Les embaumés

just dance infinite-paradox tumblrDans les pleins appuyés de nos jours où coule la source de nos plus belles amours, nous ne voyons pas l’ombre descendre. De l’autre côté de la chambre flotte les déliés de l’histoire, entièrement dévoués à nos corps-à-corps. Emplis de nos mains et de senteurs mauves qui montent de la mer, là, juste derrière la maison, après le sous-bois.

Je t’entends soupirer de plaisir dans le petit matin, après avoir moulu le café en grains et que s’élève dans la maison l’arôme bienveillant de la cafetière italienne qui chante sur la flamme de la gazinière.
En hâte, je remets mon jupon pour respirer l’air de l’aube et danser nu-pieds sur le sable encore humide de la marée montante. Au retour, je cueillerai des brins de lavande pour la jeter entre nos draps, pour t’en mettre une tige entre les dents et que tu me fasses ta « gueule d’amour ». Tu vas loucher et me faire rire. Et dans ton rire à toi, j’entendrai le soulagement des amants repus.

Debout, je regarde le scintillement complice et éphémère de l’océan. Je sais au plus loin de la mémoire de mon âme, qu’à ce bonheur d’être, de respirer en m’étirant comme le font les chats pour mieux sentir la vie me passer sous la peau, je sais que le chaos des ombres viendra trop vite refermer les portes frémissantes de ces jours intemporels. Celui qui abolit les soucis et n’a pas de génie dans sa manche. Celui qui fait des couches amies, des tombeaux froids et gris où nous reposerons comme d’impuissantes momies.
Je glisse ma main soudain glacée sur mon ventre encore tiède des murmures de la nuit et je savoure pleinement la douleur heureuse de la joie qui éclate en étoiles dans mes yeux. Je le sais, nous nous envolerons mon amour, dans le rire clair d’un soir d’été ou dans le mouchoir froissé des regrets…

logodesmotsunehistoireC’était ma participation à l’atelier d‘Olivia « Des mots, une histoire » n° 105 ; les mots à placer étaient : soulagement, soupirer, souci, bois, source, senteur, génie, cafetière, grain, arôme, lavande, mauve, embaumer, momie.

VERTIGE

gif vertige sewingscars tumblr comL’abîme la contemplait et sur les rebords ourlés des larmes de sa vie, le vertige la gagnait, glissant, soyeux comme les robes mousseuses des femmes vertueuses qui meurent, racornies de chagrin en attendant un homme qui ne revient jamais. Dans le geste ample et déplié d’un temps où elles n’ont été que filles avant que d’être vieilles. La peur sur le visage, masque voilé de deuil des attentes impossibles.

Les hasards des nuits de juin, sous les tilleuls des printemps passés n’avaient été que des préludes inachevés, lui gelant les mains, la précipitant un peu plus vers ce vertige sans nom. Elle ne serait jamais grosse. Son ventre ne portait pas les traces de plis, là où les enfants se sont nichés un jour. Le téléphone ne sonnait plus depuis longtemps.

Aujourd’hui elle était venue dire adieu à l’abîme qui la cernait de gris, elle ne rentrerait pas au chaud de sa maison. Les yeux fixés sur les collines à l’horizon, une dernière fois. Là-bas, il lui semblait que les héros n’étaient jamais fatigués, n’étaient jamais là non plus quand on avait besoin d’eux, occupés à trinquer à de nouveaux hasards. Les héros sont cruels quand ils s’en sont allés. Pour cet oubli que la neige recouvrait, pour ce silence insupportable, elle se laissait glisser dans le vide…

plumedesmotsunehistoire2C’était ma participation à « Des mots, une histoire », édition 85 de l’atelier d‘Olivia. Les mots imposés étaient : racornir, grosse, prélude, vertueux, hasard, dire, peur, ferronnerie, téléphone, tilleul, abîme, fils (fille), héros. Je n’ai pas utilisé ferronnerie, désolée !

Un rêve sage de Saturnales…

Dans la nuit de lundi à mardi, un rêve étrange a ensoleillé ma nuit. Je ne pouvais pas le garder pour moi d’autant que vous êtes nombreuses à y avoir figuré… Celles dont je connais le visage et celles que j’imagine… Nous étions une dizaine environ et sous la férule bienveillante d’Eiluned, nous venions de monter un club Jane Austen. Pour saluer l’évènement, voilà que nous décidâmes d’organiser une soirée costumée  XIXème siècle et ce, dans les règles de l’art… Lire la suite

LE BROUILLARD DES RETOURS…

En boitant, j’ai parcouru les cinq kilomètres depuis la gare, les pieds en sang et les jambes lourdes comme les pierres de granit noyées dans le brouillard du couchant. Le bébé pleure doucement contre mon ventre. J’essaie de ne pas glisser sur la mousse qui, comme les nids-de-poule, jalonne mon parcours. Les chiens, à l’entrée du village sont les mêmes que vingt ans plus tôt : toujours des bâtards à l’œil torve et jaune, la queue en panache ou entre les pattes, à l’image des hommes du coin ; d’un côté les actifs qui troussent de fausses vamps permanentées, de l’autre, les perclus de la prostate. Dans les deux cas, un filet de bave au coin des lèvres accompagne leur désir inassouvi, lorsqu’ils s’égayent sur les pelouses grasses et vertes de la zone pavillonnaire. Lire la suite