PLACE DE CHINE de Roland Hélié

Livre minuscule de 55 pages que m’a offert Delphine, que j’ai lu en une heure, et qui m’a enchantée, mine de rien. Editions rue fromentin, la contre-allée. © juin 2011.

Un homme, d’une cinquantaine d’années se souvient de ce qu’il a oublié, d’abord, puis revient sur les conditions de sa naissance, remonte les générations à la recherche de ses origines : l’accent aigu sur le e d’Hélié est une volonté de son père pour rendre ce nom acceptable…pour les générations futures. Il nous joint même son extrait de naissance. « Pour suivre les avatars d’un pauvre et simple E, attendu majuscule et reçu minuscule, embarassant petit passager clandestin. »

Puis vient une incursion dans la littérature, avec les noms des personnes et des livres qu’il a prêtés, donnés, perdus à jamais. Les livres qui l’ont « fait » également, ceux qu’il  posséde et qui le possèdent depuis toujours. Comment il peut se perdre dans une encyclopédie qui parle de bibliothèques et de livres : « Je découvris stupéfait la multitude de replis et de clôtures, de refuges et d’échappées, de lourds secrets que dissimulait l’écrit ».

Un chapitre sur les femmes et la femme, celles qu’il n’a pu épouser, à travers les siècles, celles qui se sont mariées à un autre (très drôle).

Un autre chapitre aussi sur les livres lus dans l’indifférence générale, sauf pour lui :  » J’allais reprendre Bartleby l’écrivain au Centre National des Lettres au Rebut , à Libourne. (…) Je subis mon second échec,  et la presse oublia d’en parler. »

Cinquante-cinq pages surprenantes, mais un peu « éclatées », sans queue ni tête, il manque la locomotive à ces mots jetés en vrac. Je pense que la forme est voulue car le fond, concis, fouailleur est dit sans excès d’encre. Une belle plume, ironique et poétique.

Sur l’auteur, Delphine en a parlé ici.

Y’A PLUS DE SAISONS !

 

Depuis le 9 avril les clochettes du muguet fleurissent à tout va ! Ce matin j’ai ramassé le (presque) dernier bouquet, sniff… Aussi comme il n’y en aura plus pour le 1er mai, je me permets de vous en offrir quelques brins dès maintenant, sans l’odeur, c’est dommage et ainsi profiter de l’occasion pour nous remémorer sa signification dans de multiples domaines…

D’abord son nom : le nom scientifique le plus attribué reste convallaria majalis signifiant littéralement convallaire de mai, qui comme son nom l’indique pousse en mai dans les vallées et explique la traduction anglaise de lily of the valley car il est aussi nommé Lis des vallées, ce petit rhizome (originaire du Japon) qui aime à la fois l’ombre, le soleil et les sols humides. Mais quelles significations et symboles porte-t-il ? Je suis allée fouiller dans la vieille encyclopédie Quillet de la famille (j’y ai d’ailleurs trouvé un brin de muguet séché à 13 clochettes bien sûr si on veut qu’il porte bonheur jusqu’à l’année suivante….) et lu  ce que je savais déjà en partie mais je vous en livre quelques morceaux choisis.  Dans le langage des fleurs c’est « retour du bonheur », pour fêter ses treize ans de mariage, on offre du muguet. Très utilisé en parfumerie, il a fait le succès de Diorissimo de Dior en 1956. Les Celtes, pour qui il symbolisait le printemps lui attribuaient des vertus  porte-bonheur. En 1982, la Finlande en a fait sa fleur nationale. On dit d’un jeune homme (on disait…) affecté, maniéré et poseur qu’il est un « muguet », cela rejoint un peu le dandy de notre siècle. Mais il s’agit aussi d’une maladie très désagréable (je le sais, j’en ai eu petite), un genre de champignon qui dépose une couche blanchâtre sur la langue et les muqueuses en général, donnant à la salive une acidité très forte, quand on peut encore l’avaler ! (un anti-fongique en vient à bout). N’oublions pas non plus que le muguet est une plante toxique qui peut provoquer des arrêts cardiaques si elle est ingérée ; son action est proche de la digitaline (elle-même tirée de la digitale). L’Encyclopédie ayant été éditée en 1906, pour ce qui concerne la Fête du travail, Wikipédia et l’ Internaute étaient mieux informés pour ce qui va suivre…

LA FÊTE DU MUGUET ET LA FÊTE DU TRAVAIL :

Dès la Renaissance, Charles IX (le Charly Nine de Jean Teulé) en reçut le 1er mai 1561 comme porte-bonheur et décida alors, tous les ans, d’en offrir aux dames de sa cour. La tradition était née. La fleur est aussi celle des rencontres amoureuses. Longtemps en Europe, furent organisés des « bals du muguet » , seules occasions où les parents n’avaient pas leur mot à dire. Les jeunes filles se vêtaient de blanc et les jeunes hommes arboraient un brin de muguet à la boutonnière (que c’est mignon !!).

Le 1er mai mai 1886, à Chicago eurent lieu des émeutes sanglantes, les syndicats se battaient et réclamaient la journée de huit heures. Une grève suivie par 400 000 salariés paralysa de nombreuses usines ; le 4 mai une bombe fut jetée dans la foule faisant 10 morts dont 7 policiers. Cinq anarchistes seront condamnés à mort.

Le 20 juin 1889 : le Congrès de la IIème Internationale Socialiste, réuni à Paris pour le centenaire de la Révolution française décide de faire du 1er mai un jour de lutte à travers le monde avec pour objectif la journée de huit heures, en mémoire des émeutes de Chicago du 1er mai 1886.

Dès 1890, les manifestants arborent un triangle rouge symbolisant leur triple revendication : 8 heures de travail, 8 heures de sommeil et 8 heures de loisirs. Ce triangle est progressivement remplacé par une fleur rouge d’églantier jusqu’en 1907 où le muguet fait partiellement son retour.

Peu près 1932,  dans les rues de Nantes, on commence à voir des vendeurs de muguet (c’est la région qui fournit quand même les trois quarts de la France) avec l’instauration de la « Fête du lait de mai » par Aimé Delrue. (Il avance le muguet…)

Le 24 avril 1941, en pleine occupation allemande, le gouvernement de Vichy, voulant certainement rallier les ouvriers à sa cause, proclame officiellement la naissance de la Fête du Travail le 1er mai. Et en profite pour faire du muguet le symbole, remplaçant la feuille rouge d’églantier aux connotations trop socialistes…

En avril 1947, le gouvernement issu de la Libération reprend cette mesure en faisant du 1er mai un jour férié ET payé.

Aujourd’hui, la Fête du Travail est commémorée par un jour chômé dans la plupart des  pays européens, à l’exception de la Suisse et des pays-Bas. Quant à l’Angleterre (pour se distinguer !) elle a choisi le premier lundi de mai comme jour férié  (s’assurant ainsi un long week-end….).

Bon, je sais, je suis un peu en avance mais le muguet n’attend pas toujours le calendrier pour nous régaler de son parfum subtil (certains diront entêtant !) et de la joliesse de ses clochettes !!