LES PLUMES de MINDOUNET !

Logo Plumes aspho 4 ème tiré du tumblr vanishingintocloudsBonjour à toutes et à tous (en zozotant comme Jupiter) 😉 ! Non, hélas, je ne reviens pas encore  mais ce coquin de Mindounet qui se faisait tirer l’oreille chaque fois qu’il y avait Plumes en a eu la nostalgie et a organisé une session sur son blog pour me faire plaisir (j’évite le mot « hommage », je vis encore hein !) et marquer également les sept années de son blog (OB et WP confondus). Vous imaginez mon émotion…(je deviens lacrymale en vieillissant) alors, je ne pouvais pas me défiler et j’ai écrit un texte avec les mots imposés qu’il avait recueillis, ces derniers devaient rimer avec Asphodèle et se terminer en « elle », « èle » ou « ele ». Nous avions de la marge… Soyez indulgents, vu le peu de temps dont je dispose pour moi,  c’est un premier jet et voilà bien longtemps que je ne m’étais prêtée à cet exercice. Mais cela m’a redonné envie de vous envoyer des cartes postales de temps en temps, vous me manquez et vous êtes si nombreux à me demander des nouvelles, alors à bientôt !..

Voici les 14 mots imposés :  aquarelle – voyelle – mirabelle – maternelle – stèle – éternel – bretelles – ribambelle -infidèle – dentelle – cannelle – passerelle – balancelle et ritournelle.

TEMPUS FUGIT

Au lendemain de la grande tempête, bien que ce fut l’été et la saison des mirabelles, la grosse horloge du clocher s’était détachée. Avant de tomber, les badauds l’avaient vu esquisser de gracieux mouvements dignes d’une balancelle-étoile de l’Opéra et Ô chance, elle avait chu dans la brouette du curé, remplie d’asphodèles fraîchement cueillies pour l’office du soir. S’en était suivie une course folle dans le village en pente jusqu’à la petite rivière bordée de nigelles inhabituelles en ce lieu. Elle était là, à moitié dans l’eau, l’arrière appuyé à une berge d’où s’envola une ribambelle d’oiseaux des marais.

a horloge dans eau n&b sépiaDe l’autre côté, la jeune fille au prénom de voyelles, Yayae, venue se baigner nue loin des regards indiscrets avait vite remis son jupon de dentelle en entendant la terre vibrer sous l’eau, son coeur battait plus vite  et quel ne fut pas son étonnement en voyant débouler l’étrange chargement entre les ajoncs avant de finir sa course comme on le sait.

L’horloge maintenant arrêtée la faisait s’interroger sur le Temps, cette aquarelle aux couleurs fondues qui s’entremêlent avant de se figer.

Elle remonta ses cheveux qui sentaient encore la cannelle des baisers de son amoureux, rajusta son bustier à fines bretelles en fredonnant une ritournelle venue d’un temps qu’elle n’avait pas connu. Elle enjamba la jolie passerelle de bois d’un pas hésitant au fur et à mesure qu’elle s’approchait du tableau incongru qui soulevait tant de questions en elle . L’horloge avait-elle rendu son âme au Temps ? Ou, était-ce Temps qui contemplait son reflet mouvant dans l’eau bruissante de la mémoire des rivières ? Puisqu’à l’égal des hommes une pendule pouvait mourir. Pourquoi le Temps éternel et cruel donnait-il à voir chaque jour, chaque minute, des vies qui s’éteignaient pendant que d’autres arrivaient entre les cuisses maternelles, sans savoir les bienheureux qu’ils passaient une porte écrivant déjà l’heure à laquelle elle se refermerait sur eux. Juste un chuintement dans le vent. Voilà ce que je suis, songeait Yayae. Le Temps, cet infidèle ne connaissait ni hier ni aujourd’hui ni demain.

Quand une vie s’éteint, il ne reste qu’un  blanc de silence vide sur une horloge arrêtée quelque part dans une rivière ou au-dessus de la stèle d’un tombeau.
Seuls les chants des vivants scandent la mouvance des heures habitées de nos rires ou de nos larmes…

 

 

 

 

 

Allons donc voir chez Mind les liens vers les textes des autres participants !

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LES PLUMES DE L’ANNÉE 13 – Résultats de la collecte des mots en M !

Et voici la liste définitive des 17 mots commençant par M qu’il vous faudra placer dans votre texte de samedi matin. Lire la suite

Carabins et vieilles dentelles (suite et fin)…

Suite et fin de la première partie , ICI.

Tel un écho lancinant au tumulte qui affolait ses pensées, la pluie s’abattait violemment sur la baie vitrée du bistrot. Les passants frileux se pliaient sous leurs parapluies et couraient se mettre à l’abri. A l’abri… Kate ne l’était plus de rien depuis qu’il était entré et continuait de la fixer en souriant. Elle se replongea dans son livre et fit mine de s’y intéresser, agacée par le brouhaha qui s’intensifiait. Les carabins se tenaient maintenant pas les épaules et entonnaient d’une voix peu sûre mais avec enthousiasme  » C’est la romance de Paris »… Lire la suite

EPISTOLAIRE TOI MÊME !

Les consignes de Gwen, pour ce dimanche de l’atelier de Skriban  et ma participation ci-dessous. »Allez, ce week-end, on va faire quelque chose de connu, quelque chose de simple, avec juste une légère variation pour changer un peu.

Il s’agit d’écrire une lettre (ou un mail) qui commencera par ces mots :
Il est minuit. Cette journée m’a épuisé(e).
Et se terminera ainsi :

Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m’en souviens, vous plait*. 

*Première et dernière phrases empruntées au roman épistolaire de Jacqueline Harpman « Le passage des éphémères ».

Vous pouvez vous mettre dans la peau de qui vous voulez et écrire à qui vous le souhaitez. » Lire la suite

LES PLUMES DE L’ANNÉE 10 – LES TEXTES EN J !

Tout d’abord merci aux participants de cette dernière session avant les prochaines  vacances scolaires d’avoir tenté, malgré certains mots particulièrement « choisis » d’avoir fait l’effort de faire un texte ! Les forçats cette semaine sont  par ordre d’arrivée des liens : Rêva, Lilou, Cériat, Mind the Gap, Pierrot Bâton, Soène, Valentyne, Manuel, Jean-Charles, Wens, Jeneen, Aymeline, Claudialucia, Jeanne, L’Ane de Bretagne Zoé, Jeneen, Célestine Antiblues  Christine de Chine qui publie chez 32 Octobre, AmélieMiss SO et 32 Octobre  et Mahie in the sky qui s’est jointe à nous dans la journée !.  Ci-dessous, mon texte. Lire la suite

Et chante une rivière…Chez Eiluned

En bas de mon jardin d’enfance, entre deux murs de pierre à demi écroulés, coule une rivière où se penchent de vieux arbres aux feuilles qui se noient. Je m’y promène encore, je l’écoute chanter, me cascader parfois des secrets oubliés qui viennent se poser tout au bord de mes larmes. Lire la suite

Nouvel atelier d’écriture : « Les Plumes Epistolaires » ! Qui qu’en est ?

