LES PLUMES 38 – LES TEXTES de l’Humeur du jour !

écritoire vanishingintoclouds(3)Voici les dernières Plumes de l’année 2014 qui offraient un choix de deux listes. Certains s’en sont donnés à coeur joie avec deux textes (on ne mégote pas en période de Noël, hum !)… La dernière collecte de l’année aura lieu le 29, ensuite pour 2015, je vous proposerai quelques modifications… En attendant, je vous souhaite un Joyeux Noël ! Du lundi 22 au lundi 29 je suis en pause familiale et noélesque !

J’accueille aujourd’hui une Sans Blog Fixe, Emilie, et je vous invite à lire son très beau poème après mon texte. Elle pourra bien sûr répondre aux commentaires qui lui seront adressés,  elle-même…dans les commentaires !

Par ordre d’arrivée des liens (comme je les ai rattrapés surtout) ont participé les rescapés des Fêtes, comme je les comprends, comme je comprends ceux qui n’ont pas participé, s’entend) ! :

Marraine Suisse (notre valeureuse doyenne !), Mariejo64, Marlaguette, Valentyne, Jacou33, PatchCath, Martine Littér’auteurs, Janick, Cériat, Jean-Charles, Martine27, Pascal Bléval (textes non publiés pour cause de déménagement, pas avant lundi) Dan Gazénia, Monesille. Kristel. Célestine (sur le fil,ouf !)… DimDamDom59 (samedi soir -sur la terre^^-)… Adrienne (mardi 23 au matin) et encore ICI (mercredi 24.12)

Et les deux listes qu’il fallait utiliser, au choix l’une ou l’autre, en mixant (comme l’a dit Philisine) l’une et l’autre, selon l’inspiration : pour ma part, j’ai utilisé la liste 1, agrémentée de huit mots de la liste 2.

LISTE N° 1 :  21 + 3 = 24 mots. (corrigé, je m’étais trompée).

Insomnie, torpeur, flocon, inéluctable, agapes, fuite, cheminée, démesure, verdâtre, orange, mantille, victoire, illumination, attente, invitation, emballer,  courage, chauffage, réussite, enfant, parole, quartier, quintessence, quelconque.

LISTE N°2 : 19 mots + 3 = 22 mots.

Fatigue, ronfler, étoile, cannibale, balthazar, réflexion, emballage, crainte, papillote, caraco, se réjouir, émerveillement, désir, étrennes, apaisement, inhalation, examen, maternité, mot, quartier, quintessence, quelconque.

L’ÉTOILE DE MARIANNEa étoile marianne

La pauvre Marianne était victime d’insomnies récurrentes en cette période pré-festive. Chaque matin, le lever se transformait en épreuve pour s’extraire de la chaleur des draps et il lui fallait oublier sa fatigue, s’oublier pour réveiller la maisonnée . Le petit dernier accroché à son sein avait pleuré une partie de la nuit et tétait avidement tel un cannibale ayant souffert d’une grève de la faim. Elle alluma la guirlande clignotante du sapin, aussitôt les premières notes de Jingle Bell s’élevèrent, rengaine usée qui ne la réjouissait plus. Elle remit une bûche dans la cheminée avant d’affronter la zone de combat qu’était devenue la cuisine. Elle commença par presser les oranges, croquant dans un quartier juteux au passage, l’oeil vide de ceux qui se sont résignés trop vite face à l’inéluctable monotonie de leur vie. Les maigres illuminations de la rue principale déposaient des taches tristement verdâtres sur les murs chaulés de la vieille maison rongée d’humidité. Le chauffage au bois ne suffisait pas et, depuis que son homme était parti sur une plate-forme pétrolière en Afrique, dans l’espoir de renflouer leurs maigres finances, elle manquait d’allant et de courage pour porter, seule, les  joies de la maternité. Elle se sentait petite, quelconque, pas à la hauteur.

