La poésie du jeudi avec Philippe Jaccottet

Logo du jeudi poésie pour présentation d'un poète.

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J’avais découvert Philippe Jaccottet (au sens de révélation) chez ClaudiaLucia avec « Parfois les larmes montent aux yeux » et j’ai continué à lire des bribes de ci de là, au gré du Net mais sans plus. Jusqu’à ce que Martine, férue de poésie et turbulente passeuse de mots m’offre ce livre. Et je ne la remercierais jamais assez de cette découverte immense…IMG_4050

Philippe Jaccottet est un monsieur de 90 ans, qui est entré en 2014 dans la Pléiade. Tout le monde sait que rentrer de « son vivant » dans cette illustre Collection est un honneur pas donné à tout le monde puisque le dernier poète français en date il me semble était Paul Valéry…en 1972 !. Ce livre contient deux recueils  :  « À la lumière d’hiver« , suivi de « Pensées sous les nuages ». C’est de ce dernier qu’est extrait le poème que j’ai choisi aujourd’hui, écrit en décembre 1981-janvier 1982, alors que le poète n’avait « que » 56 ans…(vous comprendrez pourquoi en lisant le titre…) Je vous reparle de lui à la fin du billet.

Ont poétisé avec moi ce jeudi, les fidèles mordus de la poésie :

1 – Monesille effectue un retour aux « bases » avec « L’horloge » de Maurice Carême
2 – Martine la Turbulente nous présente une poétesse québecoise, Marie Uguay, avec un poème non titré, extrait du recueil « L’outre-vie ».
3 – Soène a réussi à nous trouver des « Limbes lumineuses » chez Henri Michaux
‘4 – Valentyne (en pleine mutation verdoyante) nous fait découvrir « La langue verte » de Norge.
5 –
Marie, une de nos « Même les Sorcières lisent », se laisse emporter par « La brise vagabonde » d’André Gide.
6 – Modrone-Eeguab a ressenti « L’éblouissement bleu de l’éclair »  ‘d’Allen Ginsberg.
7 – PatchCath ne m’a pas laissé le nom de l’auteur mais me l’a offert avec ce titre « Je t’offrirai »…
8 – Sharon et Nunzi respirent le parfum suave des « Roses de Sââdi de Marceline Desbordes-Valmore ( poétesse chère à Soène).
9) Quant à LylouAnne, c’est avec Jean de la Fontaine et « L’homme et son image », une fable moins connue, qu’elle nous invite à méditer !

Bon jeudi-poésie à tous !

LE POÈTE TARDIF… (deuxième partie, page 170)a poésie gouttes de pluie ou larmesVoilà que désormais
toute musique de jadis lui monte aux yeux
en fortes larmes :

 » Les giroflées, les pivoines reviennent,AVRIL-MAI 2013 SWAP & FLEURS 102l’herbe et le merle recommencent,
mais l’attente, où est-elle ? Où sont les attendues ?
N’aura-t-on plus jamais soif ?
Ne sera-t-il plus de cascade
Pour qu’on en serre de ses mains la taille fraîche ?a poésie cascade

Toute musique désormais
vous bâte d’un faix de larmes. »

Il parle encore, néanmoins,
et sa rumeur avance comme le ruisseau en janviera poésie ruisseau hiveravec ce froissement de feuilles chaque fois
qu’un oiseau effrayé fuit en criant vers l’éclaircie.

©Philippe Jaccottet – Éditions Gallimard  de 1977 pour À la lueur d’hiver (…), 1989 pour Pensées sous les nuages et 1994 pour la présente édition. Collection Nrf. Poésie/Gallimard.

a jaccottet auteur poésieSUR L’AUTEUR :

Philippe Jaccottet est né dans le canton de Vaud en Suisse en 1925.Il s’est installé  en Drôme provençale, à Grignan (La Marquise de Sévigné peut trembler avec un poète aussi talentueux sur ses terres)avec son épouse, Anne-Marie (artiste peintre) en 1953, après leur mariage et ils y sont restés, loin du tumulte parisien. De son enfance suisse, passée dans un milieu austère et protestant, il a gardé des souvenirs pas vraiment joyeux, « brumeux » mais consignés dans un journal qui été publié et intitulé « La semaison« . Il fut chroniqueur, journaliste, et surtout un grand traducteur d’allemand et d’italien pour ceux qui ont été aussi source d’inspiration pour lui :Hölderlin, Novalis, Rilke, Leopardi et surtout Giuseppe Ungaretti qu’il avait rencontré à Rome en 1946 et dont il traduisit la moitié de l’oeuvre. . Avant de vivre de sa plume, il fallut nourrir femme et enfants (une fille, un garçon).

Comme je l’ai lu quelque part en préparant ce billet, il est le poète du « néanmoins« … J’ajouterai qu’il est aussi celui des parenthèses ! Comme s’il voulait nous dire, humblement, qu’il ne détient aucune vérité, qu’il faut sans cesse observer la beauté du monde, prendre conscience de notre présence à celui-ci tout en ne cessant jamais de nous remettre en question. Il faut toujours (néanmoins), avancer dans nos raisonnements, élargir l’espace de la réflexion pour ne pas que meurent ou se figent les mots juste écrits.
Toutefois, c’est souvent entre les bras rassurants de ces parenthèses qu’il nous livre des vers merveilleux non dénués, de temps à autre, d’une lueur ironique comme ceux-ci, page 129 :

(Prière des agonisants : bourdonnement d’abeilles noires,
comme pour aller recueillir au plus profond des fleurs absentes
de quoi faire le miel dont nous n’avons jamais goûté (…).

La parenthèse se referme à la fin du poème, 6 paragraphes après… Jaccottet n’est pas suisse pour rien, ses vers malgré les quelques libertés qu’il prend avec la forme (il reste un poète classique) ont une précision d’horlogerie, une justesse millimétrée quand on les relit à voix haute. Bref, vous l’aurez compris, c’est un poète dont j’ai succombé au charme (en tout bien tout honneur) et dont je ne me lasse pas, je vais me procurer d’autres recueils pour faire plus ample connaissance… et je vous encourage à en faire autant ! 😉