Avec le mois d’octobre, les idées tombent comme les  feuilles mortes qui virevoltent jusqu’au sol… Je propose à ceux qui aiment écrire, des lettres s’entend, de participer à cet atelier. Pour ceux qui auront envie de prêter leur plume à un Pierrot de circonstance.  Mais de quoi s’agit-il ? Et comment ça marche ? Lire la suite

LES PLUMES DE L’ÉTÉ – 1

Les MOTS en A  à placer étaient :  allergie – astre – affriolant – arbre – anagramme – accident – artifice – abricot – abandon.

Le texte de Clara, ici, qui a publié jeudi ! Celui de GwenaëlleEiluned, Amélie , sont venues s’ajouter Aymeline, Jean-Charles et Jeneen dans un conte à 4 mains avec sa fille ! Mais aussi celui de Coumarine. Après le mien ci-dessous, celui de Valentyne et celui de 32OCTOBRE. D’ailleurs, à ce sujet, bah oui, il faut s’organiser, pourriez-vous, pour celles qui ont des blogs m’envoyer vos liens le vendredi soir avant 22 heures si possible que je puisse les inclure dans mon billet ? Oui ? Merci pour moi ! Sinon, vous les laisserez dans les commentaires, mais je pense qu’il serait plus convivial et pratique de les regrouper autant que faire se peut…ailes anges ou coeur brisé gif étoiles

MUSIQUE D’AÉROPORT

Aéroport 17h30. Elle est là comme tous les jeudis en bas de l’escalator, les yeux fiévreux qui fixent les passagers déversés par le vol AF732 en provenance de Boston. Légère dans sa robe d’été qui frôle sa peau hâlée, elle se laisse bousculer, balloter par la foule indifférente et pressée. Il va apparaître, elle le sait, il ne l’a pas abandonnée, pas comme ça sans un mot depuis deux mois ! Elle sort un abricot du pochon en papier qu’elle tient des deux mains comme une offrande qu’elle aimerait lui faire pour son arrivée. Elle le sait, il adore ces fruits juteux et sucrés. Elle tend l’oreille quand une voix d’hôtesse impersonnelle et suave annonce un retard sur un autre vol ; tous ses sens sont aux aguets, une douleur acide va et vient dans son ventre au fur et à mesure que les passagers se raréfient. Infiniment lasse, elle consent à s’asseoir  sur un banc aussi transparent qu’elle est redevenue, Cendrillon sans carosse, et tente de penser avec cohérence : « Je ne veux pas que tu m’attendes lui avait dit Martial en partant. Je ne suis pas quelqu’un qui revient. Tu comprends ? Ce n’était qu’un accident ce qui vient de se passer entre nous, cela n’arrivera plus même si tu m’aimes. Continue sans moi. Retourne là-bas… » Et il avait disparu, happé par l’escalator. Elle se souvenait avoir fixé longtemps ce vide qu’il habitait encore , sa chemise blanche aux manches retroussées, ses cheveux blonds, un peu longs qui lui barraient le front, sa veste sur l’épaule, son regard vert qui s’éloignait déjà dans l’absence.  

Là-bas… C’était le mas familial en Provence, les grands cyprès tristes qui le bordait, les silences du grand-père, sa main noueuse agrippée à sa canne, la peau translucide où fleurissaient des taches brunes chaque jour un peu plus, son allergie palpable dès qu’elle entrait dans la pièce, le regard détourné vers la fenêtre comme s’il cherchait à voir entre les feuilles de l’arbre, des morceaux de ciel bleu qui passaient en souriant. Elle ressortait aussitôt et lui se replongeait dans ses anagrammes ou ses mots fléchés en soupirant d’aise.  Il n’était plus à un artifice supplémentaire pour lui pourrir la vie. Qui voulait encore s’occuper de ce vieux ronchon sénile ? Elle ? Elle n’avait pas eu le choix. Elle s’était échappée comme tous les mardis. Cela avait été  plus facile que d’habitude, l’astre de la nuit s’étant fait la malle derrière de providentiels nuages. Le grand-père lui avait dit la veille que sa robe était…comment déjà ?… bien trop affriolante pour descendre au village. Elle avait souri en pensant  » C’est parfait  » !

Des heures de train plus tard, elle avait retrouvé la musique reposante du terminal B de l’aéroport. Elle aimait cette musique insipide qui la changeait des cris du grand-père. Elle ne bougeait pas, seule sur son banc, des rêves noyés d’attente et d’incertitude cognant derrière son front lisse et buté. Martial lui avait écrit, enfin il avait envoyé une carte bizarre où deux familles annonçaient son mariage à l’église Saint-Patrick de Boston, le 9 juillet prochain. Elle fronça les sourcils et réalisa qu’on était le 9 juillet. Une erreur d’adresse, une farce encore. Un rire la secoua brusquement, un rire qui cascadait et lui courait partout sous la peau. Elle tira sa robe remontée en haut des cuisses et en levant les yeux, poussa un cri étouffé tout en continuant de rire. Deux gendarmes et un infirmier venaient de l’attraper par les bras et lui disaient gentiment qu’il était temps de rentrer à l’hôpital. Elle jeta la poche d’abricots, essaya de s’enfuir mais l’infirmier lui enfonçait déjà une piqûre dans le bras. « C’est le grand-père, hein qui vous a tout dit ? », hurla-t-elle avant de sombrer.

