La poésie du jeudi avec Jean Joubert.

chromo oiseau couronné ana-rosa(1) Amis de la poésie, bonjour ! (il fallait bien que je la fasse un jour celle-là). Je vous présente un poète découvert au hasard de mes vagabondages sur la Toile, j’ai rebondi de lien en lien le concernant, j’ai lu plusieurs de ses poésies, sa vie, son « oeuvre » avant de me décider. Ce n’est peut-être pas le plus beau, c’est celui qui a résonné le plus fort.. Poète et écrivain, Jean Joubert a écrit une oeuvre conséquente (Cf. fin du billet) . Je vous propose un poème, extrait de son recueil État d’urgence. Il a sorti ce recueil en 2008, à 80 ans, j’applaudis !

 Je remercie celles et celui qui ont poétisé avec moi aujourd’hui , je tiens à souligner la diversité des choix, des plus classiques aux contemporains et ça je touve vraiment extra que la poésie nous réunisse au travers des siècles :

1- Soène : Comment appeler son chat ? de T.S. Eliot.
2 – Monesille : L’Ecureuil de Maurice Carême
3 – Valentyne : Nous partirons de Nicolas Pavée.
4 –  Nadael : chanson Ton héritage de Benjamin Biolay.
5 – Mariejo64 : Sonnet 116 de William Shakespeare
6 – Modrone-Eeguab : Mon amante a les vertus de l’eau de Victor Segalen.
7 – Marie et Anne : Le corbeau d’Arthur Rimbaud.
8 – Sandrion : El Desdichado de Gérard de Nerval.
9 – Micmélo : Sonnet 12 – regrets de Joachim du Bellay.
10 –  ClaudiaLucia : Mon pays de Gilles Vigneault
11 – PatchCath : Joli Poème de Sainte-Beuve
11 – Dimdamdom59 :

Extrait du recueil ÉTAT D’URGENCE, partie « Fin de siècle », p.48.a Joubert main desserrer

Parfois surgit l’âpre désir
de desserrer les doigts, d’ouvrir
la main qui nous retient à l’arbre de lumière,
de lâcher prise.
Parfois dans l’âme prisonnière
monte l’appel des gouffres
et le très bas murmure
des voix défuntes dans la brume.a Joubert brume
Ce qui soudain occulte le soleil
est une main géante,
l’ombre d’une ombre
et d’un corps invisible.a joubert main cache le soleil imagée
On tomberait alors sans plus d’espoir d’une aile
vers des pays profonds,
des rives de silence
où des spectres aimés
tissent des gestes éternels.
Et là, le feu s’étant renié, on glisserait
dans la tendresse obscure de la terre.a Joubert tendresse obscure de la terre

Pourtant ce qui nous tient
est une main d’enfant,
un livre ouvert,
l’aurore d’une voix.a joubert livre ouvert aube voix

Jean Joubert ©Etat d’urgence – poèmes 1996-2008 – Edinter 2008.

Jean Joubert à la Comédie du livre en 2010.

Jean Joubert à la Comédie du livre en 2010.

Jean Joubert, né en 1928 à Châlette-sur-Loing (banlieue industrielle de Montargis) revendique une enfance heureuse entre ville et campagne, deux socles qui ont nourri son oeuvre et son imaginaire. Il a commencé à écrire des poèmes au collège. Parallèlement,  un oncle, sabotier (et anarchiste paraît-il) lui a donné le goût des livres en lui enseignant la politique. Prix Renaudot 1975 pour son roman « L’homme des sables, puis de l’Académie Mallarmé en 1978 pour « Les poèmes ». Poète inclassable et réfractaire aux « salons », il se définit comme « clandestin ».

LA POÉSIE DU JEUDI avec Anna de Noailles.

chromo oiseau couronné ana-rosa(1) Après les évènements de la semaine dernière, si proches encore, laissons la parole à la poésie le plus souvent possible, elle est le témoin d’une époque, une réponse spirituelle à nos attentes quand nous nous sentons abattus, découragés. Alors, ne nous en privons pas !

Aujourd’hui, une poésie d’Anna de Noailles, née en 1876 et morte en 1933 à Paris. Une poétesse d’origine princière  gréco-roumaine qui a évolué dans les salons parisiens, amie de Proust, de Paul Claudel, de Cocteau, de Max Jacobs, de Barrès et j’en passe. Enfant, elle passait l’hiver à Paris et le reste de l’année dans la propriété de ses parents à Amphion près d’Evian,  au bord du lac Léman. Elle en a gardé un amour profond de la nature malgré sa vie essentiellement parisienne. D’ailleurs, anecdote qui me fait craquer : elle est enterrée au Père-Lachaise mais a souhaité que son coeur repose dans une urne dans le temple du parc d’Amphion-les-Bains (image ci-dessous). A l’origine du Prix Fémina, vous en saurez plus en cliquant ICI.a anna de noailles temple du jardin votif a de noailles amphion où repose son coeur

Ont poétisé avec moi pour ce numéro hors série et décidé lundi : Modrone-Claude, Soène, Jacou, Valentyne. Nadael, dont j’ai juste changé la date de jeudi dernier, à confirmer ce matin ! Lilousoleil.

LES PLAINTES D’ARIANE

Le coup de vent de Camille Corot - 1876

Le coup de vent de Camille Corot – 1876

Le vent qui fait tomber les prunes,
Les coings verts,
Qui fait vaciller la lune,
Le vent qui mène la mer,
Le vent qui rompt et qui saccage,
Le vent froid,
Qu’il vienne et qu’il fasse rage
Sur mon cœur en désarroi !a vent mer
Qu’il vienne comme dans les feuilles
Le vent clair
Sur mon cœur, et qu’il le cueille
Mon cœur et son suc amer.
Ah ! qu’elle vienne la tempête
Bond par bond,
Qu’elle prenne dans ma tête
Ma douleur qui tourne en rond.a vent feuilles
Ah ! qu’elle vienne, et qu’elle emporte
Se sauvant,
Mon cœur lourd comme une porte
Qui s’ouvre et bat dans le vent.abandon potail rouillé
Qu’elle l’emporte et qu’elle en jette
Les morceaux
Vers la lune, à l’arbre, aux bêtes,
Dans l’air, dans l’ombre, dans l’eau,
Pour que plus rien ne me revienne
À jamais,
De mon âme et de la sienne
Que j’aimais…adieux mouchoir femme

 Anna de Noaillesanna de noailles

Tiré de « L’ombre des Jours »

Je vous donne les prochaines dates, pour ne pas qu’elles tombent une semaine de Plumes, d’autant que ces dernières sont mensuelles… Ces dates figurent aussi sur la Page des poésies du jeudi.

