LE K de Dino Buzzati

Le K de BuzzattiHeureusement que cette lecture était une Lecture Commune et que je m’y suis prise dés fin décembre, car lire ces cinquante nouvelles à la file eût été indigeste ! Il faut passer le cap de la dizaine pour en saisir les subtilités, même si, comme toujours dans une telle quantité, elles ne se valent pas toutes… Lire la suite

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LE LIÈVRE DE VATANEN D’Arto Paasilinna

©1975,  ©1989 pour la traduction française d’Anne Colin du Terrail. Vu la date de parution, je ne sais pas si le terme « nature writing » s’employait alors mais le Lièvre de Vatanen entre largement dans cette catégorie, le burlesque en plus ! C’est un livre âpre et tendre, drôle voire loufoque. Si ce n’était l’histoire d’un homme qui se succède en chapitres courts et décalés, on pourrait croire qu’il s’agit de nouvelles. L’histoire se déroule en Finlande. Elle commence en juin entre Helsinki et Heinola lorsque Vatanen, journaliste de son métier rentre en voiture à Helsinki avec son collègue photographe. Ce dernier, au volant heurte violemment un lièvre. Vatanen se précipite, retrouve la petite boule blanche blessée à la patte, lui confectionne une attelle et décide à ce moment là de ne plus rentrer chez lui, ne répond pas aux appels de son collègue et constate que sa femme, finalement le fait « chier »… L’errance commence, s’articulant tout d’abord autour du levraut, (comment le nourrir, le garder légalement),  et d’un rapprochement évident, attendu presque,  avec la nature. Lire la suite

JOURNAL D’UN TUEUR SENTIMENTAL de Luis Sepúlveda

Voilà un petit livre riche en testostérone et rebondissements dont les brèves 82 pages ont enchanté (joyeusement) mon réveil… Envoyé par mon amie Réjanie il y a quelques semaines, je l’avais commencé (trois pages) et bof-bof ! En le lisant d’une traite ce matin, l’impression est toute autre ! Certes ce n’est pas un chef-d’oeuvre mais quel talent pour nous raconter cette histoire en si peu de pages ! Idéal pour participer aux jeudis de George (voir à la fin du billet) ! Lire la suite

FREAKY FRIDAYS de Brigitte Aubert

Freaky Fridays de Brigitte Aubert – Collection Vendredi 13 des  Éditions La Branche (elb) 15 €, 221 pages, 8 janvier 2012. Et ma note : 4/5.

Quatrième opus de cette  collection dont les livres ont en commun le thème du Vendredi 13 ! La présentation et la couverture sont très soignées, j’aime beaucoup le style épuré mais…convaincant, l’oeil qui nous fixe, l’oeil de Moscou ? Hé hé, on n’en est pas si loin. Vous faire partager ma lecture aujourd’hui était une évidence ! Ne soyez pas superstitieux, vous risquez de croiser le pire… Et méfiez-vous des mamies en robe-blouse à qui on donnerait le bon Dieu sans confession ! Lire la suite

UN JOUR JE SERAI ROI de Jean-Michel Riou

Flammarion © novembre 2011, 611 pages.

Moi  ? Lire un roman historique ? Il y a des hasards qui font que… ce pavé s’est retrouvé entre mes mains et je l’ai dévoré en peu de temps. C’est quand même un « page-turner’, bien écrit et qui nous emmène à l’époque de Louis XIV, à Versailles, mais aussi dans le Paris populeux, grouillant, celui des mondes parallèles à la Cour qui ont permis à Versailles d’être… Lire la suite

LA REINE DES LECTRICES de Alan Bennett

Oh My God ! La reine d’Angleterre, maintenant âgée de 80 ans a une nouvelle passion dévorante et incompatible avec sa charge : la lecture ! Ses conseiller, premier ministre et autre « filtre » qui la coupent du monde vont bien essayer de tout faire pour l’en détourner, que ce soit en lui cachant ses livres, en sabotant les colis qui en contiennent, en virant un tabellion fraîchement embauché qui partageait sa passion, rien n’y fera ! Lire la suite

LE CHIEN QUI A VU DIEU de Dino Buzzati.