LE TEXTE de Valentyne :

La suite de l’histoire d’Isabelle la ponette
Bonne journée
Valentyne

Isabelle, la ponette, a réussi son examen de passage auprès de Zire, la Sirène, et a répondu avec brio aux trois devinettes.
Zire lui annonce que cette nuit même elle partira faire le tour du monde.
A l’heure dite, Isabelle retrouve Zire près de la rivière.
– Où va t on, chère Zire ?
– Moi, je ne vais nulle part, répond Zire, je t’attends ici mais voici ton chauffeur qui t’emmène pour ta première escale. Grimpe sur son dos et profite bien de ton voyage !! Je te donne cette petite sacoche magique qui t’aidera en cas de difficulté. Comme je sais que tu es allergique aux abeilles, Isabelle, je t’ai mis un sérum au cas où tu te ferais piquer !
Alors après avoir salué Zire, Isabelle s’installe sur le dos d’Alpha, l’Albatros géant qui décolle sans effort avec la ponette bien calée à son bord.
– Nous partons pour les Antilles, dit il : direction Madinina
– Madinina?
– Oui Madinina, l’île aux fleurs plus connue sous le nom de Martinique
– Génial je vais pouvoir aller rendre visite à ma cousine, la ponette Josée
Quelques heures plus tard, après être passés près d’une multitudes de nuages aux formes plus étranges les unes que les autres et près d’astres scintillants de mille feux, Alpha et sa passagère se posent au milieu d’un champ d’ananas, non loin d’un flamboyant, véritable feu d’artifice de rouges, oranges et jaunes.
– Bonnes découvertes, lui souhaite Alpha, quand tu aura bien découvert la Martinique, sors de ta sacoche cet appeau et souffle dedans : un des amis de Zire viendra te chercher pour la suite de ton voyage.
Isabelle se met alors en route à son allure habituelle, : elle trottine, trottine, émerveillée par tout ce qu’elle voit : des champs de cannes à sucre, des bananiers en pagaille, des palmiers de toutes tailles: Sur le chemin elle rencontre un agouti, petit rongeur brun, qui lui paraît mal en point : une de ses pattes est dans une attelle de fortune et il avance en boitillant : « j’ai eu un accident : je me suis fait renverser par une voiture, peux-tu m’emmener à Trois Ilets ? » demande t il.
Oui, volontiers répond Isabelle, contente de rendre service, c’est là d’ailleurs que je vais pour visiter ma cousine Josée.
– Josée, mais je la connais bien, je peux t’emmener jusqu’à elle. Au fait je m’appelle Tigoua c’est facile à retenir , c’est l’anagramme d’agouti, c’est du verlan.
Et ainsi, trottinant à travers les champs, Isabelle la ponette et Tigoua l’agouti arrivent à Trois Ilets.
Tigoua lui montre des fruits et des fleurs qu’elle n’a jamais vus : « tu vois là bas ce sont des corossols, et là des pommes cannelles, toutes bosselées. L’arbre en éventail devant, c’est l’arbre du voyageur »
– Oh ces fruits là haut on dirait des abricots géants !
Enfin, les deux amis arrivent à Trois Ilets, chez Josée qui les acceuille avec joie.
–  « Zire m’a fait prévenir de ton arrivée, Isabelle  ». Josée, la ponette baie a mis son habit affriolant de Carnaval : un magnifique harnais rouge et or qui fait ressortir sa robe foncée. Le licol est vermillon, les rênes magenta. Chaque fois qu’elle secoue la tête, on entend des clochettes, à en rendre jaloux les rennes du père Noël.
– Je me suis faite belle en ton honneur Isabelle. On ne dira pas que Josée-Fine de Beau-harnais ne fera pas honneur à son nom. Mais tu dois être fatiguée , viens te reposer. Demain je te ferais découvrir l’île .
Alors Isabelle, épuisée par toutes ces émotions et par le décalage horaire, sombre dans l’abandon d’un sommeil réparateur.

TEXTE DE 32 OCTOBRE

Les jardins de l’Anagramme.

 Malgré l’astre brûlant qui allait me cuire, je me décide à aller travailler à mon potager. Trois jours que je n’y étais pas descendu, victime d’une allergie au pollen de graminées très nombreuses en cette saison.

 Ce potager, le seul qui a, en son milieu, un arbre, je l’ai obtenu de haute lutte. Et en plus cet arbre m’offre mon fruit préféré, l’abricot.

 Au départ, un lopin de terre vierge de toute culture mais pas d’herbes dites mauvaises ou folles. Il fait partie des jardins ouvriers de la ville où j’habite. Un des vingt carrés de terre attribués par les services sociaux de la ville.

 Ce coin de paradis a été laissé très longtemps à l’abandon.

Mais c’est de l’histoire ancienne, déjà vieille de plus de dix ans.

 Je venais d’être victime d’un accident assez risible car dû à ma maladresse. Toujours pressé, je m’étais pris les pieds dans la laisse de mon chien que je descendais pour sa promenade biquotidienne. J’étais tombé dans l’escalier de mon immeuble et avais les deux jambes cassées et les bras droit. Au minimum neuf mois d’immobilisation, un enfer programmé pour l’homme actif que j’étais.

 Donc je m’étais inventé plein de projets pour l’après. Cela m’occuperait au moins l’esprit pendant ces longs mois d’immobilisation.

Le projet qui me tenait le plus à cœur, avoir un coin de jardin à moi, obtenir un des jardins ouvriers de ma ville et en plus celui à l’abricotier.

 Six mois s’étaient passés depuis mon accident, et comme par artifice, j’ai obtenu un jardin ouvrier, moi qui étais à ce moment là cadre et non ouvrier dans la seule entreprise industrielle de la ville. Un passe-droit dire certains. Quelles mauvaises langues !

 Je ne pouvais y travailler étant encore très handicapé mais j’avais obtenu ce que je voulais : le principal, mon petit lopin de terre.

 Dix ans que je l’entretiens et y récolte ces vieux légumes retrouvés et que j’y ai enterré virtuellement mon secret qui commence à me peser.

Et si je m’en libérais : pour obtenir ce jardin, j’ai juste un peu menacé Monsieur le Maire de l’époque. Notre belle amitié s’était évanouie tout d’un coup.

Je pouvais juste révéler sa tendre complicité avec une certaine Charlotte, infirmière de son état et très affriolante qui s’était occupée de moi pendant mon hospitalisation.

Vous ne connaissez pas Akinator ? Il est trop fort ! Mieux que Lisa-buzz !!!

En cette fin de jeudi pluvieuse et venteuse (dans la région tout au moins), je vous propose de lire les lignes qui suivent, de cliquer sur le lien, vous allez être bluffés !

Pensez à  un personnage célèbre dans n’importe quel domaine, mort ou vivant, qui vous a marqué et….. Répondez aux questions.
 Cliquez sur le lien et laissez vous guider. C’est assez impressionnant.
JOUEZ ! Je vous assure ça scotche !!! (connu hein quand même, un minimum !)
*PS. Attendre qu’apparaisse le mot « JOUER », sur la gauche, ne pas cliquer sur la première bulle en haut de l’écran !

C’est là :
 http://www.akinator.com

NI BONJOUR, NI AU REVOIR

Ma première participation au jeu d’écriture d’Eiluned, qui consiste à écrire un texte avec un mot donné le lundi pour le lundi suivant. Cette semaine, il s’agissait du mot us (oui, pas cher au Scrabble !). Voir les participants chez Eiluned dont j’étrenne le joli logo !