Voici le calendrier jusqu’à fin juillet 2015 :

Le 22 janvier 2015
Le 05  et le 19 février 2015
Le 5 et le 19 mars
           Le 2 et le 16 avril
le 7  et le 21 mai
le 4 et le 18 juin
Les 2, 16 et 30 juillet.

Pour août, je ne m’engage pas encore, sachant qu’à cette période, je prends une pause familiale !

LE ROI DISAIT QUE J’ÉTAIS DIABLE de CLARA DUPONT-MONOD

IMG_1900Un livre exquis, offert par la Douce de Mind The Gap à Noël, et que j’ai eu plaisir à retrouver le soir en cette période qui nous éloigne un peu de nos chers livres. Merci La Douce, j’ai vraiment beaucoup aimé.

Je ne connais pas vraiment les faits d’armes et le « règne » d’Aliénor d’Aquitaine qui a vécu jusqu’à l’âge honorable de 82 ans ( au 12ème siècle c’est exceptionnel) mais jamais je n’ai été perdue par le contexte historique de ce roman écrit dans une langue belle et volontaire.

Clara Dupont-Monod  dit en fin d’ouvrage : « L’Histoire laisse tant de zones blanches qu’elle permet la légende mais aussi le roman ». Tout en s’appuyant sur une « armature historique avérée ».

Elle imagine ici les quinze années du premier mariage d’Aliénor (de ses 13 à 28 ans-ou 15 à 30 ans) avec le rois Louis VII, alternant à chaque chapitre, la voix d’Aliénor, puis celle de Louis VII, nous donnant le point de vue de chacun sur les mêmes évènements.  Le moins que l’on puisse dire c’est que la dissonance est telle que l’on sait dès le départ que ça finira mal. Il fallait bien des intérêts « économiques » pour autoriser des cousins (au 5° degré) à convoler, à plus forte raison quand il s’agit de l’union de la carpe et du lapin. En sachant que l’Eglise fermait les yeux sur ces consanguinités…

A 13 ans, Aliénor, en fille du Sud, entourée de troubadours qui chantent sa beauté en langue d’oc, vit dans le raffinement et le luxe, a déjà l’âme d’une guerrière et n’est pas prête à la reddition, fût-ce à un homme nommé roi de France par accident (son aîné, appelé à régner étant mort accidentellement, un cochon ayant provoqué une stupide chute de cheval fatale). Comme beaucoup de cadets, Louis se destinait à la prêtrise, il vivait entre mâtines et vêpres, le nez dans son missel avec toute la réserve compassée d’une âme paisible . Nulle fantaisie et nulle ambition d’être quelqu’un d’autre ne l’habitait. Sauf qu’il va tomber follement amoureux d’Aliénor qui ne l’aime pas et le méprise dès leur première rencontre : « Il est venu me chercher. J’étais si jeune alors. Un nuage de poussière s’approchait du château. Ce nuage allait m’aspirer avec tous mes espoirs ». (p16). Alors que lui c’est  : « Je t’ai aimée aussitôt  et, dans le même instant, tu m’as effrayé. C’était un mélange de perte et d’offrande ».(…) Mes guerres perdues c’était toi. Et jamais je n’aurais pensé qu’une défaite pouvait être aussi belle. » (p.28-29).

Malgré son entourage qui le met en  garde contre Aliénor, Louis VII ne va avoir de cesse de lui plaire, de devenir ce qu’il n’est pas et ne sera jamais, ne serait-ce que pour entrevoir une lueur de fierté dans les yeux gris tranchants comme l’acier d’Aliénor. Seule l’épée peut convaincre Aliénor qu’un homme qui sait la manier à de la valeur en ce monde.

Au Louvre, Aliénor s’ennuie à mourir, alors elle « s’échappe » et erre de longues heures dans Paris pendant que Macabru, son ménestrel attitré chante ses « frasques »…qui vont  finir par arriver aux oreilles chastes de son époux. Pour plaire à sa femme, il est prêt à tout. Aussi en 1143, soit six ans après leurs noces, il engage une campagne contre le Comte de Champagne et survient l’horreur avec l’incendie de Vitry-en-Perthois où mille cinq cent femmes et enfants vont griller vif dans l’église. Des images qui vont hanter Louis à jamais et le décider , avec le conseiller (proche d’Aliénor) , Bernard de Clairvaux à lancer la deuxième Croisade. Encore un échec, un de trop pour Aliénor qui a réussi péniblement à donner deux filles à Louis mais va revendiquer cette parenté au 5ème degré pour faire annuler le mariage et continuer son destin de reine guerrière avec un autre qui lui « ressemble« … « Si Louis meurt, je me remarierai avec celui que j’aurai choisi. Je ne laisserai rien ici, pas même un regret, pas même un enfant. Je prendrai un homme de conquête. Un homme qui ne s’effondre pas après la guerre. (p.127)

J’ai aimé la construction du livre, ces deux voix (trois vers la fin) qui se répondent et s’opposent sans jamais (ou si peu) s’entendre. Nous sommes tentés, au début, de nous identifier à Aliénor, belle, forte, inaccessible. Mais au fil des pages, Louis m’a touchée, son amour impossible, ses faiblesses, ses maladresses et le chagrin que lui prête l’auteur en font un personnage attachant, intelligent bien que pas calibré pour être un grand roi comme en aimait l’époque et comme eût aimé l’indomptable Aliénor. « J’ai fait le pari du langage contre les armes, de la foi contre la colère. J’inaugure un autre monde mais personne n’est encore prêt. Les chansons des ports et des veillées me ridiculisent déjà. Plus tard les livres me railleront. » (p.190). J’ai aussi découvert le style rapide, juste et poétique de Clara Dupont-Monod et je compte bien la relire.