Folio Jeunesse, 82 pages.
En retrouvant ce livre, deuxième titre Jeunesse avec Dieu dedans, je me dis que la crise mystique de mon fils a duré plus longtemps que je ne le croyais… Par l’auteur de  » Le désert des Tartares ». Lire la suite

ABOUT FITZGERALD… Quelle est votre préférée ?

Cela semble nébuleux comme titre… Mon ami Aircoba, que l’on retrouve ici maintenant m’a envoyé ce lien sur un site qui nous parle de Francis Scott Fitzgerald. Il suffit de le suivre et de me dire (ou pas) quelles phrases, extraites de son oeuvre,  numérotée de 1 à 25 vous préférez. La n° 25 étant hors compétition… Et il y a de très belles photos comme celle-ci ci-dessus ou celle en bas avec Zelda , en bonus… Parce que Fitzgerald est une icône de la génération des Enfants du Jazz, que cela fait 71 ans qu’il est mort mais il est beaucoup plus lu que de son vivant… Et les amoureux ne s’en lassent pas ! D’ailleurs le plus beau billet que j’ai lu sur Gatsby Le Magnifique, c’est celui d’Aircoba. Allez le lire, si le coeur vous en dit ! Vous m’en direz de nouvelles…

RIKKI TIKKI TAVI, LA MANGOUSTE de Rudyard Kipling

Editions Hachette Jeunesse, © 1992 pour la traduction et les illustrations, illustré par Marcelle Geneste. Collection Copain, 62 pages.

« Ceci est l’histoire du terrible combat que mena Rikki-tikki-tavi, toute seule,  dans une salle de bains d’un grand bungalow, du camp de Segowlie, aux Indes ». Lire la suite

Et Dieu dans tout ça ? de Marie Desplechin

Neuf de l’école des loisirs – 1994 – 127 pages.

Une découverte dans mes cartons « Jeunesse » pas encore ouverts et que je me suis empressée de dévorer hier après-midi alors que la pluie et l’orage ont fait leur grand retour, nous plongeant en pré-automne dès 16 heures…

Le petit Henri, dix ans et curieux, s’ennuie ferme dans sa classe de CM2, dépassé et dégoûté par ses mauvaises notes, le harcèlement de ses parents. Il décide qu’il va passer l’année à s’intéresser à Dieu « à fond » et voir ainsi si cela aura (ou peut avoir) un effet direct et positif sur son travail. Après avoir interrogé sa mère, qui n’a jamais d’avis tranché sur rien et le laisse dans le doute,  » Répondre à une question par une question : voilà sa grande ruse, celle qui lui permet de ne jamais se décider. Evidemment je ne lui ai pas répondu. Elle ne m’aura pas à ce petit jeu-là. » Son père athée balaie la question d’une réponse n’admettant que peu de répliques, il croit trouver chez sa grand-mère un semblant de piste. Cette quête l’amènera à briller lors d’une rédaction, puis à approfondir le sujet à la demande de sa maîtresse en concoctant un exposé complet sur les religions. Aidé de son oncle Alfred, jeune et un peu farfelu, il écume la bibliothèque, découvre la vastitude du sujet, creuse le sujet et recueille l’admiration de sa classe ! Ainsi qu’un 10/10…

MON AVIS

La question de l’existence de Dieu est rarement évoquée dans les livres Jeunesse, je dois dire que Marie Desplechin ouvre une réflexion intéressante sur le sujet, en faisant découvrir à Henri la multiplicité des religions. Quant à la foi, c’est une autre question, soulevée mais traitée d’un point de vue neutre, sans prise de position sur « faut-il croire ou non » ? mais terminant la réflexion par « C’est une question qui se discute « . J’ai beaucoup aimé l’humour, la sensibilité avec lesquels ce sujet délicat est traité et si des parents sont désemparés pour évoquer Dieu face à un enfant en demande, ce petit livre est parfait !

SUR L’AUTEUR

Marie Desplechin est née en  1959. Journaliste et écrivaine, elle compte plus d’une quarantaine d’ouvrages à sa bibliographie, majoritairement des livre Jeunesse. Pour en savoir plus, c’est ici

UNE TOUTE PETITE HISTOIRE D’AMOUR de Christophe Honoré

Dans la collection Neuf de l »école des loisirs, 1998.

