Mademoiselle vit sa vie…

Ma deuxième participation au Jeu d’Eiluned , « Rendez-vous avec un mot » et le mot de la semaine était charmeur

Quand fleurissent les premiers marronniers sur les boulevards parisiens, quand tout le monde éternue en se frottant les yeux, Mademoiselle reprend goût à la vie. Elle peut enfin ouvrir le toit de son cabriolet et filer comme l’éclair aux soirées privées où sa présence suscite toujours des oh et des ah admiratifs. Elle n’en a cure, insoucieuse de cette image superficielle qu’elle renvoie ; l’ennui commence à s’insinuer dans ses veines…

Elle arrive au Florie’s sous les flashes crépitants des photographes postés ici et là, arborant pour eux machinalement le blanc parfaitement aligné de son sourire. Ce qui ne l’émeut plus depuis longtemps déjà. Elle sait la volatilité des images éphémères, elle sait l’éphémère des soirées où elle s’énivre. Et elle sait que les lendemains d’ivresse sont douloureux. Ses rêves et ses illusions noyés la nuit remontent à la surface au petit matin triste qui sonne l’heure d’un coucher solitaire. Le sommeil artificiel… encore une fuite en avant, oublier, toujours oublier. Ce qui devient vivace, lancinant et obsédant… Lire la suite

NI BONJOUR, NI AU REVOIR

Ma première participation au jeu d’écriture d’Eiluned, qui consiste à écrire un texte avec un mot donné le lundi pour le lundi suivant. Cette semaine, il s’agissait du mot us (oui, pas cher au Scrabble !). Voir les participants chez Eiluned dont j’étrenne le joli logo !

NI BONJOUR, NI AU REVOIR…

 Elle marche dans la nuit, les réverbères s’allument un à un déversant de l’eau claire dans les flaques sombres. Elle titube, les yeux pleins d’embruns mais la pluie qui ruisselle cache, gomme, efface. Elle parle tout bas pour elle, litanie, psaume, pelote dévidée de son âme en lambeaux. Un jeune homme la heurte, se retourne et lui crache :

–         Hé, regarde où tu marches, pauvre conne !

–         Toi, pas là…marmonne-t-elle tout bas.

–         Oh là tu me cherches ! insiste l’ado au visage vérolé d’acné purulent.

 Elle ne lutte pas, quand il lui tord le bras, elle se contente de lui jeter un regard vide, un regard qui lui fait froid dans le dos, noir, dur et surtout aveugle, deux mares sombres qui semblent ne rien voir ; il la lâche et bafouille piteusement :

–         La prochaine fois, tu pourrais t’excuser.

–         Toi, pas là…, répète-t-elle inlassablement, mécaniquement.

 Elle ne l’entend déjà plus, le bitume brillant ressemble au sang noir qui coule dans ses veines, le sang reflué, la mort qui s‘insinue peu à peu, et lui dézingue le cerveau.

Elle voit l’enseigne d’un café encore allumé et se précipite à l’intérieur. Elle  ne regarde personne, il n’y a pas foule, juste quelques allumés qui attendent que la nuit s’éteigne pour aller dormir enfin, loin de leurs terreurs réelles ou imaginaires qui se noient dans un ultime verre.

–         Vous désirez Mademoiselle ? lui lance le taulier en essuyant un verre déjà rutilant.

–         Toi, verre, liqueur, parvient-elle à ânonner.

–         Ah ma p’tite dame va falloir m’en dire plus, aboie-t-il. Tout en contournant son zinc, il s’approche d’elle les deux mains sur ses hanches rebondies. Il penche la tête pour essayer de croiser son regard baissé, son regard éteint. Elle lève enfin la tête et devant l’horreur qu’il y lit, il s’empresse de crier :

–         Robert, amène une prune pour la p’tite dame, je crois que ça va la remonter.

–         Ca va pas, vous… avez besoin d’aide ?

–         Toi, pas là, toi laisser…toi…

–         Oh oh, doucement, hé, je crois qu’on va appeler les urgences psychiatriques, elle est pas toute seule la donzelle !

–         La…don-zel-le…mourir…

–         Ouais c’est ça et moi je vais me jeter dans la benne à ordures, tu t’appelles comment ?

 Le mutisme persistant, le regard loin derrière son épaule, les mots incohérents, cette fille décidément ne connaît plus les us et coutumes de la société. Il compose le numéro des urgences, explique ce qui se passe mais avant qu’il n’ait fini, elle a disparu.

Il  sort  précipitamment,  regarde à droite, à gauche avant de voir une forme allongée près du porche. Il court aussi vite que son ventre le pousse en avant et étouffe un cri. Les yeux révulsés, tournés vers le ciel crasseux, la jeune fille aux bras bleuis, là où le sang s’est figé a jamais, n’a pas eu le temps et  la politesse de lui adresser un dernier au revoir.