GÉRONIMO A MAL AU DOS de Guy Goffette

 IMG_1412Guy Goffette est dans mon Panthéon d’auteurs incontournables. Après mon coup de coeur pour son livre sensible et lumineux, « Elle par bonheur et toujours nue« , j’ai lu sa poésie (un tout petit peu) avec « L’adieu aux lisières« . J’avais repéré et noté ce titre chez  Anne (Des mots et des notes), aussi quand Somaja me l’a offert cet été, je n’ai pas attendu longtemps pour me jeter dessus et bien m’en a pris… (Merci Somaja de tomber toujours aussi juste dans tes choix !) Ce livre est la suite de « Un été autour du cou » qui met en scène Simon Sylvestre plus tôt dans sa vie, que je vais m’empresser de lire dès que je l’aurais trouvé… Mais je me demande, pour une fois, s’il n’est pas mieux finalement d’avoir lu celui-ci avant car il va éclairer le précédent d’une lumière nouvelle, en y apportant les clés manquantes… Ne nous leurrons pas, Simon est une fiction mais Guy Goffette a mis beaucoup beaucoup de lui dans ce dernier, il dit même dans une interview que l’écriture en a été parfois douloureuse… Comme on le comprend ! Lire la suite

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L’ARMOIRE DES ROBES OUBLIÉES de Riikka Pulkkinen

livre armoire 046L’action se passe en Finlande, à Helsinki dans un milieu cossu. Trois générations de femmes se côtoient sans que nous ayons l’impression que le monde a évolué entre 1964 et maintenant. Je ne sais si c’est dû au style qui, bien que poétique et maîtrisé, crée une distance ; nous avons du mal à nous attacher aux personnages jusqu’à une bonne moitié des 423 pages.

Elsa, la doyenne, qui fut une psychologue réputée et une conférencière souvent en voyage se meurt. Elle entre en phase terminale d’un cancer et veut profiter de ses derniers instants chez elle, entourée de sa fille Ella, médecin et de sa petite-fille Anna, encore étudiante.

Dans l’armoire d’Elsa, Anna trouve une robe ayant appartenu à Eeva. Eeva …le sujet qui fâche mais dont il faut parler avant qu’Elsa ne meure et ne puisse plus donner sa version des faits. Eeva qui en alternance de chapitres, raconte sa vie de baby-sitter d’Ella de 1964 à 1968 quand elle était seule avec « l’homme » et « la petite ». Car il y a un homme, Martti, le mari d’Elsa, le père aimant d’Ella, le grand-père malicieux d’Anna, peintre célèbre des années 60, amoureux de sa femme, certes…mais qui n’a pas su choisir entre deux femmes à une époque. Les blessures sont loin d’être refermées, surtout pour Ella, la « petite » devenue grande et trouvent chez Anna un écho à une histoire d’amour passée. Elsa est définie comme cela : « Elle est la plupart du temps, résolue, adulte et impénétrable. Elle pense qu’une femme doit cacher certaines parts d’elle-même pour rester crédible. » (p. 94).

Nous entrons doucement dans la vie de cette famille, froide, qui ne dit pas ses sentiments facilement, chacun reste enfermé dans des certitudes parfois faussées. Seule Eeva, l’absente qui revient raconter la vie de ces années-là, sous forme de journal  m’a touchée un peu plus que les autres. Elsa reste peu loquace et centrée sur ses jours qui finissent (un peu normal), Ella fuit, court, n’est pas prête à réentendre l’histoire alors qu’Anna la petite-fille s’en délecte. Il y a aussi  les paysages finlandais, la maison de vacances au bord du lac, les nombreux saunas et leurs rituels, les tartes aux fraises et aux myrtilles, un enchantement !

Eeva peut nous sembler bien légère aujourd’hui mais n’oublions pas le contexte « peace and love » de l’époque où l’amour justifiait tout : « Les mains dans les poches et la cigarette aux lèvres. Il m’est familier. Je suis allée au centre du monde et je n’ai su oublier ce que ça fait d’aimer. » (p.305). Une époque si éprise d’absolu qu’ il était possible de mourir d’aimer. Tout en militant pour la libération des femmes… Cette époque, avec des incursions à Paris est bien restituée, alors que l’époque actuelle,( hormis la présence des  portables), est moins fouillée.

Malgré la distance cultivée par les personnages, (ce qui en soi évite le pathos),  j’ai trouvé ce roman délicieusement vintage, j’en suis ressortie émue. Avant la résilience, il y a la transmission et surtout le pardon qu’accordent plus volontiers les mourants que ceux qui restent et doivent continuer à vivre avec ce qu’on a bien voulu leur dire … Une lecture qui ne laisse pas indifférent !

Merci au Livre de Poche pour ce partenariat. logo ldp

Les billets de GWEN (coup de coeur pour elle), Yv (qui a aimé les mini-jupes sixties), Clara et enfin  Aifelle qui a moyennement apprécié.

