LES PLUMES 46 – Les textes s’échappent !

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Je ne sais pas chez vous, mais ici il pleut depuis une semaine à gros bouillons, comme si le ciel pleurait lui aussi… pour ajouter à la tristesse.  Vous avez été 27 à participer (à l’heure où je mets sous presse j’ajoute les retardataires)  (moi incluse), ça nous fera de la lecture ce week-end pour nous changer les idées !!

Par ordre d’arrivée des liens, tadadam nous accueillons deux nouvelles, Sev et Prudence, soyez gentils avec elles !

Sharon, Marina Chili, Nunzi, Thiébault de Saint-Amand, PatchCathMarlaguette, Sev, (Bienvenue Sev !^^),  DomicanoMartine, Jacou, Soène, Ghislaine, Carnets paresseux, Adrienne, Cériat, Marie-Jo64, Nadège, Prudence petitspas (Welcome, Prudence !^^), Célestine, Martine27, EmilieBerd, Valentyne, Modrone, Mart. LilouSoleil. Eva and family, . Et L’Or Rouge, fin janvier 2016 que les mots de cette liste ont inspirée.

Et mon médiocre texte ci-dessous :

LES DEUX VIES D’UN POÈTE…envol oiseau main qui lâche

Le jour finissait brutalement en cette mi-novembre dans le dernier froissement d’un couchant maussade, aux couleurs délavées par les brumes d’automne. Dans une majestueuse envolée, de grands oiseaux noirs regagnaient leur nid, entre les pierres du vieux clocher. C’était l’heure de l’angélus. Le poète au doux visage, debout derrière sa fenêtre, alluma une cigarette, bercé par des pensées qui oscillaient au même rythme que le carillon des cloches. Il ne respirait plus, cherchant à savoir pourquoi cette heure de la journée lui faisait un tel effet. Mais il ne trouva pas.

Au moment où la lune montait entre les arbres déplumés, il se souvint qu’il était mort depuis longtemps déjà. En glissant sur une balle de tennis. Stupidement. Il habitait toujours son ancienne maison, abandonnée aux vents coulis. Il n’avait pas eu d’enfants et sa veuve avait déménagé. Elle n’aimait pas les héritages, les partages et elle avait juste quitté les lieux chargés de trop de souvenirs. Elle avait refait sa vie comme on dit mais venait de temps à autre, par acquit de conscience déposer un chrysanthème au cimetière. Il sourit en pensant à l’épitaphe qu’elle avait fait graver dans le marbre : « Le destin a voulu qu’il nous quitte trop tôt. Il est mort en poète, comme il avait vécu, en gardien des belles lettres qui traversent le temps. Il était comme ses livres, éclairé de l’intérieur, il était mon phare dans la nuit. Il continuera à vivre à travers l’oeuvre qu’il nous a laissée. »  Il faudrait qu’il pense à la récrire, mais comment l’envoyer à sa femme sans éveiller les soupçons ?

Il n’aurait jamais imaginé cette vie-là après la mort, elle ne correspondait en rien à ce qu’on lui avait appris, ni aux hypothèses scientifiques les plus sérieuses, comme les plus farfelues. Quoique… il se rapprochait de ce que d’aucuns appelaient fantômes. Il était invisible, ne ressentait rien et n’éprouvait ni désir de manger, ni besoin physique. Seule son âme n’avait pas changé. Il avait élu domicile au grenier et après avoir ressorti son écritoire d’encre et de plumes, il emplissait ce temps sans horloges à noircir des pages blanches. Comme avant mais avec une émotion décuplée, une sensibilité réchappée de la vie et de la mort. Comme dans les contes de son enfance, il se déplaçait d’un lieu à l’autre dans un souffle de vent, il aurait pu visiter le monde, en cavale sur le dos des nuages, lui qui n’avait jamais aimé les voyages mais il préférait ses fugues dans l’univers des auteurs disparus et de leurs personnages. Ce soir Alice passerait lui demander s’il avait vu son lapin et il ne répondrait pas, ne voulant pas changer le cours de l’histoire qui s’écrivait. Marcel dépérissait depuis qu’il ne cherchait plus le Temps perdu et Ariane, la belle du seigneur délirait encore dans sa baignoire.

