INTÉRIEUR NORD de Marcus Malte

Intérieur Nord de Marcus MalteUne lecture commune (d’été) avec ma Comète préférée d’un auteur dont je vous rebats les oreilles régulièrement ( ICI, ENCORE ICI et ). Voici quatre nouvelles, quatre petits bijoux ciselés et riches en émotions. Intérieur Nord pourrait être cette zone d’ombre qui se glace et se fige à jamais quelque part en nous, suite à une fatalité quelconque. Quand les morsures du froid conduisent à la folie ou pire, à l’indifférence.

La première, Musher, nous parle d’un jeune homme solitaire qui vit avec ses chiens de traineaux en montagne. Comme un petit animal, proche de la nature. Comment l’amour va lui tomber dessus dans un quiproquo, l’obligeant à un choix qui ne mène pas forcément au bonheur. Tendre et poignant. Lire la suite

LE K de Dino Buzzati

Le K de BuzzattiHeureusement que cette lecture était une Lecture Commune et que je m’y suis prise dés fin décembre, car lire ces cinquante nouvelles à la file eût été indigeste ! Il faut passer le cap de la dizaine pour en saisir les subtilités, même si, comme toujours dans une telle quantité, elles ne se valent pas toutes… Lire la suite

LA DISPARUE DE NOEL d’Anne Perry

anne perry contes de noelMalgré les circonstances, peu propices à la lecture en ces temps de fêtes (enfin, ça dépend pour qui !)), j’ai eu le temps de lire ce premier conte (sur les quatre du livre) d’Anne Perry, tiré d’une (magnifique) nouvelle édition parue chez 10/18, préfacée par l’auteur elle-même et offert par ma LiliGalipette lors de notre SWAP de Noël. Je suis sous le charme ! Lire la suite

LECTURE COMMUNE de LE K de Dino Buzzati, on récapitule !

Lectures ensemble-James Jebusa ShannonNous étions trois au départ à vouloir lire ce livre, vivement conseillé par Eeguab-Modrone, avec Valentyne et en en parlant de ci, de là, en commentaires, puis avec les billets de Valentyne et Laure, il semble que nous soyons plus nombreux et c’est tant mieux !

Comme nos programmes étaient assez chargés avec les Fêtes, la date a été arrêtée au 31 janvier 2013, ce qui nous laisse un bon mois et demi ! Celles et ceux qui veulent nous rejoindre, levez le doigt et laissez le lien de votre blog en commentaires. J’inscrirai (mais vous aussi) les liens des participants, le jour de la parution de notre billet commun. Mais aussi dans ma Page Lectures Communes, sous la bannière.

Le K de Buzzatti

Et comme je trouve sympathique de parler d’un livre, pendant que nous le lisons, n’hésitez pas à communiquer entre vous et avec moi pendant cette lecture !!! 🙂 Si vous le souhaitez, bien entendu…

A ce jour j’ai noté mais j’ai dû en oublier : Valentyne, Eeguab, Laure, Jean-Charles et Morgouille ChroniquesLittéraires, Natiora, Noctenbule et ? Aidez-moi !!! J’en ai sous le béret mais je ne sais plus où donner de la tête !^^gif chat béret lylouanne tumblr

L’ODEUR DU FIGUIER de Simonetta Greggio

GREGGIOLe Livre de Poche. 2011, 180 pages. J’ai découvert Simonetta Greggio le mois dernier à son passage à La Grande Librairie où elle était venue présenter son dernier roman « L’homme qui aimait ma femme » et j’ai été séduite par sa vivacité, son franc-parler et le pétillement de ses yeux. Elle est italienne mais écrit en français depuis 1981.Tout à fait par hasard, j’avais choisi pour mon dernier partenariat avec  Le Livre de Poche, L’odeur du Figuier (un peu pour le titre), un recueil de cinq nouvelles paru en 2011. Lire la suite

RAY BRADBURY : CELUI QUI ATTEND et autres nouvelles

Voici huit nouvelles de cet immense auteur éditées dans les regrettées Editions Librio, toutes tirées d’autres recueils car le © général de Librio indiquait 1930, ce qui n’est pas le cas de toutes ces nouvelles mais il faut bien admettre que Ray Bradbury, dans ses écrits de science-fiction était visionnaire. Ce n’est pas de la science-fiction « technique » au sens propre du terme, je la trouve avant tout infiniment poétique et il s’en sert surtout pour nous parler de l’homme et de son sujet de prédilection : le Temps, qui est une sorte de fil rouge qui relie ces nouvelles, principal questionnement abordé sous des angles différents en fantastique comme en SF. Lire la suite

