LES PLUMES 22 – Les textes de l’ENNUI !

écritoire vanishingintoclouds(2)J’espère que vous ne vous êtes pas ennuyés à écrire votre texte malgré certains mots qui n’ouvraient pas franchement l’appétit… C’est ça les artistes : ils doivent s’adapter à n’importe quelle situation !

Par ordre d’arrivée des liens, plus ou moins, j’ai suivi comme j’ai pu, nous avons les 31 participants suivants (moi comprise) :

Marlaguette, Philisine Cave, Laurent Fuchs, Adrienne, Nunzi, MonCaféLecture, Ghislaine, Célestine, Dame Mauve, Marie, Pierrot Bâton, Soène, Janick, Jacou (qui a ouvert son blog, youhou^^), Claudialucia, PatchCath, Coccinelle, Brize, Biancats, Miss Nefer, Cériat, Gwendoline (Bienvenue^^), Evalire et sa soeur Momo. Ethunelle. Jean-Charles. SaraLaura qui nous vient d’Espagne, bienvenida ! Modrone-Eeguab-Eedualc ! Et Dan Gazénia, ce dimanche ! Mais aussi DimDamDom59 !

Je n’ai vraiment pas eu le temps de faire une suite à mon « histoire », j’ai écrit ce texte hier seulement, dans l’urgence, aussi je demande votre indulgence.

Les 24 mots à placer étaient : Projet, dimanche, emmerdement, penser, intimité, hésiter, oppresser, pluie, savoir, morosité, panne, créatif, silence, bâiller, fatigue, mourir, soupir, ralenti, routine, figé, vide, whisky, xyste, zigzaguer.

SOUS LES XYSTES DU TEMPSrouge gorge dans la neige beauty perfection of life sur fb

Le passage du temps se mesurait aux années perdues qu’elle avait vécues en pointillés, au ralenti, figée dans une bulle de savon qui refusait d’éclater. Ballottée de dimanches maussades, sans projets d’avenir en lundis sanglotants sur l’absence d’une épaule évanouie, d’un verre de whisky à moitié plein qui traînait sur la table basse. Et cette écharpe grise embaumée de tiédeur, accrochée au dos d’une chaise qui bâillait déjà de savoir qu’elle ne servirait plus.

Un matin d’hiver, un matin de plus un matin de moins, les ailes gonflées de givre, un rouge-gorge, un tout petit oiseau vint cogner son bec affamé contre la bulle, en crevant les parois oppressantes qui lui enserraient l’âme. Elle s’était ouverte d’un coup, comme une fleur déployant sa corolle écarlate encore tachée du sang de ses blessures. Elle-même étonnée de revoir le printemps avant l’heure, de sentir la morosité s’envoler comme un charme mauvais. Elle remercia l’oiseau-messager qui zigzaguait sur la neige en picorant le pain émietté, insensible au ciel qui ressemblait soudain à un morceau de panne de velours, zébré de mauve améthyste et déroulant des fils de soie qui sentaient le lilas. Parce qu’à vingt ans, comme dans la chanson, « elle voulait s’en aller du temps qu’elle était belle, qu’on ne la voit jamais fanée sous sa dentelle »*. Les printemps n’avaient pas tous verdoyé. Les étés non plus, ceux où la fatigue avait remplacé la passion qui fait flamber les corps des amants. Et toutes ces routines auxquelles elle avait survécu, n’hésitant pas à se faire mal pour éviter la médiocrité qui remplace l’amour, à la longue.

L’oiseau était reparti depuis longtemps d’un coup d’aile malicieux. Je regarde cette jeune fille devenue grande un matin d’hiver. A quoi ont-ils servi tous ces pleurs venus des profondeurs d’un chagrin sans cesse renouvelé ? Je suis la seule à le savoir. Mes yeux ont chassé la pluie dans l’intimité des soupirs qui meurent en silence, laissant enfin le coeur battre à l’amble d’un temps retrouvé, le temps qu’il reste à venir…

©Asphodèle

* tirée d’une chanson de Barbara « Le temps du Lilas ».