ABOUT FITZGERALD… Quelle est votre préférée ?

Cela semble nébuleux comme titre… Mon ami Aircoba, que l’on retrouve ici maintenant m’a envoyé ce lien sur un site qui nous parle de Francis Scott Fitzgerald. Il suffit de le suivre et de me dire (ou pas) quelles phrases, extraites de son oeuvre,  numérotée de 1 à 25 vous préférez. La n° 25 étant hors compétition… Et il y a de très belles photos comme celle-ci ci-dessus ou celle en bas avec Zelda , en bonus… Parce que Fitzgerald est une icône de la génération des Enfants du Jazz, que cela fait 71 ans qu’il est mort mais il est beaucoup plus lu que de son vivant… Et les amoureux ne s’en lassent pas ! D’ailleurs le plus beau billet que j’ai lu sur Gatsby Le Magnifique, c’est celui d’Aircoba. Allez le lire, si le coeur vous en dit ! Vous m’en direz de nouvelles…

ZELDA de Jacques Tournier

© By Asphodèle

Pourquoi donc parle-t-on autant de Zelda Fitzgerald ces dernières années ? Depuis Alabama Song de Gilles Leroy, qui nous a mis l’eau à la bouche, avouons-le avec cette semi-fiction, Jacques Tournier, traducteur de Gatsby Le Magnifique, de Tendre est la nuit et de moultes nouvelles nous livre une biographie partielle mais juste et basée essentiellement sur la correspondance entretenue entre les deux époux tout au long de leur vie, correspondance que lui a remise leur fille  Frances dite Scottie (née en 1921) quelques mois avant de décéder d’un cancer en 1986. Je ne vais pas vous faire un parallèle entre les deux, ça n’a presque rien à voir, mais vous parler de ce que Jacques Tournier a extrait de cette correspondance passionnée. Cette femme connue pour ne pas avoir été reconnue en son temps, en tant que femme, en tant qu’écrivain, danseuse, peintre, méritait bien qu’on s’attarde sur son âme, qui a basculé très vite dans la folie mais qui gardait malgré tout une terrible lucidité. Si la schizophrénie avait pu se traiter à l’époque autrement que par des chocs d’insuline, qu’en aurait-il été ? En quittant Paris pour ne jamais revenir, voilà ce qu’a dit Scottie (entre autres)  à Jacques Tournier :  » Il faut que vous lisiez leurs lettres. Elles prouvent à quel point ils se sont aimés, avec quel courage, quelle constance, quelle compréhension mutuelle, d’un amour souvent déchiré mais intense. » « Déchiré » est un euphémisme…. Lire la suite

L’étrange histoire de Benjamin Button de F.Scott Fitzgerald

Petite nouvelle de 55 pages de mon auteur préféré (l’un de mes auteurs préférés) ! Alors bien sûr, ne pas s’attendre à la flamboyance habituelle de ses romans et même de certaines autres nouvelles mais, celle-ci publiée dans les année 20 dans Colliers Magazine rejoindra l’anthologie de Tales of the Jazz . Mark Twain en serait l’inspirateur après avoir dit : « La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et si nous approchions graduellement de nos 18 ans ».

Scott Fitzgerald, dans cette nouvelle fantastique, nous montre une autre facette de son talent. En reprenant ce thème mille fois exploité du retour vers le passé et surtout de l’éternelle jeunesse, qui selon lui se situe entre 30 et 50 ans, nous livre au passage, avec un sourire narquois au coin des lèvres une peinture de la bonne bourgeoisie américaine et l’appréciation qu’il se fait des meilleures années de la vie, faisant résonner le tic-tac du temps plutôt que de développer l’évidence. Le film qu’en a tiré David Fincher avec Brad Pitt est totalement différent : les cinéphiles préfèreront cette version déployée, les inconditionnels de Fitzgerald y verront un énième clin d’oeil à ses espoirs déçus, à son rêve absolu, quand ce rêve devient cauchemar dès que l’on présente une (ou des) différence(s) avec la norme bien-pensante édictée par la société.

