Aragon pour l’insurrection poétique du Printemps des poètes, avec Aifelle et Claudialucia.

a printemps des poètes 2015  17ème édition Affiche officielleAujourd’hui, la poésie continue avec Aifelle et  Claudialucia qui nous ont demandé de choisir un poète (ou un simple poème) représentant l’insurrection en poésie, thème du printemps des poètes cette année. Nombreux sont-ils…de Desnos à Eluard, en passant par Char et bien d’autres, moins connus.

J’ai hésité avec Pablo Neruda dont j’ai deux recueils à la maison. Finalement c’est mon cher Aragon qui l’a emporté avec ce poème que j’aime beaucoup.

L’AFFICHE ROUGEaffiche rouge des 23 arméniens , polonais et autres étrangersfusillésVous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes

Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCEa affiche rouge mitraillés févrierEt les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemandrose roses en arche p de ronsard improbable tumbAdieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivana affiche rouge erevan et le mont AraratUn grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfanta affiche rouge fillette couronne best oneIls étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattantaffiche rouge des 23 arméniens , polonais et autres étrangersfusillésLouis Aragon, Le Roman inachevé

Pour rendre hommage à cs étrangers dits de « La bande à Manouchian » qui se sont insurgés (fait fusiller) en mourant pour la France et si vous voulez réécouter Dle Yaman et mon billet du l’Arménie, c’est par ICI !

Courez chez Aifelle et  Claudialucia voir les autres participations à ce vendredi insurectionnel  !

ON N’EST PAS SÉRIEUX QUAND ON A DIX-SEPT ANS ou La poésie du jeudi avec Rimbaud !

a printemps des poètes 2015  17ème édition Affiche officielleRetour à la normale depuis hier (sur les chapeaux de roue), mon ordinateur est réparé mais j’ai du retard (le big-bang plutôt) partout : dans mes commentaires, dans mes visites aux textes des plumes, aux billets des blogs amis, dans mes « réels » de Queneau (ils ont été écrits chaque jour à la main, reste à les taper), je fais comme je peux  ! Je vous demande de m’excuser, ce n’est pas de la mauvaise volonté, les journées ne font que 24 heures !

En cette veille de printemps et  pour célébrer le Printemps des Poètes, dont le thème cette année est l’insurrection, un poète qui a écrit le meilleur de lui au printemps de sa vie, le jeune Arthur Rimbaud bien sûr, avec ce poème culte,  du moins la première phrase.  L’intitulé  est « Roman ». Pour être dans le thème du « Printemps », RV demain chez Claudialucia pour participer. Il faut choisir un poème traitant de l’insurrection, le poster sur son blog.

Ont poétisé avec moi aujourd’hui, les fidèles amis de ce jeudi qui nous permet de nous retrouver autour d’un poème classique ou contemporain :

1-Monesille : Les hirondelles, extrait du Château de Chazelet.
2- Valentyne : Petit cheval de Maram Al Masri
3- Soène : Au nom de la rose, paroles d’une chanson chantée par Moos.
4 – Nadael : Enivrez-vous de Charles Baudelaire.
5 – Modrone-Eeguab :  L’enfant lorsqu’il était enfant de Peter Handke
6) Claudialucia : Aimé Césaire.
7) Patchcath : Le chat de Baudelaire
8) Philisine Cave : Dit de la force et de l’amour de Paul Éluard.
9) Sandrion : Présentation de Maryline Bertoncini avec un extrait son recueil « Labyrinthe des nuits ».

Roman

Ia rimbaud couvOn n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…a rimbaud printemps alléeII

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…nuit femme ville rivière étoiles ana-rosaIII

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…a rimbaud amoureux– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.a rimbaud  tilleul rivière

 Arthur Rimbaud.