La citation du jeudi avec Christian Bobin

germaine bouret chez soène« La gone : c’est comme ça qu’ils t’appellent dans ta famille, c’est un mot lyonnais pour dire celle qui réjouit le coeur, la benjamine, le bout de chou, la tard venue, quatrième et dernière des enfants. La place du dernier dans une famille est la place souveraine. On « passe » tout à la gone. On veille sur elle, sans jamais l’arrêter dans ses folies. On sent bien que c’est la dernière, qu’après il n’y en aura plus d’autres, alors on brûle pour elle tout l’or du temps, on fait comme si un tel amour était inépuisable, d’ailleurs c’est ce qu’il est. (…)

La gone est à deux mois ce qu’elle sera à vingt ans et à quarante, inespérée, comblée, on lui passera tout, ses bêtises, ses amours, ses maris (…) – petite Ghislaine assise sur la terrasse de La Tour-du-Pin, pieds-nus dans le jardin de Saint-Ondras, tu sais à peine marcher, tu as déjà compris le monde et que l’amour y manque même quand il est bien là, alors tu remplis ta mission de gone, tu occupes ta place de dernière, tu donnes l’amour qu’on t’a donné et tu le donnes au centuple. »

Christian Bobin, La plus que vive. Citation dédiée à une gone lyonnaise que je connais bien ! D’ailleurs le portrait de Germaine Bouret qui illustre ce billet vient de chez elle !

Sur une iodée de Chiffonnette