Il s’agit là d’une grande et immense histoire d’amour entre un fils et son père. Comment  un gamin de douze ans va-t-il à la rescousse du naufrage qu’est devenu la vie de son seul parent, celui qu’il connaît depuis la naissance puisque la maman est morte en couches ? Un livre espiègle, touchant et au style enlevé. 94 pages qui s’avalent en une heure de temps et nous remontent le moral ! Lire la suite

AU-DELA DE CETTE LIMITE VOTRE TICKET N’EST PLUS VALABLE de Romain Gary (1975)

Au-delà de la métaphore qu’est le titre et qui n’est pas un slogan affiché pour une compagnie aérienne, ce roman aurait eu du mal à paraître aujourd’hui, à l’heure où le Viagra a révolutionné la sexualité masculine (et aurait peut-être changé la donne pour notre héros malheureux), ce livre est beaucoup plus qu’un énième essai sur l’impuissance, puisque dès le début, le héros est amené, pour ses affaires florissantes à s’intéresser à Venise qui s’enfonce elle aussi vers un déclin annoncé. La réflexion sur certaines échéances au-delà desquelles notre ticket n’est plus valable est bien plus profonde que le thème récurrent de l’impuissance masculine.

Jacques Rainier, 59 ans est au faîte de sa puissance sociale et amoureuse lorsqu’un incident de prostate lui met Popaul en berne et l’oblige à se pencher sans cesse vers cet instrument du plaisir qui devient un instrument de torture. Sa jeune maîtresse brésilienne, Laura, trente sept ans de moins que lui au compteur, qui l’aime comme on aime un homme et non un père n’y voit que du feu au départ mais tout le livre est axé sur cette débandade qui va sonner le glas d’une époque, d’un statut et d’un ego.

Je ne vous ferai pas comme d’habitude « L’HISTOIRE », puis « MON  AVIS », les deux s’étant trop imbriqués au fil de ma lecture pour que je puisse les dissocier. Je n’ai pas trop aimé ce livre au départ, je n’arrivais pas à rentrer dedans, ces histoires d’hommes d’affaires, Jacques Rainier, Mister Dooley, magnat américain que Jacques considère comme l’incarnation absolue des valeurs américaines avec ce qu’elles ont de positif dans une réussite (très bof), puis la prostate qui  annonce la couleur, bref… Et la magie Gary a opéré, dès qu’il a commencé à parler de sa relation avec Laura et surtout à parler tout seul en permanence avec une férocité douloureuse dans l’humour et l’auto-dérision qu’il s’inflige. Il y a le Jacques Rainier qui vit, qui aime, qui peut ou pas, et celui qui regarde Jacques Rainier de l’intérieur, lui attribuant ici, de la lâcheté, là, de l’orgueil mal placé, ou encore des petites faiblesses humaines qui ne l’exonèrent en aucun cas d’être ce qu’il est, il est impitoyable avec lui-même : « Peut-être manquais-je de fraternité envers les femmes et que, sans fraternité, l’amour et le bonheur ne sont eux aussi qu’un championnat du monde. Il y a la virilité et il y a l’infection virile, avec ses millénaires de possession, de vanité et de peur de perdre. » Alors, il anticipe ce moment où il va chuter, il se trouve un alter ego, un phantasme, Ruiz, qui l’aide « techniquement » à faire remonter la bête lors de ses ébats avec Laura. Il voudrait se persuader qu’il y arrivera encore mais jusqu’où va-t-il tenir ? Il goûte les moments glorieux auprès d’elle comme des rab’ de grâce qui lui sont accordés et nous, nous chavirons avec lui :  » Reste ainsi. Ne bouge pas. Donne-moi ton souffle. De petites éternités égrènent  leur infini sous mon poignet et pour une fois, elles ne parlent pas du temps qui passe, mais de celui qui s’est arrêté au bonheur. (…) : si je fais un mouvement qui te prive de gîte , tu murmures, et en quelques baisers, remets le monde en place. Laura…Je sens des larmes dans mes yeux mais c’est seulement parce que je pense à mon vieux chien Rex qui a remué la queue à ma vue avant de mourir. » (Il ne peut pas s’en empêcher de « pirouetter » !)