Son aînée, Mathilde, pouce dans la bouche et doudou ventousé dans la main arriva en titubant et se jeta dans ses jupes. Dans l’attente d’un baiser. Jalouse du bébé qui venait juste de se rendormir. Marianne le déposa dans le couffin et prit Mathilde dans ses bras. Arriva Léo, le cadet, il  les rejoignit en sifflotant, essayant d’imiter son père ! Elle respira l’odeur douceâtre de leurs cheveux ; s’y mêlaient la senteur du shampoing à la pomme et les relents surets de la nuit. Elle leur prépara un chocolat en les écoutant babiller. Sa torpeur avait été de courte durée. Aujourd’hui, il lui fallait terminer le repas de Noël du lendemain, celui du réveillon de ce soir et habiller les enfants qui souhaitaient aller à la messe de minuit. Ils étaient en pleine crise mystique, elle ne voulait pas les contrarier avec son incroyance. Déjà que Mathilde lui posait des questions sournoises sur l’existence du Père Noël… elle voulait prolonger leur enfance.

Elle avala son thé aux épices de Noël et regarda enfin sa cuisine d’un oeil conquérant, un sourire au coin des lèvres. Il fallait épater sa belle-mère et elle allait faire ce qu’il fallait pour réussir des agapes inoubliables, dût-elle y passer la nuit ! Au point où elle en était… En levant la tête vers la fenêtre, elle vit quelques flocons tournoyer dans le ciel encore bleuté de nuit et cela lui procura un apaisement immédiat. Si seulement il pouvait neiger au point de bloquer les routes, que sa belle-mère ne se sente pas obligée de leur tenir compagnie. Chaque fois,  elle tordait le nez à chaque bouchée comme si on l’empoisonnait,  complimentait du bout des lèvres, du bout du coeur qu’elle avait sec !  Tout en lui coupant la parole, ne tolérant aucune excuse, aucune justification. Un dragon, la quintessence du cliché de la belle-mère. Marianne frissonna à l’idée de lui ressembler un jour.

Pendant qu’elle pétrissait ses pâtes à gâteaux, des étoiles tardive brillaient faiblement entre les flocons. Elle y vit comme un signe. Inexplicable, dénué de superstition. Juste un signe, une invitation au rêve qui la désertait depuis les naissances rapprochées des enfants. Depuis que la femme s’effaçait derrière la mère et suscitait des interrogations qui la culpabilisaient autant qu’elles la déprimaient. Pourquoi cette démesure entre les espoirs adolescents et la réalité adulte ? Pourquoi envisageait-elle toujours une ligne de fuite alors qu’elle n’aurait dû penser qu’à sa chance ! ? Elle tourna la tête vers ses enfants assis sagement à la table de la salle à manger, ils dessinaient l’histoire d’un dragon nommé Balthazar en chuchotant des secrets qu’elle ne devait pas entendre. Son coeur se gonfla de joie, comment pouvait-elle douter ? Elle ne trouverait jamais de mots à poser sur ce bonheur, elle n’en chercherait pas non plus. C’était une évidence, l’amour passerait avant la réussite même s’il y avait des sacrifices à faire. Pour la troisième année consécutive, elle cuirait certainement trop son chapon au goût de belle-maman, la bûche serait trop sèche mais rien ne rivaliserait avec sa plus belle victoire : ses enfants ! Elle se rappela in extremis qu’elle avait aussi des derniers cadeaux à emballer . L’instant guimauve s’achevait, les tâches qui l’attendaient ne lui semblaient plus insurmontables.

Quand on sonna à la porte, le 25 décembre, Marianne avait passé une petite robe noire simple et élégante, les cheveux relevés en chignon. Ni caraco sophistiqué, ni mantille hispanisante, elle avait souligné ses yeux bleus d’un trait de khôl, la maison étincelait. « Regarde qui je t’amène ? » gloussa la douairière ! Derrière elle, son homme, les bras chargés de cadeaux la mangeait du regard. Elle repensa à l’étoile…

©Asphodèle – 19 décembre 2014 –

TEXTE D’Emilie :

NOËLfeu gif vanishingintoclouds

 Peut-être est-ce à cause de l’humidité,
 Le bois peine à prendre dans la cheminée.
Retenus dans l’attente d’une invitation,
Les flocons restent en suspension.
Quand je m’attarde devant l’âtre,
 Je rêve de neige pour emballer mon ennui.
Mais je ne vois que le sol verdâtre
D’herbe épuisée par le vent et la pluie.

Peut-être est-ce à cause de ces insomnies,
 Les journées courtes frôlent l’infini.
Retenu par les illuminations,
 L’éclat électrique trompe mes frustrations.
A l’heure de la nuit qui appelle la fuite,
 Dans une torpeur sourde, je m’enfonce,
A l’heure où seuls les souffles s’ébruitent,
 Résonne l’oubli dans lequel je fonce.