Le roi disait que j’étais diable – 236 pages- © Editions Grasset et Fasquelle 2014 – 18 €

 

EST-IL JOUR ? EST-IL NUIT ? HORREUR CRÉPUSCULAIRE. Victor Hugo avec Claudialucia.

logo romantismePour ce samedi Claudialucia, dans le cadre de son challenge Romantique, nous demandait de mettre sur notre blog notre poème préféré du grand homme ! Las ! J’ai déjà mis « Demain dès l’aube »… J’ai donc feuilleté mes poésies et j’ai relu celui-ci deux fois tant il m’a semblé tristement proche de notre sombre actualité . La haine, l’ignorance au sens d’ignare, l’amour (aussi) existent depuis que l’homme est homme. Même si les ennemis changent, même si les guerres ne se font plus au son du canon , il reste que la mort, au bout de ce chemin aveugle éclaboussé de sang, est la seule gagnante… Les poètes sont toujours là pour dire le monde avec ou sans fioritures, Hugo était la pour nous dire « L’Année terrible » dont est extrait ce poème sorti en 1872 après qu’il eût assisté au printemps 1871 à la « semaine sanglante » de la Commune de Paris.

Est-il jour ? Est-il nuit ? Horreur crépusculaire !a hugo commune france

Est-il jour ? Est-il nuit ? horreur crépusculaire !
Toute l’ombre est livrée à l’immense colère.
Coups de foudre, bruits sourds. Pâles, nous écoutons.
Le supplice imbécile et noir frappe à tâtons.
Rien de divin ne luit. Rien d’humain ne surnage.
Le hasard formidable erre dans le carnage,
Et mitraille un troupeau de vaincus, sans savoir
S’ils croyaient faire un crime ou remplir un devoir.
L’ombre engloutit Babel jusqu’aux plus hauts étages.
Des bandits ont tué soixante-quatre otages,
On réplique en tuant six mille prisonniers.
On pleure les premiers, on raille les derniers.
Le vent qui souffle a presque éteint cette veilleuse,
La conscience. Ô nuit ! brume ! heure périlleuse !
Les exterminateurs semblent doux, leur fureur
Plaît, et celui qui dit : Pardonnez ! fait horreur. a hugo commune dessin n&b morts à terre
Ici l’armée et là le peuple ; c’est la France
Qui saigne ; et l’ignorance égorge l’ignorance.
Le droit tombe. Excepté Caïn, rien n’est debout.
Une sorte de crime épars flotte sur tout.
L’innocent paraît noir tant cette ombre le couvre.
L’un a brûlé le Louvre. Hein ? Qu’est-ce que le Louvre ?
Il ne le savait pas. L’autre, horribles exploits,
Fusille devant lui, stupide. Où sont les lois ? a hugo commune la semaine sanglante
Les ténèbres avec leurs sombres soeurs, les flammes,
Ont pris Paris, ont pris les coeurs, ont pris les âmes.
Je tue et ne vois pas. Je meurs et ne sais rien.
Tous mêlés, l’enfant blond, l’affreux galérien,
Pères, fils, jeunes, vieux, le démon avec l’ange,
L’homme de la pensée et l’homme de la fange,
Dans on ne sait quel gouffre expirent à la fois.
Dans l’effrayant brasier sait-on de quelles voix
Se compose le cri du boeuf d’airain qui beugle ?

La mort sourde, ô terreur, fauche la foule aveugle.

Victor Hugo, L’année terrible – 1872.

a hugo commune de paris 1870

Maximilien Luce, « Une rue à Paris en mai 1871 ».

La poésie du jeudi avec Théodore de Banville

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Semaine particulière pour moi puisque c’est ma dernière ligne droite pour le travail d’écriture dont je vous ai parlé, je suis à fond et peu de distractions, sinon je n’y arriverais pas, le 15 décembre arrive à grands pas ! Je laisse les manettes pour les liens à mon amie Syl. et je commenterai vos choix dès que je le pourrais, n’ayez crainte ! 😉 J’aime vous parler du poète que je présente mais ce sera pour une autre fois…

Ont poétisé avec moi ce jeudi et je les en remercie chaleureusement, vu la météo :
Valentyne : La forêt sera toujours hantée de Jean Joubert
Les Conteuses : L’ange de Noël
Nadael : Nuit de neige de Guy de Maupassant
Jacou33 : Les périls de Londres de Jean Claude PIROTTE
Modrone : La perdrix, Anatole France
DimDamDom59 : Cadeau parfait de ?
Marie et Anne (Les Sorcières^^) : Il fait froid de Victor Hugo.

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LA NUIT

 
À cette heure où les cœurs, d’amour rassasiés,
Flottent dans le sommeil comme de blanches voiles,
Entends-tu sur les bords de ce lac plein d’étoiles
Chanter les rossignols aux suaves gosiers ?

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Sans doute, soulevant les flots extasiés
De tes cheveux touffus et de tes derniers voiles,
Les coussins attiédis, les draps aux fines toiles
Baisent ton sein, fleuri comme un bois de rosiers ? femme printemsVois-tu, du fond de l’ombre où pleurent tes pensées,
Fuir les fantômes blancs des pâles délaissées,
Moins pâles de la mort que de leur désespoir ?

