Poème pour le « Mémorial poétique » de Martine !

IMG_3895Martine notre « écrivaine turbulente qui devient écrevisse en écrivant » a proposé pour la mémoire des disparus du 13 novembre, que nous mettions un poème sur notre blog du 16 au 21 novembre (ou quand nous le pourrons dans ce créneau). Prise par les Plumes hier, j’ai cependant plongé mon nez dans quelques recueils que j’ai toujours à portée de main et je vous propose un extrait d’un magnifique (mais très long) poème de Pablo Neruda, extrait de Résidence sur la terre dont une grande partie est consacrée à la Guerre d’Espagne. Je vous mets la fin, j’ai pris le poème en photo pour ceux qui souhaiteraient le lire en entier (il s’agit du début du poème, avant l’extrait proposé mais c’est écrit petit.)

Extrait de  :FullSizeRender

TERRES OFFENSÉES

(…)
Il y a tant, tant

de tombes, tant de martyrs, tant
de galops de bêtes contre l’étoile !
Rien, pas même la victoire
n’effacera le gouffre terrible du sang :
rien, ni la mer, ni le pas
de sable et de temps, ni le géranium embrasé
sur la sépulture.IMG_1820

Pablo Neruda – Résidence sur la terre ©Editorial Losada, S.A, Buenos Aires 1958.
©Éditions Gallimard, 1972 traduction de Guy Suarès et préface de Julio Cortazar.

Allons voir chez Martine, qui a déposé son poème aujourd’hui.

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JOURNAL D’UN TUEUR SENTIMENTAL de Luis Sepúlveda

Voilà un petit livre riche en testostérone et rebondissements dont les brèves 82 pages ont enchanté (joyeusement) mon réveil… Envoyé par mon amie Réjanie il y a quelques semaines, je l’avais commencé (trois pages) et bof-bof ! En le lisant d’une traite ce matin, l’impression est toute autre ! Certes ce n’est pas un chef-d’oeuvre mais quel talent pour nous raconter cette histoire en si peu de pages ! Idéal pour participer aux jeudis de George (voir à la fin du billet) ! Lire la suite

LE CHANT GÉNÉRAL de Pablo Neruda

 

Comment évoquer El Canto General (Chant Général en français) sans parler un minimum de la vie de cet auteur chilien, à la fois poète, diplomate, homme politique et penseur, profondément engagé  à gauche (il sera communiste toute sa vie allant jusqu’à justifier les dérives du stalinisme) et dont les écrits racontent plus de cinquante ans de l’Histoire de son pays mais aussi de l’Amérique latine, de l’Espagne et tant d’autres. Sa biographie très « dense » ne vous sera livrée qu’en « bribes » résumées pour l’occasion, pour ceux et celles qui s’y intéresseraient plus avant, Wikipédia est une bonne source…  

Pablo Neruda (nom de plume) est né, Neftali Ricardo Reyes au Chili en 1904 à Parral (province de Linares) et décédé à Santiago du Chili le 23 septembre 1973, à 69 ans, quelques jours après le coup d’état qui renversa Salvador Allende, le 11 septembre. Sa maison fut saccagée, ses livres brûlés alors même qu’il agonisait à l’hôpital d’un cancer du pancréas. Son inhumation, malgré la protection policière devint une manifestation contre la terreur militaire qui venait de s’installer.

Avant d’être Prix Nobel de Littérature en 1971, il a été consul dès 1927, de Rangoon, en passant par Buenos Aires, Batavia, Calcutta puis à Madrid où il se lie d’amitié avec Federico Garcià Lorca (qui aura une grande influence sur son oeuvre). En 1935,  avec le putsch de Franco et l’assassinat de son ami le 18 juillet, il se fait l’avocat de l’Espagne et se voit révoquer de sa fonction consulaire ; il écrira alors l’Espagne au coeur, publié en 1937 qui fera dire à Jean-Paul Vidal  que son chant « de sombre et solitaire devient solidaire et agissant ». Commence alors pour lui une vie d’exil qui le ramènera d’abord au Chili qu’il fuira, puis en URSS, en Pologne, en Hongrie, en Italie. Mais aussi au Mexique où paraîtra en 1950, son Chant Général, écrit dans la clandestinité et qui sera interdit au Chili. En 1957, il devient président de l’Union des écrivains chiliens tout en soutenant comme il le fera en 1964 la candidature de Salvador Allende. En 1965, il est nommé Doctor honoris causa de l’université d’Oxford. En 1969, le parti communiste le désigne comme candidat à la présidence mais il se désistera pour Salvador Allende. En 1974, son autobiographie, J’avoue que j’ai vécu, paraît à titre posthume et rejoint la vingtaine d’oeuvres de l’écrivain. En voici un extrait :