Une odeur de poudre de riz ferma la porte à ses rêves désordonnés, c’était le signal. Sa plume l’attendait. S’abstraire de toutes choses pour écrire, voilà ce qui lui avait manqué de son vivant. Le vent dans les ramures ressemblait à des sanglots, des sanglots longs…il tenait le début de son poème !

©Asphodèle – 20 novembre 2015.

 685 MOTS POUR tout LE BILLET ! Avec les 25 mots qui suivent et qu’il y avait à placer (on pouvait en ôter deux) :

Belle, gardien, lapin, destin, envolée, fermer, souffle, partage, quitter, s’abstraire, voyage, cavale, réchapper, chose, respirer, poète, nid rêve, vie, doux, fugue, oiseau, imaginer, balles, poudre, bercé.

LES PLUMES 14 – Les textes autour du Monde !

la photo vient du Tumblr de Lylouanne. Je vous invite vraiment à le visiter ainsi que son blog, vous serez bien reçus ! Clic sur le logo si le coeur vous en dit !

la photo vient du Tumblr de Lylouanne. Je vous invite vraiment à le visiter ainsi que son blog, vous serez bien reçus ! Clic sur le logo si le coeur vous en dit !

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Syl. a bien assuré l’intérim pendant mon absence et je l’en remercie encore. En rentrant mercredi soir, j’ai repris mon carnet et j’ai vu qu’il y avait (déjà) 15 liens à mettre, que je les avais dans le désordre par rapport à l’ordre d’arrivée sur le blog, (les smartphones ont leurs limites), j’ai donc décidé de présenter les participants par ordre alphabétique afin de ne froisser personne. Je rappelle aussi que les vacances s’achèvent (snif) et qu’Olivia reprend Des mots une histoire dès lundi prochain sur son blog Désir d’histoires, ICI. En tous cas, merci aux très nombreux participants de cette saison 3, aux nouveaux qui ont su s’intégrer à la bande de mabouls que nous formons  !!! Bonne rentrée à tous, que vous soyez ou non partis en vacances ! Lire la suite

DESIR D’HISTOIRES 37 – Ne vous méprenez pas !

Assis en tailleur sur les azulejos qui ensoleillent mon carrelage en son centre, béat, perdu dans la contemplation de mon nombril qui ressemble à s’y méprendre à un bouton d’orchidée, j’attends la révélation tropicale qui me fera cesser d’hiberner.

Avais-je déjà ce chromosome en moins à la naissance ? Sûrement, on a omis de m’en parler… voilà tout. Pourquoi rouvrir aujourd’hui la boîte de Pandore ? Les questions s’agitent pendant que des souvenirs ostentatoires s’empressent de me tenir la dragée haute. Déjà, sur le chemin de l’école, mon cartable trop lourd me laissait de guingois sur le bord du chemin, raviné par les premières pluies d’octobre. Qu’ils étaient lourds et tranchants mes souliers neufs pour faire les deux kilomètres à pied ! En chemin,  je m’asseyais sous un grand chêne, plus vieux que tous les anciens du village réunis, je sortais mon ardoise et, avec le petit bout de craie blanche volé au maître, j’écrivais en majuscules déliées,  un mot, un seul : combat. Et de l’avoir écrit, je me sentais plus fort, protégé par ce mot qui claquait comme le drapeau d’une victoire anticipée.

Je passais ensuite devant le Café des Amis et une déjà vieille de trente ans, ivre de folie et d’alcool entonnait une ritournelle désenchantée, vrillée de trémolos de sa création. L’air continuait de trotter dans ma tête, inlassable rengaine qui me bouffait l’esprit. Plus tard en classe, au deuxième rang, à côté de Germain, j’imaginais ma vie loin, très loin des brumes du marais qui m’asphyxiaient en permanence. Jusqu’au jour où Germain posa discrètement sa main sur ma cuisse et me refila un vieux bouchon en liège qui sentait le vin :  c’était le code pour nos embrassades furtives, les soirs où personne ne venait le chercher. J’avais enfin un ami, quelqu’un à qui EN parler. Mes certitudes d’alors, teintées de passion adolescente m’ont poursuivi longtemps. Avec mon combat.