NI BONJOUR, NI AU REVOIR…

 Elle marche dans la nuit, les réverbères s’allument un à un déversant de l’eau claire dans les flaques sombres. Elle titube, les yeux pleins d’embruns mais la pluie qui ruisselle cache, gomme, efface. Elle parle tout bas pour elle, litanie, psaume, pelote dévidée de son âme en lambeaux. Un jeune homme la heurte, se retourne et lui crache :

–         Hé, regarde où tu marches, pauvre conne !

–         Toi, pas là…marmonne-t-elle tout bas.

–         Oh là tu me cherches ! insiste l’ado au visage vérolé d’acné purulent.

 Elle ne lutte pas, quand il lui tord le bras, elle se contente de lui jeter un regard vide, un regard qui lui fait froid dans le dos, noir, dur et surtout aveugle, deux mares sombres qui semblent ne rien voir ; il la lâche et bafouille piteusement :

–         La prochaine fois, tu pourrais t’excuser.

–         Toi, pas là…, répète-t-elle inlassablement, mécaniquement.

 Elle ne l’entend déjà plus, le bitume brillant ressemble au sang noir qui coule dans ses veines, le sang reflué, la mort qui s‘insinue peu à peu, et lui dézingue le cerveau.

Elle voit l’enseigne d’un café encore allumé et se précipite à l’intérieur. Elle  ne regarde personne, il n’y a pas foule, juste quelques allumés qui attendent que la nuit s’éteigne pour aller dormir enfin, loin de leurs terreurs réelles ou imaginaires qui se noient dans un ultime verre.

–         Vous désirez Mademoiselle ? lui lance le taulier en essuyant un verre déjà rutilant.

–         Toi, verre, liqueur, parvient-elle à ânonner.

–         Ah ma p’tite dame va falloir m’en dire plus, aboie-t-il. Tout en contournant son zinc, il s’approche d’elle les deux mains sur ses hanches rebondies. Il penche la tête pour essayer de croiser son regard baissé, son regard éteint. Elle lève enfin la tête et devant l’horreur qu’il y lit, il s’empresse de crier :

–         Robert, amène une prune pour la p’tite dame, je crois que ça va la remonter.

–         Ca va pas, vous… avez besoin d’aide ?

–         Toi, pas là, toi laisser…toi…

–         Oh oh, doucement, hé, je crois qu’on va appeler les urgences psychiatriques, elle est pas toute seule la donzelle !

–         La…don-zel-le…mourir…

–         Ouais c’est ça et moi je vais me jeter dans la benne à ordures, tu t’appelles comment ?

 Le mutisme persistant, le regard loin derrière son épaule, les mots incohérents, cette fille décidément ne connaît plus les us et coutumes de la société. Il compose le numéro des urgences, explique ce qui se passe mais avant qu’il n’ait fini, elle a disparu.

Il  sort  précipitamment,  regarde à droite, à gauche avant de voir une forme allongée près du porche. Il court aussi vite que son ventre le pousse en avant et étouffe un cri. Les yeux révulsés, tournés vers le ciel crasseux, la jeune fille aux bras bleuis, là où le sang s’est figé a jamais, n’a pas eu le temps et  la politesse de lui adresser un dernier au revoir.

DÉSIR D’HISTOIRES 36

Ma participation hebdomadaire au jeu initié par Olivia Billington, dite Livvy et que vous retrouvez ici si vous voulez en savoir plus ou participer, à savoir que ce n°36 est le dernier de la saison. Le jeu reprendra après les vacances ! Les mots imposés cette semaine sont  au nombre de 16 : récidive – tonitruant -isolement-convention – fraise des bois – pilaire- été – pèlerine – lézarde – attirance – bulletin – sorbet aux poires – frémissement – perdition – frousse – contrepoint.

CLAP DE FIN POUR UN NOËL

Laura attendait, les yeux et le nez collés à la vitre, du haut de ses dix ans déjà emplis  de solitude, elle attendait le coup de téléphone prospecteur de sa tante qui allait sonner et rompre son isolement :  » Qu’est-ce qui te ferait plaisir pour Noël ? Je préfère te demander, plutôt que d’acheter quelque chose d’inutile »… Inutile ! Le mot était bien choisi ; il était là l’inutile justement, elle était là, la vacuité de ces adultes qui nous font pleurer en voulant notre bonheur . Ce qu’elle aurait voulu en ce temps là ? Rien. C’est ce qu’ elle avait déjà la plupart du temps, en effet.

Elle, ce dont elle rêvait c’était d’une grande table en bois, comme dans les fermes d’autrefois, avec une belle nappe blanche ouvragée, que les mains d’une femme aimante aurait brodée, entre deux couvées, entre deux tétées. Et, sur cette table, des mets simples et savoureux qui embaumeraient la maison du matin au soir, mitonnés avec le frémissement qui court sous les mains des brodeuses.  Et beaucoup de rires, des rires immenses qui résonnent longtemps, des rires qui font mal au ventre, à en perdre le souffle. Des rires de connivence pour dire le bonheur  d’être réunis ensemble autour du même amour. Et que la belle vaisselle, sortie pour l’occasion dessinent des corolles de fleurs épanouies sur la nappe immaculée. Des assiettes qui ne volent pas en éclats en même temps que les insultes que lançaient sa mère, la voix pâteuse, à la tête de son père, à l’envers de sa vie, démolissant en un soir tout ce qu’on lui avait dit du père Noël. Alors, elle s’éclipsait, personne ne le remarquait. Une pèlerine sombre sur ses épaules, elle sortait dans cette nuit que l’on dit magique. Il neigeait parfois et c’était bon ces flocons gelés sur son visage muet de tristesse. C’était bon cette douceur qui descendait du ciel ; le père Noël ne viendrait pas, elle le savait, mais au moins elle n’entendait plus ces mots horribles qu’on ne devrait jamais entendre un soir comme celui-ci. Elle se doutait que la paix existait quelque part, qu’elle DEVAIT exister pour que la vie soit supportable. Elle suivait le chemin boueux, ce chemin qui l’été cachait des fraises des bois dans les buissons. Elle éprouvait une attirance irrépressible pour les lumières qui dansaient au loin, les lumières de la petite église où des lézardes couraient sur les vieux murs,  où des gens chantaient en choeur, suivant le contrepoint de la partition  jouée par l’organiste. Lire la suite

LES ANNÉES PATCHOULI

Désir d’histoires 35: voir les consignes à la fin de ce texte !

