Tant qu’il restera un seul mot à écrire…

Les mots et les livres ne sont-ils pas ce qu’il reste de notre capacité de penser, de nous émouvoir quand le monde autour de nous s’écroule ? Ne sont-ils pas cette fenêtre sur laquelle vient souffler le vent de l’espoir, du « tout est possible » ? Parce qu’on peut les brûler, les jeter, les noyer, il en naîtra d’autres, il en restera toujours  quelque part malgré les cataclysmes ou les autodafés. Eux seuls ont eu le pouvoir de nous aider, pauvres humains, à nous « civiliser », à comprendre l’Histoire et la nôtre, à n’être pas demeurés un petit grain de sable inconsistant et vide sur la grande roue du temps.

Parce qu’un livre sera toujours la nourriture fondamentale à la croissance d’un esprit sain. Dès que nous avons ingéré l’alphabet, que de possibilités infinies s’offrent à nous ! Les mondes imaginaires ont parfois autant de puissance que le monde où je vis.

Et puis… on pourra m’emprisonner, me bâillonner, tant qu’il me restera un livre à lire ou à écrire je saurai que je suis vivante, je saurai transmettre à ceux qui me suivent, partager tous ces mots afin qu’ils allument des lumières dans les yeux de ceux que j’aime.

Même en plein désert, géographique, social ou affectif, je sais qu’un livre ouvert, écrit ou à écrire viendra me secourir et quand les pages s’envoleront, alors je saurai ce que j’ai vécu…

Voilà le texte que m’a inspiré la vidéo ci-dessous, Fantastic Flying Books de Morris Lessmore, vue chez Pyrausta, il y a deux jours, je n’ai pu m’empêcher de vous la faire regarder. Certes, elle dure quinze minutes, posez-vous, prenez votre temps et regardez bien ! Ou pas… (ce serait dommage…) EDIT de 9 h : la vidéo mise hier soir a été supprimée pour cause de « droits d’auteur », je viens de la remettre (rien n’est spécifié sur Youtube à ce sujet). En espérant que ça marche !

LIRE EST LE PROPRE DE L’HOMME – Collectif, l’école des loisirs.

Collectif de cinquante auteurs © septembre 2011, 182 pages, format petit carnet. GRATUIT, ICI ou LÀ.  pour le commander d’urgence ! Delphine, en avait parlé il y a quelques temps, je l’avais commandé et quelle bonne surprise de le trouver lundi dans ma BAL  ! Lire la suite

LA REINE DES LECTRICES de Alan Bennett

Oh My God ! La reine d’Angleterre, maintenant âgée de 80 ans a une nouvelle passion dévorante et incompatible avec sa charge : la lecture ! Ses conseiller, premier ministre et autre « filtre » qui la coupent du monde vont bien essayer de tout faire pour l’en détourner, que ce soit en lui cachant ses livres, en sabotant les colis qui en contiennent, en virant un tabellion fraîchement embauché qui partageait sa passion, rien n’y fera ! Lire la suite

PLACE DE CHINE de Roland Hélié

Livre minuscule de 55 pages que m’a offert Delphine, que j’ai lu en une heure, et qui m’a enchantée, mine de rien. Editions rue fromentin, la contre-allée. © juin 2011.

Un homme, d’une cinquantaine d’années se souvient de ce qu’il a oublié, d’abord, puis revient sur les conditions de sa naissance, remonte les générations à la recherche de ses origines : l’accent aigu sur le e d’Hélié est une volonté de son père pour rendre ce nom acceptable…pour les générations futures. Il nous joint même son extrait de naissance. « Pour suivre les avatars d’un pauvre et simple E, attendu majuscule et reçu minuscule, embarassant petit passager clandestin. »

Puis vient une incursion dans la littérature, avec les noms des personnes et des livres qu’il a prêtés, donnés, perdus à jamais. Les livres qui l’ont « fait » également, ceux qu’il  posséde et qui le possèdent depuis toujours. Comment il peut se perdre dans une encyclopédie qui parle de bibliothèques et de livres : « Je découvris stupéfait la multitude de replis et de clôtures, de refuges et d’échappées, de lourds secrets que dissimulait l’écrit ».

Un chapitre sur les femmes et la femme, celles qu’il n’a pu épouser, à travers les siècles, celles qui se sont mariées à un autre (très drôle).

Un autre chapitre aussi sur les livres lus dans l’indifférence générale, sauf pour lui :  » J’allais reprendre Bartleby l’écrivain au Centre National des Lettres au Rebut , à Libourne. (…) Je subis mon second échec,  et la presse oublia d’en parler. »

Cinquante-cinq pages surprenantes, mais un peu « éclatées », sans queue ni tête, il manque la locomotive à ces mots jetés en vrac. Je pense que la forme est voulue car le fond, concis, fouailleur est dit sans excès d’encre. Une belle plume, ironique et poétique.

Sur l’auteur, Delphine en a parlé ici.