LES PLUMES 18, les textes du FEU !

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr comMalgré les agapes et autres contraintes familiales nombreuses en cette période, je remercie chaleureusement les participants qui ont eu le courage de faire un texte entre le foie gras et la dinde ! Il y a quand même quelques défections mais sachez que je ne vous en tiendrai pas rigueur*&lt:-P Fête, soirée, j’ai bien failli ne pas finir mon texte, vu les circonstances plus festives que studieuses …
Nous avons par ordre d’arrivée des liens les 13 textes suivants (dont le mien)

Nous avons par ordre d’arrivée des liens les 16 textes suivants (dont le mien) : Adrienne, Ghislaine, Nunzi, Janickmm, Célestine, Béatrice, Violette Dame Mauve, Mind The Gap, PatchCath, Soène, Valentyne. Pierrot Bâton. Cériat. Marie. Merquin.

Et mon texte ci-dessous (un peu long, certes… mais c’est la fin !)

Les mots imposés étaient : chaleur, soleil, jeu, âtre, glace, bois, passion, fascinant, brûler, enfer, flammes, purifier, braises, intense, syncopé, secousse, sable.

NOCTURNE SUR LA FALAISE
(Suite / 3) Cliquez sur les épisodes 1 et 2, si vous le souhaitez…allée enneigée this-infinite-paradox

Lina sursauta. Personne ne montait jamais jusqu’ici, même du temps où ses parents vivaient. La grande allée empierrée était à peine carrossable et seuls quelques musiciens inconscients, têtes brûlées au soleil de la passion et de l’amitié s’y étaient aventurés. Elle s’approcha doucement d’une fenêtre et essaya de voir l’intrus. Elle découvrit un homme encore jeune, au poil grisonnant qui semblait fourbu dans son manteau froissé. Fourbu et fascinant.

Méfiante, elle entrebâilla la porte et quand il plongea son regard d’ardoise , aussi gris que les ciels ennuagés qui courent au-dessus de la mer d’hiver, un trouble intense s’empara d’elle. Elle lui fit signe d’entrer. Ils n’avaient pas dit un mot. Mais leur regard de connivence, celui qui réunit les apatrides au seuil des mêmes frontières avait d’emblée su les apprivoiser l’un à l’autre, il venait de si loin que même le temps avait oublié … Quel était ce lien qui courait entre eux, de l’un à l’autre comme une cadence syncopée montée de sous les océans ? « Je m’appelle Gabriel, mais appelez moi Gaby » dit-il d’une voix cassée de fumeur. « Vous c’est Lina, je le sais… vous étiez petite la dernière fois que je suis venue. Aujourd’hui, je ne pouvais pas vous laisser seule. C’est Noël ! » Il se demanda si elle avait encore la notion du temps, la fixité de ses yeux appartenait à un autre monde pensa-t-il en la dévisageant. Lina, Lina-Lucia, elle lui ressemblait tant ! Pourtant un gouffre les séparait. Il tressaillit, une secousse venue de sa mémoire lui fit ouvrir grand ses yeux d’ardoise ennuagés. Lina n’était pas et ne serait jamais Lucia. Les serments cachés, brisés aux pieds des falaises se mêleraient à jamais aux varechs déposés par les marées, longs cheveux verts putrescibles qui tresseraient d’autres histoires sous-marines enfouies dans la chaleur amère des sables mouvants..

Cela faisait plusieurs nuits qu’il se cachait dans un accroc de la falaise pour l’écouter jouer et il avait entendu ou vu passer l’âme de Lucia dans les derniers accords du Nocturne, tant de passion éteinte qui renaissait soudain… Il s’assit au bord de l’âtre à côté d’elle, aimanté par son regard verdoyant perdu dans les flammes. Elle avait passé ses bras autour de ses genoux, comme pour se protéger d’un enfer invisible et commença à lui parler de l’accident, la voiture retrouvée là en bas sans les corps de ses parents : c’était l’été, à marée haute, on ne savait pas…Sa solitude qui avait suivi. Depuis, la vie avait cessé d’être un jeu perpétuel, elle attendait mais là aussi elle ne savait ni qui, ni quoi. Il lui prit la main et lui promit de l’aider, si elle le voulait. Il sentait la glace qui la barbelait, aura blanche et dure infranchissable mais il sentait aussi le feu qui brûlait dessous, prêt à lui rosir les joues comme la sève d’un matin de mai, laissant loin derrière ce triste décembre et les braises de bois gelé qui l’escortait.

Elle ne sut que répondre malgré le flot de mots brisant peu à peu le givre de son coeur en attente. Elle voulait le croire, elle voulait que ce soit encore Noël demain quand le jour se lèverait sur la plage de galets en contrebas, qu’elle puisse enfin s’y allonger, s’abandonner pour se purifier à l’eau d’un nouveau soupir, éblouie par l’étoile bleue, celle qui brillait dans  le gris de nuage des yeux de Gabriel. Pour oublier qu’un jour la mort avait vidé son sablier de cendres à ses pieds et l’avait violentée de son ombre hagarde…