LA CITÉ DES JARRES d’Arnaldur Indridason

IMG_2462C’est fait ! J’ai enfin découvert Erlendur, le flic fétiche d’Arnaldur Indridason qui a séduit tant de blogueuses avant moi, on me le vantait depuis quatre ans, en me conseillant vivement de « commencer dans l’ordre » car les personnages évoluent. Effectivement, j’ai lu le premier « La cité des jarres » qui date quand même de 2000 (2005 en VF). Englouti en même pas un week-end, c’est vous dire si les 327 pages sont addictives. D’ailleurs j’ai regretté de ne pas avoir La femme en vert (le second), je me serais jetée dessus…

Mais qu’a donc Erlendur pour déchaîner les lectrices, et les lecteurs si j’ai bien compris en lisant quelques avis masculins ? C’est un homme qui doit approcher de la petite cinquantaine, vous savez cet âge incertain vers cinquante ans où les hommes qui, n’ayant pas encore fini leur crise de la quarantaine entament déjà, à titre préventif, celle de la cinquantaine. Pour notre plus grand bonheur. C’est un homme taciturne, divorcé, fumeur compulsif malgré sa douleur dans la poitrine qui lui fait croire que l’infarctus va le faucher en plein vol. Mais il n’est pas alcoolique. Un taiseux aussi, quand il suit son idée, au grand dam de ses collègues. Un solitaire qui vit avec sa fille droguée, Eva Lin,  qui essaie de décrocher de l’héroïne sous l’oeil blasé de son père (en apparence). Il ne voit plus son fils depuis des années. Vu comme ça, vous me direz, oui, bof, le flic classique de polar… Ben non, car sous ces apparences, se cache un autre Erlendur, tout en sensibilité et surtout d’une intelligence redoutable, sans que ça semble incroyable (dans le sens de pas crédible) au lecteur. Un homme de chair et de sang doublé d’un flic consciencieux, méthodique surtout.

L’histoire en bref (si tant est que ce billet ait quelque chose de bref) :

Cela commence par un crime  « typiquement islandais« , c’est-à-dire pas de quoi fouetter un chat, puisque la victime, un vieil homme dans les soixante-dix ans, Holberg a été tué d’un coup de cendrier. Mais ce sont trois mots écrits à la hâte sur une feuille posée en évidence sur les lieux du crime qui vont interpeller Erlendur, flanqué de son adjoint gradé (Erlendur ne l’est pas, on apprend qu’il n’est jamais monté en grade mais que son expérience du terrain en fait un homme craint et respecté), son adjoint nommé Si-machin-Oli (je ne retiens déjà pas les doubles prénoms français alors les noms islandais, bonjour !) (Sigurdur Oli il me semble). Un Oli très classe à côté d’Erlendur tout chiffonné. Et c’est là que se met en marche « la mécanique » Erlendur alors que nous ne saurons pas tout de suite ce qu’il y avait d’écrit sur cette feuille (haaa suspense !) : il part sur des pistes improbables, n’hésitant pas à remonter quarante ans en arrière, à remuer la boue marécageuse (au sens propre comme au figuré) des victimes, qu’elles soient présumées coupables ou encore innocentes. Ses adjoints dont Oli mais aussi une femme, vive, bavarde et futée (ça change des taiseux, prénommée Elinborg le suivent aveuglément, sans trop demander, de toute façon pas le temps, ils le croient à un endroit, il est déjà ailleurs.

Entre-temps, quand il lui arrive de rentrer chez lui avec de la junk food ou un plat micro-ondable inmangeable, il croise sa fille, Eva Lin, droguée jusqu’aux yeux, décharnée mais qui a décidé de s’en sortir pour cause d’embryon qui pousse dans son ventre et le désir secret et inavoué de faire de son père un grand-père. Les relations entre ces deux-là sont passionnantes, on passe d’une quasi indifférence au début, voire une lassitude désenchantée, (celle des parents ayant des enfants drogués) à des situations explosives où certaines vérités vont éclater violemment et la complicité retrouvée, pas à pas, mais avec l’amour qu’ils se portent au-delà de leurs défauts respectifs. Erlendur, le brut de pomme est émouvant quand sa carapace se craquèle ! Que c’est bon quand l’homme se réveille après des pages de non-dits, de silences de plomb et de nuits qui ne semblent jamais finir sur Reykjavik et ses habitants  ! Il lui arrive plus souvent de dormir tout habillé qu’en pyjama et son petit air froissé lui donne un côté attendrissant qui n’est pas pour me déplaire même si je préfère le côtoyer sur papier que dans la vraie vie !

Reykjavik en hiver.