Ces années là, l’odeur du patchouli et de l’encens flottaient dans les chambres de la jeunesse « qu’il fallait être pour devenir »,  nourrie aux mamelles gorgées de lait de l’existentialisme et du nihilisme. Derrière ces écrans de fumée (parfois lénifiante), les espoirs étaient poussés à l’extrême de l’idéalisme, des certitudes inébranlables que seules la prime jeunesse, et qui sait, l’utopie ou la naïveté permettent.

 Si je me retourne et regarde quelques photos oubliées ici et là, en noir et blanc ou en couleurs, je me demande : «  Mais que veut-elle me dire cette jeune fille, au sourire fermé de madone, repliée sur des rêves qui ne se réaliseront qu’en partie ? Je ne la connais plus, elle est si loin, déjà…Elle regarde par-dessus l’épaule du photographe qui a immortalisé l’instant, l’instant définitivement passé. Alors, je suis monté au grenier, j’ai trouvé une vieille malle et beaucoup de cahiers d’écolier, des carnets, non, pas de journal intime, juste des morceaux déchirés, « des petits papiers », je les ai mis bout à bout, Petit Poucet à la recherche de cailloux qui m’ont menés jusqu’à elle. Pour dévider l’écheveau des fils entrelacés d’une mémoire qui n’était pas la mienne. Et les images en kaléidoscope  m’ont sautées au visage. Lire la suite

DÉSIR D’HISTOIRES 33

Texte écrit pour le jeu de Livvy , que vous retrouvez ici, qui consiste à écrire « quelque chose » en y incluant les mots imposés de la semaine et qui sont au nombre de 17 pour cette moutûre : non – sobriquet – randonnée -mélancolie – bonjour – ivresse – strigiforme – parapente -pluie – doux – bord – soleil – ennui – bonheur – antichambre – sortilège – morphing .

Cette semaine, je vous propose une « suite de Mal de chien », de désir d’histoires28. Je vous remets la fin du dernier paragraphe, histoire de renouer avec l’ambiance…

MAL DE CHIEN (2)

(…), un autre bruit se superposa, elle entendit des rires, des verres qui trinquaient, des voix étouffées et joyeuses… Elle s’agenouilla, les deux mains plaquées sur sa tête qui éclatait : rêvait-elle encore ? Le cauchemar continuait, elle ne devait pas écouter, le médecin le lui avait bien dit. Les réponses qu’elle ne voulait pas entendre se terraient derrière la porte, prêtes à lui sauter à la gorge, la mort n’était jamais loin quand elle arrivait à destination, la renvoyant inlassablement à d’autres mirages, d’autres vies où elle n’avait fait que passer. Elle n’était pas folle, la lettre venait bien d’ici. La poignée rouillée l’attirait comme un aimant. Elle sonna.

Personne ne vint lui répondre, la poignée céda sous une simple poussée dans un grincement qui ressemblait à un sanglot étouffé. La vaste pièce, baignée de lueurs bleutées croulait sous les meubles, fantômes de drap blanc qui se taisaient depuis longtemps. Le coeur battant, elle se dirigea d’instinct vers un secrétaire en bois de citronnier, arracha le drap et recula devant le nuage de poussière qui chatouillait ses narines. Une liasse de lettres entourées d’un ruban parme dépassait d’un tiroir resté entr’ouvert. La mélancolie la gagnait. Edith prit la première lettre mais son geste resta en suspens, un bruit de pas à l’étage lui fit lever  les yeux. Un homme d’un certain âge, vêtu comme au siècle dernier, de larges mains posées sur le bord de la rampe, la regardait sans rien dire.  Ses gros yeux strigiformes, rentrés vers l’intérieur comme pour mieux se repaître de sa propre négation la transperçaient. « Encore une hallu » songea-telle en frissonant.

– Bonjour Edith, je ne  t’attendais plus…il y a si longtemps !

Elle fit tomber la chaise, glacée jusqu’aux os et parvint à bredouiller :

– Vous…vous êtes… Matthieu ? C’est vous qui m’avez écrit…

Mais la vision spectrale venait de disparaître dans un nuage de poussière, une myriade de particules dorées à sa suite, tel un sortilège malfaisant. Elle vit une carafe ancienne contenant un liquide ambré. Elle se rua dessus et but à même le goulot étroit, regrettant déjà l’ivresse qui montait et déformait ce qui l’entourait. Vaincue elle alla ouvrir les volets disjoints où s’enroulaient des rosiers et du lierre  ; elle resta là, debout à regarder le jardin parfumé de juin ; elle s’imagina à Capri, avec ce Matthieu inconnu ; ils faisaient une randonnée vespérale  sur les sentiers de chèvres de l’arrière pays après avoir passé une après-midi à regarder s’élancer les amoureux de parapente. Un sourire éteint se figea sur le coin de ses lèvres et elle repensa au sobriquet que lui donnait le médecin : « Caprice ». Elle le détestait ce Docteur Mabuse qui jouait avec son cerveau malade depuis quelques mois. Avec son air faussement doux, il lui donnait à lire des pages de son destin, mutilées de contresens. Qu’il se chargeait de  traduire comme il le voulait. Elle savait au fond d’elle que le désespoir, si proche du bonheur parfois, ne reviendrait pas. Relégué dans l’antichambre de ses désillusions, classé au bureau des sanglots perdus. Sous l’effet de l’alcool, les barreaux invisibles de sa cage s’enfonçaient dans sa chair trop tendre, s’écartaient, se distendaient et se refermaient , tel un morphing halluciné. Une pluie fine commençait à tomber et, de son jeu avec le soleil venait de naître un magnifique arc-enciel.  Elle revint dans la pièce, les yeux levés vers le palier de l’étage. L’homme qui s’était changé descendait les marches sans bruit, un sourire obséquieux posé comme un masque sur sa face lunaire : – Vous n’êtes pas Edith, mon petit, votre place n’est pas dans cette maison, venez, je vais vous raccompagner.

– Mais, non ! Non ! La lettre…

– Quelle lettre ? De quoi parlez-vous ? Edith repose dans le cimetière voisin, voyons, cessez ce jeu, je vous en prie, c’est grotesque !

– C’est impossible ! Je m’appelle Edith Dutilleul et j’ai…

– Il suffit maintenant ! Débarassez-moi le plancher où j’appelle la police !

Edith se tordit la cheville près du bassin vidé qui rendait à la fontaine sa solitude de statue grecque. Au loin, elle entendit des sirènes. Elle courut et disparut à nouveau dans la forêt. Elle ne retournerait pas chez le médecin. Elle attendrait, elle ne voulait plus de ces cachets bleus qui la perdaient chaque jour un peu plus. Où était donc Matthieu ? Sa route était loin d’être finie…

DESIR D’HISTOIRES 32

Ma participation au jeu de Livvy que vous retrouvez ici pour les règles complètes. Les mots imposés (11) cette semaine sont : olivier – gondole – abonnement – euphémisme – pompier – friponne – changement – fumer – vie -migraine – whoopies.

