MÉTÉO MARINE de Fabienne Rivayran

Météo marine de fabienne rivayran Une courte nouvelle dans un petit fascicule qui peut s’emmener partout. Je remercie Liliba (et m’excuse de mon retard) de l’avoir fait voyager ! Je fais suivre à Natiora cette semaine !

Fabienne Rivayran est une blogueuse connue sous le pseudo de Fabéli, vous pouvez également écouter un extrait de cette nouvelle ICI .

Une lecture parfaite pour l’été et en accord avec l’ambiance marine que connaissent ceux qui ont la chance de vivre en bord de mer, près de l’Atlantique…

Lisa vit seule dans une maison perdue au bout d’un chemin, au bord de l’Océan, pas loin de la frontière espagnole. Pierre, son voisin vit seul également. C’est un lecteur féru de poésie, il est courtois. Ils se parlent mais pas plus que ça, ils n’entrent pas dans les confidences intimes, dans les détails. Un jour la maison de Pierre s’enflamme, le temps de réagir, les pompiers sont là et Pierre emmené à l’hôpital dans un état critique.  Lisa arrive aux Urgences où on lui pose une foule de questions auxquelles elle ne peut pas répondre. Qui est vraiment Pierre ? Que sait-elle de son passé, que cache la bonhommie d’un voisin ordinaire … finalement pas si ordinaire qu’on le pensait?

Lisa est elle-même en miettes depuis qu’elle s’est séparée de son mari, elle s’aperçoit que, penchée sur ses chagrins, elle a regardé Pierre sans le voir, elle est perdue Lisa, écrasée de regrets et de larmes, elle essaie d’oublier… « Je suis au bout. Au bout du quai. Au bout du monde. Un bateau-promenade quitte le canal. Il emporte vers le large sa cargaison de touristes. Marée haute, mer calme, vent modéré. Le voyage sera sans risque. Aucune tempête n’est annoncée. Et les tempêtes humaines, qui s’occupe de les prévoir ? » (p.22).

Des phrases courtes, un style nerveux et percutant. Et une poésie qui sourd de la douleur de Lisa, de sa rage, de son incompréhension. Une auteure que j’aurais plaisir à relire ! Merci Liliba (encore une fois) pour tes goûts très sûrs et tes conseils avisés. Le billet de Liliba ICI, bien sûr, j’avais oublié….

Une participation au challenge de Lystig « Vivent nos régions » pour le Sud-Ouest et une pour celui de l’Irrégulière, le challenge amoureux, catégories, amours blessées…

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LE PETIT ASSASSIN de Ray Bradbury (nouvelle)

Comme je vous l’ai dit ICI, je voulais commenter cette longue nouvelle à part, tant elle est criante de vérité mais aussi de surnaturel. Pas de SF ici, du fantastique mêlé de réel qui fait froid dans le dos. Je ne la conseille pas aux jeunes parturientes ni aux futures mamans…

L’histoire débute pendant l’accouchement de Alice Leiber qui a failli mourir de sa césarienne et qui flotte encore dans les vapeurs de l’anesthésie. Malgré cela, elle est persuadée que le bébé a voulu la tuer et veut encore la tuer. Au début, devant le désamour viscéral qu’elle éprouve pour le nouveau-né qui va rester sans prénom d’ailleurs, on pense au baby-blues, à un délire dû à l’anesthésie (quand on sait les anesthésies des années 1950-60). Mais pas du tout. « On m’assassine sous leurs yeux. Ces médecins, ces infirmières ne se rendent pas compte de la chose cachée qui m’est arrivée. David ne le sait pas. Sauf moi et le tueur, le petit meurtrier, le minuscule assassin. » Lire la suite

CHAMBRE 612 de Gwenaëlle Peron

Ce nom vous dit quelque chose ? Et pour cause ! Gwenaëlle, plus connue sous le pseudo de Skriban tient trois blogs : Skriban, blog de lecture, puis l’Atelier de Sriban,  l’atelier d’écriture qu’elle nous propose un dimanche sur deux, remaniement en février 2012 ! Et enfin Moderne Solitude où elle publie les textes des ateliers où elle participe ! Lire la suite

BOULE DE SUIF de Guy de Maupassant (nouvelle).