« Je veux vivre dans un pays où il n’y a pas d’excommuniés.

Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette./ Je veux qu’on puisse entrer dans toutes les églises, dans toutes les imprimeries./ Je veux qu’on n’attende plus jamais personne à la porte d’un hôtel de ville pour l’arrêter, pour l’expulser. /Je veux que tous entrent et sortent en souriant de la mairie./ Je ne veux plus que quiconque fuie en gondole, que quiconque soit poursuivi par des motos. / Je veux que l’immense majorité, la seule majorité : tout le monde, puisse parler, lire, écouter, s’épanouir. »

Le Chant Général commencé en 1938, alors qu’il était en fuite et vivait dans la clandestinité, achevé en 1948, est composé  de quinze parties regroupant 342 poèmes en une épopée lyrique où Neruda nous parle de sa jeunesse, de chroniques historiques sur l’époque pré-colombienne, les conquistadors, de l’Histoire et de ses manipulations, du cri des peuples opprimés par les dictatures, des batailles incessantes autour du pillage des richesses par les « gringos » ;  ces poèmes épiques et « prosaïques » sont  écrits dans un langage abordable même s’il savait que certains, n’ayant pas eu accès à l’école ne pourraient le lire. Ce Chant n’est pas qu’à la gloire du Chili mais à l’Amérique latine toute entière (où il est toujours un écrivain culte), et aux pays d’Europe alors malmenés tels l’Espagne, la Grèce ou l’Italie. Il émane  de ce Chant une sorte de minéralité propre aux paysages de la Patagonie, un souffle puissant qui fait déferler des images à un ryhme de cheval au galop dans une pampa aride et insoumise… Ces rapports entre l’homme et la nature lui donne toute sa force évocatrice et symbolique, en redonnant à l’être humain, l’humanité qu’il est en droit d’exiger . Ainsi le musicien grec Mikis Théodorakis ne s’y est pas trompé, lui qui l’a mis en musique si souvent (dans des chansons souvent reprises par Paco Ibanez) en ralliant les causes qu’il défendaient. Ainsi en entrée, le petit poème de « Comment naissent les drapeaux  » :

« Nos drapeaux sont ainsi pour le moment. /Le peuple les broda avec le fil de sa tendresse, il en cousit le tissu avec sa souffrance. / Il y planta l’étoile avec sa main ardente. / Il  tailla dans une chemise ou dans le ciel/ du bleu pour l’étoile de la patrie. / Le rouge naissait goutte à goutte. »

Et pour finir, une partie du dernier poème de ce livre, intitulé « Je m’arrête ici » :

« Ici prend fin ce livre qui est né / de la colère comme une braise, comme les territoires/ de forêts incendiées, et je désire /que tel un arbre rouge il continue/ à propager sa flamme claire./ Mais dans ses branches tu n’as pas trouvé/ que la colère  : si ses racines/ ont cherché la douleur elles cherchèrent aussi la force,/ et je suis cette force de pierre pensive,/ cette joie de mains rassemblées. / Oui je vais et je viens libre entre les êtres. / je vis parmi les êtres comme l’air. / De la solitude traquée,/ je sors me mêler à la foule des combats,/ libre puisque dans ma main va ta main/ et que nous conquérons des joies qui ne se domptent. (…) Ici s’achève mon Chant Général, / un livre écrit dans la persécution, en chantant sous/ les ailes clandestines de ma patrie. / Aujourd’hui 5 février de l’année/ 1949, au Chili, à « Godomar de Chena ». / J’aurai,/ dans quelques mois, quarante-cinq ans. »