SAGAN – LE FILM (Diane Kurys – 2008)

 Ma 5ème participation au Challenge Françoise Sagan, catégorie Big challenger.

ATTENTION SPOILER ! Ceux qui ne l’ont pas vu vont tout savoir, donc faites comme il vous plaira…. 

Dire que j’ai aimé ce film OUI, j’ai beaucoup aimé ! D’autant que, au lu des critiques mitigées vues ça et là je ne m’attendais pas à un tel choc ! Emotionnel bien sûr.

Voir Sagan, vieille et complètement désemparée (le mot est faible), elle qui haïssait la solitude, sa meilleure ennemie et la voir mourir vraiment seule, refusant, alors qu’elle agonise à l’hôpital de revoir son fils accouru exprès, était presque indécent quand on sait que la dame ne supportait ni la pitié, ni la solitude,  ni la vieillesse et la phrase du Général de Gaulle »La vieillesse est un naufrage » s’applique vraiment à ce passage du film… Quoique le naufrage avait déjà commencé bien avant, de même que l’entreprise de démolition de son capital santé dont elle se moquait éperdumment. Et cette pauvre Madame Lebreton, sa dernière femme à tout faire reste la seule à lui tenir la main et lui dire de ne pas avoir peur…elle qui avait dit plus tôt ne croire ni en Dieu, ni en la réincarnation. La vraie voix off de Sylvie Testud accompagne une grande partie du film sur une musique particulièrement bien choisie pour l’occasion et donne la touche littéraire qui est survolée mais sans cesse présente .

Le film commence avec cette image de la fin où un journaliste people essaie d’entrer au Breuil, sa villa de Normandie, elle est clouée dans un fauteuil roulant laissant à madame Lebreton le soin de chasser l’importun… Et on revient au début : ses relations amicales et tendres avec ses parents, sa soeur aînée Suzanne et son frère Jacques (l’excellent Guillaume Galienne) à qui elle annonce lors d’un dîner qu’elle vient de publier un roman, à la surprise générale. Le succès de Bonjour tristesse à 18 ans, comment Julliard repère le « filon » et supplante Plon de vitesse, la gloire rapide, les vrais amis qui s’installent dans sa vie et y resteront jusqu’à leur mort : Jacques Chazot, Florence Malraux (avec qui elle a été pensionnaire au Couvent des Oiseaux, ça c’est pas dit dans le film) et Bernard Frank ( le très bon Lionel Abelanski, celui de Dans un mois, dans un an ??) ami de toujours qui vivra aussi chez elle à plusieurs reprises. Mais Françoise Quoirez, rebaptisée Sagan pour faire plaisir à son père (comme la princesse de Sagan de « A la recherche du temps perdu » de Proust, bien sûr…ce n’est pas dans le film non plus) va s’habituer très vite à ce succès qui lui permet de s’offrir sa première Jaguar, de s’étourdir dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, entraînée en cela par son frère Jacques et sa petite bande de bons vivants. Elle boit déjà beaucoup mais sans réelle ivresse, du moins ça ne se voit pas ! L’accident de 1957 qui va la faire passer à un doigt de la mort est très bien restitué ainsi que son séjour convalescent où elle goûte au Palfium et où elle avoue que la dépendance va la suivre toute sa vie. Les années passent à toute vitesse, les plans s’enchaînent, la maison du Breuil achetée un 8 août 1958 à 8 heures du matin alors qu’elle vient de gagner 8 millions à la roulette en jouant le 8… Son départ pour l’Amérique où son livre bat des records de ventes, ici on voit le vrai document de New-York, sa rencontre avec son premier mari, Guy Schoeller ( Denis Podalydès, qui ne l’aime pas), son divorce trois ans plus tard.  Ses discussions avec Jacques Chazot sont savoureuses, elle aimerait qu’ils aient un enfant ensemble. Les flashes à l’hôtel Régina, le gros plan des visages rivés sur elle  font effectivement penser à Stardust Memories où Woody Allen fait aussi un plan sur la foule aux visages grossis et déformés qui semblent vouloir l’avaler dans un concert mêlé de louanges et d’hypocrisie mondaine.  Puis vient la rencontre (1962) avec son bel américain, Bob Westhoff qu’elle épouse au grand dam de tout son entourage qui lui prédit « le casse-pipe » assuré. Denis, son fils naîtra un an plus tard et elle dira « c’est comme si une branche de plus avait poussé à mon arbre », ce à quoi Jacques Chazot en répliquant lui demande s’il va falloir un pépiniériste !! Son mari repart avec un homme, elle ne le retient pas, trop libre elle-même pour aliéner les gens, malgré son angoisse morbide de la solitude. Les évènements de mai 68 en revanche ne sont presque pas retranscrits et vite survolés quant aux actions qu’elle a menées. Sa rencontre avec Peggy Roche (la très classe Jeanne Balibar) qui mourra avant elle se fait (il me semble) plus tôt que dans la chronologie de sa vie mais qu’importe après tout ? Sagan se serait moquée de ces petites tricheries avec le temps…