L’histoire commence sur un tableau de la campagne normande en plein hiver où grouillent des soldats en déroute et en guenilles, hagards, que la faim et la défaite annoncée, ainsi que l’invasion prussienne bien réelle poussent à errer sans but et sans chef.  Fantassins, hussards, soldats de la Garde  Mobile Nationale, ne se reconnaissent plus entre eux et en viennent parfois à se tirer dessus comme des lapins. Ce premier tableau est important dans la mesure où il situe à la fois l’action dans le temps mais il nous dit aussi ce que Maupassant en pense : « Car la même sensation reparaît chaque fois que l’ordre établi des choses est renversé, que la sécurité n’existe plus, que tout ce que protégeaient les lois des hommes ou celles de la nature, se trouve à la merci d’une brutalité inconsciente et féroce ».

C’est dans ce contexte fébrile de la guerre de 1870 à Rouen, où l’occuppation prussienne a dépassé l’invasion, que trois couples, deux religieuses, un démocrate et une protistuée vont se précipiter dans la première diligence pour Dieppe, laissant derrière eux commerce, château, monastère ou rentes confortables. Dans la description détaillée, ciselée qu’il fait de ce microcosme représentatif de la société de l’époque (et que l’on pourrait aisément retranscrire aujourd’hui), il dit comment d’aucuns prennent de petits arrangements avec leur conscience pour mieux enfumer le chaland (le couple de commercants), entretenir un blason toujours nanti (le couple de nobles) ou préserver le vernis doré et hypocrite d’une politique (le couple de politiciens-propriétaires) : « Les six personnes formaient le fond de la voiture, le côté de la société rentée, sereine et forte, des honnêtes gens autorisés qui ont de la Religion et des Principes ». Viennent s’ajouter un personnage haut en couleurs, le « démoc », l’opposant au régime qui fait sa « résistance » personnelle pour se dédouanner un peu d’être un privilégié, les deux religieuses, confites dans leurs prières, les yeux baissés sur leur  rosaire et dont une se révèlera aussi odieuse que les autres et bien sûr une femme,  « une de celles appelées galantes, à l’embonpoint précoce qui lui avait valu le surnom de Boule de Suif « .

Du début du voyage en calèche, en passant par les trois jours où ils restent confinés à l’hôtel occupé par les Prussiens, et dont la condition de repartir est que Boule de Suif accepte de coucher avec leur commandant (c’est dit comme ça dans le texte), jusqu’au départ de l’hôtel, Maupassant nous déploie toute la palette de sentiments et de réalisme qui colore ce périple.

Boule de Suif, méprisée et toisée au départ, retrouve un intérêt auprès des autres quand ils s’aperçoivent qu’ils n’ont pas prévu de provisions et que la calèche s’enlise dans la neige, les retardant dans leur voyage. Boule de Suif va partager son panier de deux jours avec tous et avec plaisir, elle sera leur (presque) égale dans la faim, tout au moins gagnera en respectabilité. Plus tard, à l’hôtel, quand le tavernier annonce la condition du départ, ce sont d’abord cris étouffés et offusqués des messieurs-dames, surtout des dames qui pensent que cela aurait pu tomber sur elles. Deux jours et deux nuits où la haine envers Boule de Suif va gonfler, pleine des rancoeurs que l’on reproche aux prostituées avec en plus, la colère de voir qu’elle ne cède pas, les mettant en danger, alors qu’après tout c’est son métier !  » Et aujourd’hui qu’il s’agit de nous tirer d’embarras, elle fait sa mijaurée cette morveuse !… Moi je trouve qu’il se conduit très bien cet officier « . Mais Boule de Suif est patriote, elle a déjà sauté à la gorge d’ un Prussien (suscitant leur admiration au début du voyage) et ne veut pas se donner à l’ennemi. Elle finira par se rendre sous les oreilles attentives et comblées des couples restés en bas du couloir de l’auberge et qui apprécient sa reddition… Seront-ils reconnaissants envers elle de son sacrifice ? Que nenni, ils ne la mépriseront que plus, la renvoyant au cul de basse fosse dont elle vient, ignorant ses larmes et sa faim lorsqu’ils repartent avec un panier, eux, panier qu’ils ne penseront même pas à partager avec elle. Une putain s’est couchée pour la France alors qu’ils se couchaient devant l’ennemi, l’avarice des sentiments et la mesquinerie incrustée dans leurs âmes pleines de Principes et de Religion. Le « démoc », avec sa barbe rousse hirsute et ses longs cheveux gras, commencera à siffler la Marseillaise (qui n’était pas encore l’hymne national, mais subversive), essayant de les faire sursauter mais ils feront semblant de ne pas entendre, occupés à se gaver ni de voir les larmes qui roulent, piétinées sous les sabots des chevaux, sur le visage humilié de Boule de Suif… Comme si le courage, malgré sa dimension ici, ne pouvait jamais dépasser le statut social des plus humbles.