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Ou, peut-être, énervée, amoureuse et farouche,
Pieds nus sur le tapis, tu cours à ton miroir
Et des ruisseaux de pleurs coulent jusqu’à ta bouche.

angleterre gouvernante ana-rosaThéodore de Banville  – Le Sang de la Coupe –  Octobre 1847

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La poésie du jeudi avec Pierre Reverdy

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Aujourd’hui, un poème en prose d’un écrivain et poète que j’aime beaucoup,Pierre Reverdy (1886-1960), connu aussi pour sa (courte) liaison avec Coco Chanel, son mysticisme qui le poussa à vivre en ermite à la fin de sa vie et son âme tourmentée…

Ont poétisé avec moi aujourd’hui les fidèles que je remercie de leur constance :

1 – Marie et Anne : L’habitude de Sully Prudhomme
2 – Valentyne : L’amazone de François Coppée
3) Soène : Le chat de Baudelaire
4) Nadael : Nous verrons de Chateaubriand
5) Claudialucia : Si je devais faire un voeu de Tarjei Vesaas
6) Modrone-Eeguab : Gaieté de Gérard de Nerval
7 – DimDamDom59 (jeudi soir)  : Chat va pas très bien de Robert Desnos

 

L’AIR MEURTRIa reverdy fillette statue seau eauIl fait si chaud que l’air vibre et que tout bruit devient assourdissant. Des meutes de chiens féroces aboient. Par les fenêtres ouvertes, les cris des femmes rivalisent avec cette fanfare barbare.a reverdy été camille Monet à sa fenêtreLe froid a de la peine à geler ces paroles. Si les oiseaux se taisaient, si les femmes se taisaient, si les chiens étaient morts… Un moment les jardins sont calmes et tout s’endort; mais bientôt le terrible bruit recommence. Ce sont les appels du soleil et chacun y répond avec exubérance. Quelques êtres muets qu’on accable ne peuvent protester ni se venger. Le bruit souverain les opprime.oiseau sous la neige vanishingintocloudsDans les fumées, par-dessus les toits qui s’en préservent seuls, j’aurais fait tournoyer ma tête comme un grelot sans pois au bout d’une ficelle. La vitesse ouatée jusqu’aux nuages et permettre au ruisseau de murmurer tout seul!a reverdy ruisseau 3

Le ciel est descendu, on a refermé les fenêtres et les bouches sont closes. Après la chute des feuilles les oiseaux même n’osent plus gazouiller. Il fait si froid.a reverdy fenêtre

L’hiver c’est l’intervalle du silence.a reverdy intervalle du silence

Pierre Reverdy

LA POÉSIE DU JEUDI AVEC Stéphane Mallarmé

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Le ciel de novembre est pluvieux pour beaucoup. Rien de tel qu’une petite poésie pour se réconforter ! Aujourd’hui c’est avec Stéphane Mallarmé, poète né en 1842 et mort en 1898 à 56 ans, deux ans après Verlaine qui l’avait consigné dans sa liste des Poètes Maudits. Mallarmé était un moderniste qui a ouvert la voie au Symbolisme, c’était aussi un amoureux de l’Art et son oeuvre exigeante est marquée par une recherche stylistique de l’épure, du parfait. Pour en savoir (beaucoup) plus, c’est PAR ICI

Ont poétisé avec moi aujourd’hui, les fidèles : É

1 –  Marie et Anne : Chant d’automne de Baudelaire.
2 – Valentyne :  Prose tirée de Lointains intérieurs, animaux fantastiques d’Henri Michaux.
3 – Soène : Poème tiré du recueil « Les chansons et les heures, le rosaire des jours » de Marie Noël.
4 – Nadael : Jeune fille endormie de Jean Cocteau.
5 – Modrone-Eeguab :  Adresse à un vieux portail de bois de Patrick Kavanagh
6 – Les Conteuses aux points contés : Mangez-moi, mangez-moi de
7 – Dimdamdom : Le porteur de lumière (premier) poème de Charles Baudelaire.

APPARITIONapparition ange lune

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
C’était le jour béni de ton premier baiser.amoureux en ombres chinoises pintrest
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un rêve au coeur qui l’a cueilli.apparition cueilleur de rêves et d'étoiles
J’errais donc, l’oeil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparueapparition femme2
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.apparition neige des étoilesStéphane Mallarmé, Vers et Prose, 1893

LE DERNIER GARDIEN D’ELLIS ISLAND de Gaëlle Josse

Ceci est un montage fait par moi à partir de la couverture originale et d'une vue d'Ellis Island...

Ceci est un montage fait par moi à partir de la couverture originale et d’une vue d’Ellis Island…

C’est mon troisième livre de Gaëlle Josse et un énorme coup de coeur (pour différencier des battements accélérés ressentis jusque là) (ou l’échelle des coups de coeur). Non seulement j’ai trouvé la construction plus aboutie que dans  Nos vies désaccordées mais l’émotion plus palpable, vibrante même en regard de celle plus contenue des Heures silencieuses. Mais surtout, surtout, on sent l’auteure habitée par son personnage, ce « dernier gardien du Temple« , de « La Porte d’Or » que fut Ellis Island pendant la première moitié du XXème siècle pour nombre d’immigrants européens, flot de miséreux recrachés par les cales insanes de troisième classe des paquebots transatlantiques ou de cargos plus modestes. C’est un portrait d’homme qui m’a émue aux larmes, oui, moi qui ne pleure JAMAIS (ou très rarement). Vers les pages 35-40, j’ai (à ma grande surprise), senti une larme brûlante me piquer les yeux. Je n’en revenais pas ! (Je tiens à préciser que je vais bien mentalement, que je ne prends ni drogues, ni alcools et que cette larme inespérée est vraiment due aux mots de l’auteure à ce moment précis du livre, mais je ne dirais pas lequel, hé hé !). Lire la suite

LA Poésie du jeudi -20- avec Louis Aragon et Les oiseaux déguisés

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Mi-octobre déjà et des flamboyances sanguines sur les arbres, dans les vignes vierges sur les vieux murs, des ciels tourmentés au crépuscule qui basculent de l’or au gris pour finir en incandescence quand la pluie ne s’en mêle pas… Les nuages passent par toutes les couleurs et j’aime ça ! Aragon est un de mes poètes préférés et ce poème, Les oiseaux déguisés, porte en lui des tristesses infinies qui ne guérissent pas , dit les mensonges que chacun commet pour vivre au mieux avec sa conscience, ce qui se voit, ce qui se cache, les pages qui se tournent avec le temps, au fil des saisons et encore plus en automne, ce passage symbolique vers une autre marche de la vie, avant le retour des printemps mais pas celui de la jeunesse enfuie et des illusions perdues… Lire la suite

POÉSIE DU JEUDI -18 – avec François Coppée (pas l’autre !)

