LES PLUMES 21, les textes en TRANSPARENCE !

écritoire vanishingintoclouds(3)Et voici les 31 textes  inspirés par les mots pour Transparence ! Par ordre d’arrivée des liens, nous avons les plumitifs suivants  : (Jacou et moi incluses)

Violette dame mauve, Valentyne, Marlaguette, Philisine Cave, Cériat, Ghislaine, Janick, Solange, Brize, Olivia, Biancat, Miss Nefer, Soène, Pierrot Bâton, Nunzi, Wens, Jean-Charles, L’Or rouge, Momo (la soeur d’Evalire) (bienvenue Momo !), Evalire, Claudialucia. Mon CaféLecture. Marie. Célestine. Patchcath. Bizak (en retard). Coccinelle (en retard également)…. et Jobougon, ce dimanche ! Dimdamdom que j’ajoute ce lundi mais qui était très en retard !

Les 27 mots imposés étaient  : invisible, fantôme, innocence, introuvable, voile, dentelle, brouillard, psyché, honnête, insignifiante, dessous, eau, politique, nudité, diaphane, visible, cristal, blog, lumière, lagon, briller, vérité, fantaisie, traverser, vagabonder, vapeur, vin.

Je ne m’étais pas rendu compte qu’il y en avait 27, j’étais vraiment à l’ouest lundi car passé 25 mots, vous auriez pu en laisser deux de côté… En ce qui me concerne, je n’ai pas utilisé blog, incongru dans mon histoire qui se déroule dans les années 50…de l’autre siècle !^^

Ci-dessous, après mon texte, celui de Jacou (suite de La Leçon d’équitation, texte « coquin » chez Olivia), intitulé TANAGRA. Mon texte est une suite à celui de la semaine dernière, ICI. Un autre « fragment » de cette histoire qui commence à prendre consistance…

A PERDRE LA RAISONcheval noir dans neige nature-and-culture

En cet hiver 1954, le froid faisait des ravages. Il tuait la misère à même le trottoir dans l’indifférence générale sous la pâle lumière des aubes transies. On en parlerait bien des années plus tard dans un film où l’Abbé Pierre en serait le héros. Mais Anastasia était bien loin de ces considérations. L’épouse du maire, une femme aussi honnête qu’insignifiante l’avait recueillie chez elle par charité chrétienne. Même si cela n’entrait pas dans la politique de son mari… Malgré la chaleur dispensée par les cheminées allumées dans chaque pièce de la maison, la jeune fille qui avait arpenté la ville et visité tous les maréchaux-ferrants de la région à la recherche de Diego avait pris froid.  La fièvre la consumait. La tête renversée sur l’oreiller, quelque mèches blondes lui collaient au visage. Assise près du lit, la femme du maire ne pouvait s’empêcher d’observer cette jeune fille étrange et solitaire qui ne parlait jamais d’elle.

Ses yeux de crépuscule étaient comme des fentes entrouvertes sur les ombres mouvantes peuplant une trop longue solitude ; les doigts de cristal gelé de la mort caressaient son âme dans le brouillard de la fièvre. Laisser vagabonder ses rêves dans les fils de soie du voile transparent qu’elle brodait en secret, dire aux mirages ivres de mensonges d’aller voir ailleurs si elle y était. Laisser s’échapper la dentelle des cerfs-volants qu’elle entrevoyait dans la brume invisible au-dessus des montagnes. Dans son délire, elle croyait nager dessous les eaux, avec des poissons bleus comme les lagons des mers du Sud. Elle voulait être un coquillage, ressembler à la vague vêtue de satin blanc et s’enrouler comme une algue ensorcelante autour du corps de Diego. Repousser le froid vertige des abîmes, retrouver la mer, les rivages diaphanes aux ciels infinis, traversés d’oiseaux aux longues ailes et voler plus haut que les nuages dans l’innocence d’un ciel de printemps. Vivre enfin ses vingt ans qui passaient dans la nuit, sans dire un mot, sans un baiser à retenir, sans souvenirs pour demain. Un froid de verre brisé lui transperçait le ventre. Le vin coulait à flots à la table de ses noces, elle n’était pas à la table, elle n’était nulle part. Elle entendait les vieux du campement dire qu’elle était introuvable. Alors qu’elle était là, dans une roulotte voisine, devant sa psyché, tournoyant avant de passer sa robe immaculée, ajustant la couronne de fleurs posée sur son voile, troublée par sa propre nudité. La cruauté de son rêve voulait que sa peau translucide se transformât en marbre froid, inexpressif ; une petite voix lui criait de demander la vérité, rien que la vérité ! Mais quand la saurait-elle ? Si seulement Izia était encore de ce monde, elle aurait su elle ce qu’elle pouvait faire pour retrouver Diego et lui demander si elle devait continuer à l’attendre, à le chercher dans les vapeurs salées de ses larmes. N’était-il pas devenu un fantôme, une idée qu’elle se faisait de l’amour ? Et si ce n’était pas lui dont le Livre parlait ?