  Peut-être  à cause d’un courage incertain,
 Les verres se videront sans quitter ma main.
Retenus par les taches sur la nappe,
 Les sourires forcés digèreront vite les agapes.
Des chants de joie dans les cahiers,
Des autos en feu dans les quartiers,
Ou comment la quintessence de Noël
Met des sens étranges en éveil.

 Peut-être est-ce un sort inéluctable,
 Déguisé par des paroles douces et affables :
Retenues jusqu’alors par une quelconque blessure,
 Les bêtes lâchées feront dans la démesure.
Car quand un enfant rêve d’une orange,
 Et d’un peu de chauffage ce soir,
Un autre rêve de réussite, de libre-échange
 Et ne se bat que pour la victoire.

 ©Emilie BERD 18/12/14

Je n’ai pas utilisé mantille.

LES PLUMES 13 – Les textes à la Dérive !

la photo vient le lylouanne.tumblr.com Je vous invite vraiment à le visiter ainsi que son blog, vous serez bien reçus !

la photo vient le lylouanne.tumblr.com Je vous invite vraiment à le visiter ainsi que son blog, vous serez bien reçus !

Comme certains le savent, notre ami Mind The Gap et sa Douce ont fait un petit stop-over dans ma campagne, pour reprendre de l’essence mais surtout pour que nous passions deux jours ensemble pour faire connaissance IRL ! Nous discutons depuis deux ans et demi par mail, ce n’est pas rien ! Je vous en parlerai dès  que je pourrai…Je n’ai pas pu faire de texte cette semaine, pas seulement parce que Mind  était là. J’avais même commencé un texte et puis,  ma marraine est entrée jeudi en soins palliatifs ; cette dernière étape dont on connaît l’issue m’ôte toute envie d’écrire , vous m’excuserez…

Tout d’abord merci à vous pour la qualité des textes pour Mystère, que j’ai trouvée supérieure à d’habitude (quand c’est bien, il faut le souligner aussi^^). Voici les 30 participants par ordre d’arrivée des liens : Adrienne, Marlaguette, T. , CélestineSoène, Mon Café Lectures, PatchCath, Dame Mauve, MélanieGhislaine, Béatrice, SYL. ( Le retour !!! :D), Solange, Valentyne, Hurluberlu, La Plume et la Page, Pierrot Bâton, , Jean-Charles, Plaisir des mots, Merquin, Yentl, Sharon, Eeguab-Modrone, Cériat, Nunzi, Fabienne. Pivoine. Et Sable du temps que j’ai omise, avec toutes mes excuses encore une fois ! En retard mais présentes : L’Or Rouge et Coccinelle !

Les 20 mots imposés étaient : espérer, flotter, perdition, cap, sillage, bouteille, iceberg, vent, déambuler, bateau, continent, flots, amiral, génétique, sentiments, débarquer, faille, myrte, malhabile, muraille.

LES PLUMES 7 – Les textes pour ATTENTE, en quatrièmes de couverture !

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr comEt voilà, la dernière session des Plumes avant l’été s’achève, mardi retour chez Olivia pour Des mots, une histoire ! Merci à tous de votre participation fidèle ou ponctuelle !

Voyons ce que donnent ces 23  quatrièmes de couverture !!! Par ordre d’arrivée des liens, nous avons : Sharon, Violette Dame Mauve, Nunzi, Pierrot Bâton, Oncle Dan, Valentyne, Gwen, Brize, Jean-Charles, Solange, Modrone-Eeguab, Cériat, PatchCath, La Plumedilettante, Wens, Soène, La Plume et la Page Adrienne, Mon café lecture. ClaudiaLucia, Lilousoleil, Et Célestine !