L’HISTOIRE

Baltimore, 1860 : en pleine de guerre de Sécession, Madame Button accouche à la clinique, fait rarissime à l’époque, d’un vieillard de 70 ans, et mesurant 1m83, chenu et perclus de rhumatismes, bien loin de l’image du bébé ‘Cadum » que ces notables aisés attendaient. C’est un « scandale » dans la ville. Pas de compassion, non, un scandale ! Benjamin, ainsi prénommé après quelques atermoiements est tout d’abord le père, voire le grand-père des ses propres parents qui l’élèvent en secret jusqu’à 21 ans. Au fil du temps, il rajeunit et, à 50 ans, il tombe amoureux de la belle et raisonnable Hildegarde Moncrief de vingt ans sa cadette. Il fait prospérer l’entreprise paternelle, devient père et se sent de plus en plus jeune au grand dam de son épouse qui flétrit à vue d’oeil et se transforme vite en rombière, lui reprochant de « vouloir toujours en faire trop » dans sa quête de jeunesse… lorsqu’ il fréquente de plus en plus les soirées mondaines, danse, s’étourdit, frais comme un gardon. Elle n’a jamais su ou voulu croire au secret de sa naissance. Il va enfin pouvoir s’illustrer à l’université, notamment par ses exploits sportifs (chose qui a toujours laissé à Scott Fitzgerald un goût amer lorsqu’il étudiait à Princetown), il obtiendra également une médaille militaire pendant la guerre hispano-américaine de 1868 et le grade de lieutenant-colonel (regret aussi de n’avoir pu participer à la guerre en 1917 lorsqu’il était basé à Montgomery, Alabama). Mais ces trois ans de guerre passés loin d’Hildegarde ont creusé le fossé où le déclin de l’une accentue le regain de l’autre. Et en la voyant il pense : » (…) déjà atteinte par cette langueur infinie qui nous gagne tous un jour et nous accompagne jusqu’à la fin de notre existence ». (…) »Son destin lui semblait incroyable et affreux ».

Et ainsi continue le débours de l’horloge, le ramenant bientôt à l’état d’adolescent où il devient le fils de son propre fils, pour finir à l’état de nourrisson qui s’endort une dernière fois, le goût du lait chaud et sucré dans la bouche avant que tout ne redevienne noir…

MON AVIS

Je vous l’ai déjà beaucoup donné entre les mailles de cette « étrange » histoire qui ne s’arrête ni aux faits, ni aux personnages dans le détail, en 55 pages, il ne peut en être autrement. Mais F.Scott Fitzgerald sait nous transmettre  tous les sentiments qu’éprouve Benjamin à travers le regard d’une société impitoyable avec la différence, la pauvreté, la vieillesse. Le postulat de départ, le compte à rebours vers la jeunesse n’est-il pas après tout un sujet cher à l’auteur, lui dont les illusions de jeunesse se sont vites évaporées dans un crépuscule précoce et désenchanté ? J’ai beaucoup aimé (malgré la brièveté).

Cette nouvelle ainsi qu’Un diamant gros comme le Ritz qui suit Benjamin dans ce livre est ma première participation au challenge La Nouvelle de SABBIO dont le joli logo est ci-dessous :

 

Un diamant gros comme le Ritz (nouvelle) de Francis Scott Fitzgerald

Nouvelle de 60 pages ( en bas à gauche, mon pauvre  exemplaire avec Benjamin Button) tiré du recueil éponyme qui en compte 27 (en haut à gauche), écrites entre 1922 et 1937. Un diamant gros comme le Ritz fut écrite en 1922 en France à l’Hôtel Eden Roc sur la « riviera », où il séjournait alors avec son épouse, Zelda.

Scott Fitzgerald nous surprend ici avec une fiction « fantastique » mais où se glissent avec fluidité et flamboyance les passages de sa vie qui l’ont blessés à jamais. Notamment dans son rapport à l’argent, lui, l’adolescent frustré de n’être pas né riche, d’avoir évolué dans un milieu modeste ; son père après avoir fait faillite a fini commis voyageur, jusqu’à ce que sa mère touche l’héritage de sa riche famille irlandaise et l’envoie dans les collèges les plus chics de Saint-Paul, capitale du Minnesota puis à Princeton où son orgueil l’isolera de ses congénères estudiantins et sa constitution chétive l’écartera de ses rêves footballistiques. Il écrira alors des pièces de théâtre et des articles pour le journal de l’Université. Un diamant gros comme le Ritz nous fait passer dans un globe temporel inaccessible où la débauche de richesse est prétexte à démontrer  que même  l’immense fortune ne peut acheter Dieu, qu’elle ne dure qu’un temps et cette vision hédoniste poussée à l’extrême rendra plus cruelle le retour à la réalité.