Ses paupières étaient lourdes, elle entendait la voix inquiète du médecin mandé par celle qui la veillait . « Ce n’est pas la grippe », dit-il. Elle ne voulait pas se réveiller, dût-elle en perdre la raison. Non, ce n’était pas la grippe mais la malemort qui venait la chercher. Une dernière flambée de haine pour les montagnes givrées de blanc brillant sous la lune pleine et généreuse la fit hoqueter. Hagarde, elle s’assit dans le lit, le regard bien au-dessus de ceux qui l’entouraient et elle sut que demain, elle reprendrait pied avec le visible. La réalité l’attendait, la vie et ses galops la porterait vers le sud, vers la lumière, avec ou sans Diego…

©Asphodèle

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TANAGRA

« Mon coeur de pigeon, ma meringue, je te mange, je te mange. » Picorant des baisers sur la peau de mon enfant, installés dans le moelleux des coussins de dentelle de mon lit, je ne me lassais pas de lui murmurer à l’oreille des mots tendres. Mon fils babillait, répondant à mes mots, mes faiblesses; sourire ravi, montrant ses jolies quenottes, tandis que je lui murmurais ces folies. « Mon sucre d’orge, mon bouton de rose, je te croque, je te croque. »
« Cessez de roucouler Béatrice. C’est d’un ridicule ! »
Mon mari apparaissait, parfois, nous assénant quelques phrases de ce genre. Puis disparaissait aussitôt, être insignifiant.
Notre bavardage, un instant interrompu, reprenait de plus belle, tendre complicité ponctuée d’éclats de rire et de gazouillis prometteurs et pleins d’innocence.
J’aimais ces instants. Il y avait aussi ceux du bain. Pour rien au monde, je n’aurais confié ce rituel à quelqu’un d’autre. Je contemplais mon angelot, tout droit sorti d’un tableau de Botticelli, jouant avec les bulles de savon, qui éclataient, arcs en ciel crépitant entre ses doigts impatients. Nous laissions l’eau retomber en cascade de gouttelettes, reflétant la lumière des miroirs. Je lui disais mille et un contes, l’histoire de ce papillon dormant dans ses boucles, qu’un battement d’ailes avait poudrées d’or, l’aventure de la libellule venue se mirer dans le lagon de ses yeux, les soupirs du bouton de rose, jaloux de sa jolie bouche.
Ma belle-mère avait surpris ces ébats. Derrière cet éternel brouillard de sévérité, j’avais eu le temps d’apercevoir, dans ses yeux, une lueur câline.
Celle-ci, habituée au règne sans partage, avait tenté de m’imposer sa politique. Devenue grand-mère, une trêve tacite s’était installée.
Mon fantôme de mari semblait s’être plié à cette règle.
Pour être honnête, je n’avais pas beaucoup pensé à Rodolphe de puis la naissance de Julien.
Sa présence commençait à me manquer. Je savais qu’il avait une compagne. J’avais hâte de la connaître.
Cette rencontre arriva plus vite que prévu, les affaires de mon oncle l’obligeant à s’absenter quelques temps, hors du pays. Je découvris une jolie personne, ravissante Tanagra. Nous sympathisâmes, attirée de façon réciproque. Julien lui fit la cour. Elle y répondit, charmante.
Nous nous quittâmes, promettant de nous revoir très bientôt.
Ce soir-là, j’eus envie de mon corps. Nue devant ma psyché, je me contemplais. C’était la première fois, depuis mes couches. Je le caressais, retrouvant ses creux, ses renflements, aucune vergeture ne défigurait mon ventre. Je m’habillais, faisant glisser sur ma peau ces dessous soyeux. Je frissonnais, délicieux désirs que je croyais oubliés.
Au cours d’une promenade avec Blog, mon chien, nous nous vîmes. Il aboya, lui faisant fête. Elle comprit, amusée, pourquoi un tel nom. Ses aboiements ne ressemblaient en rien à des « Wouaf-wouaf » ordinaires. L’entendant , la première fois, j’avais choisi, pour le nommer, cette onomatopée de ce son introuvable chez ses congénères.