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Octobre amène enfin ici ses premières brumes que j’aime tant. L’été s’est attardé si longtemps au seuil de mon jardin que peu de feuilles encore se teintent d’or et de pourpre ; le grand bal sera pour la fin du mois mais la lumière dorée, inclinée, propre aux débuts d’automne est bien là, comme les jours qui déclinent… Alors, ce poème de François Coppée (et pas Jean-François hein, rien à voir) pour célébrer cette saison que j’aime infiniment !

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GÉRONIMO A MAL AU DOS de Guy Goffette

 IMG_1412Guy Goffette est dans mon Panthéon d’auteurs incontournables. Après mon coup de coeur pour son livre sensible et lumineux, « Elle par bonheur et toujours nue« , j’ai lu sa poésie (un tout petit peu) avec « L’adieu aux lisières« . J’avais repéré et noté ce titre chez  Anne (Des mots et des notes), aussi quand Somaja me l’a offert cet été, je n’ai pas attendu longtemps pour me jeter dessus et bien m’en a pris… (Merci Somaja de tomber toujours aussi juste dans tes choix !) Ce livre est la suite de « Un été autour du cou » qui met en scène Simon Sylvestre plus tôt dans sa vie, que je vais m’empresser de lire dès que je l’aurais trouvé… Mais je me demande, pour une fois, s’il n’est pas mieux finalement d’avoir lu celui-ci avant car il va éclairer le précédent d’une lumière nouvelle, en y apportant les clés manquantes… Ne nous leurrons pas, Simon est une fiction mais Guy Goffette a mis beaucoup beaucoup de lui dans ce dernier, il dit même dans une interview que l’écriture en a été parfois douloureuse… Comme on le comprend ! Lire la suite

Le jeudi en poésie avec Gaston Couté et des vendanges…sensuelles !

Oyez oyez, les troubadours du jeudi reviennent avec leurs chants, leurs rimes et leurs humeurs, gaies ou mélancoliques, avec ce que l’on appelle poésie… En cette saison où les grappes de raisin, gorgées de soleil préparent les vins de demain, je vous présente un poème de Gaston Couté  pour célébrer ce temps de l’année où l’été tardif glisse doucement vers l’automne… A mon avis, Gaston avait dû abuser du précieux nectar avant de tremper sa plume dans un  tonneau encrier d’hydromel…

Poétisent avec moi aujourd’hui et je les en remercie :

1 – Marie et Anne : Automne de Guillaume Apollinaire.
2 – Valentyne : Les clochettes de Nérée Beauchemin
3 – Soène : En septembre la mer de Jean Richepin
4 – Jacou33 : Souhait de Fil de Fer de Jehan Rictus
5 – Nadael : Le pressoir de Théodore de Banville
6- Modrone-Eeguab-Claude : Je vagabonde encore de Kunt Humsu.
7 – LylouAnne : Voici que la saison décline de Victor Hugo
8 – Dimdamdom59 : Aller en ville un jour de pluie de Raymond Queneau

 

 

SUR LE PRESSOIRpressoir image google

Sous les étoiles de septembre
Notre cour a l’air d’une chambre
Et le pressoir d’un lit ancien ;
Grisé par l’odeur des vendanges
Je suis pris d’un désir
Né du souvenir des païens.pressoir vendanges

Couchons ce soir
Tous les deux, sur le pressoir !
Dis, faisons cette folie ?…
Couchons ce soir
Tous les deux sur le pressoir,
Margot, Margot, ma jolie !

Chagall (amoureux)

Chagall (amoureux)

Parmi les grappes qui s’étalent
Comme une jonchée de pétales,
Ô ma bacchante ! roulons-nous.
J’aurai l’étreinte rude et franche
Et les tressauts de ta chair blanche
Écraseront les raisins doux.

Chagall.

Chagall.

Sous les baisers et les morsures,
Nos bouches et les grappes mûres
Mêleront leur sang généreux ;
Et le vin nouveau de l’Automne
Ruissellera jusqu’en la tonne,
D’autant plus qu’on s’aimera mieux !

Au petit jour, dans la cour close,
Nous boirons la part de vin rose
Oeuvrée de nuit par notre amour ;
Et, dans ce cas, tu peux m’en croire,
Nous aurons pleine tonne à boire
Lorsque viendra le petit jour.

(avec modération)...

(avec modération)…

Gaston Couté (1880-1911)

couté gastonNé dans l’orléanais, et mort à 30 ans Gaston Couté est considéré comme l’un des derniers poètes maudits. Fils de meunier, libertaire, il monte à Paris à 18 ans où il est repéré par les chansonniers et quelques poètes plus connus. Son répertoire a été chanté par Pierre Brasseur, Piaf et plus récemment Bernard Lavilliers ou encore, des groupes de rap et hip-hop ont revisité ses textes…

LES HEURES SILENCIEUSES DE Gaëlle Josse

Josse Gaelle les heures silencieuses couvGaëlle Josse a le don de me réconcilier avec la lecture quand je traverse des « pannes » malheureuses ! Et cette fois la panne est sérieuse… Déjà en juin 2013, avec « Nos vies désaccordées », l’effet thérapeutique avait été immédiat. Et là encore, je n’ai pu lâcher ce livre de 89 courtes pages qui en disent pourtant beaucoup.

N’est-ce pas le rêve de beaucoup d’entrer dans un tableau ? Lui donner vie et faire parler le personnage principal ? C ‘est ce qu’a fait Gaëlle Josse de manière magistrale, avec des mots de brodeuse qu’elle est sans le savoir, ciselés de douceur et de sensibilité.