Quelques petites phrases bien senties :  » Car la haine de l’Etranger arme toujours quelques Intrépides prêts à mourir pour une Idée « ./ « Quand il y a des gens qui font tant de découvertes pour être utiles, faut-il que d’autres se donnent tant de mal pour être nuisibles ! ». /« Cornudet (le démocrate), indigné de l’entente cordiale établie entre les vainqueurs et les vaincus, se retira, (…). Loiseau eut un mot pour rire  » Ils repeuplent’. Monsieur Carré-Lamadon eut un mot grave : « Ils réparent ». « 

SUR LA NOUVELLE ET MAUPASSANT :

La préface de Nicolas Millet est très intéressante : elle nous apprend que cette nouvelle paraît en 1880 pour la première fois alors qu’il a à peine 30 ans, avec le choix délibéré de l’auteur de la faire paraître dans le recueil Des Soirées de Médan, afin de revendiquer implicitement son appartenance au mouvement naturaliste. « Méthode littéraire qui cherche à introduire dans l’art, la méthode des sciences expérimentales. En suivant la métode du scientifique l’écrivain se fait à la fois observateur et expérimentateur ». Un recueil collectif où il apparaît à côté de Zola et Huysmans. La nouvelle tirera des éloges dithyrambiques à Flaubert dont il est le disciple  :  » Il me tarde de vous dire que je considère Boule de Suif comme un chef-d’oeuvre ! Oui, jeune homme ! Ni plus ni moins, cela est d’un maître (…) Ce petit conte restera, soyez-en sûr ! Quelles belles binettes que celles de vos bourgeois ! Pas un n’est raté ! », etc, etc. « Un mois plus tard, le 8 mai 1880, Gustave Flaubert, né à Rouen, mourut. »

Alors oui, Boule de Suif est restée et je la trouve particulièrement actuelle, comme le souligne également Nicolas Millet,  le commerce fait avec le corps des femmes se poursuit, les guerres ne sont pas finies de par le monde et peuvent entraîner des dérives semblables à tout moment. Et avec lui j’ajouterai  : « Maupassant est donc à lire de toute urgence, à l’âge où le désir de changer le monde ne peut être accompli qu’après l’avoir appréhendé. (…) Or la littérature en général et la prose de Maupassant en particulier en constituent sans doute le meilleur moyen. »

Ceci est ma 4ème participation au CHALLENGE LA NOUVELLE de Sabbio

L’étrange histoire de Benjamin Button de F.Scott Fitzgerald

Petite nouvelle de 55 pages de mon auteur préféré (l’un de mes auteurs préférés) ! Alors bien sûr, ne pas s’attendre à la flamboyance habituelle de ses romans et même de certaines autres nouvelles mais, celle-ci publiée dans les année 20 dans Colliers Magazine rejoindra l’anthologie de Tales of the Jazz . Mark Twain en serait l’inspirateur après avoir dit : « La vie serait bien plus heureuse si nous naissions à 80 ans et si nous approchions graduellement de nos 18 ans ».