Aujourd’hui, je regarde le soleil illuminer le soir qui se pose sur mes longues mains, douces, manucurées. J’ai pu partir et me faire opérer. Avec Germain, nous avons apprivoisé le temps, nous lui avons dit que nous attendrions celui qu’il faudrait mais que jamais je n’abandonnerais le chemin parcouru,  pour être femme, enfin…

C’est ma participation au jeu Désir d’histoires (37) de Livvy où il fallait caser les 22 mots suivants : création – orchidée -révélation – combat – cartable -bouffer – tropical – contemplation – passion – hiberner – boîte – ancien – apprivoiser – ritournelle – asphyxie – folie – ostentatoire – azulejo – chromosome – imaginer – ardoise – bouchon.

Mademoiselle vit sa vie…

Ma deuxième participation au Jeu d’Eiluned , « Rendez-vous avec un mot » et le mot de la semaine était charmeur

Quand fleurissent les premiers marronniers sur les boulevards parisiens, quand tout le monde éternue en se frottant les yeux, Mademoiselle reprend goût à la vie. Elle peut enfin ouvrir le toit de son cabriolet et filer comme l’éclair aux soirées privées où sa présence suscite toujours des oh et des ah admiratifs. Elle n’en a cure, insoucieuse de cette image superficielle qu’elle renvoie ; l’ennui commence à s’insinuer dans ses veines…

Elle arrive au Florie’s sous les flashes crépitants des photographes postés ici et là, arborant pour eux machinalement le blanc parfaitement aligné de son sourire. Ce qui ne l’émeut plus depuis longtemps déjà. Elle sait la volatilité des images éphémères, elle sait l’éphémère des soirées où elle s’énivre. Et elle sait que les lendemains d’ivresse sont douloureux. Ses rêves et ses illusions noyés la nuit remontent à la surface au petit matin triste qui sonne l’heure d’un coucher solitaire. Le sommeil artificiel… encore une fuite en avant, oublier, toujours oublier. Ce qui devient vivace, lancinant et obsédant… Lire la suite

DÉSIR D’HISTOIRES 29

Ma participation au jeu hebdomadaire d’Olivia Billington, aussi appelée Livvy et que vous retrouvez  si vous souhaitez connaître les règles. Les quinze mots imposés de la semaine sont : hélicoptère -voleur – maille(s) – sublime – sympathie -pissenlit – ébouriffé – québecois -isolé – manger – chapeau – dromadaire – joie – faim -explosion – lapin.

 

FUGUE ET BÉMOLS

Les épaules lourdes de neige et de fatigue, le Québecois s’engouffra sous un porche, la peur au ventre. La faim aussi. Deux jours de cavale, de cache-cache avec ce qui portait képi lui avaient mangé le visage de barbe drue. En se frottant la joue, il pensa à sa petite princesse qui n’aimait pas quand il « piquait ». Des larmes épaisses, qui refusaient de couler restèrent au bord des cils comme la nausée amère qui soulevait sont ventre vide. Tapi dans l’ombre, son chapeau feutre lui descendant jusqu’aux yeux, il se laissa glisser le long du   mur décrépit par une explosion de graffitis plus ou moins réussis. Un squat ! la providence se mettait-elle enfin de son côté ? Un sourire sans joie lui parcourut l’échine. Pourquoi et comment en était-il arrivé là ? Sa chute, telle une spirale ébouriffée lui remettait les yeux en face des trous. Il fallait qu’il avance encore au lieu de regarder derrière, un souvenir toujours coincé sur l’épaule, avec les yeux de sa blonde qui ne lâchaient pas les siens. Il ne put s’empêcher de jeter un oeil à sa montre, rescapée qui le narguait en lui donnant l’heure de son autre vie. Celle qui l’attendait là-bas, dans une rue animée de Montréal où dormait une femme sublime, la sienne.