Et ci-dessous la couverture et…sa quatrième !

années 30 femme surréaliste

Photo de Heinz Hajek Halk, trouvée ICI

 Une salle d’attente froide et impersonnelle. Le Docteur S. n’a pas une minute à perdre et n’écoute pas les frustrations de ses patientes. Ni leurs désirs les plus secrets. Ces dernières défilent dans son cabinet, l’angoisse au ventre, une liste de questions sans réponses au bord des lèvres et les tympans vrillés par la sonnerie du téléphone qui n’arrête pas de sonner. Aucune ne peut avoir d’enfant et le Docteur S. est leur dernier espoir.
Entre patience et impatience, Louise, jeune infirmière, s’infiltre dans cette clientèle de luxe pour savoir ce que deviennent les embryons morts-nés des prostituées qui composent une grande partie de la clientèle.
Dans ce gigantesque pandémonium aux ramifications insoupçonnées, Louise, jamais déçue et opiniâtre, ne se laisse pas déstabiliser à la première gifle. C’est au galop qu’elle mène l’enquête. Peu à peu, la stupeur cède le pas à la colère mais d’autres sentiments la feront bifurquer. Une jolie balade dans le Paris interlope des années 30 et une tension psychologique qui tourne parfois au cauchemar.  Et si le point de départ n’était pas celui qu’on pense ? (181 mots)

LES PLUMES à thème 5 – ESPACE – Les textes !

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr comPour cette dernière session des Plumes des vacances de février, voici les participants, par ordre d’arrivée des liens : Sharon, Nunzi, Violette Dame Mauve, Soène, Marlaguette, Olivia, Ghislaine, Valentyne, Laure, Mon Café Lecture, Adrienne (Bienvenue !),  Célestine, Pierrot BâtonGwen, Solange, Oncle Dan, PatchCathCériat, Eeguab-Modrone. Catherine , Coralie .

EDIT de 9h35 : @ Ghislaine, Oncle Dan : vos liens ne fonctionnent pas et je n’ai pas l’URL de vos blogs, merci de bien vouloir me laisser les BONS liens !!! Ahem ! Ne pas me laisser les liens courts WP TANT que votre texte N’EST PAS publié !!!!! EDIT DE 11 h42 : liens réparés mais que je ne vous y reprenne pas !!! 😆

Les mots à placer sont : liberté, fusée, nature, étoile, respiration, steppe, vital, étendue, océan, voiture, majestueux, claustrophobie, galaxie, infini, atmosphère, cosmos, évidemment, euphorie, éclipser.

Et mon texte ci-dessous

LE TEMPS D’UN OUBLI…

fairy-tales memories tublr jeune fille en fleur

À l’heure où les étoiles s’éclipsent, dissoutes dans l’océan des galaxies, j’entends au loin la respiration de l’aube souffler un vent de liberté sur les toits de ma ville. Les pavés scintillent à cette heure matinale où l’agitation n’a pas commencé. J’ouvre la fenêtre pour chasser l’étrange claustrophobie dont je souffre, je regarde mon voisin démarrer son antique voiture électrique et j’écoute. Non pas le chant des oiseaux dans la nature mais quelque chose qui ressemble au bruit des cataractes, ou à celui d’une météorite s’écrasant sur les steppes de l’Oural. Évidemment. Une fusée qui décolle. Depuis que les États ont aboli les frontières, toutes les frontières, l’humain a perdu ses repères, son individualité et gagné un exil fait de rêves brisés.

La musique est interdite, elle pollue l’atmosphère aux dires des dirigeants dont on ne connaît plus les visages. L’ivresse aussi est bannie. Nous allons chercher nos rations alimentaires et nos boissons, sans sucres, sans alcool dans des maisons spécialisées, en échange d’un travail d’intérêt général. Les banques ont fermé, l’argent dort dans des coffres rouillés et il paraît que les vieux billets de jadis tombent en poussière. Plus de handicapés ou de malades mentaux. Ils sont déportés dans l’espace, on ne les revoit jamais. Les voies du cosmos sont impénétrables .

Même le besoin vital d’enterrer nos morts a disparu de nos mémoires, les crematorium flambent en permanence et demandent beaucoup de main-d’oeuvre. Le droit de vie nous est accordé jusqu’à cinquante ans. J’ai encore trente ans avant que l’on m’injecte le sérum létal.

Mais en ce matin…en ce matin majestueux qui enveloppe de glace les vieux arbres faméliques, malgré le comprimé bleu destiné à blanchir mon cerveau de toute émotion, je sens l’infini des bonheurs d’antan remuer dans mon ventre rond. J’ai failli au programme. Je suis déjà clandestine, je vais rejoindre les Disparus et donner une chance à mon enfant de rebâtir un monde à hauteur d’âme ; là-bas dans des forêts étendues aux confins de la planète, on casse les moules qui nous oppressent. Bien sûr que je risque ma vie mais après tout, que vaut-elle vraiment ?

