QUAND SOUFFLE LE VENT DU NORD de Daniel Glattauer

Livre voyageur que m’a envoyé Pyraustha. Véritable « tourne-pages » que j’ai lu très vite, mais qui ne m’a pas entièrement convaincue. Elle sont belles les cartes de Pyraustha, n’est-ce pas ? Et l’enveloppe également !! Je la remercie, même si je n’ai pas été aussi enthousiaste qu’elle, malgré mes bémols, je n’ai pas non plus boudé mon plaisir, je vous dis tout et pourquoi.

Quand je l’ai feuilleté et que j’ai vu la construction du livre, faite uniquement de mails, j’étais circonspecte… Et au final, pourquoi ne pas penser qu’il s’agit peut-être là des prémisses du nouveau roman épistolaire, les gens s’écrivant de plus en plus par mails, qu’après tout la forme en est moderne, que le sujet traité va rappeler des souvenirs à beaucoup (si ce n’est déjà fait) ! Malgré certains mails un peu mièvres et quelques invraisemblances, l’ensemble est agréable, même s’il ne s’agit pas là de grande littérature, il laisse à penser que le roman épistolaire du XXIème siècle sera souvent écrit sous cette forme. A souhaiter que le style soit plus « enlevé », moins truffé de parenthèses et que les mails « coucou », « bonne nuit » soient moins nombreux même s’ils correspondent à la réalité des faits.

L’HISTOIRE

Emmi Rothner a le doigt qui dérape en voulant résilier un abonnement au magazine Like et son mail atterrit chez un certain Léo Leike. Par trois fois, l’erreur va se reproduire et Léo ne manquant pas d’humour, récemment largué par la femme de sa vie, entame avec Emmi (Emma pour son mari) une correspondance légère, teintée d’humour désabusé. Mais le ton du badinage anodin qui se transforme en amour-amitié est donné dès la page 136 quand Léo s’aventure à lui dire : « Ecrire c’est comme embrasser mais sans les lèvres. Ecrire c’est embrasser avec l’esprit« . Au fil des jours, des mois, cette conversation virtuelle ressemble à une longue phrase interminable où aucun des deux n’arrive à mettre un point final, malgré leurs atermoiements et doutes en tous genres. Quelques silences qui ne font que ranimer l’addiction qu’ils ont l’un de l’autre, conscients pourtant que le passage du virtuel au réel risquerait de ruiner leur histoire « imaginaire », parfaite telle qu’elle est. Ils se dévoilent l’intime, nous mettant  parfois en position de voyeur presque gêné de leurs confidences. Ils parlent de tout sans tabou (ou presque), mais en disent peu sur leur quotidien. Emmi lui a confié qu’elle était pourtant « mariée ET heureuse »… Que peut chercher une femme mariée et heureuse, sinon la preuve qu’elle existe en dehors de sa routine bien paramétrée, qu’un homme derrière un écran l’idéalise comme elle veut l’être, est le palliatif à ce sentiment de ne plus exister vraiment ? Oui mais voilà, le virtuel est aussi un miroir où les reflets renvoyés sont trompeurs, déformants, exagérés, ces reflets qui correspondent pourtant à ce qu’ils ont de plus intime. Ils vont chercher à se voir, de rendez-vous manqués en actes manqués (?), il n’y a qu’un pas et vous ne saurez pas s’ils l’ont franchi… Je veux laisser une chance à ceux et celles qui souhaitent le découvrir…. Leur problème, comme le souligne Léo qui faisait juste avant leur échange, une étude  sur le langage par mails dans le cadre de son travail c’est « l’incompatibilité du dialogue écrit et oral qui viendrait à bout de leur relation« . Qu’ils ont également commencé leur histoire à l’envers, qu’il n’y a pas eu « la rencontre » initiale qui détermine si deux êtres peuvent se plaire et envisager d’aller plus loin… « Nous faisons route vers le désenchantement. Nous ne pouvons pas vivre ce que nous écrivons ».  Le vivront-ils un jour ? Une suite intitulée La Septième vague est sortie pour répondre à ces questions que se posaient les très nombreux lecteurs et aficonados de cet opus qui les a laissés sur leur faim ! La lirais-je ? Sûrement… En attendant, que celles et ceux qui souhaitent le lire s’inscrivent dans les commentaires pour qu’il continue son voyage. Merci Pyraustha !

MON AVIS

Je ferai une réponse de « normand » (que les normands me pardonnent, les clichés ont le cuir épais !). Oui, pour le plaisir et le suspense de la lecture, pour la construction originale et novatrice de l’écriture par mails qui ne nuit pas à la montée en puissance des sentiments entre les deux protagonistes, on se passe très bien des chapitres (qui y sont répertoriés malgré tout). L’histoire concerne tant de monde, à des niveaux différents s’entend,  qu’il est aisé de s’y retrouver et nous avons hâte de savoir où cela finit. L’histoire, somme toute banale, de deux solitudes qui s’apprivoisent jusqu’à l’obsession et nous entraîne avec elle « à l’insu de notre plein gré ». Les bémols, je vous en ai parlé plus haut : je reproche dans cette « facilité », à l’auteur de ne pas s’être foulé dans les mails plus longs, il aurait pu y mettre le panache, le petit « truc » qui manque pour en faire un « grand livre » de référence.  Et s’il y a de l’humour (on n’éclate pas de rire non plus !), une petite pincée supplémentaire, distanciée aurait été appréciable. Ils finissent par trop se prendre au sérieux ces deux là ! Quant au style en lui même, c’est le style « mails », sans les smileys, je vous rassure, mais avec les parenthèses qui nous font revenir au début de la phrase, ou pas d’ailleurs… En résumé, une bluette romantique à souhait, pas lacrymale non plus qui à défaut de nous laisser un souvenir impérissable a le mérite de nous faire passer un moment très agréable…

SUR L’AUTEUR

Né à Vienne en 1960, Daniel Glattauer écrit depuis 1989 des chroniques politiques et judiciaires pour le grand journal autrichien « Der Standard ». Il est également l’auteur de plusieurs livres dont Quand souffle le vent du Nord qui s’est écoulé à 750 000 exemplaires à sa sortie en 2006 et a été traduit en 25 langues.