux (on se gratte souvent en lisant), le langage est vert, très imagé : « Par les couillons d’Hadès » ou ceux de Jupiter, jurons qui reviennent souvent dans le langage de kaeso et celui familier de l’époque. Je dois dire que ce langage m’a souvent fait rire, rendant ce livre et ses héros très humains et crédibles, pas si éloignés de nous finalement… Sans parler de la petite note sexy dont la palme est attribuée à Kaeso et à sa provocante cousine, ce qui ne gâche rien…Mais Io n’est pas étrangère à la sympathie que nous ressentons pour les personnages, même les seconds rôles, cette féline anticipe tout, est jalouse des femmes qui approchent son maître (sauf Concordia la cousine et Hildr la mère), provoquant parfois des situations cocasses. Exemple,  lorsque Kaeso, en galante compagnie avec une prêtresse d’Isis, s’apprête à faire l’amour : « Io essayait de glisser la tête sous sa robe pour y renifler de plus près, à la recherche de ce qui pouvait me mettre dans un état pareil, et je lui donnai une tape sur la croupe. – Io ! grondai-je. Ici  ! Aux talons ! Qu’est-ce que c’est que ces manières ? » Et devant la surprise de la prêtresse, il lui rétorque de façon pas machiste du tout, vous le remarquerez : « Elle a été séparée de moi longtemps et sentir une autre femelle dans les parages la rend sans doute un peu nerveuse ». Tout en testostérone ce centurion…Le décor est également bien retranscrit que ce soit des insulae (immeubles à étages souvent insalubres) aux villas patriciennes ornementées de peintures et surchargées de déco plus ou moins  kitsch, en fonction de ceux qui l’habitent (il y avait déjà des nouveaux riches bling) , en passant par les temples religieux, tout y est !

SUR L’AUTEURE   Cristina Rodríguez est née en 1972, romancière, journaliste, elle a à son actif plus d’une dizaine de romans et de biographies dont « Moi, Sporus » paru chez Calmann-Lévy en 2001 et pour lequel elle a obtenu le prix du Premier Roman. Elle est également scénariste de mangas au sein du studio Gothika sous le pseudonyme de C. Neix, d’autres écrits sous les pseudos de T. Kent ou F. Neuwal. J’espère que le succès de « Kaeso » va lui rendre son nom définitif et sa légitimité en tant qu’auteure confirmée de romans historiques. Pour ma part, outre la suite des Mystères de Pompéi, je lirais bien la biographie de Caligula qu’elle a écrite « Moi, Caligula ». Cet empereur est certes très connu mais mal aimé en raison de biographies qui se contredisent à son sujet. N’oublions pas sa spécialité de l’histoire des monnaies et médailles (qui lui sert dans cet opus et valide la trame policière) ; à ce titre elle collabore à plusieurs publications spécialisées en ce domaine.