Reykjavik en hiver.

Je ne vais pas vous raconter l’enquête ce serait une hérésie tant les diverses avancées s’apparentent à des rebondissement qui en font tout le sel. Juste vous dire que partir de ce crime banal pour arriver à une thèse sur le génome humain croisé avec la généalogie, encore une spécificité islandaise  (qui a fait grand bruit en 1999), en passant par la découverte de ce qu’était « la cité des jarres » est absolument stupéfiant. On apprend p.172 seulement ce que recelait la Cité des jarres, donc à plus de la moitié du livre, ce qui me fait encore dire que les quatrièmes de couverture des éditions Points en disent toujours (beaucoup) trop (ce n’est pas la première fois que je note ce détail).

L’action se situe à Reykjavik et dans ses grandes banlieues pour ne pas dire campagnes, il nous parle aussi d’autres endroits d’Islande, celle des geysers, des fjords, des sources, des volcans, de la nature sauvage et hostile, une balade que j’ai beaucoup aimée. On pourrait croire que l’enquête n’est qu’un prétexte pour nous brosser un tableau de l’Islande d’hier et d’aujourd’hui, mais non, Erlendur EST l’enquête, il ne vit que par elle, pour elle, avec elle tant que son idée n’a pas abouti sur une piste plausible, dût-il remuer les bas fonds, plonger dans des passés sordides et ne pas dormir plusieurs jours de suite ! Cette alchimie doublée d’une construction parfaite rend la lecture fluide et surtout sans répit malgré la lenteur toute relative propre aux écrivains du Grand Nord. On n’a pas affaire aux énervés texans décérébrés qui dégainent leur Glock avant de savoir s’ils tirent sur une canette de bière ou un cerveau humain. La deuxième partie est le contrepoint parfait de la première, un sans fautes jusqu’au dénouement amené avec soin, pas bâclé comme dans la plupart des polars américains de dernière génération. Et l’amour me direz-vous ? On ne peut pas affirmer qu’Erlendur ait une libido échevelée vu le style de vie qu’il mène mais à la faveur d’une rencontre avec une pétulante professeur d’université il retrouvera des couleurs, furtives certes,  mais on se prend à rêver qu’il y a du potentiel sous le costume froissé ! À suivre : j’espère dans les autres opus. Je précise que l’action se déroule en automne sous une pluie glacée et quasi permanente : frileux s’abstenir ou prévoir un plaid pour savourer avec une bonne tasse de thé/café/chocolat chaud.

Keflavik - Islande - Endroit qui a son importance dans le livre...

Keflavik – Islande – Endroit qui a son importance dans le livre…

Après ce billet interminable qui vous a j’espère bien traduit ma montée dans les tours à l’occasion de cette lecture, dois-je préciser que c’est un coup de coeur et que je vous la recommande chaudement ! D’ailleurs, comme je regrette d’avoir attendu quatre ans… (soupir).coup_de_coeur_d'asphodèleJe ne recense pas ceux qui l’ont lu, je pense que c’est le cas des trois quarts de la blogo mais parmi les fans, de mémoire, je peux citer mon amie Somaja  qui me l’a offert cet été et je la remercie chaudement, Syl. Sharon,et Aifelle qui lit son Indridason tous les ans, du moins dès qu’il en sort un si j’ai bien compris !logo challenge à tous prix

Il a obtenu le Prix Clé de verre et  Le Prix mystère de la Crique 2006, il compte pour mon challenge « à Tous Prix« 

arnaldur indridasonQuant à Arnaldur Indridason, pour en savoir plus sur lui, c’est par ici !

LES APPARENCES De Gillian Flynn

apparences viuvMême la couverture du livre offre un plissé de la robe en surimpression que nous pouvons toucher !! L’apparence a toute sa place ici ! Je ne m’attendais pas du tout à ÇA. Certes c’est un polar mais avec une trame psychologique sur la manipulation diablement bien faite et addictive !

De l’histoire, je ne vais pas pouvoir vous parler beaucoup car l’intérêt principal du livre repose sur sa construction, les volte-faces avant l’épilogue qui avouons-le n’est pas du tout à la hauteur du reste. Hormis ce bémol, je ne me suis pas ennuyée une seconde et c’est tout ce que je demande à ce genre de livres. A n’être pas trop vulgaire non plus, là aussi c’est limite mais supportable.

Amy et Nick, presque quarante ans, forment un couple middle-classe, bien sous tous rapports jusqu’au jour où la crise financière de 2008 les atteint de plein fouet et qu’ils sont obligés de quitter New-York, leur maison luxueuse pour une plus petite, pavillonnaire dans le Missouri natal de Nick où ce dernier a ouvert un bar avec sa soeur jumelle Go.

