LES PLUMES 47 – Les textes nous font leur chabada !

Logo Plumes aspho 4 ème tiré du tumblr vanishingintocloudsJ’ai voulu coupler mon texte avec les consignes données par Monesille (ICI) qui détenait les clés de l’agenda ironique ce mois-ci, consignes  qui demandaient de faire parler un animal observant les humains fêter le bout de l’An (hi han) tout en essayant de percer le secret de l’herbe d’Or… Inutile de vous dire que j’ai eu du mal…et je vous ai ressorti Hortense et Marcel, mon couple « épistolaire ». Pour ceux qui seraient intéressés, deux lettres ICI ET LA, d’il y a bien longtemps…Je pense que ça ne sera pas pire que mon loong texte d’aujourd’hui ! Vous ne m’y reprendrez plus !

Les chats-badeurs de Noël sont arrivés comme les rois mages, un par un par trois (se sont multipliés) et par  ordre d’arrivée des liens, nous avons 26 participants (moi incluse):

Arieste-Aymeline (une revenante^^ !), Thiébault de Saint-Amand, Marina Chili (ex Violette Dame Mauve), DomicanoSoène, Ecri’Turbulente (Martine), Patchcath, Pascal Bléval, Jacou, Monesille, Carnets paresseux, EmilieBerd, Ghislaine53,Valentyne, Cériat, Modrone, Martine27, MarieJo64, Mart, Célestine, Nunzi. Bizak. Janickmm. Eva and family. Adrienne (en retard mais là !^^).

BATIFOLER DANS L’HERBE  D’OR ?a plage dunes herbes OléronDans la ville fantôme réanimée par les lumières de Noël, Hortense arpentait les rues tristes, croisait des gens frileux malgré la clémence exceptionnelle de ce printemps venu s’installer en hiver comme  dernier espoir d’une douceur de vivre en perdition et au grand dam des climatologues. Elle sortait d’un cinéma désert où se jouait un navet qui n’avait de nom que la comédie romantique qu’il prétendait être. Elle avait soigneusement englouti un paquet de guimauves pour être au diapason de l’histoire d’amour navrante  (et pour ne pas énerver les rares voisins en faisant crunch-crunch avec ses Smarties préférés). Est-ce ainsi que les hommes reprennent courage ? En avalant du mièvre à la louche pour colmater les béances de leurs vies ? Les classiques chansons de Noël  ne parvenaient pas à la consoler ou à l’habiter de cet « esprit de Noël » vanté aussi bien par les nouveaux troubadours que par les mousquetaires-vampires des grands-messes commerciales. La magie devait être ailleurs (comme la vérité). Pour éloigner ses névroses noëlliennes, il devait l’auréoler de grâce au plus vite. Ses éditrices, Monesille de Bas-Résille et Martine de Taurus Ailé attendaient son roman avant la fin du mois et elle n’avait toujours pas percé les secrets de l’herbe d’or, incontournable fil rouge du livre. Les deux dames, fort aimables au demeurant gardaient les sourcils arqués (et la bouche en cul-de-poule) dès qu’elle leur parlait d’inspiration en berne. À bon entendeur…

Appeler Marcel ou lui écrire ? C’était lui laisser penser qu’elle ranimait une liaison anecdotique et accidentogène qui ne lui disait rien qui vaille. Pourtant, ce  demeuré était capable de fulgurances propres à lui redonner souffle quand sa spasmophilie la faisait ressembler à un carpeau hors de l’eau.

Elle en était là de ses réflexions, les yeux rivés à une vitrine Natures & Recouvertes lorsqu’ un bourdonnement strident lui vrilla les tympans ! Une énorme abeille montait et descendait au-dessus de  sa main. Elle esquissa un mouvement de recul, ça pique ces bêtes là et réalisa qu’en décembre… une abeille ? Hein ? Mais que se passait-il. Elle marmonna pour elle même : « mais qu’est-ce qu’elle fait là l’abeille, la veille de Noël ? » et… hoooo…étaient-ce encore ses acouphènes, elle l’entendit zézayer :

– Ze fais l’animazion de zette boutique, ze dois donner envie de manzer du miel d’or aux pazzants pour leur faire dizérer leurs exzès dizproporzionnés » … Quoi ? Une abeille qui parle ! Hortense pensa immédiatement à un gadget en 3D concocté par la marque à la Pomme et fabriqué en Chine mais un mot tilta dans son esprit pas tout à fait éteint. Sans espérer obtenir de réponse (assez  proche du baragouinage) elle essaya malgré tout :

– Dis moi, pour obtenir ce miel d’or, tu  butines où ?