En entendant vers le fond,  les rires ébréchés des occupants, il se dit que non, il ne pouvait pas s’éterniser, piège souterrain où il finirait par se disloquer complètement. Et le lieu n’était pas vraiment isolé. Bloqué dans ce Paris qu’il connaissait mal, il rêvait de déambulations nocturnes, de verres avalés sur le coin d’un zinc luisant, à refaire le monde avec ceux de la nuit, perdus dans leurs rêves trop grands d’errants désanchantés. Juste assis là, avec eux, sur un tabouret, regarder, participer ou se taire. Il aimait aussi ce qu’on ne disait pas. Les silences où son violon pinçait toutes les larmes et les rires de la terre. Sa dernière tournée à Prague était une aubaine, lui permettant d’anticiper la vie sur une année sans avoir à se préoccuper de ses finances souvent distendues. Sauf que Prague avait été le début des ennuis.

Au moment ou la troupe allait quitter l’hôtel, le Stradivarius du chef d’orchestre avait disparu et ils avaient dû rester un mois de plus pour répondre aux enquêteurs, avides de boucler l’affaire. Le gouvernement tchèque ne voulant pas s’empêtrer dans un fait divers en passe de devenir un incident diplomatique,  puisque  certains droits élémentaires au Québec ne leur étaient ni garantis, ni assurés en Europe. Il se grilla une dernière cigarette avant d’affronter à nouveau la neige et le froid qui venaient de s’abattre sur la plus belle ville du monde. Qu’il eût pu passer pour un voleur, allait encore, tous étaient suspects mais voila que Diva Calistia, la soprano avait été retrouvée morte le lendemain du vol, dans la chambre miteuse de cet hôtel de seconde zone qui les hébergeaient gratuitement. En y repensant, il frissonna de dégoût  : cette vieille peau lubrique, qu’il eût fallu dater au Carbone 14 pour savoir son âge exact lui jouait encore une mauvaise partition. Un excédé du tympan lui avait tranché la gorge et les cordes vocales pour être sûr de ne plus entendre ses stridulations matinales qui vous vrillaient les nerfs dès potron-minet. On avait hélas retrouvé son ADN sur les draps, lui qui s’était pourtant toujours tenu à distance de cet hélicoptère ambulant dont les pales du dernier lifting tournaient dans le vide et les replis du visage laid et fané. Sans réfléchir plus avant, il avait pris le premier avion pour Paris. Et aggravé son cas, tout en ne sachant pas comment il avait échappé aux mailles du filet tendu à l’aéroport.

Sur le trottoir d’en face un restaurant attira sa sympathie, quand il lut le nom sur une enseigne épileptique à force de clignoter : « Le Dromadaire Ailé » ce qui lui rappella cruellement qu’il avait faim, qu’il avait jeté son portable et qu’il lui fallait joindre absolument sa femme et sa fille. Il entra dans un décor des mille et une nuits en stuc et en toc, aussi désert que le Sahel où était né l’animal. Une jolie femme, vêtue d’une longue robe blanche exotique l’accueillit avec une joie non feinte : « Vous désirez Monsieur ? ». Encore étourdi par ce passage brusque à une température clémente, il murmura, comme s’il se sentait épié, qu’il mangerait bien quelquechose. « Pardon ? » A son regard surpris, il comprit que son accent y était pour quelque chose. Il était habitué et son surnom n’était pas usurpé. « La carte s’il vous plaît ». Il regarda brièvement le maigre menu où fleurissaient des noms inconnus. « Je commencerai par une salade de pissenlits, s’il vous plaît » dit-il dans un soupir désolé.

Richie referma les pages de ce mauvais polar, soulagé de voir sa  fille dans l’encadrement de la porte, le pouce dans la bouche et son petit lapin blanc serré contre elle. « Papa, papa, tu viens manger les crêpes au sirop d’érable ? » dit-elle en lui fourrant son lapin sous le nez. Il s’empara de l’animal, sachant qu’elle allait lui courir derrière pour le lui reprendre, c’était leur jeu préféré et elle était têtue… Il embrassa sa blonde à lui pendant que sa princesse gesticulait et se dit que la vie valait parfois mieux que de mauvais livres…