LA CITATION DU JEUDI – avec Annie Ernaux

Sous l’égide de Chiffonnette, un passage sur la pseudo-égalité hommes-femmes dans le travail ET à la maison ! Rien de bien nouveau, avouons le ! Extrait de La femme Gelée, d’Annie Ernaux, p.181 :

« On se fait peur, on s’affole, inouïes, les capacités d’endurance d’une femme, ils appellent ça le coeur. J’y suis bien arrivée à l’élever, le second, et faire du français dans trois classes et les courses et les repas et les fermetures Eclair à reposer, et les chaussures des petits à acheter. Qu’est-ce qu’il y a d’extraordinaire, puisque, il m’en persuade toujours, je suis une privilégiée, avec cette aide-ménagère quatre jours et demi par semaine.  Mais alors, quel homme n’est pas un privilégié, sept jours sur sept sa femme de ménage favorite. (…) Moi aussi je vais m’y précipiter dans ce merveilleux refuge des femmes-profs qui-veulent-tout-concilier, le collége de la sixième à la troisième, nettement plus peinard. (…)  » Faire carrière », laisser ça encore aux hommes, le mien est bien parti pour. « 

L’HUMEUR DU JEUDI

Extrait d’Yves Simon 

Je ne suis pas encore inscrite au « Jeudi c’est citation » de Chiffonnette (je sais, je sais, lente l’Asphodèle…), mais je voulais vous faire partager un petit extrait d’un livre d’Yves Simon. Vous ne connaissez pas ? Mais si, rappelez-vous, ce chanteur ténébreux des années 70-80 dont beaucoup connaissent la chanson du film Diabolo-Menthe de Diane Kurys  (je vous la mets en écoute). Toujours est-il que ce monsieur a aussi écrit beaucoup de livres que j’ai presque tous lus, dont un, Transit-Express (non, ce n’est pas une pub pour un laxatif, oh mais !) où il est question de gens qui voyagent, chacun à leur façon, sur les rails, dans le sens du train ou pas, je vous laisse apprécier ce morceau choisi  :

« Mon dieu, faites que je ne sois jamais un chef avec des sourcils au front et des cigares dans la manche, je voudrais être une petite plume de canard qui vole dans le ciel avec les remous du vent et pouvoir me poser parfois sur une coque de bateau ou une antenne de télévision, jamais je ne voudrais avoir mes souliers collés aux moquettes d’un bureau avec des téléphones et des ordres à donner, mon dieu, faites que je sois pollen, mouche ou planète, je voudrais tant tourner dans le rien. Ou alors, rouler dans des laves chaudes, glisser sur les cailloux des rivières en écoutant tout autour les bicyclettes faire leurs bruits de rayons… je voudrais la nuit, les montagnes, être l’homme qui vole avec les pans de son manteau bleu et que l’on salue comme le « monsieur-qui-passe-toujours ». Mon dieu, faites que je sois un passant. » page 78.