En parallèle de cet amour qu’il ne veut pas perdre mais qu’il se sent dans l’obligation de quitter, comme une ultime élégance, il va jusqu’à envisager le suicide mais il est encore « trop coté en bourse » et l’assurance décès qu’il laisserait à son fils ne marcherait pas. Il en devient corrosif d’humour, refait la guerre, ses campagnes militaires et ressort ses décorations pour se donner du courage et tourne tout, absolument tout en humour noir. Mais aussi, quand il parle mécanique, c’est du cru, du vert, il y met les doigts :  » Il n’y a rien de plus mauvais pour la prostate et les conduits séminaux que l’érection prolongée sans éjaculation et sans vidange des glandes. La congestion des vaisseaux est terrible. » Et je vous saute d’autres passages encore plus fournis en détails de ce genre ! A vous de les découvrir et de garder ce demi-sourire parfois noué de larmes qui ne nous quitte pas. Car on sait bien « que la Tour de Pise ne se redressera pas » et que Venise, continuera de s’enfoncer…

Certes, les références à l’actualité ont vieilli, les moeurs ont évolué, ce roman m’a semblé très warholien dans la forme comme dans le fond à certains moments, des négatifs de photos trop colorés, kitchissimes ou simplement sublimes ! Regardez comment à fini ce livre en annotations et pourtant il ne m’a pas plu au départ ! Heureusement… au-delà… « J’étais au-delà de tout et plus rien ne pouvait m’arriver. L’univers était né d’une goutte d’ironie dont l’humanité n’est qu’un des sourires. » Et ce long cri, solitaire et douloureux  du coureur de fond épuisé d’avoir lutté nous poursuit dans la nuit.

Lecture commune avec , Catie , Mazel , Rotko du Forum Grain de Sel, Sév des Chroniques Assidûes, Jul du Parfum des livres. Et certainement d’autres du Forum de Grain de Sel, forum où je n’ai pas eu le temps de retourner, sorry !!

Et bien sûr pour le Challenge de Delphine chez Delphine’s books and more

QUELQUES MOTS A LA COLLE POUR L’ENVOL de Nareva

Recueil poétique illustré, Editions C Du Lourd, 56 pages, 12,90 €.

Pour le pitch, je reprendrai un passage de la 4ème de couverture et quelques mots de l’auteure dans son avant-propos :  » Quelques mots à la colle pour l’envol » est le premier recueil  poétique illustré publié  par  Nareva aux Editions C Du Lourd . Il est question de poésie en suivant le fil d’une vie comme on regarderait, assis au bord de celle-ci, un fleuve. » Et dans son avant-propos, l’auteure se présente ainsi   : « Ecrire comme l’on respire. Des mots à la colle comme des ressentis qui parsèment la vie. La correspondance des sens, c’est la mère de ma plume, celle qui peuple mes percussions à jamais emplie d’illusions. (…) La rime n’est pas orthodoxe. Le nombre de pieds n’est point calculé. (…) Cette poésie n’a pas la cadence coutumière attendue (…) ».

 Décortiquer la poésie, comme nous l’avons appris à l’école, me semble parfois être une hérésie. Apprendre ce qu’est une métaphore, un alexandrin, soit, mais dépiauter un poème ligne par ligne est un exercice auquel je me refuse.