En attendant la navette fantôme qui doit me faire disparaître, je lis un livre de Marcel Proust échappé aux autodafés,  un livre qui date d’il y a cinq siècles je crois, et les mots qui dansent devant mes yeux font remonter en moi ce sentiment perdu, ce vertige grisant qui s’appelait euphorie….

LES PLUMES à thème 4 – PASSION – Les TEXTES !

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr comVoici les 27 participants (moi comprise^^), par ordre d’arrivée des liens : Violette Dame Mauve, Marlaguette, Carrie K., Soène, Gwen, Nunzi, Valentyne, Mind The Gap, Solange, Merquin, Olivia, Célestine, Eeguab-Modrone, Lucie38,  LaureJean-Charles, Jeanne (le retour^^), Coralie, Oncle Dan, Cériat, Lilou Soleil, Pierrot Bâton et Mon Café Lecture (à partir de midi). Patchcath et Sharon
Et Catherine, en retardataire ! Et LA PLUME ET LA PAGE, ce dimanche 03/03/21013.

Les mots imposés sont : obsession, fruit, calvaire, égarement, film, érotique, feu, intense, gouffre, fusionnel, folie, rouge, vertige, fulgurance, dément, délicatement, danser.

Et mon texte ci-dessousciel avion marie-france aced via l'internaute

UNE TRAÎNÉE BLANCHE DANS LE CIEL

C’est à la fin du jour qu’elle m’avait donné rendez-vous à la terrasse d’un café dans un village perdu. Je la regardais avancer, droite et élancée, elle traversait la place de son pas ample et lent. À contre-jour, je ne distinguais que les contours de cette silhouette fragile que je n’avais pas revue depuis quinze ans.  Comment survit-on à quinze ans d’oubli, de solitude et de néant ?

Je repensais à son visage d’alors, décliné à l’infini sur les couvertures de papier glacé des magazines du monde entier. Nous nous retrouvions sur les vols de ma compagnie aérienne . Après avoir signé des autographes, serré des mains avec un sourire imperturbable, elle me rejoignait dans la cabine de pilotage. Son regard intense couleur d’eau pâle, subtilement turquoise lui amenait des contrats mirobolants. Jusqu’au jour où…

Je sortis des brumes du passé, elle était là devant moi. Ses cheveux dansaient en boucles de feu dans l’or du soir ; elle m’embrassa, me serrant les bras comme si elle venait de trouver enfin un appui, une consolation. Le temps l’avait à peine effleurée, des petites griffures ensoleillaient son beau visage mais je ne retrouvai pas la fougue, l’élan qui donnaient à ses gestes une allure délicatement fantasque.

Un silence préoccupé s’installa un court instant, nous nous observions, intimidés  et malgré nous distancés par le gouffre de ces quinze dernières années. Je me sentis dément à rester là sans rien dire, le coeur fourbu par l’obsession que j’avais d’elle. Cette folie qui me renversait chaque fois que son souvenir emplissait l’espace. J’étais à terre depuis sa disparition. Avait-elle tourné ce film érotique que personne n’avait jamais vu ? Moment d’égarement ou salissure volontaire de jaloux ? Elle n’avait pas supporté la tache et la calomnie.

Par-dessus la table, ses yeux me suppliaient de commencer. Elle commanda deux boissons chaudes sans me demander mon avis en jetant un regard furtif aux deux hommes en noir qui venaient de s’accouder au zinc.

Elle finit par me dire d’une voix légèrement fêlée qu’elle n’avait revu personne depuis…vraiment personne. Ses mots vinrent mourir au bord du fruit ourlé de ses lèvres et une fulgurance douloureuse raviva enfin les battements de mon coeur arrêté. En un instant, nous retrouvâmes notre complicité fusionnelle, nos mains mêlées qui jouaient avec les mots que nous ne disions pas. Je sentis le délicieux vertige qui m’attirait vers son visage, comme un aimant, je ne voulais pas que cela s’arrête. L’abîme avec elle ressemblait à l’éternité. Et je voulais tomber dans ses bras, la garder contre moi, que jamais plus ne reviennent ces années perdues.

Soudain, je la sentis mollir, les hommes au bar sortirent, écrasant leurs mégots à même le sol. Une tache rouge s’élargissait sur la corolle blanche de son chemisier ; elle eut juste le temps de me dire : »Sauve-toi, ce n’était pas une bonne idée ».

