LA POÉSIE DU JEUDI avec Maram al-Masri

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Il n’y a pas qu’en France où on l’on attente à la liberté, je dirais même que dans certains pays c’est bien pire ! L’horreur est démultipliée et semble ne pas avoir de fin. En Syrie par exemple où une minorité opprime et tue chaque jour. Une poétesse syrienne découverte grâce à Martine de Littér’auteurs, dont on ne remet pas en cause le bon goût dès qu’il s’agit de poésie… Je la remercie pour cette découverte et je vous présente un poème de Maram al- Masri, tiré du recueil « Elle va nue la liberté » paru aux Éditions Bruno Doucey en 2013, pour la traduction. Les poèmes font mal, ce que les gens vivent là-bas est au-delà des mots, de l’entendement, c’est donc une richesse qu’il y ait des témoignages, les poètes sont là pour ça…aussi.

Ce jeudi, ont poétisé avec moi des fidèles que je remercie et nous accueillons Sandrion qui participera quand elle le pourra ainsi que Micmelo :

1 – Soène : « Dit de la force de l’amour » de Paul Eluard
2 – Val : Cheval de Luc Bérimont
3 – Marie et Anne : Invictus de William Ernest Henley
4 – Nadael : Le rêve du jaguar de Leconte de Lisle
5 – Sandrion (bienvenue au club^^) avec un extrait d’un livre de Thomas Vinau ….
6 – Claudialucia : C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière d’Edmond Rostand
7 – Modrone-Eeguab : Couvre-feu de Paul Éluard.
8 – Micmelo (bienvenue également) : Les mains libres, Paul Eluard et Man Ray
9 – Syl et ses amies des « Points contés » : Ode à ma femme quilteuse – Anonyme –

Poème 30. Page 79.a enfant liberté mains sales Pinterest

Les enfants de la liberté
ne s’habillent pas en Petit Bateau.
Leur peau s’habitue vite à une étoffe rêche.
Les enfants de la liberté
ont des vêtements usés
et des chaussures trop grandes pour leurs pieds.
Souvent ils enfilent l’air nu ou la terre.a enfant liberté pieds nus

Les enfants de la liberté
ne connaissent pas le goût de la banane
ni de la fraise.
Ils mangent du pain sec
trempé dans l’eau de la patience.a enfant liberté enfant syrien mange

Le soir,
les enfants de la liberté
ne prennent pas de bain,
ils ne soufflent pas dans des bulles de savon.
Ils jouent avec des pneus, des cailloux
et les débris
des bombes.a enfant liberté enfant avec une fenêtre guerre

Avant de dormir,
les enfants de la liberté
ne se brossent pas les dents.
Ils n’attendent pas les histoires magiques
de prince et de princesse.a enfant liberté oiseau

Ils écoutent le bruit de la peur et du froid.
Sur les trottoirs de la rue,
devant les portes de leur maison détruite,
dans les camps des pays voisins
ou
dans les tombes.

plus de deux millions d'enfants syriens victimes de la guerre...

plus de deux millions d’enfants syriens victimes de la guerre…

Les enfants de la liberté
attendent comme
tous les enfants du monde
le retour de leur mère.a enfant liberté fille avec sa maman en Syrie

©Maram al-Masri

 a Maram al-MasriL’AUTEURE

Née en 1962, elle vit en France depuis 1982. Elle écrit en arabe et en français.

Voici ce que dit d’elle Murielle Szac, journaliste, en deuxième de couverture du recueil :  » Maram al-Masri est l’exilée d’un pays-blessure qui saigne en elle. Petite mère d’orphelins. Funambule toujours sur le fil entre tristesse et espérance. Je l’ai vue se vêtir du drapeau de son pays, incarnant la Syrie martyrisée ; glisser son portable sous son oreiller, ne plus respirer, ensevelie sous ses morts. Depuis que la révolution syrienne a éclaté, Maram guette chaque jour des vidéos sur Facebook ou Youtube. Ainsi sont nés les poèmes de ce recueil. Ils ne cherchent pas à apprivoiser les images de l’horreur, ils nous les donnent à voir. Là, une mère porte en terre son enfant. Ici un enfant figé près du cadavre de ses parents. Et ces caisses de bois nu qui dansent, dansent… La journaliste que je suis s’incline devant cette incomparable puissance d’évocation. Ce carnet intime d’une douleur n’a pas fini de nous hanter. »