LES PLUMES 23 – Les textes pour Là-bas ! Rappel des dates du jeudi-poésie !

écritoire vanishingintoclouds(3)Avant de vous présenter les participants, je vous rappelle qu’Olivia n’est pas en vacances, donc lundi prochain, ça se passe chez elle ! Par ailleurs, j’en profite pour dire aux poètes du jeudi que le prochain jeudi-poésie est bien le JEUDI 6 MARS !  Même avec deux calendriers,  j’ai failli me perdre !

Et voici, par ordre d’arrivée des liens, les 26 participants à cette vingt-troisième session des Plumes  :

Mon Café Lecture, Nunzi, Sharon, Dame Mauve, Laurent Fuchs, Mind The Gap, Marlaguette, Jacou33, Pascalbleval (Bienvenue ici!), Soène Kirkimalatross (Bienvenue également), DimDamDom59, PatchCath,    Adrienne, Célestine, Coccinelle, Cériat, les sœurs Momo et Evalire, Biancats , Merquin, Ballatore Cléo (Bienvenue au club).  Claudialucia, Dan GazéniaMiss Néfer (en retardataire^^)Mon texte ci-dessous.

Les mots à placer étaient : Inconnu, nostalgie, rivages, différence, dépaysement, horizon, recommencer, mutation, ailleurs, lointain, voyage, insouciance, oublier, découverte, chimérique, aventure, distance, soleil, ici, asphalte, abandon, améthyste.

Un rien refait le printemps …fleurs bleues mains infinite-paradox

Dans la ville où je passais, je suis entrée dans un square en bord de Seine et j’ai assisté malgré moi au rendez-vous des folies humaines qui se croisent sans se voir, se parlent sans s’écouter mais entendent dans le lointain, assourdies, des rumeurs de voyages impossibles qui les feraient recommencer, inlassables au point zéro de l’existence. Elles se répondent dans le vide comme des échos en partance résonnant sur le bitume.

Certains croient encore, pauvres diables, que partir plus loin effacera les dettes tenaces du chagrin, celles qui les condamnent à rester à quai, ici et jamais ailleurs.
D’autres s’accrochent à l’espoir d’une mutation qui transformerait leur vie en aventure  extraordinaire, dans une routine sacrifiée au Dieu Dollar, rêvant de toujours plus pour sublimer une vie de conte de fées avant que les comptes ne soient défaits.

J’ai croisé aussi cette femme, au teint plus mat, elle semblait en errance, en proie à une angoisse trop forte pour être due au dépaysement. Un fichu noir sur ses cheveux déjà striés de fils blancs, elle marmonnait des mots sans suite, des mots caillouteux qui roulaient dans ses yeux le triste exil des enfants perdus. Elle ne pouvait oublier son village aux murs blanchis de chaux et battus de soleil ; à l’heure plus fraîche où les vieilles femmes en deuil sortent leur chaise sur le trottoir pour parler des enfants partis au-delà des mers, parfois au-delà d’eux-mêmes. Eux ne reviendront plus et saccagent la vie de leurs mères éplorées seules sur des quais de gare aux odeurs soufrées d’abandon.

Alors que l’asphalte craquait de fatigue sous les derniers gels de l’hiver à la lumière des réverbères amers,  pendant que la femme au fichu noir s’éloignait pour rejoindre ses espoirs chimériques, je suis montée en haut de la ville sur une Butte célèbre côtoyée par des peintres. J’ai regardé les vagues que faisaient les toits gris de Paris, serrés les uns contre les autres, frileux et étriqués. Ce n’était pas la mer que je voyais là, pas de cargos qui s’enfonçaient dans le lointain avec dans leur sillage les parfums d’épices et de découvertes qui montent de la cale. L’iode me manquait.

Et c’est là dans cette nuit suintant la nostalgie, sans que je m’y attende j’ai vu l’amour se lever à l’horizon incertain, comme une aube se défait de ses derniers voiles améthystes, impudique et pourtant secrète, comme le baiser tiède que l’inconnu a laissé dans mon cou bleui par les hivers solitaires et sur mes yeux rougis d’automnes silencieux. J’ai vu son ombre s’éployer à distance des étoiles mourantes, j’ai reconnu le sel volatil se poser sur ma peau, j’ai senti battre mon cœur, prêt pour un nouveau matin, loin des folies qui passent dans les nuits blanches des villes. J’ai palpé l’insouciance qui courait dans mes veines et fourmillait dans mes jambes pour me convaincre que le printemps demain s’étendrait de tout son long sur le rivage qui borde ma maison. Au milieu du vent et des tempêtes, je reconnaitrais jusqu’aux murmures de ses soupirs tant ils éveillent en moi des sensations irremplaçables et vertigineuses. Encore un printemps, avait dit le médecin, il avait raison, le mimosa m’attendait penché sur des parterres de fleurs à peine sorties de terre…fleurs rouges infnite-paradox