Je n’ai pas pu me sauver ni la sauver. Et lui survivre est mon chemin de croix, un calvaire solitaire croisé chaque matin sur le bord des routes où je jette en passant un bouquet de fleurs des champs. Je gueule parfois mais ne me revient en écho que l’implacable silence des tombes.

Je suis un vieil homme aujourd’hui. Les avions décollent sans moi depuis longtemps mais j’aime à croire, quand passe un sillon blanc dans le ciel que c’est elle qui file ainsi au vent du temps, étoile perdue au firmament,  son immense regard d’opale éclairant mon crépuscule que je contemple avec les yeux rougis de l’automne…

Les Plumes à thème n°2 avec le mot passage – Les textes !

LOGO PLUMES2, lylouanne tumblr comBravo aux courageux qui ont réussi à écrire un texte en cette période ralentie par le réveillon et par Noël ! Par ordre d’arrivée des liens, les participants sont : Violette Dame Mauve, Pierrot Bâton, Nunzi, Marlaguette, Sharon, Valentyne, Laure, Solange, PatchCathJean-Charles, Eeguab-Modrone, CériatMon Café Lecture, SoèneMerquin, Lucie, Célestine, AvalonCatherine,  mon texte à la suite… Lire la suite

LES PLUMES DE L’ÉTÉ 5 – Les textes des mots en E !

 A droite, le logorallye DE 32 OCTOBRE  qui a rouvert son blog depuis deux jours (on l’applaudit siouplaît !) et qui récapitule les mots à placer aujourd’hui.

Voici les textes des participants aux mots en E (par ordre d’arrivée des liens) :

 Ella, Gwenaëlle,  George, Amélie, Julia Heim, 32 Octobre Clara, Jean-Charles (Ah ! Tu n’es plus tout seul dans ton harem !^^), Julia, Leiloona , Jul., Eiluned, Zoé (qui prend le train en route et ce texte en D devrait être suivi du E !), Plume (nouvelle également), La Roulure , (nouvelle, ami(e) de Julia Heim), Polipoterne (nouveau, toujours Julia Heim !).  Miss So (nouvelle) Jeneen et sa fille, ClaudiaLucia, Olivia. Je mets les liens des blogs de Coumarine (qui est en pause), Célestine et ses deux textes (il y a des gourmandes !), Valerie K (pas de texte en E mais le D est toujours en place)  ! Ainsi que celui de notre Syl. aventureuse et romanesque dont le texte paraîtra ce week-end ! Waouh ), cela fait 25 textes ! A vos lunettes ! On me signale un nouvel arrivant, Nat, ici et Suzame qui a laissé son lien ce soir !

 Ci-dessous comme d’habitude, mon texte, et celui de Valentyne . Lire la suite

LES PLUMES DE L’ÉTÉ 3 – Les Textes en C !

Parce qu’une personne chère à mon coeur est actuellement en soins intensifs depuis jeudi, je vous prie de m’excuser de n’avoir pu écrire un texte cette semaine, un billet paraîtra lundi matin pour la collecte des mots en D, le billet récapitulatif paraîtra mardi matin. Mais rien ne vous empêche de récolter les mots vous-mêmes, si vous souhaitez vous avancer ; mardi matin sera une confirmation ! En espérant que je n’ai pas à mettre mon blog en pause. Excusez-moi si je suis plus absente de vos blogs, mais j’irais lire tous vos textes, ils m’aident beaucoup à tenir, quand je rentre le soir…ou que je ne suis pas à l’hôpital.

Voici les textes ou les liens y menant, pour cette semaine des mots en C .

Les mots à placer étaient : carotte – cercle -chili ou Chili – castor – cage – camomille – caravane – casserole – chronique – carnaval – charivari – caravelle – chavirer – chocolat.

Ont participé (par ordre d’arrivée des liens) : Clara , Suzame , Olivia, Célestine , Jean-Charles , Amélie , Syl. , Coumarine, Ella,  une nouvelle venue, Gwenaëlle et peut-être Eiluned , Jul dont je n’ai pas reçu les liens mais qui devaient participer. Quant à Aimelyne et sa saga sur le peuple des Estiviens, c’est publié depuis le 18 août ! Ci-dessous, les textes de Valentyne et de  32 Octobre.