Le livre démarre le jour de la disparition d’Amy, le jour de leur cinq ans de mariage. Aussitôt ou presque, Nick devient le seul suspect car, outre le fait qu’il n’a pas montré d’affolement devant les caméras de télévision le jour du « drame »  (pensez donc, il souriait), il n’a pas d’alibi solide à l’heure de la disparition d’Amy.

Les chapitres alternent avec les voix de Nick et d’Amy, Amy parlant depuis son journal intime commencé en 2005, quand ils se sont rencontrés et les chapitres avec la voix de Nick se situent eux, dans le présent et le déroulement de l’enquête. Fatalement, on se dit que le passé et le présent vont finir par se rejoindre vu que le journal d’Amy suit la chronologie du temps, tout comme on se dit que c’est un mauvais rêve, qu’Amy va revenir mais non, pas du tout. Un superbe rebondissement arrive à mi-parcours et nous fait changer d’idée. De leur mariage cinq ans plus tôt à leur arrivée dans le Missouri, que s’est-il passé dans leur vie pour que le mystère s’épaississe au fil de l’enquête ? Que se passe-t-il que les autres ne savent pas surtout ? Les autres ici sont les célèbres parents psychologues d’Amy, auteurs d’une série enfantine à succès et qui met en scène…leur propre fille, « L’épatante Amy », un avatar parfait de ce que devrait être Amy. Il faut compter également sur la soeur jumelle de Nick, Margo dite Go… Ce qui est intéressant dans ce livre et que j’ai trouvé surprenant pour un polar, c’est l’étude au scalpel de la psychologie d’un couple. pourquoi les filles choisissent de se marier, pourquoi les hommes sont-ils si niais devant une jolie fille ? Se choisit-on pour ce que l’autre est vraiment quand on le rencontre ou espère-t-on qu’il deviendra idéal, à l’image de ce que l’on attend d’un mari ou d’une épouse ? Les apparences sont le moteur qui donne à la vie sociale sa raison d’être, elles maintiennent « l’amour » ou ce qu’il en reste dans un nuage en suspension mais elles sont truquées pour ne pas dire pipées et quand le nuage perce, ce n’est pas de l’eau qui tombe mais de l’acide sulfurique. Derrière le vernis, les pires scénarios se trament… et c’est ce que Gillian Flynn nous prouve ici avec maestria, si ce n’est la fin, surprenante et décevante car on aimerait nous lecteurs qu’il y ait une justice, mais non, pas là : les méchants restent méchants et les lâches ne deviennent pas des héros du jour au lendemain. Sinon, on reste en apnée jusqu’au bout !

Il y a aussi un tableau de l’Amérique actuelle, sur fond de crise des sub-prime et des passages très bien décrits sur ces maisons abandonnées, sur la pauvreté des petites villes autrefois pimpantes qui ne sont que l’ombre d’elles-mêmes, comme nos personnages qui suivent la spirale infernale du déclassement social et de ses répercussions dans leur vie familiale. Gillian Flynn, originaire et amoureuse de son Missouri natal nous livre des pages émouvantes sur la maison de Mark Twain à Hannibal qui ne fait plus recette et ne se vendrait pas pour des sommes extraordinaires. C’est dire… La description du gigantesque centre commercial  de la ville, principale source de travail quelques années plus tôt offre une vision apocalyptique avec ses rideaux baissés, ses SDF drogués et désespérés.

Vous l’aurez compris, un livre qui, malgré un style simple soulève bien d’autres interrogations à travers la disparition de l’héroïne, un livre qui nous répète (si on ne le savait pas) qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Tout est affaire de manipulation, l’auteure joue avec nos nerfs pour notre plus grand plaisir.  Un  pavé de 650 pages qui est loin d’être indigeste !

Les avis divers et variés de : AifelleAlex Brize Cristie Galéa Hélène Keisha Liliba  Mango Sandrine Stéphie Theoma Véronique.  Et depuis que j’ai tapé ce billet, les avis de George et Belette. Et Clara, que j’avais oubliée !

Ce livre a été lu en partenariat avec Le livre De Pochelogo ldp

Il compte pour les challenges suivants :  » Romancières américaines » de Miss G.  le « mois américain » chez Noctambule.  « Thrillers et polars » chez Liliba. Pour mon challenge « À tous prix », aussi (Grand Prix des Lectrices de elle 2013, catégorie policier). Et celui d’Irrégulière dans la catégorie « amour cauchemardesque »…Logo challenge polars liliba 2013

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