Un poème est avant tout une envolée, une main qui ne se lève de la feuille qu’une fois le souffle expiré ; il traduit une émotion, il fixe un instant de vie attrapé au temps, il déploie les sentiments et les vibrations en corolle palpitante de fleurs qui s’ouvrent ou se fanent, que ce soit en vers où effectivement la rime n’y est pas toujours, ou en prose qu’elle ne fait pas mais qui en a souvent le ton, léger et surtout pas ampoulé. Les quarante-quatre poèmes déclinés en cinq parties  de Nareva sont tout cela. De la genèse (Inspiration, La magie de l’enfance), à la mort (La Dame aux Cheveux Blancs, La Mort par Correspondance) en passant par la vie et nos introspections sur des chemins caillouteux et souvent tortueux (Regarde-toi par la racine, Évasion), aux fulgurances de l’amour et les déclarations à l’amante, à l’amant (Que garder ?,  Doute ou Lucidité), elle nous prend par la main et nous emmène dans ses balades le long d’un fleuve, en elle, avec elle, nous faisant toucher du doigt l’infini des possibles et des illusions perdues ou à venir. En outre, il existe une vraie musicalité dans ces poèmes, des chansons pratiquement où des refrains sont scandés, litanies parfois sombres mais jamais désespérées, lucides. Au plus triste, subsiste toujours un éclat de lumière, prisme du miroir clignotant sous le soleil qui guide ses pas au fil de l’eau qui sinue et s’insinue en nous, on entend cascader les mots, résonnances musicales comme dans Sensations où le refrain mélodieux et sensuel est une ode à l’amour, à la passion quand elle se glisse sous notre peau enfiévrée :

«  S’laisser glisser sur les contours lisses du désir

Pénétrer dans son antre, aller et venir

Pour atteindre les mille et un plaisirs

C’est caresser les yeux, voir

C’est inviter le son à entrer, ouïr

C’est caresser des mains, toucher

C’est déguster du palais, goûter

C’est parfumer son esprit, sentir

C’est la vie ! ».

 Les illustrations à l’encre de chine (ou au crayon ?) en noir et blanc accentue la mélancolie des clairs-obscurs, font émerger la lumière qui se lève ou se couche, dans son poème « Merci Charles », elle remercie celui qui a su mettre du « noir, des courbes et du relief » en « correspondance » avec son univers.

Et pour finir,  un extrait de « De passage » qui nous ramène à l’essence de la vie, de la nôtre, des autres, à la vibration qui chante comme un écho mélodieux aux multiples facettes :

« Chacun son ancre, son histoire

Toujours tu reviendras à elle

La peau brûlée par mille soleils

Chacun son ancre, son histoire

On poursuit sa vie au hasard

Le crépuscule de nos jours y ramène.

Chacun son ancre, son histoire

La boucle est bouclée, il est tard

On vient y terminer le voyage, un soir. »

MON AVIS

J’aime beaucoup la poésie et je n’ai pas été insensible aux vers de cette poétesse qui signe là un premier opus bien maîtrisé, bien construit même si la rime comme elle le dit elle-même n’est pas « orthodoxe, ni le nombre de pieds, calculé », ce qui en fait le charme également et donne à l’ensemble une sonorité plus proche parfois de la chanson que du poème classique. Par ailleurs, elle ne revendique pas non plus l’autobiographie dans ses écrits mais plutôt une universalité où chacun peut se reconnaître à un moment donné de son existence, y trouver un écho et des correspondances frissonnantes dans un style fluide, musical et accessible . J’ai beaucoup aimé. A découvrir pour les amateurs du genre. La couverture est également très belle et les illustrations en adéquation avec ses poèmes. Seul léger bémol, que j’attribuerai à « l’étourderie » : une ou deux coquilles orthographiques….mais rien de bien méchant ! J’ai vu  pire et chez des maisons d’édition réputées !

SUR L’AUTEUR

Pas grand-chose sur la toile à son sujet, donc je reprends le petit encart la concernant en 4ème de couverture: Elle vit dans le sud de la France. Certains de ses poèmes ont été le support de chansons, elles est sociétaire SACEM. Passionnée par la lumière et la manière dont elle inonde la nature et les êtres, elle fait également de singulères photos d’artistes et de paysages pour CreArt  de C Du Lourd.

A PROPOS DES AGENTS LITTERAIRES

Je les remercie tout d’abord de m’avoir permis cette rencontre. Ils font la promotion de nouveaux auteurs, ce qui a tout pour me plaire, dans de nombreux domaines (romans, essais, poésie, livres numériques, etc). Je vous encourage à aller sur leur site, ici, de lire les critiques qui y sont déposées et de constater l’énergie qu’ils déploient pour assurer la visibilité de ces nouveaux auteurs. Leur lien (il est déjà dans les miens) mais je vous le donne en entier : http://www.les-agents-litteraires.fr

 

Les loupiots et la chèvre de Monsieur Seguin de Bruno Heitz

Livre Hachette Jeunesse, collection Copain, à partir de 6/7 ans, 40 pages. 1991.