Valentyne et la suite des aventures d’Isabelle, la ponette, en Martinique. Texte précédent:

Après la journée passée à Balata, Isabelle et Josée les ponettes, aspirent à un peu plus de calme.

Petit déjeuner de carottes, et de christophines arrosée d’une tisane de camomille pour l’une, et feuille de cresson et chicorée pour l’autre.

Le petit déjeuner en compagnie de la famille O’Gaby est bien tranquille, toutes proportions gardées bien sûr. Les trois chatons avalent leur lait à toute vitesse : lait au curcuma pour l’un, au curry pour le deuxième, le troisième a choisi lait au chocolat, les parents ont pris lait au chili et café.

« Il est temps de trouver une activité pour la journée » s’écrie Scarlett en voyant O’Berlioz faire chavirer son bol de lait ; O’Buro lui vient de tomber dans la casserole en voulant lécher les dernières gouttes de lait.

« Aujourd’hui c’est carnaval » répond O’Gaby. « Partons tous ensemble à la presqu’île de la Caravelle où est organisé le vidé des animaux ».

« Un carnaval des animaux, chouette » s’exclame Josée « mais nous ne sommes pas déguisées ».

« Ce n’est pas grave, nous trouverons un déguisement en route ».

« Vous verrez l’ambiance est formidable ! Aujourd’hui,  plus de rancœur ou de colère, tout le monde est ami » renchérit O’ Gaby en regardant Tigoua l’agouti avec un sourire charmeur qui découvre bien ses canines.

Tigoua qui venait à peine de sortir de la sacoche d’Isabelle, se recache bien vite.

« Commençons notre première leçon de créole, les ponettes dit Scarlett pour détourner l’attention :  « Chyen pa ka fè chat » Répétez après moi les filles. « Chyen pa ka fè chat ».

A votre avis que cela veut-il dire ?

« Les chiens ne font pas des chats ? » tente Isabelle.

« Oui Bravo Isabelle ».

Soudain, Josée entend quelqu’un qui pleure doucement. Toute la petite caravane s’arrête et cherche qui gémit ainsi si tristement. C’est finalement O’Balai, le petit chat qui trouve d’où vient le bruit. Derrière une feuille de carambolier, une petite chenille verte, orange et noire pleure.

« Pourquoi pleures-tu petite chenille et comment t’appelles-tu ? » demande Isabelle.

« Je m’appelle Lexomille la chenille et je pleure parce que je suis trop petite pour aller au carnaval : je suis bien déguisée mais personne ne me voit ,  je mesure à peine 5 centimètres ».

« Viens avec nous Lexomille », j’ai une idée la console Scarlett.

Et le petit cortège repart cahin-caha. Arrivés à la presqu’île, les autres animaux sont déjà là et le défilé commence : le premier char est celui des mariages burlesques : la carpe et le lapin, la cigale et la fourmi, le cabri et le castor, le capricorne et le crabe, Compère Lapin et Zamba la chèvre.

Chaque animal a choisi un instrument et s’en donne à cœur joie : calebasse pour les uns, conque ou  coquillages, grosse caisse en noix de coco……. Les poissons « cha cha » et chirurgiens forment un cercle en dansant un zouk avec Chatrou la pieuvre.

« Quel Charivari les enfants » s’enthousiasme O’Gaby : « Répétez avec moi en chantant : le charivari, le charivari, le charivari, le chavariri, le chavarivi. Tout le monde chante en chœur et le chat rit ravi.

Isabelle et Josée, avec leur collier de bananes  autour du cou, rient aussi.

A ce moment elles voient arriver le deuxième char où Scarlett a installé Lexomille la chenille de cinq centimètres : elle l’a installée dans un coquillage et a déposé par dessus un fond de bouteille qui fait loupe. On la croirait en cage cette petite chenille mais celle-ci est plus que contente d’être la reine de la fête : la loupe a doublé sa taille et Scarlett a eu la bonne idée d’entourer la chenille par des colibris eux aussi riquiqui, ainsi Lexomille ne fait plus du tout petite.

« Quelle belle journée et quel beau défilé », conclut Isabelle : il faudra que j’en parle dans ma chronique de « L’Écho de l’Écurie » quand je rentrerais de voyage.

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LE TEXTE DE 32 OCTOBRE : suite de « Les jardins de l’anagramme » dont vous pouvez voir le 1er épisode ici et le second .