Scott Fitzgerald, dans cette nouvelle fantastique, nous montre une autre facette de son talent. En reprenant ce thème mille fois exploité du retour vers le passé et surtout de l’éternelle jeunesse, qui selon lui se situe entre 30 et 50 ans, nous livre au passage, avec un sourire narquois au coin des lèvres une peinture de la bonne bourgeoisie américaine et l’appréciation qu’il se fait des meilleures années de la vie, faisant résonner le tic-tac du temps plutôt que de développer l’évidence. Le film qu’en a tiré David Fincher avec Brad Pitt est totalement différent : les cinéphiles préfèreront cette version déployée, les inconditionnels de Fitzgerald y verront un énième clin d’oeil à ses espoirs déçus, à son rêve absolu, quand ce rêve devient cauchemar dès que l’on présente une (ou des) différence(s) avec la norme bien-pensante édictée par la société.

L’HISTOIRE

Baltimore, 1860 : en pleine de guerre de Sécession, Madame Button accouche à la clinique, fait rarissime à l’époque, d’un vieillard de 70 ans, et mesurant 1m83, chenu et perclus de rhumatismes, bien loin de l’image du bébé ‘Cadum » que ces notables aisés attendaient. C’est un « scandale » dans la ville. Pas de compassion, non, un scandale ! Benjamin, ainsi prénommé après quelques atermoiements est tout d’abord le père, voire le grand-père des ses propres parents qui l’élèvent en secret jusqu’à 21 ans. Au fil du temps, il rajeunit et, à 50 ans, il tombe amoureux de la belle et raisonnable Hildegarde Moncrief de vingt ans sa cadette. Il fait prospérer l’entreprise paternelle, devient père et se sent de plus en plus jeune au grand dam de son épouse qui flétrit à vue d’oeil et se transforme vite en rombière, lui reprochant de « vouloir toujours en faire trop » dans sa quête de jeunesse… lorsqu’ il fréquente de plus en plus les soirées mondaines, danse, s’étourdit, frais comme un gardon. Elle n’a jamais su ou voulu croire au secret de sa naissance. Il va enfin pouvoir s’illustrer à l’université, notamment par ses exploits sportifs (chose qui a toujours laissé à Scott Fitzgerald un goût amer lorsqu’il étudiait à Princetown), il obtiendra également une médaille militaire pendant la guerre hispano-américaine de 1868 et le grade de lieutenant-colonel (regret aussi de n’avoir pu participer à la guerre en 1917 lorsqu’il était basé à Montgomery, Alabama). Mais ces trois ans de guerre passés loin d’Hildegarde ont creusé le fossé où le déclin de l’une accentue le regain de l’autre. Et en la voyant il pense : » (…) déjà atteinte par cette langueur infinie qui nous gagne tous un jour et nous accompagne jusqu’à la fin de notre existence ». (…) »Son destin lui semblait incroyable et affreux ».

Et ainsi continue le débours de l’horloge, le ramenant bientôt à l’état d’adolescent où il devient le fils de son propre fils, pour finir à l’état de nourrisson qui s’endort une dernière fois, le goût du lait chaud et sucré dans la bouche avant que tout ne redevienne noir…

MON AVIS

Je vous l’ai déjà beaucoup donné entre les mailles de cette « étrange » histoire qui ne s’arrête ni aux faits, ni aux personnages dans le détail, en 55 pages, il ne peut en être autrement. Mais F.Scott Fitzgerald sait nous transmettre  tous les sentiments qu’éprouve Benjamin à travers le regard d’une société impitoyable avec la différence, la pauvreté, la vieillesse. Le postulat de départ, le compte à rebours vers la jeunesse n’est-il pas après tout un sujet cher à l’auteur, lui dont les illusions de jeunesse se sont vites évaporées dans un crépuscule précoce et désenchanté ? J’ai beaucoup aimé (malgré la brièveté).

Cette nouvelle ainsi qu’Un diamant gros comme le Ritz qui suit Benjamin dans ce livre est ma première participation au challenge La Nouvelle de SABBIO dont le joli logo est ci-dessous :