L’action se situe à Delft, l’âge d’or de la Hollande, des comptoirs coloniaux .  Cette femme qui joue de l’épinette, de dos sur cette couverture (qui ne m’inspirait pas plus que ça) sur un tableau d’Emmanuel de Witte, se nomme Magdalane Van Beyeren, fille et épouse de riches marchands . Elle écrit dans son journal de novembre à décembre 1667. Elle n’a pas choisi son milieu, ni son époux mais son père ayant été son amour principal et la référence absolue, elle a suivi ses conseils et épousé un « honnête homme »  qu’elle va apprendre à aimer et à respecter à défaut d’éprouver le grand frisson. Gardant toujours en mémoire les propos de son père qui l’a élevée comme un garçon, pour diriger la fortune de son futur époux :  » Gardez la douceur de vos sentiments pour ceux de votre sang, et votre considération pour ceux de votre rang. Craignez Dieu, et respectez leurs serviteurs. Pour le reste, ne baissez jamais la garde et ne cédez sur rien. Jamais. aussitôt, vous seriez dépecée.  » (p.40). Ça calme et vous remet les idées en place, si toutefois Magda avait eu un soupçon de frivolité…qui l’eût éloigné de son chemin tout tracé.

Ses deux filles aussi différentes que possible la comblent et la rendent chèvre, aussi. Une vie de mère en somme.  Alors, pendant ces heures silencieuses où la maison endormie lui laisse quelque répit, elle écrit fiévreusement comme une urgence qui ne saurait attendre dans son journal ; elle y raconte ses jours monotones et réglés comme le papier à musique qu’elle affectionne mais elle se livre plus intimement au fur et à mesure que nous avançons dans le livre… Je l’ai imaginée, visualisée pendant qu’elle écrivait, à un âge où les femmes, usées par les maternités répétées, les enfants morts en bas âge les ont vieillies prématurément. Je l’imaginais d’ailleurs plus vieille que ses 36 ans tant les obligations qui pèsent sur ses frêles épaules semblent lourdes et irrémédiables.

Ce besoin impérieux d’écrire a un sens qui nous sera révélé dans les toutes dernières pages, donnant alors du relief à son histoire, à sa vie, si tant est qu’elle puisse jamais décider de sa vie…  » En leur présence je devine des contrées dont l’abord m’a été refusé, et je suis à jamais bannie de leurs rives désormais » (p.87). De l’ombre au peu de lumière qui lui est accordée, elle n’est que sacrifices, renoncements et c’est  le coeur serré que nous apprenons le secret inavouable qui la ronge.

Il faut éduquer les filles, les bien marier surtout, les écouter, l’une est posée et musicienne, douce comme elle, l’autre, belle rebelle, jalouse et caractérielle. Elle fait déjà chambre à part avec son mari qu’elle sait infidèle mais, tant qu’il ne ramène pas de scandales, ça fait partie du contrat. Ha ! Quel bonheur que la vie des femmes au XVIIème siècle !

Un travail d’orfèvre que ce petit livre où la sensibilité cachée de Magda, étouffée par le devoir nous écorche et nous laisse au coeur les notes aigrelettes de l’épinette qui ne joue plus pour elle, aussi un sentiment doux-amer, triste mais en même temps lumineux se dégage de ces pages…Lisez-les, je ne vous en dirais pas plus, j’en ai peut-être même trop dit !

Je n’ai qu’une envie maintenant : lire au plus vite Noces de neige et son dernier roman : Le dernier gardien d’Ellis Island car je sais que, quel que soit le sujet traité, sa plume est d’une justesse confondante et son style magnifique ! Ce fut un de mes coups de coeur de l’été…coup_de_coeur_d'asphodèle

La poésie du jeudi avec Marcel Proust

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Voici le dernier jeudi poésie de la saison 1, puisque je ferme le blog en août et, pour cause de rentrée littéraire, les jeudis-poésie ne reprendront que le 18 septembre. Ça va être long, je sais mais je compte sur vous pour profiter de ce temps pour dénicher des pépites, des poètes connus ou inconnus afin de nous faire partager ces trouvailles en septembre… En attendant je vous souhaite de bonnes vacances ou un bon repos, que vous partiez ou pas…

Ont poétisé avec moi  (ceux qui restent encore^^) (c’est à dire peu)  mais lisez ce billet jusqu’au bout !!!

1) -Marie et Anne : Iles de Blaise Cendrars
2)- Soène :  Fable : « Le papillon, l’abeille et la rose » de Antoine-Vincent Arnault.
3) Modrone-Eeguab : Coucher de soleil en Bretagne de José Maria de Heredia.
4) LylouAnne : Tourne beau moulin à vent de Jean-Yves Rolland.

Marcel Proust a aussi écrit de la poésie et notamment, quelques portraits de peintres ou de musiciens. Ici celui de Chopin, qui était réputé pour être souffreteux et pas gai-gai !!!

CHOPINchopin g sand et la mort image peintureChopin, mer de soupirs, de larmes, de sanglots

Q’un vol de papillons sans se poser traverse
Jouant sur la tristesse ou dansant sur les flots.chopin papillons que rien ne traversen image GouglRêve, aime, souffre, crie, apaise, charme ou berce,
Toujours tu fais courir entre chaque douleur
L’oubli vertigineux et doux de ton caprice
Comme les papillons volent de fleur en fleur;
De ton chagrin alors ta joie est la complice:chopin gif piano
L’ardeur du tourbillon accroit la soif des pleurs.
De la lune et des eaux, pâle et doux camarade,
Prince du désespoir ou grand seigneur trahi,
Tu t’exaltes encore, plus beau d’être pâli,chopin lune sur mer
Du soleil inondant ta chambre de malade
Qui pleure à lui sourire et souffre de le voir…
Sourire du regret et larmes de l’Espoir!arc en ciel blog wp

Marcel Proust, Les Plaisirs et les Jours, Portraits de peintres et de musiciens. 1896proust

chopin gif rideaux qui volent campagnePour moi, la poésie ressemble à ce souffle de vent qui entre et sort par la fenêtre, se pose sur les rideaux en les faisant sourire, s’enroule dans un bouquet posé là par hasard…

Bon jeudi à tous et merci de m’avoir accompagnée pendant cette première saison de la poésie du jeudi. Je remercie tout particulièrement ceux qui ont participé au moins une fois à ces jeudis, par envie ou par hasard… Par ordre alphabétique : Arieste-AymelineBéné31, Claudialucia, Dan Gazenia, Dimdamdom59, Eeguab-Modrone, Fransoaz, Jacou33, Jean-Charles, Laurent Fuchs, Lili (la petite marchande de prose), LilaMangoLilouSoleilLylouAnneLuocine, Marie et Anne (Nos Sorcières préférées), Mind the Gap, Nadael, Nadine, Natiora, NélinhaOcéanePatchCath, Pyrausta, Soène, Syl et ses copines des « Points contés »Valentyne, Valérie K., Violette Dame Mauve. Ce qui fait 29 personnes à avoir cherché un poème au moins une fois ; en espérant n’avoir oublié personne mais mon carnet de poésie est fiable, en principe! Sinon, nous sommes un « noyau dur » d’une bonne dizaine, en temps normal, et vingt en période de pointe…

La poésie du jeudi avec Musset (again) !