Ou l’histoire de la Chèvre de Monsieur Seguin revisitée avec humour !

En effet, les loupiots ici sont fils de loup, vivent dans leur famille avec maman et papa loup dans une maison. Le soir, avant d’aller se coucher, papa avant d’aller « travailler » (et oui un loup ça travaille la nuit !), leur raconte l’histoire de la chèvre de Monsieur Seguin, ce qui met les loupiots en transe. En cachette, ils partent à l’assaut de la montagne violette enchanteresse et…terrifiante, dans le but avoué de ramener une chèvre à leur maman au petit matin.

Après diverses péripéties, ils vont LA rencontrer et à vélo siouplaît ! Elle éclate de rire en les voyant ainsi, transis et incrédules,  et leur propose de venir dans sa maison héritée de sa célèbre grand-maman,   chalet de Dame Tartine, confortable où s’ébattent ses nombreux chevreaux. Elle revendique le fait d’être la petite-fille de la célèbre chèvre de Monsieur Seguin et leur dit enfin la VÉRITÉ sur l’histoire de sa grand-mère ! Et comment cette dernière, à l’instar de ce que nous savons, est devenue célèbre ! Ce que je me garderais bien de vous dire évidemment… Hé, hé, il faut qu’il en reste pour les enfants !!

Nos loupiots, épuisés et marris regagnent le domicile parental, racontent avoir croisé ours et yéti, ne voulant pas avouer bien sûr l’histoire de leur nuit ; devant tant d’incohérences et d’invraisemblances, maman loup reproche au papa de leur lire des histoires abracadabrantes et surtout trop effrayantes pour leur âge. Pour couper court, le papa conclue que ce soir, pour changer, il leur lira…Le petit Chaperon Rouge !! Ça ne mange pas de pain…quand on a une faim de loup !

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Une journée dans la vie de Roméo et Juliette d’Yves Pinguilly

« Il peut arriver des choses ordinaires et des choses extraordinaires à chacun d’entre nous. C’est vrai. Des choses fantaisistes… spéciales… étonnantes… magiques… sybillines… pittoresques et ahurissantes. Même une fois par an, particulièrement quand l’année est bissextile, il est possible qu’une chose mirlitonesque arrive à la reine d’Angleterre ou au roi Dagobert (celui qui justement… comme dit la chanson. (…) Drôle d’histoire vraie en vérité. Tenez vous bien parce que la dernière fois qu’elle l’a racontée notre histoire, Juliette, c’était pour les touristes. Ceux qui s’assoient sur la place, sur le rebord de la fontaine. Eh bien, le ciel leur en  est tombé sur la tête. (…) Oui, tous, sauf la japonaise de Yokohama, qui en tomba sur le cul… C’est vrai, je l’ai vue. » 

Ainsi est présentée en incipit, cette histoire « jeunesse » de 64 pages avec beaucoup plus  de texte que d’images  (Hachette à partir de 7 ans), et les illustrations-aquarelles mignonnes comme tout de Michel Charrier, copyright 1988.  Lire la suite

LE CONCERT, film de Radu Mihaileanu

En ce jour de Fête de la Musique, vous parler de ce film que j’ai beaucoup aimé était l’occasion ou jamais ! Musique classique certes, mais même ceux qui ne sont pas fans, auront la chair de poule ! Ou seront émus, tout au moins !

Le film s’ouvre sur une scène où un homme de ménage, Andréi Filipov (le très bon Alekseï Guskov)  du célèbre Bolchoï de Moscou écoute religieusement en cachette une répétition du concerto pour piano n° 21 de Mozart ; il est trahi par son portable et chassé de la salle. Il retourne donc à son ménage et dans le bureau où il époussette, arrive un fax du Directeur du Théâtre du Châtelet à Paris, proposant de jouer le Concerto pour violon et orchestre de Tchaïkovski, l’oeuvre « sacrée » et inachevée de sa vie de chef d’orchestre déclassé ! Il s’en empare et germe alors en lui l’idée faramineuse de remonter un orchestre avec ses anciens amis, juifs comme lui, virés trente ans plus tôt sous Brejnev (certains morts et déportés dont la concertiste violoniste) et d’aller à Paris jouer ce vrai-faux concert.