LA PATIENCE DES BUFFLES SOUS LA PLUIE de David Thomas

Comment résumer 69 nouvelles (franchement l’auteur aurait pu se fendre d’un texte supplémentaire ! J’ai lu sur Google, un peu partout qu’il y en avait 73, j’ai compté et recompté, il n’y en a dans cette version que 69 !) qui tiennent en à peine 150 pages ! Ce qui donne déjà une idée de la concision des « nouvelles » que je rebaptiserais bien volontiers de « brèves »…  Des fulgurances sur la vie, l’amour, le temps, l’ennui, la sexualité, sur tout ce qui nous interroge au quotidien et dans nos réflexions. Avec douceur ou avec l’extrême réalité d’une conscience aigüe et sans compromis. Lire la suite

CHAMBRE 612 de Gwenaëlle Peron

Ce nom vous dit quelque chose ? Et pour cause ! Gwenaëlle, plus connue sous le pseudo de Skriban tient trois blogs : Skriban, blog de lecture, puis l’Atelier de Sriban,  l’atelier d’écriture qu’elle nous propose un dimanche sur deux, remaniement en février 2012 ! Et enfin Moderne Solitude où elle publie les textes des ateliers où elle participe ! Lire la suite

LA TAILLE D’UN ANGE de Patrice Juiff (Nouvelles)

Oui, deux couvertures pour ce recueil de nouvelles, absolument ébouriffant parce que celle de droite, version Albin-Michel est aussi parlante que celle (en poche) que je viens de terminer. UN COUP DE POING !

Le choix des deux couvertures avec une petite fille en noir et blanc sur fond de banlieue grise et triste est justifié. De même que le début de la quatrième de couverture qui ne ment pas en disant : « Des personnages à la Raymond Carver, solitaires et fragiles, tendres et brutaux. » Ce livre a obtenu le Grand Prix 2008 de la nouvelle de la Société Des Gens de Lettres et Le Prix littéraire des Lycéens et apprentis de la région Paca 2008.

Neuf nouvelles qui ont en commun de faire parler un enfant, un ado, ou un adulte qui est toujours le fils ou la fille de quelqu’un, perdu pour ne pas dire paumé dans la misère sociale qui suinte tout au long des pages. Les anges sont ces voix d’enfants que l’on n’écoute plus, qui se battent pour survivre en tenant une famille à bout de bras. Des anges qui ont peu ou plus de rêves, qui ne refont pas le monde car ils sont refaits d’avance. Mais  le filet d’espoir qui coule dans leurs veines devient un éxutoire au malheur.  Il y a aussi des vieillards magnifiques qui meurent encore d’amour ou tombent amoureux. L’action se passe on ne sait  où en fait, il n’y a aucun cliché sur la banlieue telle qu’on nous la présente trop souvent. Il s’agit de gens ordinaires, vivant dans la propreté d’un pavillon ou d’un immeuble de banlieue. C’est l’homme souvent à l’origine des problèmes, l’homme est un « médiocre congénital ou un salaud ». Le rapport au père est conflictuel ou inexistant, désabusé mais jamais indifférent. Petits et grands passent par des stades de haine, de rejet, de mépris mais également d’amour, l’amour indéfectible qui flirte avec la haine et les sauve  ;  cet amour va se nicher dans les bras de la mère, de la soeur, de la femme,  qui sont magnifiées, même quand elles aussi sont perdues, folles ou  caburant à la bière,  à la vodka, ou à l’héroïne. C’est forcément pas leur faute, elles ont trop souffert, elles souffrent toujours plus et pour les garçons en mal de père elles sont des soleils éclatant de victoire sur les défaites et les ravages du temps. Et nous les aimons pour ça les protagonistes de ces nouvelles qui ne baissent jamais les bras malgré leur vie dézinguée par des adultes brutaux ou inconscients. On a envie de les serrer contre nous et de les consoler, leur dire que oui, les mondes meilleurs existent, loin de leur précarité sentimentale, de la violence qui fait éclater les familles et qu’ils doivent aller au bout de leurs rêves…dans la mesure du possible… Ils ont au moins le choix d’un possible et celui-là, ils s’en emparent vite fait.