Une participation au Challenge d’Anne, « VOISINS-VOISINES » CHALLENGE AMOUREUX  de l’Irrégulière dans la catégorie « Amours impossibles » et une chez Lystig pour le Défi SCANDINAVIE BLANCHE. 

logo challenge amoureux 3logo-scandinavie-blanchelogo voisins 2013

LA PLUS QUE VIVE de Christian Bobin

bobin plus que vivePour chroniquer ce livre, je me mets sur la pointe des pieds, un doigt devant la bouche pour demander silence, pour ne pas déranger l’éternel sommeil de celle à qui s’adresse l’auteur, Ghislaine, son amante, son âme soeur, morte brutalement en août 1995. Lire la suite

ET RESTER VIVANT de Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet Chastel, ©  septembre 2011, 245 pages. Premier livre lu pendant le  Read-a-Thon d’octobre dernier, premier choc sur lequel je n’ai pas eu le temps de m’attarder, donc pour faire ce billet, j’y suis revenue, décryptant les post-it jalonnés de ci de là mais surtout pour y retrouver l’intense émotion  qui m’avait saisie du début à la fin de cette confession. Comment en effet rester insensible à ce témoignage autobiographique ? Dans un autre cadre de lecture, j’aurais attendu de m’en remettre pour passer à autre chose, donc pour lui,  pour restituer au mieux ce livre profond en émotions qui m’ont touchées j’ai laissé décanter, comme un bon vin… Lire la suite

LE COEUR RÉGULIER d’Olivier Adam

Editions de l’Olivier,©2010. 217 pages. Collection Points pour mon exemplaire. Evidemment, le bandeau rouge avec « Étincelant » m’a influencée pour découvrir cet auteur dont j’entends parler régulièrement… Mais étincelant est-il le mot qui convienne ? Pas sûr. Lire la suite

VASILSCA de Marc Lepape – Editions Galaade

Premier roman aux sept prix littéraires (voir ici, chez Delphine qui les a recensés) et dont on a hélas beaucoup moins parlé que de Foenkinos et de sa Délicatesse… Dont le prix Emmanuel Roblès 2008 et le Prix Première de la RTBF.

L’HISTOIRE

 Ou comment le hasard pas-de-chance ou le destin tordu fait-il basculer deux vies dans le néant et celle qui reste dans l’enfer des survivants ? Comment survivre à un deuil, un fait divers banal,  parce qu’un  cycliste fou, du haut d’un pont,  a décidé de lâcher une énorme pierre sur votre voiture et d’écraser votre destinée pour en faire un destin ? Ce drame arrive à Ion Arsin « par une journée d’automne claire et ensoleillée », alors qu’il vient d’avoir trente ans.

Après la mort de sa femme et de son petit garçon, après avoir tenu à leur offrir des funérailles dignes d’eux mais pas forcément conformes à la norme, il plaque tout et se met en marche vers l’est à destination de la Roumanie qu’il atteindra une fois ses dernières économies envolées. Il veut connaître la terre de sa mère et atterrit , après sept mois d’errance dans toute l’Europe de l’est, dans ce nulle part fantômatique, dans un village inachevé construit au temps de  Ceausescu, avant que le mur ne tombe,  village squatté par d’autres solitudes, qui comme lui cherchent ou attendent un meilleur qui tarde à venir. Il sait en voyant la Vasilsca, cette rivière « brune et huileuse » qui cascade furieusement pourtant,  qu’il va s’en sortir, qu’il n’oubliera jamais pour autant son passé, qu’on ne le résilie pas comme un abonnement mais, que devenir passeur de nuit sur un bac rescapé, ici, à ce moment là s’inscrit dans son destin :  » Apocalypse et génèse semblaient présider ces lieux drapés dans l’attente. C’est sans doute de cette dernière que naissait principalement le charme qui m’envahissait ». Il va rencontrer (au départ) des gens pas vraiment hospitaliers : Joszef qui lui trouve ce travail mais ne veut pas trop de proximité amicale, un couple ronchon, ancré dans la routine de leur vie (sexuelle beaucoup !) qu’il prénomme « b » et « s » (en fonction de la forme de leurs corps), Monsieur Curtae,  passeur de jour bourru qui ne l’accueille pas à bras ouverts, et  Roxana, étrange femme d’affaires au charme duquel il ne sera pas insensible. Sans oublier Vasile dans son énorme château d’eau, dont il manque les trois quarts,  transformé en navire pour assouvir son obsession de l’Atlantique, sa passion pour  la mer, un autre rêveur en attente… Lire la suite

LA DÉLICATESSE de David Foenkinos

Comment rester « délicate » avec ce livre tant aimé par beaucoup et encensé en général, quand on est resté pas tout à fait à la porte, mais quand on y est pas vraiment entré non plus ? Il n’a pas eu de chance, il est passé aprés  Romain Gary et  Annie Ernaux ! On va dire ça…

  L’HISTOIRE

C’est l’histoire d’un homme, François,  qui rencontre une femme dans un bar ; cette femme  a le bon goût de s’appeler Nathalie (oui les Nathalie ont beaucoup de potentiel(s) selon les critères de l’auteur !) et elle a la délicatesse de commander un… jus d’abricot, si elle avait commandé autre chose elle ne serait pas devenue l’épouse de François. Coup de foudre, mariage avec vie rêvée des anges et là, boum ! Pas de chance, François a un accident de jogging très bête, comme souvent les accidents,  nous fait un coma de deux pages et il meurt à la trente sixième page… au chapitre 14 ! Une histoire fraîche qui avait bien commencé et qui fait pchittt !  Mais le livre de deux cents dix pages comporte cent dix sept chapitres ! Bon le dernier est composé d’une seule ligne, c’est sûr… ça facilite. Lire la suite