La citation du jeudi avec Laurent Gaudé et LA PORTE DES ENFERS !

un cauchemar impalpable...

un cauchemar impalpable…

Voilà ça me reprend ma « Gaudémania » ! Il faut dire que ça faisait longtemps. Aussi, dès que j’ai eu tourné la dernière page de mon SP en cours, j’ai filé vers l’étagère Very Important Books de ma non-bibliothèque (oui c’est le bazar total) et comme par hasard, c’est La Porte des Enfers  qui m’a ouvert les bras. Commencé à 22 h hier soir, donc fin de journée, j’ai quand même lu jusqu’à minuit tant cet auteur sait s’y prendre avec moi (pas que moi, je sais) (c’est pour dire). Je ne peux résister à partager un petit paragraphe de la page 10 (quand je vous dis qu’un bon auteur doit savoir nous retenir dès le départ)…

« Je n’ai pas peur. Je reviens des Enfers.  Qu’y a-t-il à craindre de plus que cela ? La seule chose qui puisse venir à bout de moi, ce sont mes propres cauchemars. La nuit, tout se peuple à nouveau de cris de goules et de bruissements d’agonie. Je sens l’odeur nauséeuse du soufre. La forêt des âmes m’encercle. La nuit, je redeviens un enfant et je supplie le monde de ne pas m’avaler. La nuit, je tremble de tout mon corps et j’en appelle à mon père. Je crie, je renifle, je pleure. Les autres appellent cela cauchemar, mais je sais, moi, qu’il n’en est rien. Je n’aurais rien à craindre de rêves ou de visions. Je sais que tout cela est vrai. Je viens de là. Il n’y a pas de peur autre que celle-là en moi. Tant que je ne dors pas, je ne redoute rien. »

Inquiétant, fascinant et addictif…

La citation du jeudi c’est sur une idée de Chiffonnettelogo citation du jeudi

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LES HARMONIQUES de Marcus Malte

harmoniquesC’est ma troisième lecture de Marcus Malte que j’aime beaucoup. Un roman (classé dans Folio policier) « musical » comme son titre le laisse suggérer. Le rythme est beaucoup moins effréné que dans Garden of Love et pourtant je trouve cet opus beaucoup mieux maîtrisé. Du début à la fin, alors que dans Garden, on pourrait émettre l’objection d’une fin rapide par rapport à la frénésie du départ… Venons-en aux faits !

Cette lenteur sensuelle, jazzy laisse la part belle aux morceaux musicaux choisis, donnés en play-list par l’auteur juste avant de commencer le livre. Et c’est un petit plus pour qui aime la musique !

Mais que sont les « harmoniques » ?  « Les notes derrière les notes, dit Mister. Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais. »  (p. 323).

Mister est un homme  tendre, pianiste le soir dans un club de jazz parisien. Il a appris que Véra Nad , son « amie », est morte brûlée vive et que les deux présumés coupables sont passés aux aveux. Mais quelque chose le chiffonne, il en parle à Bob, son meilleur ami. Bob, la soixantaine bien entamée, ancien chauffeur de taxi parisien, qui roule toujours dans une antique 404 Peugeot, jonchée de cassettes des plus grands du jazz. Mister était amoureux de Véra, même s’il ne s’était encore rien passé entre eux, même s’il la connaissait mal, il lui reste le souvenir de leur complicité autour du piano quand elle venait l’écouter certains soirs de blues…

Mister et Bob commencent à enquêter, sans l’aide des flics, ils remontent la filière serbo-croate installée à Paris. Marcus Malte, à travers Mister nous brosse un portrait sanglant et sans complaisance de la guerre qui a ravagé l’ex-Yougoslavie dans les années 1990 et à laquelle beaucoup n’ont rien compris (moi la première)… Les enjeux n’étaient pas que l’épurement de la race : des puissances  occultes s’en sont mêlées, des personnalités de pouvoir (connues) attirées par l’odeur sans nom de l’argent :   » – Tout est possible dit l’homme, pourvu qu’on y mette le prix ! L’argent se fout des lois mathématiques. Dans notre monde, l’argent est au-dessus des lois. De toutes les lois. L’argent EST la loi !… » (p. 381). Certains passages font frémir car ils sont non seulement d’une réalité évidente mais absolument logiques et …crédibles ! Quel rapport avec la jolie Véra, croate, amoureuse de théâtre et qui posait nue pour un peintre serbe ?  Dans sa quête de vérité, Mister va en apprendre plus qu’il ne le cherchait au départ, bien loin au-delà de l’horreur et de la simple barbarie que l’homme sécrète comme un poison sans fin. Car Mister, lui à de l’oreille, il est capable d’entendre ces fameuses harmoniques, ces notes inaudibles et qui continuent bien après que la musique ait cessé…

Mais il y aussi de l’humour chez Marcus Malte et un chapitre avec un quiproquo désopilant. Mister travaille dans une boîte de jazz et le serveur est gay ! Renato est secrètement amoureux de Mister. Mais quand il croit que la réciproque est vraie, c’est à mourir de rire (p. 265 à 275 environ).
Et tous ces chapitres en italiques, qui portent un titre de standard musical où nous découvrons Véra, la Bosnie, les dessous de l’affaire et les liens qui la sous-tendent.
Mais aussi la révolte larvée de l’auteur face à cette boucherie sans nom qu’a été la guerre dans les Balkans :  » Parce que le monde savait. Le monde ne pouvait pas l’ignorer. Le monde observait et attendait parce que le monde est patient, le monde est diplomate. Pourquoi se précipiter ? Des usines de chaussures, des églises baroques : il n’y a plus d’urgence. Et bien sûr quand il est trop tard les commis du monde débarquent aux basques des barbares. » (p136).

Une ballade désabusée, qui ne finit pas spécialement bien où il n’est pas besoin de piocher des images de crimes dans les faits divers, pas seulement, il y a des guerres pour cela ! J’ai beaucoup aimé cette lecture. Et j’ai du mal à la classer en « polar » !

Je remercie Babélio et les Editions Folio de cet envoi, dans le cadre de la dernière Masse Critique.

Une participation au challenge Thriller/Polars  de Liliba, d’Anne, des Notes et des Mots, une pour Lystig  et « Vivent nos régions », avec Paris et la grande banlieue. Et j’avais oublié : pour celui de Laure « Challenge à tous prix« , puisqu’il a obtenu le Prix Mystère de la critique 2012 !!! Shame on me !

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