Le langage est cru, vert mais se marie à la perfection avec l’ambiance très grise de ces jours bitumés et biturés à l’alcool pour la plupart ; il  n’entache pas le style rythmé, enlevé et imagé de l’auteur, avec des envolées poétiques magistrales et un suspense habilement mené qui nous empêche de lâcher le livre avant la dernière page. Je ne vais pas vous les chroniquer toutes en détail, ce serait les déflorer mais vous laisser une phrase révélatrice de certaines d’entres elles.

LA TAILLE D’UN ANGE: (Une adolescente enceinte d’un violeur dont elle nie les torts mais dont elle veut garder l’enfant)  » J’ai regardé à nouveau la photo. Le trou noir que le bébé faisait dans mon ventre. je me suis souvenue de ce que m’avait dit le type de l’échographie, qu’il ne mesurait que quelques millimètres. Je me suis souvenue aussi de ce que papa avait dit (…). Que ce devait être ça la taille d’un ange. »

MOURIR AUSSI :  (En pensant à son père mort trop tôt)  » Combien je l’aimais. Combien je l’aime encore. Je sens sa main se crisper, serrer la mienne puis se détendre à nouveau. Un leurre sans doute. Une illusion. « 

LE DIMANCHE MATIN : Une qui est terrible !  » Papa nous tabasse tous les dimanches matin. Parce que sans ça on deviendrait des monstres. Il dit que les enfants c’est comme les animaux et qu’il faut les dresser (…). je ne sais pas pourquoi alors il tabasse maman, qui n’est plus une enfant même si elle chiale comme un bébé quand elle prend une raclée. »

 MA MÈRE EST VIVANTE : (Un adulte dont le père vient de mourir et que sa mère remplace un mois après tout en voulant l’aval de ses trois enfants).  » Voilà. Que nous avons le droit de lui refuser notre compréhension (…). Ma mère est vivante. C’est ce qui me traverse la tête à  ce moment là. Un ange passe qui a remplacé la buse de tout à l’heure et qui sanctifie les paroles de ma mère. »

CHIENNE PERDUE : (Un couple bancal a perdu sa chienne à laquelle sa femme, en mal d’enfant s’accrochait.) « J’ai peur de rentrer. Du silence dans la maison. Du vide qui se creuse entre Reine et moi. De son oeil mort. De la vitalité de son désarroi. Ou du mien. (…) J’ai peur de notre maison sans amour. Sans Ostie. Sans le minimum vital qui la rendait vivable. »

UN COEUR EN COMMUN : (Une fille qui a été séparée à la naissance de sa mère « attardée » et placée dans un asile par sa grand-mère,  découvre, à 16 ans, son existence)  » J’étais certaine  qu’il restait quelque chose en elle des huit mois de cohabitation que nous avions passés ensemble. Dans son corps intact de jeune fille mutilée. Ne serait-ce que l’ombre cicatrisée d’un souvenir. Quelque chose qui n’appartient qu’à une mère et à son enfant. Le fantôme d’un souffle. Un coeur en commun. « 

LE PREMIER VRAI SOUVENIR QUE J’AI d’ELLE: (Bouleversante ! Avec une fin qui rebondit dans un dénouement inattendu. L’histoire d’un enfant qui a 14 ans d’écart avec sa soeur junkie qu’il adore) .  » Je n’ai jamais embrassé notre mère. Je n’ai jamais embrassé notre père. Ou je ne m’en souviens pas (…) Je ne me souviens pas de notre père. Finalement.  Mais comment se souvenir de presque rien ? »

SUR L’AUTEUR

Hormis le fait qu’il soit né en 1964, et qu’il habite un petit village de l’Oise, on ne sait pas grand-chose de Patrice Juiff, si ce n’est qu’il est également comédien. Il s’est lancé dans  l’écriture en 2003 avec son premier roman « Frère et soeur », puis « Kathy » en 2006 et « La taille d’un ange » en 2008 .  En tant que comédien il a plus une dizaine  de films à son actif dont Le temps retrouvé de Raul Ruiz, Adolphe de Benoît Jacquot en passant par 2005, Autopsie d’un mirage de R. Abadia. Sans compter toutes les séries télévisées où il a joué.

Ceci est ma deuxième participation au Challenge La Nouvelle de Sabbio et je remercie infiniment Somaja, que vous retrouvez ici pour le prêt de ce recueil qui fut une belle découverte.