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Quand j’aime un poète, je n’aime pas qu’un seul de ses poèmes (en général), aussi  j’y reviens de temps à autre, quand c’est dans l’air du temps ou que le poème me trotte dans la tête…

Alfred de Musset écrivait beaucoup à ses ami(e)s et pour  eux. Il connaît bien le sujet, le ton est souvent mélancolique mais il est si juste.

Ici… sur l’amitié.

Ont poétisé avec moi aujourd’hui, Valentyne, Marie et Anne, Nadael, Jacou33, Soène, Dan Gazénia. Modrone-Eeguab. Lylouanne. DimDamDom59. Mademoiselle La démone, Béné 31.

À M.V.H.

Il faut, dans ce bas monde, aimer beaucoup de choses,
 Pour savoir, après tout, ce qu’on aime le mieux,
 Les bonbons, l’Océan, le jeu, l’azur des cieux,
 Les femmes, les chevaux, les lauriers et les roses.printemps bras rose vanishingintoclouds
Il faut fouler aux pieds des fleurs à peine écloses ;
 Il faut beaucoup pleurer, dire beaucoup d’adieux.
 Puis le coeur s’aperçoit qu’il est devenu vieux,
 Et l’effet qui s’en va nous découvre les causes.valise linge fleurs fillingthesoulwithbeaty
De ces biens passagers que l’on goûte à demi,
 Le meilleur qui nous reste est un ancien ami.
 On se brouille, on se fuit. Qu’un hasard nous rassemble,femmes amies printemps
On s’approche, on sourit, la main touche la main,
 Et nous nous souvenons que nous marchions ensemble,
 Que l’âme est immortelle, et qu’hier c’est demain.montre gousset hearts-of-glass

Alfred de Musset

 

 

LA POÉSIE DU JEUDI avec Jean-Yves Masson

chromo oiseau couronné ana-rosa(1)Lili, notre Petite Marchande de Prose nous a présenté (lors du dernier jeudi poésie), deux poèmes tirés des 121 Onzains de Jean-Yves Masson  et j’ai eu un véritable coup de coeur pour ce poète contemporain (né en 1962 en Lorraine) qui écrit avec élégance et émotion. Je suis donc partie à sa recherche et j’ai trouvé, un poème toujours dans ces Onzains du Désir et de la Nuit. Et un autre, tiré d’un recueil intitulé « Neuvains du sommeil et de la sagesse ». Les illustrations sont un clin d’oeil à LylouAnne et  à sa Ronde des Anges à laquelle je n’ai pas pu participer, un clin d’oeil en retard mais elle comprendra…

Ont poétisé avec moi cette semaine et je les en remercie : Nadine, Valentyne, Marie et Anne, Nelinha, Natiora, Jacou, Nadael, Lili, Modrone-Eeguab, Les Conteuses, DimDamDom59, LylouAnne. Dame Mauve. Et Béné31, très en retard (moi aussi) mais si vous repassez par là, allez la lire, c’est très bien choisi !

ange statue endormi lylouXX

Dormir est un jardin de vent ce soir, une arche d’air
sur l’océan de mes pensées qui jusqu’alors
avaient fui le sommeil et son trône de sable.

Dormir est un pays où mon ami m’attend
où parlent par sa voix toutes les sources d’aube
et les chagrins de l’enfance perdue.

Comble-moi de tes dons terribles, dieu des fables
toujours recommencé, fais qu’une fois encore je retourne
au cœur secret de la métamorphose.

Dans Neuvains du sommeil et de la sagesse, © Cheyne p.32

ange pour Lylou Romantic Home Bliss & Forgotten Elegance page FB 10.04

LXIII

L’ange venait encore sur le seuil
et sans entrer tenait dans ses mains la lumière,
une lampe de faible éclat.
Et il disait : « Voici la lumière du soir,
tandis que des pays inanimés s’éveillent,
salue ce peu de jour que je tiens dans mes mains ».
Mais quand il eut parlé et que la lumière fut éteinte,
je vis que ses mains étaient lumineuses,
son visage baigné de larmes rayonnait.
Et lui, me désignant la nuit pour mon domaine,
disait plus bas : « Toute aube a dans ses mains le soir ».

Dans Onzains de la nuit et du désir © Cheyne p.69ange pour Lylou Shabby in love sur FB

 

 

LE LIVRE DE MA MÈRE d’ Albert Cohen

cohen le livre de ma mereUn livre lu en Lecture Commune avec Mind the Gap, sans nous être concertés, au hasard d’un mail nous en avons parlé et avons décidé d’en faire une LC. C’est chouette quand ça arrive, n’hésitez jamais à parler de votre lecture en cours…

Pas de résumé sur la quatrième de couverture , juste huit phrases de chroniqueurs littéraires, d’auteurs de l’époque d’Albert Cohen, tous unanimes pour dire qu’il s’agit là d’un monument de la littérature. Au hasard, sur les huit, ce qu’en a dit Marcel Pagnol : « Un chef-d’oeuvre : Le livre de ma mère. Un livre unique et qui durera. La plus belle histoire d’amour. » Un livre autobiographique paru en 1954 alors que la mère d’Albert Cohen était décédée depuis 1943.