L’HISTOIRE

John Unger quitte la petite ville de Hadès (Mississipi) où sa famille de la bourgeoisie locale s’est saignée pour l’envoyer dans le meilleur lycée de la côte Est et de l’Amérique : Saint-Midas, près de Boston. Là, il rencontre Percy Washington, un jeune homme beau, élégant et taiseux qui le prend en amitié et l’invite à passer les vacances dans la demeure familiale. Avant leur départ, il l’a prévenu  que son père était plus riche que tous les riches du monde réunis et qu’il possédait  « un diamant plus gros que l’hôtel Ritz-Carlton ». S’ensuit un long voyage en train jusqu’au Montana, puis un parcours mystérieux de nuit en boghei (petit cabriolet décapotable) jusqu’à ce que la route devenue enfin praticable fasse apparaître une Rolls faite de diamants, d’or et autres pierres précieuses. Nous entrons là dans la partie fantastique où le père de Percy Washington (descndant de Washington himself, bien sûr) les accueille dans un château incroyable, tout de marbre extérieur et de cristal, de pierreries, de plumes de paon à l’intérieur où vaquent plus de deux-cent cinquante domestiques « nègres » (descendants des vingt-cinq esclaves amenés par le grand-père) au service de cette étrange famille. Un luxe auquel goûte bien vite John en même temps qu’il découvre l’amour  avec la soeur de Percy, Kismine qui n’est jamais sortie de ce château et pour cause. Tous ceux qui l’ont découvert ont été tués ou emprisonnés dans une cage dorée (vraiment dorée) pour ne pas révéler l’existence de cette fortune bâtie à côté d’une montagne qui n’est qu’un diamant brut (rien que ça !). Oui, mais voilà, il existe les avions,  seule possiblité pour découvrir ce paradis et un professeur d’italien ayant réussi à s’enfuir les fera venir. Le père Washington luttera jusqu’au bout, en exterminant quelques-uns à coups de canons,  mais pas tous. Je ne vous raconte pas la toute fin, simplement ces derniers mots de John qui s’enfuit avec une Kismine ravie de devenir pauvre dans la vraie vie  : « – C’était un rêve dit John tristement. A présent je n’en suis plus si sûr.  Peu importe, passons quelque temps à nous aimer , vous et moi, un an peut-être. C’est une forme d’ivresse divine que nous pouvons tous connaître. Il n’y a de diamants que sur terre, des diamants et peut-être aussi le pauvre pouvoir de la désillusion. Celui-là, je le possède et je n’en fais pas grand-chose.(…) C’est un grand péché que d’avoir inventé la conscience . Perdons la pendant quelques heures. (…) »

MON SENTIMENT

Même dans une petite nouvelle « anodine », Fitzgerald est magistral de talent, qui plus est une nouvelle « fantastique », genre que je ne lui connaissais pas et qui m’a enchantée une heure, une heure bien trop courte. J’ai hâte de lire les 26 autres qui composent le recueil, sachant que dedans j’y trouverais l’écrivain que j’aime tant mais aussi un peu plus de l’homme qui n’a fait que s’inspirer de sa vie pour écrire.

ALABAMA SONG de Gilles LEROY

PRIX GONCOURT 2007

Où l’âme de Zelda Fitzgerald revisitée… et réhabilitée !

Gilles Leroy l’a pourtant clamé haut et fort qu’il s’agissait d’une biographie-fiction de l’épouse du célèbre Scott, mais en voyant les biographies des deux protaganistes qu’il a lues, les études qu’il a déterrées sur ce couple mythique, jusqu’à se rendre en Alabama et en Géorgie, y visiter la  maison de Zelda devenue un Musée aujourd’hui à la gloire des deux époux, le seul d’ailleurs qui existe les concernant. Il a senti l’odeur des magnolias,  caressé des yeux la beauté des camélias, l’emblème de l’Alabama, « le trou du cul du monde » fait-il dire à Zelda et que portaient les Belles du Sud dont elle faisait partie,  il a su se glisser dans sa peau, au plus près de ses émotions, de ses révoltes,  et de ses passions, à tel point que beaucoup nous semblent réelles, tout au moins « possiblement » réelles. Vous dire que j’ai aimé ce livre serait un euphémisme, je l’ai lu trois fois depuis 2009 ! Et je vais vous dire pourquoi !

Bien sûr la rencontre passionnée entre Zelda Sayre, Fille de Juge et petite-fille de Sénateur (elle le martèle ironiquement très souvent) et Francis Scott Fitzgerald, jeune officier prêt à partir à la guerre dans l’Aviation est un modèle du genre.  Nous sommes en 1918 à Montgomery, Alabama, elle a 18 ans et lui, à peine plus, 21 ans. Ces deux enfants terribles se reconnaissent, s’attrappent, s’épousent et vont commencer à se détruire. Pas au début, malgré les signes avant-coureurs que sent venir Zelda, l’homosexualité à peine rentrée de Scott, Goofo comme elle l’appelle aussi, son alcoolisme notoire, ses fréquentations de plus en plus douteuses quand le succès est là, entouré de flatteurs aussi veules qu’intéressées, quand elles ne sont pas dans le lit de Goofo… Ils feront la une des journaux à scandale, traverseront l’Atlantique pour vivre un temps à Paris et sur la Riviera, mais les fêlures se transformeront vite en fractures. Une fille est née de cette union, Patricia, et Scott va rapidement mettre la main-mise sur l’enfant, jugeant sa mère indigne de s’en occuper.