Un diamant gros comme le Ritz (nouvelle) de Francis Scott Fitzgerald

Nouvelle de 60 pages ( en bas à gauche, mon pauvre  exemplaire avec Benjamin Button) tiré du recueil éponyme qui en compte 27 (en haut à gauche), écrites entre 1922 et 1937. Un diamant gros comme le Ritz fut écrite en 1922 en France à l’Hôtel Eden Roc sur la « riviera », où il séjournait alors avec son épouse, Zelda.

Scott Fitzgerald nous surprend ici avec une fiction « fantastique » mais où se glissent avec fluidité et flamboyance les passages de sa vie qui l’ont blessés à jamais. Notamment dans son rapport à l’argent, lui, l’adolescent frustré de n’être pas né riche, d’avoir évolué dans un milieu modeste ; son père après avoir fait faillite a fini commis voyageur, jusqu’à ce que sa mère touche l’héritage de sa riche famille irlandaise et l’envoie dans les collèges les plus chics de Saint-Paul, capitale du Minnesota puis à Princeton où son orgueil l’isolera de ses congénères estudiantins et sa constitution chétive l’écartera de ses rêves footballistiques. Il écrira alors des pièces de théâtre et des articles pour le journal de l’Université. Un diamant gros comme le Ritz nous fait passer dans un globe temporel inaccessible où la débauche de richesse est prétexte à démontrer  que même  l’immense fortune ne peut acheter Dieu, qu’elle ne dure qu’un temps et cette vision hédoniste poussée à l’extrême rendra plus cruelle le retour à la réalité.

L’HISTOIRE

John Unger quitte la petite ville de Hadès (Mississipi) où sa famille de la bourgeoisie locale s’est saignée pour l’envoyer dans le meilleur lycée de la côte Est et de l’Amérique : Saint-Midas, près de Boston. Là, il rencontre Percy Washington, un jeune homme beau, élégant et taiseux qui le prend en amitié et l’invite à passer les vacances dans la demeure familiale. Avant leur départ, il l’a prévenu  que son père était plus riche que tous les riches du monde réunis et qu’il possédait  « un diamant plus gros que l’hôtel Ritz-Carlton ». S’ensuit un long voyage en train jusqu’au Montana, puis un parcours mystérieux de nuit en boghei (petit cabriolet décapotable) jusqu’à ce que la route devenue enfin praticable fasse apparaître une Rolls faite de diamants, d’or et autres pierres précieuses. Nous entrons là dans la partie fantastique où le père de Percy Washington (descndant de Washington himself, bien sûr) les accueille dans un château incroyable, tout de marbre extérieur et de cristal, de pierreries, de plumes de paon à l’intérieur où vaquent plus de deux-cent cinquante domestiques « nègres » (descendants des vingt-cinq esclaves amenés par le grand-père) au service de cette étrange famille. Un luxe auquel goûte bien vite John en même temps qu’il découvre l’amour  avec la soeur de Percy, Kismine qui n’est jamais sortie de ce château et pour cause. Tous ceux qui l’ont découvert ont été tués ou emprisonnés dans une cage dorée (vraiment dorée) pour ne pas révéler l’existence de cette fortune bâtie à côté d’une montagne qui n’est qu’un diamant brut (rien que ça !). Oui, mais voilà, il existe les avions,  seule possiblité pour découvrir ce paradis et un professeur d’italien ayant réussi à s’enfuir les fera venir. Le père Washington luttera jusqu’au bout, en exterminant quelques-uns à coups de canons,  mais pas tous. Je ne vous raconte pas la toute fin, simplement ces derniers mots de John qui s’enfuit avec une Kismine ravie de devenir pauvre dans la vraie vie  : « – C’était un rêve dit John tristement. A présent je n’en suis plus si sûr.  Peu importe, passons quelque temps à nous aimer , vous et moi, un an peut-être. C’est une forme d’ivresse divine que nous pouvons tous connaître. Il n’y a de diamants que sur terre, des diamants et peut-être aussi le pauvre pouvoir de la désillusion. Celui-là, je le possède et je n’en fais pas grand-chose.(…) C’est un grand péché que d’avoir inventé la conscience . Perdons la pendant quelques heures. (…) »

MON SENTIMENT

Même dans une petite nouvelle « anodine », Fitzgerald est magistral de talent, qui plus est une nouvelle « fantastique », genre que je ne lui connaissais pas et qui m’a enchantée une heure, une heure bien trop courte. J’ai hâte de lire les 26 autres qui composent le recueil, sachant que dedans j’y trouverais l’écrivain que j’aime tant mais aussi un peu plus de l’homme qui n’a fait que s’inspirer de sa vie pour écrire.