Ce livre va au-delà du coup de coeur tant il est vibrant de sincérité et vous savez que pour qu’un livre me plaise il faut que je sente cette sincérité humble, nue, dépouillée d’artifices littéraires et verbeux pour faire passer le message…et, accessoirement, m’émouvoir au plus haut point. Oui j’ai pleuré en lisant certains passages mais c’était couru… Lire la suite

N’OUBLIE PAS LES OISEAUX de Murielle Magellan

Magellan couv'J’avais dit que je reviendrai avec le muguet, ce dernier étant très en avance, me revoici plus tôt que prévu avec ce livre lu depuis…janvier ! Je m’excuse auprès de Cécile Ruelle pour avoir tardé à rédiger cette chronique.

« C’est l’histoire d’un amour« …on croirait entendre la chanson mais non, ce sont les mots de l’auteure qui précise :  » C’est parce que cette histoire est vraie en tout point -à d’infimes détails près- que la romancière que je suis a voulu la raconter. Pour en extraire la réalité romanesque,  et la restituer, la partager, dans sa nudité, sa beauté, sa cruauté et sa douceur » . Lire la suite

JUSTE APRES LA PLUIE De Thomas Vinau

juste apres la pluie et jonquille(1)Un roman-poésie de cet auteur que j’aime beaucoup et dont je vous ai déjà parlé lors d’un jeudi poésie, ICI ou encore de son premier roman « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux« , ICI.

Dans la post-face joliment intitulée « Lignes de fuites » de ce recueil, ainsi se définit Thomas Vinau :  » « Bricoler dans l’essentiel ». C’est ainsi que Pierre Autin-Grenier définit la poésie. Je ne suis pas manuel. Depuis longtemps je bricole. Des pièces bancales. De l’inutile indispensable. Des mots de peu. Ma poésie n’est pas grand-chose, elle est militante du minuscule, insignifiante et je l’écris au quotidien, à la mine de rien. (…) «  Et ainsi de suite. Modeste, un peu timide peut-être, Thomas Vinau poétise avec  ce qui lui tombe sous la main, avec un bout de ficelle (selle de cheval cheval de course) mais le résultat est là.  L’émotion aussi.

Il faudrait redéfinir la poésie pour parler de ce qu’il écrit. D’ailleurs tout en haut du livre sur la couverture est écrit : « roman-poésie ». Un nouveau genre donc. Pour rire aussi en bousculant les codes.  Ou pour prouver qu’on peut lire la poésie comme un roman ? Il n’y a pas de ponctuation, pas de majuscules à la ligne et la rime n’y est pas. Ce ne sont pas les alexandrins de Victor Hugo ou de Lamartine mais je pense que justement, en écrivant sans contraintes d’écriture fixes, la poésie murmure, chante et devient accessible à tous. C’est comme une prise de conscience : la poésie est partout, il suffit de la voir là où les « poètes classiques » l’ont parfois alambiquée, il suffit de prendre un crayon et d’en faire un ballet de mots pour qu’elle se mette à danser sous nos yeux émerveillés. Attention, je n’ai pas dit pour autant que tout le monde pouvait le faire  ! Thomas Vinau manie son « minuscule » avec brio, « il travaille à sa simplicité », donc ça ne se fait pas tout seul non plus…  Il nous trouve des images renversantes où percent le bonheur de vivre, d’être à ce monde comme peuvent aussi les traverser d’infinis chagrins et autres regrets propres à notre statut d’humain. Propres à notre fugace passage sur cette terre. Comme ici dans ce bref exemple intitulé « La marque du collier » :

Nous sommes
des chiens qui parlent
truffes plantées
dans le cul des étoiles
éperdument perdus
de n’avoir pas de maître. Ou encore ce « FAIT DIVERS » (qui m’a fait sourire)

Nous apprenons à l’instant
le décès instantané
d’un petit matin frais
fauché en pleine course
par un quotidien trop pressé

aux dernières nouvelles
le champ des possibles
s’écoule encore de son ventre
sur la chaussée

La poésie est une alchimie particulière entre les mots, le poète et ceux qui le lisent. Le courant passe ou au contraire ne se fait pas « parce que c’est de la poésie » (j’en connais). Ici, l’excuse ne tient pas, en devient obsolète. Avec des choses simples,  des mots simples, Thomas Vinau nous raconte sa vie, son quotidien, la (le)  notre et touche du doigt l’universalité des choses. Petit Poucet est devenu grand, ses mots à lui me retournent la tête, j’en redemande. C’est gai triste ou drôle mais ça pétille. Bien sûr que je vous le recommande, pour le lire à petites gorgées matin midi ou soir, comme vous le faites avec votre thé ou votre café, le picorer dès que vous avez un moment dans la journée. Certains poèmes (ou textes en prose -2-) sont bourrés d’humour ce qui ne gâche rien. Thomas a dû naître la tête dans les étoiles et il y est resté, avec en plus un petit sourire espiègle au fond des yeux … Merci à lui ! Pour vous faire une idée, vous pouvez aller sur son blog, ETC-ISTE où chaque jour il partage « son minuscule »… Ha j’oubliais : le livre pèse 280 pages pour 280 poèmes courts, longs, minuscules mais qui tous ont un sens, voire une chute.

Aifelle aussi est fan…

masse critique babélioMerci  à Babélio pour ce partenariat lors du dernier Masse Critique et aux Editions Alma.

Juste après la pluie – Thomas Vinau – roman-poésie- 280 p. ©janvier 2014 – Alma Editeur – Prix : 17€.

LA MAISON ATLANTIQUE de Philippe Besson

BessonOu quand Philippe Besson se prend pour Sagan, ce n’est pas moi qui le dit, c’est lui, renchéri à la fin de l’émission (La Grande Librairie) par François Busnel qui conclue : « Cela commence comme du Sagan et finirait comme du Simenon ou du Chabrol » ! Ni plus ni moins ! Vous êtes prévenus !

Cette maison Atlantique, située au bord de l’Océan aurait pu s’appeler la maison maudite ou la maison hantée puisqu’elle est un véritable mausolée à la gloire de la mère disparue, idéalisée, et dont le sujet n’est pas, ici de briser le piédestal. Lire la suite