Pourquoi trois lectures me direz-vous ? Quand on aime, on ne compte pas, certes ! Non, pas que.. A la première lecture, la construction du livre qui alterne les retours en arrière, puis les incursions dans le futur déstabilise et peut perturber  la compréhension globale malgré, déjà, un attachement certain pour les mots de Gilles Leroy. A la deuxième, tout s’éclaire, prend sa place et j’arrête de souligner les passages magnifiques, c’est trop. La troisième, pour le plaisir, pour m’imprégner tout à fait de cette vie volée, perdue, sacrifiée sur l’autel du despotisme d’un homme qui voulait être seul dans la lumière, allant jusqu’à lui voler ses cahiers où elle écrivait en cachette. Les passages « forward » sont écrits depuis l’hôpital psychiatrique où elle a fini ses jours avec des interruptions malgré tout et ce sont les confessions faites au psy (imaginées « bien sûr ») qui sont majeures dans ces sauts dans le futur.

Zelda aimait la vie, cette vie des années folles, elle aimait danser, elle le répète « danser n’est pas un crime » p.111. Zelda s’est « défaite » trop vite et Scott délité dans le gin, d’ailleurs, ce passage éloquent en dit long  :

« Car le monde nous abime maintenant : ils disent que Scott vieillit trop vite, qu’il grossit, que l’alcool le défigure. Mais que croient-ils les imbéciles ? Ses livres lui passent par le corps, ses romans trop rares et ses textes mercenaires tellement, tellement nombreux. Accessoirement ses livres sont passés par mon corps aussi. (…) Mais non, écrire, c’est passer tout de suite aux choses sérieuses, l’enfer direct, le gril continu, avec parfois des joies sous les décharges de mille volts. »

Car elle écrit Zelda, elle fera paraître des nouvelles dans les magazines sous le nom de Scott au début, puis cachera vite ses écrits. Elle sera internée plus de 25 fois, subira des chocs d’insuline et autres « grâcieusetés » que proposait la psychiatrie de l’époque. En 1932, son seul et unique roman (écrit depuis une énième clinique), « Accordez-moi cette valse » paraîtra ainsi qu’une dizaine de nouvelles dont Gilles Leroy a bien dû s’imprégner pour écrire ce livre… C’est elle qui aurait trouvé le titre de « Gatsby le Magnifique », Scott étant trop saoûl pour s’y intéresser…

Le paradoxe de ce livre c’est avant tout l’intérêt virulent, teinté d’amour piétiné qu’elle vouera à Scott jusqu’à sa mort, le 21 décembre 1940 : « No God today. No sun either. My Goofo died. » Elle souffre, mais ne pleure-t-elle pas plutôt sur les bonheurs passés, leur jeunesse enfuie en s’interrogeant sans cesse pourquoi « ça n’a pas marché » ? Et en même temps elle l’insulte, le harengue tout au long du livre, alternant les passages merveilleux des débuts avec l’enfer d’où elle ne reviendra plus, lui reprochant d’avoir été « le second rôle » dans le couple et dans sa vie en général. En même temps, elle l’a trompé au vu de tous, et avec bonheur !  A sa mort elle décidera « je ne serai pas la femme de Mausole »., tout en le gardant comme « le prince désarmant » de sa mémoire malmenée : « On dit que ma folie nous a séparés. Je sais que c’est juste l’inverse : notre folie nous unissait. C’est la lucidité qui sépare » rejoignant ainsi Scott Fitzgerald qui dira, lui (pas dans ce livre et pour de vrai) : « Chacun de notre côté, nous nous sommes détruits, mais je n’ai jamais considéré que nous nous sommes détruits l’un l’autre. Rien n’aurait pu survivre à notre mode d’existence. »

Chaque chapitre est d’une force magistrale, non, Zelda n’écrivait pas comme cela, certes, mais son âme et les états qui vont avec, lui sont rendus. Je ne peux pas décemment vous citer tous les passages superbes que j’y ai relevé. Lisez-le si ce n’est déjà fait ou relisez-le si vous êtes passés à côté, ne serait-ce que pour avoir un éclairage nouveau sur Scott Fitzgerald himself ! En réhabilitant Zelda, Scott en prend pour son grade et la légende s’écaille, le vernis craque, mais qu’importe, on aime toujours ses oeuvres…

Et personnellement, je dis merci à Gilles Leroy, « ce fut un honneur » de lire le chant du cygne de cette femme déglinguée et admirable, consumée de l’intérieur par un feu brûlant, exacerbé de n’avoir pu en renvoyer que de tristes étincelles en lieu et place des flammes magnifiques qui l’ont consumées. Jusque dans la mort, le feu viendra la chercher dans l’asile incendié où elle périra, huit ans après Goofo,  à tout juste 48 ans…