Je la suivis dans son appartement. Elle me reçut dans un boudoir, sofas recouverts d’amples châles damassés ; murs tapissés de romans étrangers, objets exotiques rappelant ses origines, culture riche de ses différences et de ses mystères. Nous bavardâmes comme si nous nous connaissions depuis toujours. Elle portait une robe d’intérieur, soierie incrustée de précieuses broderies, rehaussant son teint diaphane. Je tendis la main vers ces splendeurs. Elle la saisit au passage. Sa peau si douce me fit penser à la soie de son vêtement. Je retirais ma main. Il fallait que je parte retrouver Julien.
Nous devions nous revoir le lendemain. Je restais longtemps avec Julien, prolongeant le plaisir de sa présence, de tous ces petits moments de partage, rien qu’à nous. Plus que jamais, j’aimais mon fils, je le lui disais, l’embrassant avec fougue, l’écoutant me raconter des merveilles. Je sentais vibrer en moi ces fils invisibles ; mon trésor, mon chef d’œuvre !
Le lendemain, j’arrivais chez elle. Elle m’apparut, miniature fragile ; ses yeux brillaient du plaisir de me revoir. Dans le boudoir, sur une table basse, elle avait disposé des pâtisseries, loukoums fondant comme un baiser, savoureuses cornes de gazelle, royauté des zlabias, vapeur mentholée du thé brûlant s’échappant de la théière des Mille et Une Nuits.
A la vérité, je mangeais peu, envahie d’une émotion, que je croyais due à contempler ce décor, dans lequel je me sentais si bien. N’arrivant à se poser nulle part, mon esprit vagabondait, le charme étrange de mon hôtesse, ce confort diablement sensuel, cette chaleur qui commençait à me troubler…Ariane se pencha vers moi, m’offrant un gâteau. Son déshabillé glissa, dévoilant dans leurs nudités, deux petits seins, sculptés magnifiquement. Je m’en emparais, nos bouches se trouvèrent, nos mains s’égarèrent à la découverte de nos corps.
Nous nous retrouvâmes enlacées, radieuses. Sa main caressait mes cheveux en désordre. Je me rhabillais. Il fallait que je parte.
Je trouvais Julien sur les genoux de ma belle-mère. Je m’aperçus qu’elle portait un chemisier en voile, mon fils très occupé à essayer d’attraper les cristaux qui le décoraient. Son père, à quatre pattes devant lui, émettait des « mêêê, mêêê », ce qui lui convenait fort bien.
« Vous êtes en beauté, belle-maman, ce soir. »
« Julien m’a éclaboussée, en prenant son bain, dit-elle, riant. C’est le corsage que je portais pour mes fiançailles. Et il me va encore. »
« Il vous va même très bien, belle-maman. »
« Béatrice, appelez-moi Renée. »
« Je vais me changer pour le dîner, belle-ma…Renée. »
Le dîner se passa comme un enchantement. Renée avait sacrifié une excellente bouteille de vin, de sa cave. Le repas était délicieux. « Nous avons une nouvelle cuisinière ? » questionnais-je.
« Non, j’ai eu envie de nouveauté, ce soir. »
« Vous avez eu raison. C’est délicieux. » Les émotions de l’après-midi m’avaient donnée de l’appétit.
Je montais me coucher, choisissant une tenue de nuit, style bergère, espérant que mon mouton de mari ne se ferait pas trop attendre. Je l’entendis traverser le couloir et frapper à ma porte. En fait de mouton, ce fut un bélier qui entra dans mon lit.
J’aurais préféré plus de tendresse et d’émoi, mais mon mari n’avait aucune fantaisie pour ces choses-là, comme pour bien d’autres, d’ailleurs.

Le lendemain, il était convenu avec Ariane d’aller faire une balade à cheval. Je lui confiais mes secrets, mes apprentissages avec Rodolphe. Elle m’écouta passionnément. Nous savions ce que nous voulions. Revivre les beaux moments de la veille, les embellir encore.
Nous nous reconnûmes, retrouvant les gestes, en inventant de nouveaux, toujours mêlant nos corps que nul voile n’entravait.
Le temps passait ; Rodolphe devint notre complice. Il était visible qu’il était enchanté de ce qui nous arrivait.
Mon fils grandissait. Je lui appris à monter à cheval. Et pour le reste, mon intuition maternelle avait compris, qu’il ne ressemblait pas à son père.

©Jacou