 

 

ABANDON

 Une migraine tentaculaire l’assaillait depuis deux jours, s’enroulant voluptueusement sous sa boîte crânienne, sans lui laisser le moindre répit. Lui imposant silence. Elle lui faisait renouer avec ses peurs. « Juste une pause », pensa-t-elle, le temps d’un petit matin bleu où elle pourrait écouter le temps qui passe, sans douleur, et  résilier ainsi son abonnement chronique au malheur.

Ne plus donner la pièce au pompier de service qui lui refilait son calendrier pourri, et qu’elle planquait dans les WC tous les ans. Arrêter de fumer…non, ça, elle verrait plus tard… Une île l’attendait sur un bout de terre encore sauvage, des vacances, une vacance ? L’avenir ne lui parlait plus depuis longtemps ; à force de courir en marche arrière, elle avait oublié  jusqu’à la perspective d’un horizon qui déploie ses ailes, loin devant sur  les espoirs.

Un changement s’annonçait, un virage que les sirènes incrustées sous ses cheveux noyaient dans un tumulte infernal. Les deux mains collées sur ses oreilles elle repartit dans ses pensées.

Le beau visage de Jean s’insinua en elle, rieur, presque fripon ; elle sourit. Leurs dernières vacances à Venise les avaient rapprochés mais elle reculait, tétanisée. Les gondoles  qui se balançaient ne lui disaient rien qui vaille, c’était le bolduc et elle voulait le cadeau. Pendant leurs balades dans les ruelles désertes d’automne, il la serrait contre lui et ses mots d’amour insensés lui faisaient mal. Elle pensait alors à un autre automne où elle marchait légère dans les mêmes rues avec Lui. Elle avait cru voir son dos au détour d’une piazetta où pleurait un olivier perdu, loin de sa Toscane natale, un instant fugace où les mots de Jean s’étaient envolés dans le vent qui montait de la lagune, où son ventre retourné l’avait fait s’adosser à un porche, des larmes retenues au fond de la gorge. Jean avait cru à un malaise et l’avait ramenée à l’hôtel, enrobée de tendresse et de baisers qui la culpabilisaient. Ce soir là, ils avaient dormi seuls dans le grand lit, contournant leurs destins, séparés par un fantôme qui n’en finissait plus de mourir. Il savait. Elle n’avait pas à s’expliquer, « il l’attendrait le temps qu’il faudrait ».

 Un an avait passé, la patience émoussée de Jean était un euphémisme : il était reparti dans son île bretonne, il ne l’appellerait plus, à elle de venir le rejoindre, s’il n’était pas trop tard…

Elle surveillait du coin de l’œil ses deux fours immenses où finissaient de cuire la dernière fournée de whoopies qu’elle vendrait sur le marché ce matin ; les macarons, les cakes étaient déjà au chaud sous de larges torchons blancs. « Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire » lui répétait souvent sa grand-mère. Le temps des soupirs béant sur le vide s’achevait. La vie s’enfuyait, sa vie à regarder la mort, penchée sur une tombe close et muette ne lui serait pas rendue. Autant laisser dormir ce que l’éternité avait repris. Son rêve fracassé sous les rails, un matin d’août lointain ressemblait à un vieux chiffon usé d’avoir été trituré.

Oui, ce soir, ce soir, elle appellerait La Compagnie des Trains  ; demain, elle y serait dans l’après-midi, juste le temps d’attraper le dernier bateau en partance vers le soleil, vers un horizon qui ne demandait qu’à sécher ses larmes

 

DESIR D’HISTOIRES 31

Ma participation au jeu initié par Olivia Billington que vous retrouvez ici et qui consiste à écrire un texte en y insérant des mots imposés, ils sont 15 cette semaine : trésor – pleure – archiduc – chaton –  – tonnerre – nénuphar – fantôme – un emprunt – brocante – muscles – libido – panne – désirable – jalouse – horloger.

AU LOIN, LES BATEAUX… vague écume nepula tumblr com

Quand souffle le vent d’ouest en rafales, Mademoiselle remonte le col de son chandail et s’en va errer sur les docks, le visage tourné vers l’océan gris et sale, guettant au loin le tonnerre qui ricane, son chaton frileux serré tout contre elle, à l’abri sous son blouson de cuir. Elle rêve que les bateaux qui croisent au large reviennent des Indes ou du Timor oriental, les flancs chargés d’épices et de trésors insoupçonnés. Elle aime sauter dans les flaques sombres, nénuphars sans joie du bitume qui la serre et l’oppresse. Vite, vite, elle court sous la pluie, elle vient d’apercevoir le bonnet bleu de Julien derrière une  palette qui glisse vers le ventre d’un cargo.

Elle s’accroche à son cou en riant pendant que Chaton miaule et s’enfuit, exclu de cette étreinte trop vive. Mademoiselle oublie la pluie dans les bras tout en muscles de son homme, des soleils trop blancs éclatent dans ses veines et se nichent dans le creux de son ventre. La voix soudain rauque de Julien la fait frissonner, sa libido s’enflamme et elle le couvre de baisers.  Elle se fait désirable et petite dans ces bras là,  oubliant un instant les souvenirs qui l’attendent dans sa vieille maison à la brocante, perchée sur la lande où la misère s’est attardée. Les verres sont ébréchés d’avoir trop trinqué, des clous rouillés fixent les planches clouées aux vitres brisées depuis longtemps, ouvertes à tous les diables. Une maison en panne de vie et de tendresse ; alors, la nuit venue, ils se serrent fort l’un contre l’autre pour se réchauffer, laissant Chaton jaloux griffer les pieds du lit mangés aux termites. Ils dessinent leurs rêves sur les murs décrépits qui suintent encore de cris et de larmes d’un passé qui n’est plus : il joue à l’archiduc du navire en partance et elle se fait princesse d’un royaume au soleil bleu, là-bas, loin derrière l’horizon.

