VERTIGE

gif vertige sewingscars tumblr comL’abîme la contemplait et sur les rebords ourlés des larmes de sa vie, le vertige la gagnait, glissant, soyeux comme les robes mousseuses des femmes vertueuses qui meurent, racornies de chagrin en attendant un homme qui ne revient jamais. Dans le geste ample et déplié d’un temps où elles n’ont été que filles avant que d’être vieilles. La peur sur le visage, masque voilé de deuil des attentes impossibles.

Les hasards des nuits de juin, sous les tilleuls des printemps passés n’avaient été que des préludes inachevés, lui gelant les mains, la précipitant un peu plus vers ce vertige sans nom. Elle ne serait jamais grosse. Son ventre ne portait pas les traces de plis, là où les enfants se sont nichés un jour. Le téléphone ne sonnait plus depuis longtemps.

Aujourd’hui elle était venue dire adieu à l’abîme qui la cernait de gris, elle ne rentrerait pas au chaud de sa maison. Les yeux fixés sur les collines à l’horizon, une dernière fois. Là-bas, il lui semblait que les héros n’étaient jamais fatigués, n’étaient jamais là non plus quand on avait besoin d’eux, occupés à trinquer à de nouveaux hasards. Les héros sont cruels quand ils s’en sont allés. Pour cet oubli que la neige recouvrait, pour ce silence insupportable, elle se laissait glisser dans le vide…

plumedesmotsunehistoire2C’était ma participation à « Des mots, une histoire », édition 85 de l’atelier d‘Olivia. Les mots imposés étaient : racornir, grosse, prélude, vertueux, hasard, dire, peur, ferronnerie, téléphone, tilleul, abîme, fils (fille), héros. Je n’ai pas utilisé ferronnerie, désolée !