DESIR D’HISTOIRES 23

 Désir d’histoires est un exercice d’écriture proposé par Olivia Billington, anciennement Livvy, et que l’on retrouve

Il s’agit de ma première participation à cet exercice ludique qui consiste à imaginer et écrire une « histoire » à partir de mots imposés : ils sont au nombre de quatorze (dont un facultatif) cette semaine et les voici  : plaine, vent,  printemps, éphéméride, citron, dystopie, renouveau, mardi, impétueux, émeraude, capeline, superbe, charmante  et (popisme, facultatif et non utilisé ici).

LES VALSES ANCIENNES

La musique des valses anciennes montait de la plaine, étalée loin devant lui. Enfin, son souvenir.

Cette année, le vent du printemps portait la mort sur ses lèvres ouvertes, un rire géant de souffleur avide balayait l’éphéméride qui s’envolait de sa poche. Il le serrait fort pourtant. Lundi ? Mardi ? Les jours sans nom se suivaient depuis l’avènement de l’infâme dystopie venue s’abattre sur le monde des vivants. De ce qu’il en restait. Lui ? D’autres ? Où se terraient-ils ces livides survivants d’une époque révolue, les rêves et les corps assassinés, aspirés par le vortex de la tyrannie.

Enseveli dans ses pensées, l’homme, encore jeune, regardait se pencher la vague jaune citron des colzas et des herbes hautes dans cette plaine, immense et superbe qui l’avait vu naître un soir heureux du mois d’août. Sous un chêne, sa mère, femme délicate et charmante s’était accroupie et dans un soupir l’avait mis au monde, la main droite serrée sur le panier de fruits récoltés, l’autre entre ses cuisses pour le tenir, coupant le cordon avec ses dents. Elle aimait lui conter inlassablement ce jour inoubliable des temps passés. Rageur, il finit par jeter au vent sournois l’éphéméride devenu inutile.

Soudain, il s’arrêta. Des yeux dilatés d’émeraude insensée le fixaient à travers les feuillages obscurs, se fondant à eux et glissant jusqu’à lui. Il fallait les suivre, ne pas se retourner, jamais, lui avait dit le vieux prêtre avant de partir du village. Le soleil filtra pour la première fois depuis des mois. Une capeline claire vint se poser à ses pieds, écume blanche d’un flot messager. Le renouveau ? Etait-ce lui, enfin ? Il ne lâchait pas le regard qui continuait sa course liquide. Il se baissa pour la ramasser et, à son contact, un tourbillon le souleva de terre, l’enveloppa tout entier pour l’emmener bien au-delà de l’horizon qu’il interrogeait juste avant…

Il savait maintenant avec certitude qui se cachait derrière ces yeux immenses, un sourire infini éclaira son visage, son coeur cognait à nouveau, cheval impétueux de sa mémoire fourbue, pendant que dans son âme résonnait encore la musique retrouvée des valses anciennes… 

Asphodèle

P.S. : A savoir que le mot DYSTOPIE ne figurant pas dans nombre de dictionnaires classiques, la définition trouvée sur Internet était la suivante : s’oppose à l’utopie, c’est le monde le pire qui puisse être, (type 1984 de Georges Orwell) .