Ils ont repris Chaton et courent vers la lande, ils le savent qu’ils partiront un jour, ils feront un emprunt sans rendu pour rejoindre le Timor oriental, ou les Indes, là où le bateau ira… Ils font confiance au grand Horloger là-haut qui saura trouver l’heure, les prendra dans son orbe et leur dira :  » Allez les enfants, il est temps maintenant de laisser vos fantômes derrière, il est temps de cesser de pleurer,  cueillez la vague qui arrive et suivez-la jusqu’au bout, jusqu’à ce que l’écume vous dépose sur le rivage ami qui vous attend… »

Mademoiselle croit au grand Horloger qui lui parle quand le vent d’ouest se meurt dans une dernière bourrasque et, comme au  temps fugace d’un baiser, elle oublie qu’il  fait froid là-haut sur la lande, elle oublie que Julien n’est jamais revenu du Timor oriental, mais elle l’attend sur les docks chaque jour en serrant fort Chaton contre son coeur…balade barque à quai

DÉSIR D’HISTOIRES 28

Ma participation au jeu d’écriture  initié par Olivia Billington, et dont vous trouverez les règles sur son blog. Cette semaine les mots imposés sont : magie – éphémérides – bouquetin – siècle – trace(s) – lassitude – cornichon – capsule – écran – impressions – fauvette – herbe.(12)

 

MAL DE CHIEN

Edith avait marché longtemps. Elle venait de franchir avec difficulté la rivière dont on percevait encore les murmures joyeux sur les pierres qui affleuraient en surface. La dernière crue avait emporté la passerelle de bois dont les vestiges s’égayaient sur les rives mangées d’herbes hautes. Une immense lassitude courait sous sa peau, elle eût envie de se jeter là dans l’herbe,  de s’évanouir comme par magie de la surface de la terre, sa trace gommée à jamais dans les éphémérides du temps.

A quelques pas maintenant, l’imposante demeure se dressait devant elle, un sourire élégant au coin des fenêtres qui la fascinait et l’inquiétait. Elle fouilla la poche de son jean râpé, en sortit une lettre jaunie et tachée et la voix d’un certain  Matthieu se cogna sur l’écran muet de sa mémoire :  » Tu as eu la force de brader notre passé, j’ai encore la faiblesse d’y tenir, je ne m’y accroche plus désespérément mais j’aime pouvoir y retourner comme dans ces vieilles maisons où l’on a vécu,  faire le tour des pièces, l’oeil attendri sur un vieux pinocchio en bois oublié sur l’étagère, pour qu’avec lui remonte une histoire,  notre histoire, et tu sais que pour elle je n’éprouve ni   honte, ni regrets…. »  Elle ne savait pas qui était derrière la porte, qui l’attendait et depuis combien de temps. Un siècle s’était écoulé depuis l’accident. Non, elle ne savait plus. Elle touchait au but mais le courage lui manquait. Et pourquoi toutes ces ronces devant ? Etait-il vraiment là ?

Elle sursauta, une impression sournoise d’être observée lui noua la gorge. En se retournant, elle vit un bouquetin, impassible d’orgueil et d’indifférence, posé sur un piton rocheux à quelques mètres seulement. Instinctivement, elle décrocha son vieux Pentax de son épaule mais le temps de cadrer, l’animal avait disparu. Déçue, elle se remit en marche. La maison lui tendait les bras ; malgré les épines,  des fauvettes, des merles et d’autres oiseaux dont elle ignorait le nom étaient postés là sur les arbres alentour. Pas un ne chantait. Le silence, cette attente perceptible qui régnait soudain l’angoissa. Elle stoppa, plongea la main dans son panier, fit sauter la capsule de la canette et but d’un trait le breuvage ambré qui la détendit immédiatement. Alors qu’elle croquait dans son sandwich aux cornichons, un autre bruit se superposa, elle entendit des rires, des verres qui trinquaient, des voix étouffées et joyeuses…Elle s’agenouilla, les deux mains plaquées sur sa tête qui éclatait : rêvait-elle encore ? Le cauchemar continuait, elle ne devait pas écouter, le médecin le lui avait bien dit. Des réponses qu’elle ne voulait pas entendre se terraient derrière la porte, prêtes à lui sauter à la gorge. La mort n’était jamais loin quand elle arrivait à destination, la renvoyant sans cesse à d’autres mirages, d’autres vies où elle n’avait fait que passer. Elle n’était pas folle, pas tant que ça, la lettre venait bien d’ici. La poignée rouillée l’attirait comme un aimant. Elle sonna.

 

La photo vient de

DÉSIR D’HISTOIRES 26

Voici ma participation hebdomadaire au jeu d’Olivia Billington  dont vous voyez le joli logo à gauche. Comme certain(e)s (la majorité allez !!) me l’ont demandé, je vous livre la suite de DERRIÈRE LA VITRE, avec les  13 mots imposés suivants : octobre, simplicité, liberté, lumineux, rencontre, tortue, langueurs, brume, lilas, tribunal, brasier, tintinabuler (merci Pyrausta pour ton entrée en fanfare !!) et heure.

 

Arrivé à la Place d’Italie, le taxi n’avançait plus. Prise d’un doute soudain et étrange, Magali sortit son portable, appuya sur la touche qui correspondait au numéro de Lucas, non sans une crainte sourde. Trois mois de silence interminable au bout de cette ligne, comment pouvait-elle être sûre que ce soit le corps de Lucas, ils étaient cinq à avoir disparu dans l’avalanche. Elle n’y tint plus. « Hello, who is called ? » demanda une voix féminine à l’accent népalais prononcé,  dans un anglais approximatif. La surprise fut telle que Lili ne sut quoi répondre, elle entendit encore « Please, who is… ? » puis, comme si une main étouffait le combiné, « Lucas, please, Lucas, my love… » Elle coupa immédiatement. Elle eût cependant le réflexe  de dire au chauffeur : « Demi-tour, s’il vous plaît » et elle donna l’adresse de Georges. Elle entendit bougonner le vieil homme atrabilaire qui manoeuvra sec et elle bascula à nouveau dans ses pensées.

Cet appel mortifère venait d’anéantir l’idée qu’elle se faisait de l’amour-propre et de l’amour. Quel amour ? Ces trois mots insensés venaient de le réduire à une insulte. Salie autant que blessée. Flouée, en toute simplicité. Un bruit de branche sèche qui se casse éclata dans sa tête. Un tribunal de guerre venait de s’y installer. Et on y exécutait les coupables comme les innocents sans prendre le temps de les juger. C’est tout ce que méritait son histoire : une éxécution sans sommations. Elle pleurait rarement sur elle-même, l’apitoiement ressemblait à une rumeur obscène à laquelle elle ne voulait surtout pas répondre ou donner de crédit. Mais pourquoi donc une branche morte, exsangue de sève et de vie pouvait-elle encore faire aussi mal ? Elle en ferait un brasier flamboyant, qui ne lui renverrait que les souvenirs lumineux des jours heureux.  Mais surtout pas ÇA. Elle ne laisserait plus son nom s’infiltrer en elle, au feu lui aussi ! Un frisson la secoua ;  machinalement, elle chercha dans sa poche son  porte-clefs en forme de tortue, un petit chef-d’oeuvre en cloisonné qu’elle caressa pour y trouver l’apaisement et elle le fit tintinabuler, repère intact dans son existence délitée… Après tout qui était Lucas maintenant, avec ou sans l’accident ? Un visage lointain qu’elle tentait de redessiner chaque matin pour le maintenir en vie, pour qu’il ne s’enfuie pas dans les brumes amères du temps qui coule, une chimère plus qu’une promesse.

