DAME PIPI chez Gwen !

Gwen, pour l’atelier du dimanche, ICI,  nous proposait les consignes suivantes :

Comment est-elle devenue Dame Pipi et pourquoi? Quel est son quotidien et comment le vit-elle? Fait-elle des projets d’avenir? A-t-elle décidé de révolutionner le monde des latrines? L’amour est-il au coin du lavabo?

Dans un texte de moins de mille mots, vous pouvez répondre à l’une ou l’autre de ces questions, voire à toutes…

Sérieux s’abstenir!
Vos textes sont à laisser en commentaires d’ici ce soir.
Pour ceux qui ont des questions, mon adresse mail est la suivante: skriban(at)orange(point)fr
Et pour les ceusses qui auraient l’impression que je vous fais écrire sur n’importe quoi, je confirme : votre impression est tout à fait justifiée! Mais ne dites pas que vous n’aimez pas ça…

ACCÈS DIRECT AU TRÔNE…

couronne lylouanne tumblr

« Moi Fleurdelise Bérochu (et pas Beurreauxchoux comme je l’entends souvent), je jure devant Dieu et les hommes être tout à fait saine d’esprit, avoir lu les Conditions Générales et m’engage, sur l’honneur, à occuper les charges (et les décharges) qui me sont confiées, pour le meilleur et pour le pire…, etc. »

Je relisais mon contrat d’embauche au poste de Dame Pi-pi (3,14 et plus) de la Gare Centrale, signé trois ans auparavant. « Le virage de la quarantaine »… avaient dit certains, « elle a pété un câble » avaient murmuré des esprits plus lucides… Où donc avais-je dérapé ? Ce jour d’automne frileux, après de longs mois en hôpital psychiatrique, je promenais Dalembert en laisse, mon écureuil royal apprivoisé dans les allées du jardin jouxtant le château familial et, allez savoir comment, un papier volait avec les feuilles froissées qui me tournaient autour. Je l’ai lu attentivement et j’y ai vu un signe du destin. IL m’indiquait la voie à suivre, ON avait enfin besoin de moi.

J’avais été renvoyée de l’Education Nationale un an plus tôt. J’enseignais les « grands auteurs » à des classes de morveux chiasseux qui crevaient les pneus de ma G***F ! Un matin, très remontée, j’avais confisqué tous les portables à ces gnards de 6ème B12 et, dans un élan encore inexpliqué, je les avais jetés dans les toilettes, fascinée par le bruit salvateur de la chasse d’eau qui emportait loin de mes oreilles sensibles les horribles clics clics de ces nuisances sonores. D’où le psy…je vous passe les détails.

Mais, ce que je ne peux vous cacher, ce sont les visites, vers trois heures du matin d’un Prince de la Nuit, fortement alcoolisé qui se trompe régulièrement de porte et me déclame (massacre) du Verlaine, me disant que j’illumine les ténèbres du 2ème sous-sol… Il me subjugue ! J’en oublie que je suis anosmique, anorexique et asociale (les trois A qui tuent selon mon psy). Quand il repart, je me demande quel sens a eu ma vie jusqu’à présent ? A quoi me sert-il d’avoir accumulé une montagne de savoir qui dort dans la chambre vide et seule de ma mémoire ? Même DiDi, l’écureuil ne grignote plus mes livres. Il est repu d’alexandrins, dégoûté par le néo-classicisme et Lamartine lui arrache de petits cris fiévreux.

Je reste là, rêveuse, le stylo en l’air, je me repasse la demande en mariage de mon Prince de la Nuit : dans un ultime hoquet, il s’est agenouillé, m’a avoué que le service était automatisé depuis des lustres mais que, dès le premier regard, il avait su que j’étais la femme de sa vie. Vous n’y pensez pas ! Une demande d’épousailles à mon âge ! Ca ne se refuse pas. Et puis, une Bérochu ne dit jamais non à Dieu, au Roi et encore moins à son patron ! Fleurdelysée était mon vrai prénom…

Depuis les noces, nous achetons du papier bleu nuit cinq épaisseurs, orné de fleurs de lys et il règne au-dessus des cuvettes un parfum unique, inimitable. Quand un simple roturier monte sur le trône, il ressent un bien-être qui dépasse le simple soulagement pour lequel il était venu. Ce n’est pas pour me vanter, mais j’ai eu l’idée de faire apparaître les visages de Marie-Antoinette et de Louis XVI quand on tire la chasse d’eau. Les pourboires ont doublé, on vient du monde entier et on fait la queue pour voir ça !

