LES PLUMES DE L’ETE 7 – Les textes en G !

Et voici les participants à cette septième et avant-dernière session des Plumes ! Plus que les H et les Plumes se terminent, je vous en reparle lundi dans la Collecte des mots en H.

Antiblues, Amélie, Aymeline,  Bettina, dont le texte figure aussi ici, après le mien : sa programmation n’ayant pas fonctionné samedi matin, j’ai récupéré son poème-fable mais il est visible sur son site, si vous cliquez sur son prénom), Célestine, Clara,  Claudialucia32 Octobre, EilunedElla,  George, Jean-Charles,  Jeanne ,Mahie in the sky Manuel,  Miss A.,  Miss So, Océane, Plume, Rêvanescence,   et Zoë ! D’autres, chanceuses, sont en vacances ! Et Pierrot Bâton qui est venue s’ajouter dans la journée (bienvenue !).

Les 22 mots à placer sur le logorallye ci-dessous, concocté avec soin par 32 Octobre ! Pour 22 textes à lire pour l’instant. Décidément, ce chiffre me poursuit !

Mon texte ci-dessous :

LETTRE A HORTENSE…

 Depuis que tu es partie, j’ai le ventre qui couine en permanence. Je ne mange plus. Oh ! non, je ne veux pas mourir, rassures-toi, j’oublie seulement qu’un homme de mon gabarit doit se nourrir. J’attends que le givre qui gèle mes lèvres et clôt mes yeux fonde peu à peu ; j’attends la douceur d’un été gourmand où je reprendrais à nouveau des baisers au dessert.

Certains jours, je me vomis quand j’aperçois, au détour d’un miroir, l’ombre grotesque que je suis devenue, déambulant tel un zombi dans cet espace insensé qui t’a contenue si longtemps. Même Fédor, le chien, ne cesse de gémir devant la porte de notre chambre et ne va plus gambader dans la prairie. Alors je chausse les vieux godillots que tu contournais avec un certain mépris et je sors sous la pluie, laissant mes souvenirs entamer leur course furieuse  en essayant de comprendre pourquoi tu as fait gambit avec mon amour-propre … Je ne suis qu’un gland, un pauvre gland tombé de son chêne, empêtré dans un galimatias de pensées nauséeuses, où les certitudes absurdes côtoient les illusions incertaines…

Où est donc le cheval au galop que tu enfourchais sans vergogne pour nos galipettes psychédéliques ? Je n’étais donc qu’un jouet sexuel entre tes mains ? Un objet du désir sacrifié sur l’autel de ton ambition ? L’heure est grave. Je m’en grille une autre, tant pis ! Tu vois, j’avais pourtant pris de bonnes habitudes avec toi : je ne fumais plus dans la chambre, je n’ajoutais plus de clous de girofle dans ta purée, je me lavais les dents et les pieds avant de rejoindre notre couche parfumée de stupre où ton jeu de jambes me faisait défaillir, tel un gallinacé heureux d’honorer sa pou…pardon, j’allais dire une bêtise, enfin tu vois l’image ! Non ? Ce que tu peux être snob par moments ma pauvre Hortense ! Tant qu’on y est, autant que je te dise ce que j’ai sur l’estomac,  déjà dissous par l’effervescence des comprimés que j’avale sans compter. J’ai toujours assuré au plume pourtant, j’étais ton grillon d’amour tu me disais. Sûr que je ne laissais pas mon cric au garage, j’étais jamais en panne ! Ah ah ! Je te fais rire hein ? Non ? C’est vrai j’y pense, tu trouvais mon humour potache…comment déjà ? « Aussi léger qu’une gargouille de Notre-Dame »…

Depuis que t’as pondu un livre, faut dire que tu te la pètes un chouilla. T’as juste été conviée à deux petits salons en province, t’as jacté une heure dans une émission tard la nuit sur Radio Limougeot et tu parles déjà de tes prochaines vacances à Ibiza. T’as aussi choisi le carrelage de ta future maison y paraît ! Même que tu pestes toujours après l’imprimeur pour qu’il n’oublie pas de sortir tes œuvres avec la police Garamond. Comme si ça changeait quelque chose aux conneries d’oiselle que t’écris. Vous les femmes, finalement vous faites du fric depuis que vous nous les coupez à chaque retour de clavier. Allez, j’vais pas jouer sur ton terrain et continuer à entortiller mes mots dans d’la soie, vu qu’j’ai compris que t’étais juste un bon coup de plus dans ma vie. C’est nos tours de reins le matin qui me manquent.  Bon vent… et… si t’es célèbre un jour, dédicace-moi un bouquin , j’le lirai aux chiottes en attrapant des cals dans la main. Ce sera ma p’tite gloriole personnelle.

 Ton beauf stylé, ton giraumon incomparable et inégalable.

Marcel.

P.S. :Hein que tu m’regrettes ?

La photo vient de

LE TEXTE DE BETTINA

Le godillot abandonné

Un godillot d’un bon gabarit,
Marchait seul sur une route.
Il avait l’air grave d’un mari
Qui cherche sa femme,
Et ne la trouve.

Il avait, en effet, depuis le matin
Perdu sa moitié.
Sa situation était grotesque,
Et bien loin de gambader,
De feindre des galops,
D’effrayer, au passage,
Quelque gallinacé,
Il sautait sur un seul pied,
Et gémissait en marmonnant
Un inaudible galimatias.
Quand il écrasa
Un malheureux grillon qui passait,
Sa tristesse s’accrut
A la pensée des galipettes
Que le grillon ne ferait jamais plus ;

Alors,
Comme l’homme qu’il chaussait
Etait gourmand,
Le godillot se rendit
Dans une auberge toute proche,
La Gargouille,
Avec son maître,
Pour se consoler, se restaurer,
Et tenter de retrouver
Celle qu’il avait cherchée,
Depuis un jour entier.
Ils prirent renseignements,
Mais le bougnat n’avait rien vu.
On servit au maître du godillot
Une tranche d’épaule d’agneau
Aux clous de girofles
Qui grillait au feu de bois,
Tandis qu’une purée de giraumon et de pois
Fumait déjà dans son assiette.
Il n’en laissa pas une miette.
Au dessert,
Un citron givré fit l’affaire.
L’auberge avait bonne réputation
Mais pas de quoi en faire une gloriole

Notre godillot,
Bien loin de jouer le gambit du roi,
Ou de faire le mariole,
Sortit bientôt du restaurant
Afin de poursuivre sa quête,
Toujours en claudiquant.
Il reconnut
Qu’il s’était comporté comme un gland,
Le matin, avec sa tendre et chère.
Il l’avait insultée,
Traitée de « pied »,
Et depuis,
Elle s’en était allée
Sans un mot, sans se retourner.

 Il fallait maintenant la retrouver,
Et platement s’excuser de l’injure,
Sous peine de rester célibataire
Des nuits entières,
De rester au garage,
Et de finir verni
A la déchèterie.

Il en était là de ses tristes cogitations
Quand, au bout de la rue,
Apparut une jeune femme
Qui sautait à cloche-pied
comme son maître.

− « Gare à mon  cuir », se dit-il,
« C’est elle ! »

Moralité
Tout est bien qui finit bien, pour cette fois.
Femme insultée
Revient parfois,
Mais pas toujours…
C’est ça l’amour.

Bettina