Commence alors une course contre la montre où il va essayer de convaincre les anciens de l’orchestre, qui vivent pauvrement et se sont clochardisés avec le temps ! Mais tout le monde lui dit oui et une fébrilité drôle et sincère va s’emparer de tous pour être prêt le jour J, en faisant passer la pilule auprès de la Direction du Châtelet (jouée par François Berléand qui fait du Berléand), obtenir que la meilleure violoncelliste du moment Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent, excellente) soit de la partie, ce qu’elle accepte tout de suite quand elle apprend le nom du chef d’orchestre dont la réputation n’a pas terni en Europe, alors que son imprésario et « mère spirituelle », Guylaine de La Linère (Miou-Miou) essaie de l’en dissuader.  Lire la suite

LA FEMME GELÉE d’Annie Ernaux

 

 

 

 

Qui a dit qu’Annie Ernaux écrivait toujours le même livre ? Certes, les thèmes autobiographiques qu’elle aborde semblent un sujet inépuisable, à l’image de sa mémoire fouilleuse et introspective mais je n’ai pas retrouvé le style des Armoires Vides ni la même émotion de L’Autre Fille dans celui-ci. De son enfance à Yvetôt à son mariage, en passant par l’adolescence et ses études à Rouen, son écriture maîtrisée, juste, presque chirurgicale trace au scalpel ses interrogations, ses révoltes sur la condition féminine, sans tabous, parfois crûment, mais toujours dans la souffrance d’où émergent de rares moments de bonheur… Et on ne peut pas ne pas s’émouvoir quand ces mots nous ramènent à notre propre condition de femme, avec si peu de changements en trente ans (copyright 1981), malgré l’avalanche de lois prônant la parité, l’égalité des chances, le sexisme, etc,  et qui, comme nous le savons ne restent que théorie la plupart du temps…

LE LIVRE

Quelle surprise dans cet opus de voir l’enfance d’Annie plutôt heureuse, heureuse de son statut d’enfant unique, émerveillée par sa mère qui porte la culotte comme on aurait dit autrefois. Une mère qui ne fait le ménage (à fond) qu’une fois par an, préférant lire derrière le comptoir de l’épicerie-café un Delly romanesque laissant au papa qui tient le bar mitoyen le soin de s’occuper des repas d’Annie, de l’accompagner à l’école, bref de remplir les fonctions d’homme au foyer. Elle a donc été élevée avec ce schéma inversé, poussée par ses parents à lire, à devenir quelqu’un. «  Mais je cherche ma ligne de fille et de femme et je sais qu’une ombre au moins n’est pas venue planer sur mon enfance, cette idée que les petites filles sont des êtres doux et faibles, inférieurs aux garçons. Qu’il y a des différences dans les rôles. » Mais très vite, le regard des autres va modifier cette vision normale pour elle. Son père, « homme popote » est un anachronisme pour l’époque et sa mère n’a pas « les circonstances atténuantes » de la maladie ou de la de la famille nombreuse pour ainsi paresser, ne pas savoir faire une mayonnaise, coudre ses robes et épousseter sans cesse. Elle se sent différente, toujours, partout, par ses origines modestes d’abord, paysannes même, où le chemin à tracer est le sillon que l’on doit creuser soi-même pour sortir de ce milieu. Et ce milieu, elle en sortira grâce à l’éducation mais se perdra un temps dans un reflet de femme qu’elle ne voulait pas être.

