DESIR D’HISTOIRES 24

 Voici ma deuxième participation au jeu d’Olivia Billington (Livvy) avec les mots imposés suivants : shampooing, libellule, théière, silence, soleil, unifier, olive, enthousiasme, excellence, attachement, lion, ville, acide, chantilly, in extremis.  Quinze mots cette semaine , et je vous propose la suite et la fin du texte de la semaine dernière…

LES VALSES ANCIENNES (suite et fin)

Alors que ses pieds renouaient avec la terre ferme, les contours du visage se dessinaient, corolle offerte au soleil imperturbable et complice. Il l’aurait reconnu entre mille ! Hanna, sa muse, son amour inachevé, le versant heureux de son âme lui revenait. Ils avaient tant dansé sur la place du village… Hier  ? Pourquoi avait-il jeté son éphéméride, seul repère qui lui restait dans ce monde désincarné ?

Il s’approcha des arbres à grandes enjambées, apaisé par le calme soudain. Il cueillit une olive au passage et la savoura en fermant les yeux. Une olive ? Etait-ce bien réel ? La couleur des yeux d’Hanna, l’olive verte et juteuse, les symboles se multipliaient. Il chuchota presque : « Hanna, c’est bien toi ? Tends tes mains vers moi, dis-moi que tu vas unifier les deux mondes… » Les feuilles argent de l’oliveraie frémirent et elle apparut enfin, rêve intact encore voilé par le silence immobile de ses lèvres closes. Il fut contre elle en un instant, violemment, tel un lion trop longtemps prisonnier de la cage inhumaine où gisaient ses blessures. Avec un sourire en coin, elle lui reprit la capeline et la remit sur sa longue chevelure rousse qui brûlait de lueurs vénitiennes. Une libellule égarée vint s’y poser, clin d’oeil heureux au désir qui renaissait. Leur long baiser décrocha les étoiles oubliées dans l’absence, rien que pour eux. « Yvo…pourquoi si longtemps…sans toi ? » Il ne put répondre, la serra plus fort contre lui et ils continuèrent à marcher ainsi, au-dessus du temps, en haut de la plaine qui s’assombrissait. Il comprit soudain qu’il avait basculé dans une folie acide et vaine depuis le départ inexpliqué d’Hanna. Le monde n’avait pas changé, lui seul le voyait ainsi à travers le prisme violent de son désespoir crépusculaire.

La nuit tombait sur la Toscane de leur enfance. Du haut du promontoire rocheux, ils virent s’allumer une à une les lumières de la ville voisine, danseuses fragiles de cette réalité encore incertaine…

Soudain, le sifflement de la bouilloire ramena Yvo à la réalité. Il se leva avec enthousiasme, arrachant gaiement la feuille qu’il venait de taper sur sa vieille machine à écrire. Il saisit in extremis la théière brûlante pour s’y réchauffer les mains, fit couler le liquide ambré dans sa tasse culottée par les ans, y ajouta un nuage de chantilly pour le plaisir. Il était temps d’aller prendre un bain, de savourer le shampooing familier aux odeurs de sauge et de lavande mêlées en écoutant la musique d’une valse ancienne…  

Il jeta un dernier regard depuis la baie vitrée et se dit que non, décidémment, il aimait trop ces deux là,  son attachement était  viscéral et il lui faudrait finir leur histoire, il voulait l’excellence. Demain peut-être ? Il avait tout l’été devant lui…