– Sur l’herbe d’or des prairies qui longent la mer, vous appelez ça des plages vous les humains .

– Mais il n’y a pas d’herbe sur les plages !!!

– Bzzz….C’est bien ce que je pensais. Va donc acheter un pot de miel et nous en reparlerons, si je suis encore là…

– Hey l’abeille, je te vois venir avec tes essuie-glaces de bagnard et ton balai de sorcière ! Tu ne vezounes plus en me parlant et maintenant tu me pousses à la consommation ? C’est quoi cette arnaque ?

– Que tu crois femme naïve qui vit dans le paraître et l’avoir, que tu crois ! Sais-tu seulement ce que c’est être et ne rien posséder ? Être riche de l’invisible ? Non bien sûr. Je t’en bouche un coin ? Alors ne me crois pas et laisse ce miel, d’autres sauront l’apprécier.

Hortense se dépêcha d’aller acheter un pot d’un kilo qu’on refusa de lui faire payer (cadeau exceptionnel de la maison), prit sa voiture et fila droit vers la mer, enfin droit… Arrivée sur la côte d’Opale, la bien nommée, elle ouvrit le pot et en avala deux cuillérées. Cette saveur fondante … Jamais elle n’avait goûté quelque chose d’aussi exceptionnel. Soudain le sable de la plage émit un long murmure et de fines tiges fragiles semblables au blé en herbe frémirent sous la brise océane. La mer grise de décembre virait au bleu et à l’horizon se profilaient des navires aux flancs lourds, les cales  pleines de rêves parfumés.

Elle reprit du miel et une envie folle de danser là, face à la mer, les pieds nus s’empara d’elle. Elle ne sentait que le sable, alors que l’herbe à présent était en fleurs, un tapis d’or ondulait à l’infini…

Elle ne le vit pas arriver, les bras ouverts il lui souriait et l’invitait à danser. « Marcel ! » « Mais comment… ?! » Il ne dit rien, l’enlaça tendrement et son baiser alluma trente-six chandelles dans son ventre. C’est alors que l’herbe disparut, une bise fraîche lui glaça le cou et les vagues s’écrasèrent méchamment sur la grève . L’herbe avait disparu. Elle se détacha de Marcel et aboya : « Mais qu’as-tu fait encore, tête de bouc ? »

– Tu ne croyais tout de même pas que j’allais te laisser manger ce miel toute seule. Je veux le fabriquer et devenir riche !

– Mais tu n’as rien compris, triple buse ?

– Compris quoi ? 

– Rien…tu ne comprendras jamais rien…Ce qui a de la valeur ne s’achète pas, ne se vend pas. Tu viens de ruiner ma magie de Noël, disparais avant que je ne t’étrangle et te donne en pâture aux poissons !

Elle retourna à sa voiture, remit le contact. L’éteignit. Elle vit des maisons au loin, derrière les dunes, les premières lumières s’allumaient. Et si elle restait ici terminer son livre ? Elle savait à présent qu’il existait des failles derrière les nuages du temps dans lesquelles il faisait bon se glisser et que le miel n’y était pour rien. A défaut d’esprit de Noël, elle avait trouvé l’illustration pour la couverture de son livre. Restait à trouver un peintre, ce ne serait pas Marcel !a abeilles fleur d'or©Asphodèle – 18 décembre 2015.

Les mots à placer étaient : espoir, guimauve, comédie, musique, plage, liaison, mièvre, baragouinage, égalité, classique, chanson, inspiration, essuie-glace (facultatif, balai, navet, roman, abracadabrantesque (facultatif), louche, amoureux, batifoler.