A l’adolescence, surgissent les lectures, la lecture est déjà omniprésente depuis l’enfance, là viennent s’y ajouter entre Simone de Beauvoir et Kant, les conseils de Nous Deux ou Intimité sur ce que doit être une femme. La virginité, le mariage, les contradictions avec l’image du couple qu’elle devra former si elle se marie. Les premières règles, le dégoût, les complexes, trop plate, pas assez « gironde » dans les critères des mâles qui croisent sa route. Elle remet toujours tout en question :  » Pas facile de traquer la part de la liberté et celle du conditionnement, je la croyais droite ma ligne de fille, ça part dans tous les sens. Une certitude, l’époque Brigitte a été fatale pour ma mère, (…) ». Puis l’émancipation définitive avec le schéma parental après avoir désespérément cherché à l’excuser, le justifier auprès de ses camarades. La première expérience sexuelle qui n’a pas le goût ni les couleurs du rêve qu’elle espérait, seulement « les joues rugueuses » d’un amant sans importance. Mais le bac est sa priorité, les études, s’en sortir, réussir quoiqu’il arrive. Alors elle accepte le foyer pour jeunes filles à Rouen, les blouses roses et ce qu’une fille doit apprendre. C’est pour le lecteur, un voyage dans un temps pas si éloigné que cela (les années 50-60) où l’école n’était pas mixte (elle découvrira les garçons dans les amphis de la Faculté de Lettres de Rouen) et, où les deux mondes filles-garçons se voyaient à travers le prisme déformant de l’interdit, des conventions, du sacré et surtout du chacun-reste-à-sa-place.

Après quatre années de liberté en Fac de Lettres, les Sciences sont réservées au garçons bien sûr, vient le mariage avec Pascal, les doutes avant le mariage, des deux côtés, ils se ressemblent un peu tous les deux, à la différence que l’homme c’est lui.  » A d’autres moments, la croyance que notre malaise venait de l’incertitude elle-même, pour le supprimer, le pari de Pascal, foncer dans le mariage, on verrait après. Ma super lâcheté, l’inavouable, dans les derniers cercles de l’amour, je désire que mon ventre se fasse piège et choisisse à ma place « .

Mais l’image d’Epinal va se ternir  rapidement avec la routine, la naissance des enfants, le temps pour soi raboté à l’extrême et la carrière mise en veille pour que celle du mari décolle. Très vite, cette solitude, car elle est finalement toujours très seule, même mariée, comme si l’enfance unique lui avait laissée à jamais cette indébilité, cette incapacité à se fondre totalement dans une existence faite de clichés, de stéréotypes et surtout de s’absenter longtemps d’elle-même,  et finir par ne plus se reconnaître.

« Elles ont fini sans que je m’en aperçoive, les années d’apprentissage. Après, c’est l’habitude. Une somme de petits bruits à l’intérieur, moulin à café, casseroles, prof discrète, femme de cadre vêtue Cacharel ou Rodier au-dehors. Une femme gelée. »

MON AVIS

En plus de ce que je vous ai dit plus haut, la femme gelée, ici n’est pas  la femme glaçée par l’absence d’amour, mais gelée  au sens de figée dans des cadres, des images qui correspondent à la fois aux attentes de la société et à celles de la famille. Et pendant que sa vie à elle est « gelée », le temps passe, comme tout le monde elle a peur de vieillir et de ressembler à ce qu’elle a toujours haï. Annie Ernaux est fidèle à elle-même et très courageuse aussi de se livrer ainsi, sans pudeur, dénonçant tout haut ce que tout le monde pense souvent (bien trop souvent) tout bas. Elle ne crie pas, n’exhorte pas au féminisme, à brandir son soutien-gorge, non, le murmure en dit plus souvent parfois que les cris,  elle fait simplement le constat d’une vie de femme, prof de lettres qui eût aimé aller vers l’Agrégation (à ce stade de sa vie) si les entraves liées au statut de femme dans lequel est incluse la clause d’enfanter ne l’en avait pas empêchée. Je pense qu’Annie Ernaux aurait à certains moments, préféré être un garcon et pouvoir  décider comme un homme…sans rien lâcher de sa féminité qu’elle ne nie pas non plus ! Et oui, j’ai aimé ce roman dense, lucide, intransigeant, dépouillé dans le style et diablement émouvant.

SUR L’AUTEUR : Je vous parlerai d’elle plus longuement et certainement plus précisément après avoir lu Les Années (Lecture commune du 15 août). Mais j’en ai déjà dit un peu, après avoir lu L’Autre Fille, début avril 2011.