Les soirées avec Peggy sont de plus en plus arrosées et poudrées…  Lors d’un voyage avec François Mitterrand à Bogota, elle fait un sérieux malaise, mais veut continuer à vivre « comme ça » et qu’on ne vienne pas l’ennuyer, avec la drogue ou les problèmes d’argent qui pointent leur nez. C’est qu’elle donne tout Françoise dès qu’elle a deux sous, se refusant à thésauriser, à compter ; elle son boulot, c’est écrire. Mais voilà, dans les années 80-90 Sagan n’est plus à la mode, ses livres ne se vendent plus et elle est criblée de dettes, harcelée par le fisc et éclaboussée par le scandale de l’affaire ELF.  Après la mort de Peggy Roche, elle vivra avec Astrid (Arielle Dombasle qui fait du Dombasle), veuve de son riche et vieux mari, rencontrée à Bogota. Cette dernière rachètera aux enchères la maison du Breuil qui avait été saisie, continuant à lui servir sa méthadone et des rails de coke … à côté !! Avant de s’enfuir quand Françoise devient impotente et dépendante, pour quinze jours à Manille…et c’est au cours de ces quinze jours de solitude amère qu’elle mourra… (à 69 ans d’un problème pulmonaire).

UN PEU PLUS ??

Je n’apporterais rien de plus en disant que Sylvie Testud est magistrale, pas seulement dans la ressemblance. Elle a vraiment « étudié » le personnage, allant jusqu’à rencontrer  Jean-Pierre Scarpitta, un ami de Sagan qui l’a accompagnée les dix dernières années de sa vie. Donc il n’y a pas que le mimétisme physique qui trouble le spectateur mais une réelle empathie de l’actrice envers son aînée. Elle lui ressemble beaucoup plus à la fin qu’au début d’ailleurs où elle va jusqu’à jouer « faux » pour donner plus de crédibilité à la Sagan de 18 ans (jusqu’à 30 ans environ, cf. les bonus du DVD). La frénésie de tabac et d’alcool, et la cocaïne plus tard enveloppe tout le film d’un nuage de fumée artificielle certes mais nécessaire. Même dans les moments solitaires où elle écrit, une bouteille de whisky n’est jamais très loin. Qu’elle ait tenu jusqu’à 69 ans relève du miracle ! Les rapports avec son fils sont douloureux, écartelée entre son métier et son statut de  mère, d’un enfant qui va la décevoir, elle-même étant restée une enfant, ceci explique peut-être cela…Certains ont trouvé que la partie littéraire (on ne parle pas assez de ses oeuvres, pas toutes certes,  mais quand même !) était trop en retrait, peut-être mais dans ce cas il aurait fallu un documentaire ou une série, le titre parle lui même de ce qu’il a voulu montrer : une femme avant tout qui…écrivait. On ressent une immense tristesse à la fin de ce film, non pas pour le pseudo « gâchis » dont tout le monde a parlé, elle a choisi (après tout) de vivre ainsi,  en se brûlant au plus près de ses excès, s’oubliant en eux et par eux.  La tristesse suinte dans la façon dont elle finit, un cliché de tout ce qu’elle a exécré. Je trouve que ces derniers mots de Doris Lussier (Le célèbre Père Gédéon de la télé canadienne) auraient pu en partie être écrits pour elle : « La vraie mort ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre » et elle l’avait perdue depuis longtemps, alors je préfère cette dernière phrase qui lui va si bien, nous qui la lisons encore avec autant d’ardeur : » Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence ».