L’AMOUR selon Gwen !

roses vagabondes tersessenta tumblrEn ce dimanche post Saint-Valentin (et vous connaissez mon goût pour cette fête), Gwen nous demandait de lui parler d’amour sans nuances de gris mais plutôt avec des couleurs franches telles que le Cyan, le jaune, le rouge… Et en écrivant à la suite de l’incipit (entre guillemets), qu’elle avait laissé :

« Un amant silencieux était pour elle une bénédiction. Celui qui se tait n’attend rien de vous. Les peaux suffisent amplement au dialogue. Quelques baisers, la cigarette qu’on échange, un sourire après l’amour, et la présence du jardin si proche… » Déjà Elsa se reprenait, dans le silence qui se vautre après le feu d’artifices du plaisir partagé. Calée dans ses oreillers, elle tirait sur sa cigarette, consternée par les ronflements bruyants de sa dernière conquête. Les yeux au ciel, perdue dans la contemplation des volutes bleus de la fumée qui dansaient dans un rai de lumière de la chambre, elle hésitait : siffloter ou le pousser à bas du lit ? Et retrouver ainsi toute la place avec le doux ronron de Mystik, son chat bien-nommé. Chasser l’intrus malotru. Elle se rappelait la soirée de la veille, ils avaient trop bu, s’étaient retrouvés nus avant le dessert qui fondait lamentablement dans les assiettes oubliées. Cat Stevens avait bercé leur repas, puis leurs ébats. Cette économie de mots, leurs simples regards appuyés sur une connivence intime l’avait décidée à faire tomber ses inhibitions habituelles. A présent, elle n’était pas sûre de vouloir recommencer l’expérience… Cette masse bruyante  à ses côtés emplissait l’espace et ressemblait  à l’ennui des vieux couples aux yeux cernés de routine et d’indifférence.

Les oiseaux pépiaient tendrement dans le jardin. Prise d’un élan irrépressible, elle vola jusqu’à l’herbe douce qui lui chatouilla la plante de ses pieds nus. Les parfums des roses de mai, enivrants, lui rappelèrent d’autres matins, un autre regard dont le vert se fondait dans celui des feuilles inondées de lumière. Elle tendit ses bras dans le vide, pour rejoindre le temps qui était resté derrière, ce temps de l’amour adolescent qui jamais ne revient dans les jardins d’hiver ; ce temps qui promet que rien ne doit finir et qui sans pitié, reprend.

Elle sourit au pêcher en fleurs, le printemps courait sous sa peau mais il fallait bien se convaincre qu’il avait déserté son coeur. C’est à l’ombre tamisée de sa mémoire que se rejouaient les musiques inoubliables, teintées de regrets et qui seules laissent à l’âme, le sentiment d’avoir vécu. Les amants de passage ne faisaient qu’assombrir la couche où jadis  les rayons du soleil se mêlaient aux plis heureux des draps. Les amants de passage, silencieux et beaux ont tous le visage de celui qui aurait dû rester. Il ne sert à rien de les retenir. Les larmes viennent après, dans le parfum douceâtre que la mémoire exhale au plus fort de nos joies dans un ultime baiser glacé…

Elle  rentra et claqua bruyamment la porte…

jarin GWEN pépinières du Point du Jour - Verdelot© Pépinière du Point du jour – Verdelot