Nous avions laissé Bouquin, à la fois lièvre blanc et drôle de chenapan en train de prendre son bain de soleil sur la desserte faite des blanches mains de celui que j’ai l’honneur d’être, moi, Corentin. Tout cela se passait dans les jardins célèbres de l’Anagramme.

Donc, comme j’ai l’avantage de vous le dire, moi, Corentin, je passe toujours autant de temps dans mon jardin, m’occupant de mes tomates et carottes, de mes poireaux et céleris, enfin de mon jardin potager.

Bien sûr, toujours lié à mon amour du jardin, j’ai une autre passion, les cucurbitacées.

D’ailleurs, je suis le président depuis peu du « Cercle des courges et Cie »

Lors de la clôture de la dernière assemblée générale, j’ai mis à l’honneur les produits des jardins des adhérents et de mon jardin. j’ai convié à cette manifestation Monsieur le Maire, avec qui je m’étais réconcilié (voir le 1er épisode conté), suite à mon petit chantage qui a mis à mal notre amitié assez longtemps. Après les délibérations et autres formalités, il nous fut servi, contre une modeste contribution, un chili con carne dont je n’ose vous parler : un vrai chef d’œuvre culinaire. Des oignons, des poivrons rouges, des poivrons verts, de l’ail, du cumin, de l’origan et surtout deux cuillères à café de chili en poudre. Ce savant mélange a été ajouté aux haricots rouges, à la viande hachée et aux tomates. Puis cinq heures aux fourneaux pour de nombreux bénévoles qui régalèrent une centaine de convives.

J’avais demandé à Charlotte, rappelez-vous l’affriolante infirmière, de m’y accompagner. Elle était devenue ma compagne quelque temps après mon hospitalisation et surtout après la fin de son aventure avec Monsieur le Maire. Je lui avais donné un surnom, Castor, en raison de son amour immodéré pour l’œuvre de l’auteur du Deuxième sexe, Simone de Beauvoir.

J’adore me montrer avec Charlotte. Elle n’est pas du genre à rester en cage d’ailleurs. Elle apprécie quand nous sortons. Cinéma, théâtre, petit resto, tout la ravit.

Rester savourer le temps qui passe à deux lui va aussi bien.

Notre cérémonial du soir, quelle que soit la saison : une camomille pour moi, et pour elle, un mélange  parfumé de thés noirs de Chine, la Caravane russe de la célèbre marque Twinings.

 J’ai oublié de vous préciser que Charlotte a de lointaines origines russes et connaît sur le bout des doigts l’histoire de ce thé. Paraît-il, il devrait sa saveur à son transport par caravane de chameaux à travers ce pays qui l’a toujours passionné. C’était avant l’ouverture du Canal de Suez en 1869. Elle aime tous ces détails. Je m’emploie à la distraire avec ce genre de petites informations.

 Elle utilise toujours la même casserole bleue pour faire frémir l’eau destinée à son breuvage.

Je pourrais écrire une chronique sur Charlotte et le thé, Charlotte et sa théière bleue. Mais promis, je ne tomberais pas dans la parodie des Martine de notre enfance.

D’ailleurs j’ai commencé à prendre un certain nombre de notes car elle me surprend de jour en jour. Tout l’amuse, rien ne la chagrine. Un de mes prochains travaux programmés sera de faire un album souvenir en scrapbooking de nos voyages.

Je note, je note, j’ai si peur d’oublier.

Si nous avions le temps, je vous ferais voir quelques photos que je me suis amusé à prendre et que je conserve précieusement.

Ses yeux brillent toujours comme lors de notre dernier voyage, en Italie lors du Carnaval de Venise. (ne pas oublier que je dois envoyer quelques photos de nos hôtes masqués le plus rapidement possible. Nous sommes revenus depuis déjà dix jours)

Là, elle parade en Bavière. Elle avait emprunté une robe traditionnelle sur laquelle elle posa un charivari. Elle se fit si charmante que le dit charivari, cette sorte de guirlande rapportée comme un trophée, lui fut offert et il trône maintenant dans l’entrée de notre demeure.

Encore une photo, la dernière, je vous promets, celle que je préfère. Charlotte posant devant une Caravelle rouge, datant de 1958, l’année de sa naissance.

 Charlotte me fait chavirer le cœur tout autant qu’un carré de chocolat au beurre salé. Je craque pour eux ! Je craque !!!

32 Octobre