Soudain l’odeur des lilas précoces emplit l’habitacle, elle baissa la vitre, tendit son visage au-dehors et elle sut à cet instant que cette première rencontre avec le printemps sonnait l’heure des blanches libertés enfin retrouvées, vierges de toutes désillusions ou d’espoirs agonisants. Le taxi stoppa ;  elle régla la note astronomique sans ciller et vit Georges et Will dans le jardin de leur vieille maison courir, une coupe de champagne à la main pour lui ouvrir le lourd portail en fer forgé.

–  Alors ma chérie ! Tu t’es perdue pour de bon ou tu as voulu nous faire peur ?

 – Ni l’un ni l’autre, je me suis retrouvée…chantonna-t-elle en se jetant dans le hamac suspendu entre deux vieux chênes.

– Vu l’heure, j’espère que le détour en valait la peine ! persifla Will en souriant.

 – Tss tsss ! Assez parlé de moi, dis-moi Georges, ta dédicace avec Jean Trolaid…

 – Haaan ! Tu ne devineras jamais ce qui…

 – Quoi ? Il t’a invité à passer les vacances chez lui ?

 – Mieux que ça, il m’a dédicacé sa bio qui n’est pas encore sortie…et…Will, s’il te plaît, tu peux ramener le sac rose sur la table ? Will dansait en brandissant le sac oublié par Lili au café de la rue Bouffe-Tard et agitait dans sa main libre, un exemplaire à la couverture jaune d’or où luisaient de hautes lettres noires. Il le déposa religieusement sur son ventre. 

 » Et celui-là est pour toi, on a dû insister mais il n’a pas résisté longtemps. » Elle prit le livre comme une sainte relique et éclata de rire à la vue du titre  : » 32 octobre ?? C’est un gag ? »

 – Oh ! Pas du tout, il explique que sa mère…

Elle n’écoutait plus. Seul le vent complice la berçait de langueurs inconnues, énivrée par le parfum des lilas et aussi peut-être le champagne… En pensant au chemin qu’avait dû faire ses amis pour récupérer ses livres, un élan de reconnaissance la souleva et elle eût voulu les embrasser. Une larme égarée coulait  sur sa joue alors qu’un  immense sourire montait en elle . Elle serra le livre contre son coeur. Avec lui au moins elle irait à la fin de l’histoire…

FIN

 

DÉSIR D’HISTOIRES 25

photo d’un site que vous retrouvez

Voici ma participation au jeu d’Olivia Billington, qui consiste à écrire un texte à parir de mots imposés.  Voici les dix mots pour ce Désir d’histoires 25 : bonjour, poudrer, immobilisation, montagne, bourlinguer, cochon, louanges, périodique, balade, neige. Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé serait purement fortuite.

DERRIÈRE LA VITRE

Magali entra avec fracas dans le café minuscule de la rue Bouffe-Tard et confuse, alla s’asseoir à une table isolée près de la baie vitrée. Elle posa ses deux sacs plein de livres, tout droit sortis du Salon du même nom dont elle venait de s’échapper, les pieds encore meurtris par le piétinement incessant dans les allées interminables.

– Bonjour Mademoiselle, vous désirez ? Le garçon de café la dévisageait sans gêne aucune et cela acheva ses nerfs tendus comme la corde stridente d’un violon désaccordé . – Un café ! aboya-t-elle. Le serveur rondouillard s’inclina, un sourire narquois sur sa face luisante avant de s’éclipser. Elle attendrait avant d’aller se poudrer le nez, elle ne tenait pas à recroiser ce regard humide de vieux cochon en mal d’amour… Elle pensait à ses amis Georges et William qu’elle avait quittés sans prévenir, profitant d’une séance de dédicaces que Georges attendait depuis la veille. Elle était sûre qu’il ne la chercherait pas avant une bonne heure. Et William, faisant tout comme Georges, elle voulait croire à ce moment de solitude bienvenu. Retrouver ce quartier qui l’enserrait de souvenirs heureux, même la chanson de la pluie qui battait contre la vitre lui parlait encore et toujours de Lucas. Cévenol comme elle, ils avaient grandi ensemble puis étaient montés faire leurs études à Paris, avaient vécu cinq ans  dans ce quartier proche des Facultés avant que l’appel de la montagne ne s’empare à nouveau de Lucas. Une montagne lointaine, inaccessible mais qui convenait à son sujet de thèse.  Il devait revenir six mois plus tard. Un an avait passé et elle n’avait plus de nouvelles. Enfin, si…un soir de décembre au retour d’une balade frileuse, un coup de téléphone  et des mots qui s’éloignaient au fur et à mesure que l’homme parlait : »Un terrible accident…neige trop molle…avalanche, on ne l’a pas encore retrouvé…gardez espoir… » Trois mois de silence venaient de passer, elle s’étourdissait, travaillait d’arrache-pied mais un vide insondable  l’habitait, un vertige qui l’empêchait de se pencher sur son avenir. Elle avait bourlingué entre-temps, rien n’y faisait ou plutôt ne défaisait cette histoire. Son portable vibra. Georges ! « Alors ma belle, mais où es-tu ? Nous te cherchons depuis une heure ! Tu as rencontré quelqu’un?… »  -Pas du tout, je ne suis pas loin, mentit-elle, attendez-moi près de la station de métro, j’arrive…Voui, voui, bisous bisous « .

En se levant, elle paya cher l’heure passée sans remuer un cil,  son immobilisation de statue grecque réveilla quelques raideurs ; elle trébucha et en s’accrochant à la table voisine elle y vit un périodique ouvert à une page où s’élançait une montagne immaculée de neige sous un soleil trop blanc et sous un ciel trop bleu. Elle lut rapidement l’article qui accompagnait la photo et s’écroula lourdement sur la chaise la plus proche. Les mots chahutaient sous ses yeux, c’était une farce : au Népal, la montagne venait de rendre un corps comme la mer capricieuse ramène les marins disparus les jours de tempête. Elle sortit en courant du café, oubliant ses précieux livres, héla un taxi et lança triomphante : « Roissy Charles-de-Gaulle,  s’il vous plaît ».

Elle préférait ne pas penser à ses amis qui allaient devoir l’attendre plus longtemps et ne chanteraient pas ses louanges ce soir… Elle songeait déjà à ce qu’elle allait bien pouvoir  leur dire…