Qui donc a parlé de virage désastreux ? Le simple bruit d’une chasse d’eau déclenche chez moi le pire comme le meilleur… D’ailleurs mon Prince de la Nuit l’a compris et il… la bienséance m’empêche de vous en dire plus… 

EPISTOLAIRE TOI MÊME !

Les consignes de Gwen, pour ce dimanche de l’atelier de Skriban  et ma participation ci-dessous. »Allez, ce week-end, on va faire quelque chose de connu, quelque chose de simple, avec juste une légère variation pour changer un peu.

Il s’agit d’écrire une lettre (ou un mail) qui commencera par ces mots :
Il est minuit. Cette journée m’a épuisé(e).
Et se terminera ainsi :

Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m’en souviens, vous plait*. 

*Première et dernière phrases empruntées au roman épistolaire de Jacqueline Harpman « Le passage des éphémères ».

Vous pouvez vous mettre dans la peau de qui vous voulez et écrire à qui vous le souhaitez. » Lire la suite

RENTREE 1962 – ATELIER DE SKRIBAN

Le thème chez Gwenaëlle ce dimanche était un souvenir de rentrée, n’importe quelle rentrée, ou première fois, disons. Elle en parle mieux que moi, ici

 

Cette année là, le mot « rentrée » a pris tout son sens. Pendant que le bateau s’éloignait des côtes algéroises, laissant « mon chez moi » sous le soleil, j’ignorais encore, à cinq ans que mon seul univers connu, s’évanouissait à jamais. Car jamais je ne suis retournée sur les terres « joyeuses » de ma prime enfance. Ce qui m’attendait « en face » était un abîme d’incompréhensions. Au pluriel.

J’avais laissé mon berceau, sans racines certes, j’avais laissé aussi l’insouciance, l’ignorance d’une enfant qui n’a pas connu l’école maternelle, pour cause de guerre. Quand je dis aujourd’hui que je suis une enfant de la guerre ça fait rire tout le monde ! Et pourtant…

En ce mois d’octobre venteux de la grande banlieue parisienne, il a fallu me rhabiller. Après une enfance au soleil, avec peu d’hivers rigoureux, il faut des chaussures qui font mal, un manteau qui engonce et chose nouvelle, qu’est-ce donc ? Un cartable ! Déjà je l’aime lui ! J’aime l’odeur de la classe, du bois plein d’échardes des tables où vivent les dernières heures des encriers blancs incrustés.

Mais la maîtresse, haute et sévère fait son entrée, une règle en fer à la main. Je me doute secrètement que cette règle va me donner du fil à retordre.  Mon cauchemar ne fait que commencer. Il durera jusqu’en mars. Je me lève sans demander l’autorisation pour aller aux toilettes, je parle à ma voisine tout haut, bref je ne connais pas la discipline, ce qui me vaut à chaque fois, un coup de règle en fer sur les doigts. Quand ce n’est pas le sparadrap sur la bouche ! Oui, les méthodes ont changé, la pédagogie aussi et c’est tant mieux. Je suis traumatisée, enfin, juste en ce qui concerne la lecture. Madame Bousquet, je me rappelle même de son nom, (à cette peste), m’oblige à lire à voix haute, je sais lire, je l’ai su très vite mais aucun son ne sort de ma gorge, je n’y arriverai que quand mon père, averti des sévices que je subis aura été la voir pour lui demander le pourquoi du comment. Plus jamais elle ne me touchera et j’arrive enfin à débiter le texte à une vitesse grand V, à la surprise générale. On me prenait pour une « étrangère », une quasi demeurée, noiraude en plus…  je me bats à la récréation, j’attache un jour une fille autour d’un arbre avec ma corde à sauter. Ce n’est qu’une fois entrés en classe, le silence revenu, que l’on entendra ses glapissements de pintade et la maîtresse ira la délivrer. Mais quand on demande « qui a fait ça ? », personne ne moufte ! Ma réputation de terreur a commencé…De bonne élève aussi et je n’ai plus d’amis, si tant est que j’en ai eu en ce début d’année.

Mais je vais changer d’école, encore une fois l’an prochain, alors je ne m’attache pas trop, je me prépare déjà aux adieux, à m’adapter ailleurs à nouveau. La rentrée pour moi ? Pas que les feuilles qui volent au vent mauvais, non, voyez plutôt. Une nouvelle école, un nouveau collège tous les deux ans, de nouveaux paysages, d‘autres hémisphères, que du bonheur au final malgré des débuts chaotiques ? Je l’ignore encore…