LA MORT DU ROI TSONGOR de Laurent Gaudé

la mort du roi tsongorEncore un Gaudé me direz-vous ! Quand on aime,…je vous répondrais ! Même si j’ai moins apprécié que Le soleil des Scorta et trouvé beaucoup trop d’analogies avec « Pour seul cortège« , je suis définitivement conquise par la plume de cet auteur et sa capacité à me faire décoller… Absence d’objectivité inside mais j’assume !

Massaba. Une capitale imaginaire au fond d’une Afrique ancestrale, morcelée en clans ennemis. En vingt ans, et à cheval, le roi Tsongor a fédéré ces clans, en devenant le maître de cet immense royaume. Demain il marie sa fille unique et ce doit être le plus beau jour de sa vie, le plus beau jour de la paix retrouvée. Le prétendant, Kouamé est beau, riche et Samilia qui ne l’a pas encore rencontré, l’aime à travers ce que son père lui en a dit. Soudain, à la porte du palais jaillit Sango Kerim, un orphelin jadis recueilli par Tsongor, qui a grandi avec les fils et la fille de ce dernier et demande à Samilia de ne pas oublier la promesse qu’ils se sont jurée quelques années plus tôt. Mais il y a aussi Katobolonga, l’ombre du roi Tsongor, le seul à avoir le droit de porter son tabouret d’or, le seul à avoir droit de vie et de mort sur lui, au nom d’un pacte ancien taché de sang, que rien ne peut défaire. Et Tsongor doit et va mourir, laissant des choix impossibles à ses enfants, à Massaba, à l’Afrique qui va basculer dans une guerre impitoyable. Katobolonga est la conscience de Tsongor, celle avec laquelle il s’est arrangé au fil du temps mais qui l’a rattrapé, comme un couperet, au pire moment de sa vie : « Et lorsqu’il referma les yeux du roi en passant doucement la main dessus, c’est une époque entière qu’il referma. » (p. 49).

Seul Souba, le fils cadet s’éloigne avant le carnage, car Tsongor lui a demandé de faire ériger sept tombeaux dans le royaume, pour qu’au moment où le roi défunt (mais dont l’esprit flotte sur le palais) pourra passer, l’âme en paix de l’autre côté… Sept tombeaux comme sept visages de ce qu’a été Tsongor.

Samilia, plutôt que de refuser les deux prétendants et ainsi donner une chance de paix au royaume va précipiter la guerre et le regretter. « Elle ne savait pas pourquoi elle s’était tue. Pourquoi ses frères aussi n’avaient-ils rien dit ? (…) La guerre était à ses pieds et portait son nom (…) Elle s’insulta de n’avoir rien fait contre cela. » (p. 80-81).

Dans la langue imagée et envoûtante qu’on lui connaît, Laurent Gaudé, porte ici les mécanismes de la tragédie grecque, à son paroxysme. Il nous donne le baiser de la mort en faisant souffler amèrement celui de l’amour qui ne pourra éclore sur les charniers. Il pointe la faiblesse des hommes, la tyrannie des rois (un maître absolu a souvent du sang sur les mains). Non seulement les défaites et les victoires réunies charrient des remugles qui empuantissent les drapeaux des causes perdues mais cette guerre transpire la honte, celle des gloires qui sont nées aussi dans le sang. La mort du Roi Tsongor est le point de départ pour soulever une réflexion sur la vanité des hommes et a fortiori sur celles des guerres où l’on ne sait plus pourquoi on tue,  pour qui on meurt. Quand la lâcheté et l’orgueil se rejoignent…

« Et chaque victoire, même, aurait un goût profond de blessure car elle serait obtenue sur des hommes et sur une ville qu’il aimait. » (p133).

EDIT DU 13.02.2013 : pour ceux qui prétendent (souvent sans savoir) que Laurent Gaudé n’est pas accessible, je vous encourage à aller voir ce billet de Liliba, qui l’a approché de près et les trois vidéos données pour Libfly à Lille ! C’est PAR ICI !

laurent gaudé2Avec ce livre, Laurent Gaudé, a obtenu Le Prix Goncourt des Lycéens en 2002 et Le Prix des libraires en 2003, avant de rafler le Prix Goncourt en 2004 avec le Soleil des Scorta.

Ma première participation au Challenge royal de Liliba, à celui de Lauchallenge royal de lilibare « À tous Prix » et à celui d’Arieste « Les lieux imaginaires« .

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